L’Edito de La Tribune Par Mohamed Fall Ould Oumère

26 11 2008

 

 

 

Dans quelques jours, nous allons fêter le 48ème anniversaire de l’indépendance de
la République Islamique de Mauritanie.

28 novembre 1960-28 novembre 2008. Je parie que nombre d’entre ceux qui ont assisté à la naissance du pays, ne croyaient pas un jour arriver à cet âge. ‘Age’ n’est peut-être pas le mot approprié. Mais imaginons un moment tous ces hommes qui peuplent notre espace politique actuel et posons-nous la question de savoir s’ils n’ont jamais pensé arriver à 2000. C’était loin, presqu’inaccessible. D’ailleurs on en parlait que pour manifester des tendances eschatologiques plus ou moins bien élaborées. Ou pour reculer des échéances d’espoirs légitimes. Je me souviens quand on inventait au milieu des années 70 le slogan «la santé pour tous en l’an 2000». Puis au début des années 80 «l’éducation pour tous en l’an 2000». Puis plus tard «la justice pour tous en l’an 2000», «un toit pour tous en l’an 2000»… On promettait tout pour cet horizon-là. Aujourd’hui cet horizon est largement dépassé. Et qu’avons-nous eu de tout ça ?

Un système sanitaire qui ne répond guère aux attentes des populations. Un système éducatif qui déforme l’esprit de générations, les unes après les autres. Une justice qui participe – si elle ne promeut pas franchement – à la corruption du corps social. Une gazra qui perdure sous forme d’habitats précaires et insalubres.

Le projet de «la Mauritanie de demain» n’a finalement été que l’aboutissement d’une modernité débridée parce que mal assimilée. Au moment où «la Mauritanie d’hier» disparaissait sous les coups de politiques faites d’atermoiements et d’infantilismes. Et «la Mauritanie de toujours» s’en est fortement ressentie…

A qui la faute ? A toutes ces générations de Mauritaniennes et de Mauritaniens qui ont décidé d’un commun accord de dilapider toutes leurs potentialités, d’utiliser tout leur génie pour détruire leur pays, lui refuser de se développer et de s’accomplir normalement.

Qu’est-ce que nous avons à continuer à nous quereller pour un ordre qu’on veut toujours injuste ? Chacun essayant de tirer la couverture à lui.

Il y a 20 ans, une folie collective avait mené aux événements de 1989 et de la période noire qui avait suivi. Je le rappelle parce qu’en dépit de l’hystérie d’une «pensée u(i)nique» qui dictait sa loi, des voix se sont exprimés, des hommes et des femmes ont bravé «le politiquement correct» de l’époque, et ont dénoncé. Il y avait encore des sages parmi nous. Et des Justes. Des hommes politiques, des hommes d’affaires, des hommes tout court…

Je ne citerai personne autre que l’Imam Boudah Ould Bouçeyri qui avait consacré ses khoutba (prêches) de vendredi et du fitr à la question de la cohésion nationale et à la nécessité de préserver le pays et de garantir sa stabilité. Ce pays, c’est la seule chose qui nous restera quand on aura tout perdu. Et nous avons tout perdu ou presque. Dignité. Histoire. Valeurs. Sens de l’équité. Humilité. Tolérance. Convivialité. Engagement. Austérité.

Il est normal que l’homme mauritanien de novembre 2008 soit différent de celui de novembre 1960. Mais il devait en être un prolongement dans le sens de l’évolution positive. Ce n’est pas le cas. Egocentrique. Flamboyant. Extravagant. Dilué. Déraciné. Sectaire. Vaniteux. Faussaire. Matérialiste. Boulimique. Nerveux. Agressif. Schizophrène. Roublard. Versatile.

Ce n’est pas de l’auto-flagellation. C’est l’impression que le mauritanien que je suis a de mes compatriotes des villes. Donc de ceux qui décident de tout et de tous. Le millier de mauritaniens qui animent la scène publique et qui donnent l’impression que le pays est en pleine ébullition. Qu’il est en pleine crise.


La Mauritanie est en crise effectivement. En crise de croissance. Et cela ne date pas de trois mois. Quand Sidi Ould Cheikh Abdallahi, Ahmed Ould Daddah et Zeine Ould Zeidane sont passés en tête à l’élection présidentielle, c’était le premier indicateur de cette crise : en trente ans la classe politique n’a pas produit de leader à même de dépasser les 11% du suffrage. Les trois hommes qui ont dépassé ce cap sont plutôt des technocrates qui sont entrés en politique par effraction sinon par défaut. Nous n’en avons pas tiré les conclusions qu’il fallait. Le personnel politique n’a pas jugé utile de laisser se renouveler la classe. Il a continué à opérer ‘ses’ manœuvres par-ci par-là. Utilisant un matériau ancien pour un terrain forcément nouveau. Le ratage démocratique ne relève pas de la seule responsabilité de Ould Cheikh Abdallahi ou des généraux. Il est aussi le résultat de la démarche de cette classe politique qui se meut depuis la veille de l’indépendance et qui n’entend pas se démettre.

Si la situation actuelle pouvait aboutir à la fin de l’ordre politique ancien, ce serait une chance pour le pays. Fin des groupuscules, donc des démarches groupusculaires et sectaires. Recul du clientélisme devant l’engagement militant. «Professionnalisation» politique : aujourd’hui nous avons l’impression que chaque mauritanien est un politique en puissance, parce que la politique est une source de revenus faciles (et énormes) ; inverser cette situation en réhabilitant le travail productif et le mérite.

Le «retour à l’ordre constitutionnel», c’est aussi ça. Et c’est même surtout ça parce que la situation d’avant ne pouvait produire que ce qu’elle a produit : le recul.     

 

Source :
La Tribune n°425


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