De quoi sera fait l’après-Sidi ?

26 11 2008

De quoi sera fait l’après-Sidi ?

 

La semaine dernière aura été riche en événements. Concernant la Mauritanie. Et le dossier mauritanien. Le 20 novembre expirait le deadline fixé par l’Union européenne à la réunion de Paris. Le 21 se tenait la réunion d’Addis-Abeba à laquelle participaient des délégations de l’Union africaine, de l’UE, des Nations Unies, de l’OIF et de la Ligue arabe. En plus de Jean Ping, président de la commission africaine, il y avait aussi le ministre français des affaires étrangères, Bernard Kouchner. 

«Les participants ont constaté qu’après le communiqué conjoint publié à l’issue de la réunion consultative du 10 novembre 2008 et marquant la nécessité de nouvelles propositions de la part des autorités issues du coup d’Etat pour permettre le retour à l’ordre constitutionnel, celles-ci n’ont fait parvenir ni à l’UA ni à l’UE aucun élément nouveau par rapport au document soumis à l’UA le 4 novembre 2008, et cette réponse a été jugée insuffisante par la communauté internationale». Pour les participants les exigences sont : «libération inconditionnelle du Président Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi, sa contribution en sa qualité de Président à la recherche d’une solution, la participation de toutes les parties prenantes et le plein respect de la Constitution. Dans ce cadre, cette approche pourrait conduire à la tenue d’élections présidentielles libres et régulières, comme élément d’une solution globale, pacifique et démocratique à la crise, qui soit acceptable pour le peuple mauritanien et jouisse de l’appui de la communauté internationale». A défaut, les participants ont envisagé la saisine du conseil de sécurité. Tout en maintenant les menaces de sanctions, «notamment des mesures individuelles». Enfin «les participants sont convenus de dépêcher, avant leur prochaine réunion, une délégation de haut niveau en Mauritanie conduite par l’UA et comprenant les représentants de la Ligue arabe, des Nations unies, de l’OCI, de l’OIF et de l’UE. Cette mission a pour mandat de s’entretenir avec le Président Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi et le Général Mohamed Ould Abdel Aziz, pour les engager à envisager une solution consensuelle de sortie de crise». 

Auparavant le ministre français des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, avait déclaré que « ce qu’il faut en Mauritanie, c’est retourner à l’ordre constitutionnel et ne pas accepter que des coups d’Etat déstabilisent l’Afrique. L’UE et l’UA sont là-dessus en plein accord. Il faut maintenant qu’une solution pacifique soit apportée ». Ajoutant que « l’ONU et l’UE doivent décider s’il y aura des sanctions ou non. Moi je n’en suis pas un grand partisan et je ne pense pas que le peuple mauritanien puisse les supporter, lui qui est déjà extrêmement pauvre. Mais des sanctions individuelles seront sans doute envisagées voire adoptées ».

Sur le plan intérieur, le Général Mohamed Ould Abdel Aziz, président du HCE, continue sa conquête des mauritaniens. Le voyage de Rosso, première sortie à l’intérieur, a été l’occasion de préciser certaines positions. Sur les enquêtes judiciaires se rapportant à la mauvaise gestion. Sur les réfugiés et sur le passif humanitaire. Sur sa conception de la gouvernance. Les autres membres du HCE ont continué leur campagne de sensibilisation à Nouakchott où plusieurs meetings ont été organisés. Les colonels Ahmedou Bamba Ould Baya, secrétaire général du HCE, Dia Oumar, chef d’Etat Major particulier et Mesgharou Ould Sidi chef d’Etat Major de la Garde nationale. A la vue des meetings et de la visite, on pourrait dire que le HCE a largement remporté la partie de la bataille extérieure. Ce qui compense les «hésitations» de l’étranger. On peut alors se demander quels sont les scénarii possibles.

Le 12 décembre prochain – un 12/12 comme par hasard – une nouvelle réunion se tiendra pour évaluer la situation en Mauritanie. Il est sûr qu’entretemps les Etats généraux de la démocratie n’auront pas eu lieu. Donc aucun calendrier n’aura été fixé. Seulement des promesses fermes d’organiser des élections libres et transparentes. La seule nouveauté sera la rencontre de la délégation commune (UA, UE, Ligue Arabe, OIF) avec les présidents Ould Abdel Aziz et Ould Cheikh Abdallahi. Qu’est-ce qu’on peut attendre de cette rencontre ? La délégation découvrira un Ould Abdel Aziz intransigeant sur le retour de la situation ante, et un Ould Cheikh Abdallahi accroché à son fauteuil. Très probablement. Que fera-t-elle alors ? Elle cherchera à rapprocher les points de vue. Si Ould Abdel Aziz se dit prêt à tout discuter sauf du retour de Ould Cheikh Abdallahi, ce dernier n’entend visiblement rien négocier. Il est aujourd’hui l’otage d’un jusqu’au-boutisme qu’il sera difficile de justifier aux yeux d’observateurs venus pour négocier. Qui dit négocier dit «donnant/donnant». Est-ce qu’il faut situer ici les démarches préliminaires entreprises par l’Etat du Qatar qui recevait cette semaine le ministre mauritanien des affaires étrangères et qui recevra le Premier ministre, Ould Mohamed Laghdaf la semaine prochaine ? Peut-être.

Le second scénario est le moins plausible. Parce qu’il suppose un changement de stratégie de l’opposition au putsch du 6 août. Les partis soutenant le retour de Ould Cheikh Abdallahi acceptant finalement que ce retour est désormais impossible. Ne serait-ce que pour ce qu’il porte en lui de germes de déstabilisation. Ould Cheikh Abdallahi se rendant lui-même à l’évidence et acceptant de sacrifier une once d’amour-propre pour la Mauritanie. Lui et ses alliés chercheront alors une formule qui lierait son départ à la sortie des militaires du champ politique. D’une pierre deux coups : empêcher le retour d’un régime qui a montré ses limites et mettre fin à l’instabilité politique.

Le troisième scénario est probable. Le FNDD persiste dans son refus de participer aux journées de concertation. Le pouvoir décide de faire sans les partis formant le front. Les Etats généraux de la démocratie sortent avec une feuille de route comprenant une période de transition (‘la plus courte possible’), des garanties de neutralité et probablement une obligation de réserve pour les militaires. Quelque chose qui sera «vendable» à l’extérieur et qui suscitera l’adhésion à l’intérieur. Auquel cas, nous revivrons le syndrome de 1992 avec une opposition s’excluant volontaire du jeu et un pouvoir qui a toute la latitude de fixer les règles du jeu.

Le dernier scénario, tout aussi probable, consiste à rester sur ses positions actuelles. Pour le pouvoir à rétablir les délais initiaux de 120 jours face à la communauté internationale, renforcer son assise intérieure, le tout en attendant de normaliser sa présence sur la scène mondiale. Dans ce cas le temps joue largement en sa faveur. On se souvient qu’au début, le FNDD bataillait pour la présence dans les conférences internationales, aujourd’hui ce n’est plus le cas. C’est ainsi que le ministre de l’hydraulique actuel a représenté solennellement le pays à Alger où il a été reçu comme il faut. L’Algérie est le pays de la région qui a exprimé le plus de rejet pour les nouvelles autorités. Un ministre au Qatar, un au Burkina, à Paris, à Madrid… petit à petit, le fait accompli produit son effet. D’autant plus que selon les grands soutiens du président déchu, Ould Cheikh Abdallahi aurait été sur le point de rompre ses relations avec Israël notamment. Ce qui ne doit certainement pas plaire aux amis occidentaux.

Quoi qu’il en soit, la Mauritanie vit un tournant de son histoire. Même si elle ne paraît pas dans la vie de tous les jours, la crise angoisse. Surtout dans ses aspects relations avec l’extérieur. Tout mauritanien sent que des risques existent et qu’il serait dommage de faire courir de tels risques au pays. Dommage pour tous. Et pour le pays.

 

Bechirou Wade

Source : La Tribune n°425


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