Chronique Mansor

15 12 2008

Mouvement vital – plus généralement, créatif – la retraite relève d’un cycle d’existence qui met en corrélation divers éléments indispensables, les uns aux autres et tous à l’ensemble qu’ils constituent. Contraction et dilation environnent l’instant, régulées par le jeu de l’attirance et de la répulsion. Cependant, la symétrie n’est, jamais, exacte. Entre retraite militaire et retraite spirituelle, la nuance est, normalement, de taille. Un élément ne se reconnaît lui-même que sous l’hégémonie de ce qui l’attire, jamais devant celle de ce qui le repousse. Si l’on ne se pose qu’en s’opposant, c’est bien l’effacement dans l’Aimé, l’ardent désir de l’amant, son seul lieu de repos, où puiser, au plus profond secret de lui-même – un hindouiste ou un chrétien écrirait, peut-être : Lui-même ; tant corrélés, semblent, ici, l’Un et l’Autre – son eau de Jouvence… Tout autour, sonnent trompettes et buccins. Dommages collatéraux ? Ce n’est ni fortuit, ni accessoire, c’est, suprême paradoxe, juste nécessité, signes. Certes, on peut s’effarer, à bon droit, de tant de bruits et de fureurs, tant qu’on n’a pas été, soi-même, effleuré par l’aile de la colombe. Alors on sait, instantanément, que le talon des puissants, aussi lourd soit-il, est enchaîné à ceux qu’il opprime ; n’a d’autre choix, pour assurer son pouvoir, temporaire et, fatalement, relatif, que de maintenir ce qui le renversera, tôt ou tard, force, irrémédiablement, contre force, interminable amoncellement. En fin de compte, il ne reste que la foi pour défaire ces montagnes – « tu les crois figées, alors qu’elles passent, comme des nuages [1] » – en tapisser les rives et le fond des océans : la foi, c’est, à un degré plus ou moins clair de conscience, de l’amour sublimé et ça nous rend petit, petit, grain de sable s’amenuisant, encore et toujours, sous la vague, et puis poussière, et puis vent, et puis, et puis, Eternel Mystère, al hamdou lillahi rabbil ‘alamine… 

 

Mais, quelqu’en soit la prééminence, qualitative, en ce monde manifesté, c’est bien fadaises – ou roublardise – que d’assommer le pèlerin à grands coups d’amour divin. Fluctuante permanence – voilà donc sa faiblesse – la guerre est là, partout à la surface des choses ; en nous-mêmes, tout d’abord et en définitive, jusqu’à ce point précis, mathématique – c’est-à-dire, on s’en souvient, sans dimension ni étendue – d’où tout se réalise. Le Texte fondateur [2] de la religion la plus fortement, peut-être, et anciennement centrée sur l’Amour – le krishnaïsme – met en scène un combat où Arjuna, le héros, à l’orée d’un affrontement entre pères et fils, frères et cousins, maîtres et élèves, se lamente et implore le Dieu Compatissant. Celui-ci lui enseigne, alors, la réalité de ce qu’ailleurs, on nommera « jihad ». Non pas que les arguments développés soient, ici et là, interchangeables, chaque émanation de
la Tradition émergeant dans une sémiologie et une conjoncture distinctives, mais ils manifestent une même volonté de dévoiler le sens spirituel du conflit, de la tension, de l’effort. Dès lors, Arjuna et Mohamed – P.B.E. – combattent leurs ennemis avec une d’autant plus précise et efficace attention qu’elle dénude ceux-là, dans l’action fermement assujettie à sa racine immobile, de toute passion, de toute quête de pouvoir(s).  En conséquence, ce qu’ils instaurent, avec la victoire, est bien autre qu’un état, encore moins un Etat, nécessité gestionnaire de leurs temps, au demeurant
[3] : un chemin éprouvé de conscience ; un mouvement convergent d’âmes, chacune à son degré de lumière ; un pacte de vie, entre toutes ; une résurrection d’identité commune, sans nécessité d’immatriculation ni de police d’assurances… 

 

« Le renoncement, c’est quand le cœur se vide de ce qui n’est pas dans la main ». Dans celles de l’ange impavide – maître des maîtres, on le devine, en arts martiaux – l’épée flamboyante tournoie, interdisant l’accès au fruit sublime, tandis que Majnûn passe, oublieux de lui-même. « Toi, rien plus que toi », murmure-t-il et l’adversaire s’évanouit, soudain, comme une brume… Lorsque le fou d’amour pénètre dans l’enceinte sacrée, il n’a rien, absolument rien dans la main, aussi le fruit vient-il, instantanément, la remplir. Le portera-t-il à sa bouche ? Rien n’est moins sûr, désormais, et c’est à peine si l’on distingue sa frêle silhouette – mais ne serait-ce pas, plutôt, un couple enlacé ? – dans la lumière plus aveuglante qu’une nuit sans lune. L’autre regard se dessille, enfin délivré de toute image, et rien ne saura plus, probablement, interrompre sa contemplation intérieure. Tous les murs seraient-ils, à présent, dépourvus d’ouverture, que le kaléidoscope n’en continuerait pas moins ses palpitantes métamorphoses, de ciel en ciel, jusqu’à la certitude de l’Ineffable. C’est certain, c’est oracle, disait Rimbaud. Le vacarme des démons, paniqués, envahit l’étendue : la nef royale est de retour… 




[1] Saint Coran , 27 – 88 

[2] « 
La Bhagavad-Gita », the Bhaktivedanta Book Trust, ISBN 2-908500-02-7
 

[3] Et avec une rigueur accrue pour l’ultime messager divin : critère d’appréciation non-négligeable, à notre goût contemporain… 


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