Economie :le sinistre de la pêche

24 12 2008

Economie :

Le sinistre de la pêche

 

Au moment où le produit mauritanien connaissait une mévente sans précédent en octobre dernier, le ministre des pêches a jugé opportun d’engager une politique visant à privilégier la consommation intérieure.

Première décision prise par note de service en date du 3 octobre, interdiction de l’exportation de la courbine, du mulet et du tassergal (nguet). «Cette interdiction pour ces trois espèces vise : le poisson frais et congelé qu’il soit entier, étêté et éviscéré ainsi que le poisson salé et salé séché». Une deuxième note de service datée du 25 octobre interdit l’exportation des céphalopodes (poulpe, seiche, calamar). Suit le 3 novembre, une nouvelle note de service. Elle interdit l’exportation de la dorade, du thiof et du mérou. «Ces espèces sont exclusivement réservées à la consommation intérieure en vue de l’amélioration de la sécurité alimentaire de la population mauritanienne». Même spécifications que pour la première interdiction. Nouveauté : «sont exclus de cette interdiction les produits de pêche des navires pêchant en Mauritanie dans le cadre d’accords de pêche, de licence libre ou passant par la SMCP».

Le secteur est désormais régi par note de service. Pourtant la loi est claire en la matière : le Code des pêches dispose que les «mesures spéciales applicables à l’exercice de la pêche commerciale…, la réglementation du mareyage, de la commercialisation des produits de pêche…», toutes mesures en ce sens doivent faire l’objet de décrets pris en conseil des ministres «sur rapport du ministre chargé des pêches et, le cas échéant, des autres ministres concernés».

L’effet de cette politique marquée par l’improvisation est immédiat. Les exportateurs de frais ferment les uns après les autres. Le produit se raréfie sur le marché national. D’où l’impossibilité de maintenir les prix à un bas niveau. Les seules fois où les prix ont baissé, c’était sur des produits saisis et vendus par la Marine nationale. Les opérateurs tapent à toutes les portes pour expliquer leurs positions. Personne jusqu’à présent ne semble leur prêter attention.

Le ministre des pêches monte au créneau pour dénoncer le comportement des opérateurs qu’il a accusés de nombreuses fraudes (fuite du fisc, non rapatriement des devises…). Ce à quoi les opérateurs ont répondu en confectionnant un dossier complet où l’on peut lire les conclusions d’experts, les avis de juristes, la note de la BCM etc.

Dans une correspondance adressée au Premier ministre, les opérateurs plaignant ont réfuté tous les arguments du département. «Nourrir les populations locales», argument «vertueux» mais réellement «vicieux». En effet la relation entre l’objectif déclaré qui est celui-là et les effets de la mesure, est catastrophique pour un secteur qui emploie environ 30.000 personnes. On estime à 4000 le nombre d’embarcations engagées dans le secteur de la pêche artisanale. Sur chaque barque, il y a une moyenne de 7 pêcheurs. Il est reconnu par ailleurs que pour chaque emploi en mer, il existe deux emplois à terre. Si l’on ajoute à cela les activités liées à cela, aussi bien en amont qu’en aval, on peut saisir l’ampleur des effets de toutes mesures visant à perturber le secteur. Pour certains experts, outre son illégalité, la mesure consistant à interdire l’exportation de certains types de poisson est anti-économique. Pour avoir des effets pervers. Surtout que l’étroitesse du marché local et le niveau des populations font que ce marché est «peu rémunérateur». En fait il n’absorberait que 2% des prises totales. Les producteurs affirment eux que «70% de leur production ont toujours été destinés au marché national».

Premier employeur du secteur «entrepreneurial moderne» avec 36% du total national, la pêche artisanale côtière rapporte environ 100 millions dollars par an. Bon an mal an, près de 80.000 tonnes sont débarquées en Mauritanie et fournit 80% de la matière première des usines. «Mais on a parfois tendance, note l’expert Dr Chérif, à oublier que la pêche artisanale côtière mauritanienne doit son développement à la forte demande des marchés d’exportation rémunérateurs, comme ceux du Japon pour les poulpes pêchés au pot – une technique qui a pris son élan à partir de 1987 – et d’Europe pour les poissons démersaux, la courbine, la sole (qui alimentent la filière d’exportation du poisson frais), le mulet pour la poutargue etc.» Pour lui «sa survie demeure tributaire de ces marchés».

Des contre-vérités sont avancées ici et là pour justifier – officiellement ou officieusement – les mesures prises par le ministre. On dit par exemple que les emplois de la pêche artisanale profitent surtout aux étrangers. Alors que les conclusions de lIMROP attestent que «la main d’œuvre étrangère employée dans la pêche est de l’ordre de 14%». Le ministre a dit que le secteur est marqué par l’absence de transparence, l’insuffisance des retombées fiscales et en devises. «S’agissant de l’effet de cette mesure sur le système bancaire national, on peut noter que les exportations des produits provenant de la pêche artisanale au titre des huit premiers mois de l’année en cours ont atteint 24 millions de dollars dont 50% ont été rapatriés en devises au niveau des banques locales». Dixit une note d’information de la BCM en date du 5 novembre dernier. Dans cette note, il est dit que «le blocage d’exportations occasionnant de telles recettes en devises dans une conjoncture pareille devrait être précédé dans les conditions normales par une large concertation (Ministère des finances, BCM, Ministère du commerce, Ministère des pêches, Exportateurs)».

Cette concertation, préconisée du reste par tous les spécialistes, doit être précédée par l’abrogation au plus vite de la mesure d’interdiction pour éviter le pire pour le secteur. Les usines ont commencé à fermer leurs portes. Des milliers d’emplois sont menacés. Le produit mauritanien n’existe plus sur le marché international. Les entrées en devises ont sérieusement diminué, ce qui explique en partie la montée de l’euro face à l’ouguiya.

Si la mesure est annulée, les autorités peuvent alors se donner le temps de penser à une politique réfléchie dans le secteur pour arriver aux résultats escomptés. En attendant engager les opérateurs à approvisionner le marché et à stabiliser les prix.

Tout le reste est mensonge et fuite en avant. Le secteur de la pêche artisanale est déjà sinistré. En quelques semaines. Comment éviter la faillite généralisée ?

 

Ould Oumeïr   

 

Source :
La Tribune n°428


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Une réponse à “Economie :le sinistre de la pêche”

  1. 11 02 2009
    RIADH KALLAL (16:49:37) :

    veuillez s v p m’envoyée un offre de prix pour poutargue jaune congelle non traitée portion entre 200g et 300 gr
    merci pour votre attention

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