Santé

1 12 2008

Santé 

 

La médecine traditionnelle, un complément à la médecine moderne? 

 

De plus en plus individus qui consultent la médecine traditionnelle se disent rarement déçus, et l’organisation mondiale de la santé (OMS) reconnaît par ailleurs que bien encadrée, elle peut être une formidable complémentarité à la médecine «moderne». Encore mineure en Mauritanie, des poches de cette médecine connaissent des consultations régulières. 

 

Quartier 6ème, près de la mosquée Qatar, le docteur Hadja Okiki est un de ces  médecins traditionnels, parmi les plus consultés de Nouakchott. Cette jeune femme de 34 ans a commencé tôt, à douze ans, l’étude de la pharmacopée traditionnelle basée sur les produits minéraux, végétaux et animaux. «Mon grand-père était un grand médecin traditionnel de mon village. Il m’y a initié très tôt» confie-t-elle. Elle a par la suite elle-même continué sa formation auprès de maîtres béninois, ivoiriens, et même indiens. «Ils m’ont appris la substance bénéfique de certaines tiges, écorces, feuilles, plantes dans la fabrication de décoctions» reprend-elle. Ses patients présentent le plus fréquemment des pathologies chroniques et primaires (rhumatismes, constipation, fibromes, dermatoses, tensions…), des problèmes digestifs fonctionnels, des handicaps physiques ou mentaux, des situations de fin de vie. «Mais on ne peut pas tout soigner» reconnaît-elle. «la plupart des maladies que nous soignons ou parfois atténuons, sont chroniques; quand on ne peut pas soigner le patient, on le lui dit ,et on l’oriente vers la médecine moderne. C’est là que je répète à chaque fois, que la médecine traditionnelle doit être un complément à la médecine moderne. Aucune ne peut se substituer à l’autre» développe Mme Okiki. D’ailleurs cette complémentarité est reconnue par l’OMS, qui, dans ses directives encouragent les systèmes de soins à intégrer les médecines traditionnelles, le développement de la production et la transformation des plantes médicinales. Il est donc urgent selon Mme Okiki, «de sauvegarder un savoir de valeur, et souhaitable de développer sans passéisme un système de soins qui s’appuie sur la phytothérapie locale et la médecine traditionnelle, à l’instar des pays voisins, Mali et Sénégal, qui réalisent depuis quelques années avec succès des actions de valorisation et d’utilisation des plantes médicinales.»

 

Une médecine injustement dévalorisée 

 

Dès la fin des années 90, l’association «Médecins du Monde» commençait à s’intéresser au rôle des pratiques traditionnelles en Mauritanie. Une enquête préliminaire, menée dans le Nord-mauritanien, démontre l’intérêt et l’ouverture des praticiens traditionnels pour une étude scientifique de leurs pratiques. Ce premier travail fait aussi ressortir certaines difficultés rencontrées par la médecine traditionnelle, omniprésente mais souffrant d’une dévalorisation face aux jeunes générations, ainsi que de relations parfois délicates avec la médecine moderne. Dès 1999, un partenariat fut mis sur pied entre «Médecins du Monde» et l’ONG mauritanienne «Stand Up Solidarité», ainsi qu’avec l’un des représentants reconnus de la médecine traditionnelle mauritanienne : Mohammed Yeslem Ould Maghari. D’autre part, le Dr Oudaa, responsable du dispensaire principal du quartier de Toujounine, a lui aussi accepté de s’impliquer dans ce projet. 170 patients de la clinique traditionnelle ont accepté de participer à cette étude. Les analyses épidémiologiques ont permis de mettre en évidence la grande qualité des soins dispensés par la clinique traditionnelle, ainsi que la satisfaction de la grande majorité des patients. 

Cette efficacité reconnue, ne contribue pas cependant à l’amélioration de l’image de la médecine traditionnelle. «Les africains eux-mêmes, surtout les jeunes, n’ont pas confiance dans la médecine de leurs aïeux. Pourtant ils doivent savoir que les blancs eux-mêmes viennent en consultation, et que leurs industries pharmaceutiques utilisent de plus en plus dans l’élaboration de leurs médicaments des plantes que nos savoirs médicaux utilisent depuis des siècles!» enrage Samba Gaye, un des proches neveux de Salimata Gaye, plus connue sous le pseudonyme de la «mère des enfants». Considérée comme une pédiatre par les parents qui y amènent leurs bébés, cette octogénaire dispense ses soins, dans le quartier de 6ème depuis plus de 50 ans. Elle qui s’occupe exclusivement de nourrissons et bébés, notamment dans l’accompagnement de leurs poussées de dents, diarrhées, vomissements, et autres maux chroniques liés à l’enfance, a consulté «une grande partie des enfants de Nouakchott», comme elle le dit elle-même. Et encore aujourd’hui, avant d’aller voir le pédiatre moderne, on va la voir elle pour certains soins et bénédictions. «Lors des poussées de dents de ma petite fille, on a consulté trois pédiatres de la ville, et acheté je ne sais combien de médicaments; rien n’y faisait: les douleurs persistaient, accompagnés de vomissements aigus et diarrhées. Dès qu’on l’a vu, avec deux concoctions à mélanger avec les aliments du bébé, tout allait beaucoup mieux en une journée» témoigne une des clientes au sortir de chez la «mère des enfants». En fait, l’évolution observée des patients de la médecine traditionnelle est dans la plupart des cas, similaire à ce qu’un médecin moderne aurait pu attendre dans son dispensaire. Cela ne signifie pas que les médecines modernes et traditionnelles sont équivalentes, mais que chacune d’elles peut revendiquer un rôle spécifique. 

 

Mamoudou Lamine Kane 

 

Encadré: 

 

Que représente la médecine traditionnelle en Mauritanie? 

 

L’expression médecine traditionnelle se rapporte aux pratiques, méthodes, savoirs et croyances en matière de santé qui impliquent l’usage à des fins médicales de plantes, de parties d’animaux et de minéraux, de thérapies spirituelles, de techniques et d’exercices manuels (séparément ou en association) pour soigner, diagnostiquer et prévenir les maladies ou préserver la santé.

En Afrique, en Asie et en Amérique latine, différents pays font appel à la médecine traditionnelle pour répondre à certains de leurs besoins au niveau des soins de santé primaires. En Afrique, jusqu’à 80% de la population a recours à la médecine traditionnelle à ce niveau. Dans les pays industrialisés, la médecine «complémentaire» ou «parallèle» est l’équivalent de la médecine traditionnelle. En Mauritanie, comme dans de nombreux pays en voie de développement, les actions de santé et la couverture médicale restent limitées aux grandes agglomérations (200 médecins au total, soit une moyenne d’environ 1 médecin pour 12000 habitants). La difficulté des déplacements, le faible nombre du personnel médical et la rareté des médicaments exclut souvent les plus démunis. Mais de plus en plus, certaines populations s’orientent vers les médecins traditionnels, au départ par dépit, et de plus en plus par la suite, par conviction de l’efficacité des soins reçus. 

 

Encadré 2: 

 

Portrait 

 

Salimata Gaye,
la Mère des enfants 

 

La médecine traditionnelle trouve son lot de sceptiques. La pratiquant, Salimata Gaye a pourtant échappé à ces doutes pseudo cartésiens. Toute la ville de Nouakchott, et souvent même au-delà, y emmène ses enfants pour toute sortes de maux chroniques liés à l’enfance. 

 

«Attention, elle pourra éventuellement être agressive, mais seulement si vous vous montrez maladroit» prévient d’emblée Moctar Fall, le fils cadet de Salimata Gaye, connue dans la capitale comme la «mère des enfants». Dans sa chambrée, au fond de la cour de la maison d’un de ses fils, au Sixième, elle reçoit inlassablement une vingtaine d’enfants, chaque jour, de toutes les couches sociales, et de toutes les communautés. À quatre-vingt trois ans, l’usure du temps apparaît forcément, mais elle n’a pas encore altéré cette douceur enfantine qui fait dire à tout son entourage que «c’est cette âme d’enfant qui l’aide sûrement à soigner». Salimata gaye ne soigne que les enfants effectivement. De zéro à quinze ans, car au-delà, dit-elle de sa voix fluette mais porteuse, «on n’est plus un enfant». Près de sa place assise, point de mysticisme déployé pour appâter d’éventuels clients naïfs sur la nature des soins prodigués. Ici on ne soigne que les maladies chroniques qui touchent tous les enfants, notamment en bas-âge. «Pour la poussée de dents, qui provoque souvent diarrhées, vomissements et fièvres chez l’enfant, un simple coquillage en collier, prévient ces maux» témoigne Rama, une mère qui emmène plus son petit enfant chez Salimata, que chez le pédiatre, chez qui elle a «gaspillé des milliers d’ouguiyas, en vain, sans atténuer les douleurs du bébé». 

Mère de cinq enfants, originaire de Breune, un village à douze kilomètres à l’ouest de Rosso, Salimata Gaye est arrivée à Nouakchott en 1975. Elle prodiguait ses soins au marché du cinquième, mais aujourd’hui, ployant sous le Temps, elle reçoit à domicile. C’est à cette époque qu’elle commence à user de l’expérience de soins traditionnels qu’elle reçoit de sa mère, mais surtout de son mari, expert reconnu en la matière, et de son père. Mais du côté paternel, étant une fille, et ayant un frère à cette époque, l’héritage de cette connaissance médicale ira à celui-ci. «Mon père parlait aux Djinns. Et mon petit frère est mort il y a sept ans justement de façon assez inexplicable» relate-t-elle. Ce don familial n’est pas monnayé. En contre-partie des soins, juste un demi-kilo de sucre, des biscuits, et quarante ouguiyas. Une partie des produits étant donné en aumône, et elle perçoit la partie restante. «Elle reçoit souvent des dons de personnes largement satisfaites de ses soins, mais elle ne garde rien. Elle donne tout. À nous, ses enfants, et à d’autres dans la rue. C’est une femme exceptionnelle. C’est pour cela que je suis chaque jour à ses côtés, dès que mon travail d’instituteur me le permet» raconte Moctar Fall, qui n’ose venir lui rendre visite sans lui emmener sa petite fillette de quatre ans, dans les bras de sa mère. Moctar est son traducteur pour les parents qui ne parleraient pas wolof, et aussi pour ceux qui «la stresseraient trop en étant pressants, et risquent ainsi de la rendre agressive. Surtout à son âge, elle est très susceptible» prévient-il. «Vous la voyez s’amuser ainsi avec sa petite enfant? Elle a le même comportement avec tous les enfants qui viennent! C’est de là que ce surnom lui est venu: chacun avait l’impression de faire soigner son enfant par sa grand-mère» s’enthousiasme Meriem, une visiteuse récurrente depuis dix ans. 

Les mouvements de plus en plus lents, les nerfs à fleur de peau, elle pense de plus en plus à passer le relais à ses enfants. Particulièrement à Moctar ou à sa sœur, qu’elle sent être «les plus sensibles aux énergies, et les plus à l’écoute des gens. Il faut savoir écouter les gens» murmure l’octogénaire. 

 

MLK 

 

 

 

Source :
La Tribune n°426 


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