Edito de la tribune Par Mohamed Fall O Oumère

1 12 2008

Edito de la Tribune Par Mohamed Fall O Oumère

 

L’intransigeance mène droit à l’exclusion.

C’est finalement une solution imaginée en France qui sera proposée aux Mauritaniens pour sortir de la mauvaise passe dans laquelle se trouve le projet démocratique depuis quelques mois. Et dont le 6 août n’a été que l’aboutissement prévisible.

On ne sait pas exactement de quoi cette solution est faite. On peut imaginer que la France, pays très proche de la Mauritanie, le seul à le connaître vraiment et à le pratiquer depuis longtemps, que l’ancienne colonie comprend la complexité mauritanienne. On peut même accepter que les relations avec le personnel politique sont restées assez fortes pour que la France impose aux uns et aux autres ce que les uns et les autres se refusent jusqu’à présent : le compromis. Mais lequel ?

Sommes-nous d’accord pour dire que le retour des militaires à la gestion directe du pouvoir n’a été que le résultat d’une incompétence – ailleurs on l’appellerait «incurie» ? Dans ce cas le retour du président élu ne peut constituer qu’un retour en arrière malheureux. Il peut rester un élément de la solution sans prétendre au retour au pouvoir. Il suffit de l’imaginer présider «sagement» les assises des Etats généraux de la démocratie. Ou encore de l’imaginer s’émanciper, le temps de dire qu’il renonce au pouvoir pour éviter au pays les risques qui le menacent. Il est clair à présent que le président élu n’arrive pas à tirer les conclusions qu’il faut de son parcours politique. Les ‘amis’ étrangers peuvent-ils l’aider dans ce sens ?

Sommes-nous d’accord pour accepter que les militaires ont été ‘amenés’ à faire leur coup du 6 août ? Avec ‘leurs’ parlementaires, ils avaient planifié une destitution du président élu mais au nom des mécanismes prévus par la Constitution. Ils disent et le répètent : ils ne sont pas venus au pouvoir pour y rester. Accordons-leur le bénéfice de la bonne foi, le temps d’élaborer avec eux les mécanismes pouvant garantir la pérennité des institutions. Qu’est-ce que cela coûterait à une classe politique qui a toujours manqué d’initiative d’anticiper et d’imaginer une sortie de crise consensuelle.

Le 6 août, quand au petit matin nous apprenions la destitution des chefs de corps, nous avons tous imaginé la suite. Les militaires ont mis du temps pour monter le Haut Conseil d’Etat. Parce qu’ils espéraient impliquer des civils – une façon de faire semblant, peut-être mais l’expression d’un scrupule quand même. Parce que toute la classe politique a été intransigeante, ils ont dû faire avec seulement les militaires. Ils ont mis du temps pour former leur gouvernement. Parce qu’ils espéraient un gouvernement d’union nationale ou de large consensus. Intransigeance des politiques. Le gouvernement a été monté avec le matériau du bord. Il n’a pas eu l’envergure d’un gouvernement de crise. Ils ont voulu faire élaborer par le Parlement – ou ce qui en reste – une feuille de route. Intransigeance des politiques. Ils ont fait avec ceux qui les soutiennent. Et ils ont produit un programme qui prévoit une transition de douze à quatorze mois et la non éligibilité des militaires. Entre eux.

Imaginons un moment qu’à chaque phase, les politiques aient accepté de participer et d’imposer leurs idées… quels résultats pour la Mauritanie ? Sans aucun doute un régime beaucoup moins militarisé, certes une démocratie en panne mais dont la panne serait déjà en cours de réparation. Et pour le bien de tous.

Ceux qui croient qu’on peut faire l’économie de compromis se trompent. L’intransigeance ne paye pas. Par contre, la flexibilité et la disponibilité à débattre feront que les compromis seront réciproques.

Le meilleur service que le front national pour la défense de la démocratie peut rendre au pays et à la démocratie, c’est d’anticiper en proposant une solution garantissant une avancée et non un recul. Le retour de Sidi Ould Cheikh Abdallahi ou le maintien du pouvoir militaire sont chacun un recul. Cherchons autre chose.

Je rappellerai toujours cette année de 1992. Quand l’opposition de l’époque avait refusé de reconnaître les résultats de la présidentielle de janvier, puis décidé le boycott des législatives de mars en comptant sur l’étranger pour déloger le «président élu» de l’époque. Par la suite, nous avons tous compris qu’il s’agissait là du péché originel d’une opposition qui courra encore et encore derrière les événements. La démocratie en sortira à jamais ternie. Et le «président élu» aura toute la latitude d’asseoir son pouvoir et de tenir le pays treize ans de plus. Il est parti parce quelques officiers l’ont voulu. Avant d’imaginer une transition qu’ils ont dirigée. A bout de souffle, les politiques n’ont fait que suivre. Ils n’ont pas voulu ou pu imposer leur point de vue. Tous les ratages qui s’en suivront trouvent là leur fondement principalement.

Comment faire pour ne pas répéter les mêmes erreurs ? C’est la question que devront se poser les dirigeants politiques en ces temps. La réponse qu’ils trouveront, chacun à son niveau, les aiderait à voir plus clair, à faire les choix qu’il faut pour la Mauritanie et pour la démocratie.

…Tout le reste est faiblesse. Parce que l’intransigeance est la première expression de faiblesse. Parce que l’intransigeance ne mène nulle part. Sinon à l’exclusion.

 

 

Source :
La Tribune n°426


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