Sermons de l’Imam Ahmedou Ould Lemrabott :

15 12 2008

 

 Quand on «agite tout avec une queue de chien» 

  

«Tach ma tach» est une célèbre série comédienne télévisée saoudienne. Une nouvelle version de cette série est produite chaque mois de ramadan. La version de 2008 est baptisée «on est, tous, fils de la même localité». Le duo, qui a donné sa célébrité à la série, aurait du s’exiler dans un autre pays du Golf. Parce que devenus la bête noire de l’ «Office saoudien d’injonction au Bien et d’interdiction des actes répréhensibles». Un bref flash de Tash ma tash de 2007 avait critiqué la Hay’a (l’Office). Quelques semaines plus tard, l’un des artistes a été fustigé par des hommes supposés proches de l’office. 

C’est dans «on est, tous, fils de la même localité» que le duo a fait la vengeance. Un jeune saoudien, Krayyem, qui habite à Arar, se rend en visite à Riyad. Il est reçu à la gare par son frère cadet Sleyyim. A son arrivée, c’est l’appel à la prière. A peine les deux frères s’emballent qu’une luxueuse voiture 4X4 de l’Office s’arrête près d’eux. Un cheikh aisé, à longue barbe et au gros ventre se trouve avec des vigiles à bord. Les deux frères sont arrêtés. A la police, on leur pose une seule question : pourquoi ne priez-vous pas ? Voilà la réponse de Sleyyim «Mon frère vient de rentrer et je jure au nom d’Allah que nous avions l’intention de prier une fois les salamalecs terminés». Pour Krayyem, «je ne connaissais pas que chez vous quand on reçoit son frère, on doit reporter la salutation jusqu’à ce qu’on prie. Chez moi, on se salue et ensuite on prie. Mais, je jure au nom d’Allah que cela ne se reproduira plus». Pour trouver leur liberté, ils devaient payer une caution et appeler leur oncle (weli), bien qu’ils aient 35 ans, pour signer un engagement que cela ne se répètera jamais. Intéressant côté fiction ! 

Côté réalité, observons ce qui se passe chez nous en Mauritanie. Notre grand imam, Ahmedou Ould Lemrabott Ould Habibourahmane, devient l’objet de controverses depuis qu’il se prononce sur les affaires politiques de la cité. On se souvient de son fameux prêche du vendredi. Là,  il a exposé au public la très familiale dispute sur l’incubation (hadhâana, en hassaniyya) de l’imam Bouddah. L’opinion publique lui reproche cet outrage public à la pudeur beidhâne. 

Dirigeant le salafisme cheikhite, très limité, en Mauritanie, Ould Lemrabott vit un dédoublement de la personnalité. Son esprit est lié à Nedjd. Mais, lui, il est lié à cette terre dont les habitants avaient été critiqués un jour par Ibn Batouta pour leur excès de liberté. 

Il loue tout président qui s’installe. En qualifiant ses opposants de tous les vices humains. Son dilemme aujourd’hui est qu’il a devant lui un président qui représente le choix du peuple, mais sans pouvoir, et un président qui a le pouvoir, mais sans légitimité. Rien ne l’obligeait à s’immiscer dans des questions très, voire trop, politiques. Il pouvait, comme tout vrai homme d’Allah, appeler à l’apaisement, au dialogue et au retenu. Mais, il a choisi de se ranger au côté du plus fort, comme tout wahhabite qui se respecte. Bien que son poste lui dicte un non-alignement. A l’instar du président de
la Cour suprême. Et celui du Conseil constitutionnel. 

Le 8 décembre, il a dirigé la prière de l’Aïd. Il a déclaré que «la forme de gouvernance importe peu en islam». Il avait déclaré, lors de la fameuse révolution des affamés, que «
la Démocratie est importée de l’occident apostat. Elle est, de facto, anti-islamique». On a du mal à comprendre comment se fait-il que quelqu’un, qui jette de discrédit sur le peuple mauritanien, jouisse d’une estime. A forte raison une estime officielle. Pourquoi propage-t-on ses sermons à travers nos médias publics, malgré qu’ils défient nos choix ? S’ajoute à cela qu’il est le seul imam qui anime une émission hebdomadaire d’interprétation du Livre dans les ondes de la radio nationale. Cette émission est rediffusée deux fois au moins. Et elle est suffisante pour convertir bientôt nos jeûnes à des mollahs archaïques. 

Mais plus, l’imam a fait un appel à la création d’un «office chargé de l’application de l’injonction au Bien et l’interdiction des actes répréhensibles». Pourquoi «l’injonction au Bien et l’interdiction des actes répréhensibles» ? Parce que c’est le cheval de bataille de la doctrine salafiste. C’est par ce principe qu’elle légitime sa cruauté. Qu’elle justifie son intention d’éliminer l’autre. Ce n’est pas pour rien que les réseaux djihadistes donnent à ce thème une grande importance. Ce n’est pas, non plus, pour rien que notre hymne national, rédigé par le célèbre salafiste, Cheikh Baba Ould Chiekh Sidiya, commence par un appel à «l’injonction au Bien et l’interdiction des actes répréhensibles». Et c’est dans ce contexte qu’il faut mettre la création en Afghanistan de Taliban d’un «ministère chargé d’injonction au Bien et d’interdiction des actes répréhensibles», qui disposait de la suprématie sur tous les ministères. 

Pourquoi appelle-t-il à la création d’un tel office, alors qu’il pouvait demander à donner une «injection islamiste» aux lois en vigueur ? Parce que cet office n’existe nulle part dans le monde, sauf en Arabie saoudite qui est un modèle pour lui. Mais
la Mauritanie n’est pas le royaume wahhabite. Ce royaume est le seul Etat dans le monde qui ne dispose pas d’une Constitution. Le seul Etat administré par les mœurs. Et l’Office est constitué dans ce cadre-là. Cet office n’est qu’une milice qui a le droit de veto sur toutes les libertés. C’est un appareil parallèle dont les lignes de conduite ne sont pas définies. Dont les frontières se fixent selon le degré de parenté (ou d’amitié) avec les membres des familles royale et patriarcale. Ni fois, ni lois, l’Office et
la Police s’échangent de bons procédés quand un adversaire politique ou un réformiste dérange. Pour
la Mauritanie , c’est une autre paire de manche. Malgré que… 

Le très historique10 décembre dernier, le quotidien officiel «Chââb» a consacré son édito pour répondre au rapport annuel d’Amnesty. L’éditorialiste avait mille et un qualificatifs qu’il pouvait utiliser pour nuire à l’image des militants des droits de l’homme. Mais, il a choisi de dire que leur action entre dans le cadre de «l’injonction aux actes répréhensibles et l’interdiction du Bien». Trois jours plus tard, l’imam Ould Lemrabott qualifie de «collaboration pour le péché et pour l’agression» la démarche du FNDD qui vise à faire échouer le putsch. De là, on a une petite idée sur les chantiers que «l’office d’injonction au Bien et d’interdiction des actes répréhensibles» aurait à faire. 

 

Mechri Ould Rabbany 


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