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NOUADHIBOU/ACTU/Entretien avec Diop Issa conseiller municipal à Nouadhibou,

15 12 2008

Nouadhibou:

 

Vandalisme en haute mer 

05 décembre. Quand le capitaine norvégien du Vestbris tombe sur un banc de courbines, il croit à son jour de chance en ces temps de crise du secteur de la pêche.

Rapidement il largue ses filets qui n’ont aucun mal à ramener de grosses courbines. Le navire pêchait ainsi depuis quelques minutes quand soudain une demi-douzaine de pirogues apparaissent. Puis d’autres et d’autres encore. En tout trente pirogues artisanales contenant chacune en moyenne six pêcheurs et membres d’équipage.

Au lieu de se servir sur cette manne inespérée, leurs occupants poussent un cri de guerre et sortent toutes sortes d’objets et s’attaquent au gros navire : Cailloux, ancres, gourdins, barres de fer, tous ces objets servent d’armes pour s’en prendre au Vestbris. Ces pirates s’emploient à détruire les filets du navire, qu’ils réussissent à couper. Puis les jets atteignent une des vitres qui vole en éclats; le capitaine norvégien est blessé aux bras, le Vestbris touché. Les dommages sont estimés à 60 millions d’ouguiyas.

Tout cela est filmé par l’équipage. La barbarie des assaillants dépasse toute imagination: on se croirait au large du golfe d’Aden oû les pirates somaliens sèment la terreur. Ici ça se passe à 18 miles du Cap blanc pourtant zone interdite à la pêche artisanale. Pourquoi donc ces pirogues s’y sont aventurées? Un pêcheur nous confie que les bateaux de la pêche industrielle ne connaissent pas de limites. «Ils raflent tout et ne nous laissent rien même dans la zone qui nous est propre». Enrage-t-il. Et la surveillance maritime (DSPCM) dans tout ça?

«La DSPCM est intervenue pour arraisonner le Vestbris et n’a même pas cherché à identifier les vandales» témoigne Abbass Boughourbal, homme d’affaires et propriétaire du bateau. Selon un cadre à la DSPCM, les mailles des filets utilisés ne seraient pas réglementaires, et le maillage des filets ne correspondrait pas à la licence du bateau (filets de 40). Selon l’équipage du Vestbris, la DSPCM s’est intéressée d’avantage aux courbines qu’au navire et ses occupants en danger de mort. Le délégué était absent de Nouadhibou, ce serait son adjoint qui a supervisé l’opération. D’aucuns disent que la DSPCM serait partiale dans ses interventions car des bateaux dans le même cas que le Vestbris pêcheraient sans être inquiétés. Des bateaux sans papiers, sans licences. Y-aurait-il acharnement contre Abbas Boughourbal? L’ intéréssé en est convaincu. La DSPCM n’a pas souhaité parler à la presse. Nous avons été éconduits.

L’homme d’affaires dit ne «plus avoir confiance dans les autorités de son pays», et menace de fermer ses usines qui emploient 1500 personnes dont 700 femmes. Car «si rien n’est fait, les pirates s’attaqueront à d’autres navires, enlèveront des étrangers et demanderont des rançons.»

La gendarmerie maritime a réussi à identifier les assaillants qui dans leur fuite, ont abandonné un enfant de dix ans. La quasi totalité de ceux qui ont participé à l’attaque ont été arrêtés. Les courbines volées ont été remises au propriétaire. Avant que la DSPCM ne revienne les chercher. Rappelons que les sociétés de Abbas Boughourbal sont les seules financées par les fonds de l’OPEP et la banque européenne d’investissement (BEI).

M.Boughourbal a distribué 120 tonnes de poisson pour sa participation au PSI en 2007.

A toute heure ce sont des centaines de personnes qui font la queue devant ses usines pour chercher du travail. Et s’il mettait la clef sous la porte?

Entretien avec Diop Issa conseiller municipal à Nouadhibou, coordinateur du renouveau démocratique (RD) et président de l’association des diabétiques du nord (ADN): 

 

 

 

La Tribune: Quelle analyse faites-vous de la situation qui prévaut depuis le 06 août 2008? Est-on allés trop loin? 


Issa Diop: J’estime qu’un individu attaché aux principes de la Démocratie ne peut adopter aucune autre position que celle de condamner sans équivoque toute prise de pouvoir par une autre voie que celle des URNES. C’est une position de principe sur laquelle on ne transige pas. Ceci dit, «il n y a aucune politique qui vaille en dehors des réalités» ne cessait de marteler le Général De Gaulle. Le pouvoir étant actuellement détenu par les militaires qui ne semblent pas vouloir le céder dans l’immédiat, il va bien falloir en prendre acte et entamer des négociations avec eux à un moment ou à un autre. Le plus tôt serait le mieux, dans l’intérêt du pays. Les sanctions économiques ou financières, si elles étaient être prises et appliquées, n’auraient pas l’effet escompté sur la junte au pouvoir et pénaliseraient lourdement le peuple, en aggravant leurs conditions précaires d’existence, dans un contexte de profonde crise économique mondiale. Aussi je plaide plutôt pour la poursuite du dialogue avec les nouvelles autorités jusqu’à ce qu’une solution acceptable par les principaux protagonistes soit amorcée et validée.

La Tribune: Une solution de sortie de crise est-elle encore possible? Si oui , laquelle? 

Issa Diop: Mettre en place un gouvernement de Transition composé des représentants des principales formations politiques chargé d’organiser les «États généraux de la Démocratie» et des élections générales libres et transparentes. La principale mission du HCE sera d’assurer la continuité de l’État, de garantir le bon déroulement de la nouvelle transition en se plaçant au-dessus de la mêlée et en observant une stricte neutralité vis-à-vis des partis politiques.
Le Parlement devenu une coquille vide doit être dissout et la Constitution suspendue pour être amendée. Ce schéma suppose un préalable: que le Président Sidi, par esprit de sacrifice pour l’amour de sa patrie, renonce librement à ses fonctions de Président de la République et qu’il bénéficie du traitement réservé aux anciens Chefs d’État.

La Tribune: Les «États Généraux de la Démocratie» peuvent-ils résoudre les problèmes , réconcilier les mauritaniens et éviter au pays de sombrer dans l’incertain? Que proposeriez-vous? 


Issa Diop: Je propose que le processus Démocratique soit poursuivi, ou repris, à travers un large débat auquel prendraient part toutes les forces politiques et les OSC du pays ainsi que des représentants de certaines institutions internationales ( U.A., Ligue Arabe, U.E., O.I.F…).
Les questions à traiter pourraient porter sur la nature du Régime politique, les principes de la Bonne Gouvernance, les conditions de création et de maintien des Partis Politiques, le Code Électoral, l’Unité Nationale, le rôle de l’Armée dans la vie politique, un calendrier pour les élections, etc…Aucun sujet ne devant être tabou. Du déjà vu? Sans doute, mais avec certains aspects négatifs en moins. Il est impératif d’apporter quelques aménagements à notre système démocratique en tenant compte de nos échecs et de nos réalités propres, en évitant de copier coller à l’aveuglette des modèles importés.
Personnellement je suis convaincu que les origines de la crise politique actuelle sont liées en grande partie aux candidatures indépendantes qu’il va falloir interdire, au scrutin proportionnel à revoir, au «nomadisme» des élus des partis qu’il faudra freiner.
Par exemple, un élu qui abandonne son parti, qu’il démissionne ou bien qu’il en soit exclu, devrait perdre du même coup son siège qui demeure la «propriété» du parti qui a présenté la liste et financé, ou non, la campagne électorale.

La Tribune: Vous êtes conseiller municipal élu sous les couleurs du RD. Votre groupe continue t-il à boycotter les conseils municipaux? Y a-il évolution sur ce point? 

Issa Diop: Mon opinion n’a pas varié d’un iota par rapport à l’article que j’avais écrit en juin 2007 intitulé «Nouadhibou: une Commune impériale à la dérive».
D’autres articles et lettres adressées à la Tutelle ont été rédigés par la suite mettant en relief les difficultés de cette institution à assurer sa mission de service public.
Aujourd’hui l’équipe apparaît encore plus divisée que jamais, entre les pro putsch et les anti-putsch. Au sein de la Municipalité, constituée du Maire et de ses cinq Adjoints, on constate que deux conseillers soutiennent le HCE, trois le F.N.D.D, et une flotte.
Face à ce que je considère comme un gâchis, je pense avoir accompli mon devoir de conseiller municipal comme je le concevais dans un climat passionné où les attaques personnelles voire les menaces physiques ne m’ont pas été épargnées.
Sans chercher à m’étendre sur ce sujet qui ne présente aujourd’hui qu’un intérêt mineur, je tiens à préciser que ma décision de me démarquer de la gestion des affaires communales, n’est dictée par aucune autre considération que celles liées à des principes et à des convictions. Cette décision n’engage que moi et personne d’autre. J’ajoute que rien de strictement personnel ne m’oppose à qui que ce soit à la Mairie.

 

La Tribune: Vous avez été fédéral du renouveau démocratique. Pourquoi avez-vous quitté cette formation? Avez-vous des divergences avec les responsables de ce parti? 

Issa Diop: Depuis les Élections présidentielles de 2007, j’ai cessé d’exercer mes fonctions de Coordinateur Régional du Renouveau Démocratique puisque je n’appartenais plus à cette formation. J’ai ensuite décidé de prendre un peu de recul par rapport au champ politique pour pouvoir mieux observer, de façon critique, l’agitation politicienne des hommes et des grandes formations politiques du pays et reprendre en mains les activités de l’Association des Diabétiques de Nouadhibou que j’ai l’honneur de présider et qui furent totalement négligées tout au long de l’année 2006. J’ai eu à me prononcer à travers la presse sur le bras de fer qui opposa le président Sidi à certains députés de sa propre majorité ainsi que sur les Changements intervenus depuis le 06 Août 2008 à la tête de l’état.
Si je décide de reprendre mon action politique, je le ferais au sein d’un parti qui tienne véritablement compte des profondes aspirations du peuple mauritanien à plus de Justice, de Démocratie, d’Egalité, de Progrès et de Paix.

La Tribune: Un dernier mot? 

 

Issa Diop: Je demande à l’ensemble des forces politiques ainsi qu’à la société civile de participer activement et de manière responsable aux «États Généraux de la Démocratie» en ayant constamment à l’esprit la défense des intérêts vitaux du pays, le respect des principes fondamentaux de la Démocratie et une volonté réelle de sortir de la crise actuelle.
Il est parfaitement possible de parvenir à une solution mauritano-mauritanienne si chaque partie accepte de faire preuve de plus de souplesse dans ses exigences. Le pays doit éviter à tout prix d’avoir toute la Communauté internationale sur le dos pour une longue période, comme ce fut le cas pour le Zimbabwe avec les résultats que l’on connaît.

 

Propos recueillis par Athié Youssouf
CP/Nouadhibou 

 

 

Athié Youssouf 

CP/NOUADHIBOU

Source : La Tribune n°427 


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