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Libération de Ould Cheikh Abdallahi : vers la République de Lemden ?

18 11 2008

Libération de Ould Cheikh Abdallahi :

Vers la République de Lemden ?

 

«Lemden 30 km». De la route de l’Espoir. A gauche. Un petit village du point de vue de la densité de la population. Un grand village du point de vue de l’aura. Cela a précédé Sidi Ould Cheikh Abdallahi. Cela lui survivra. Un lieu aussi de pèlerinage. Pour les disciples de la Tariqa Tidjaniya dans cette partie de l’ouest mauritanien, le lieu est très connu.

Depuis jeudi dernier, c’est pour d’autres raisons que Lemden devient une destinée prisée de journalistes, diplomates et dirigeants politiques. Le Président Sidi Ould Cheikh Abdallahi, renversé le 6 août dernier a été transféré dans son village natal, Lemden. Tous veulent le voir et l’entendre.

«Je ne suis plus prisonnier, mais je ne suis pas libre non plus», précise Ould Cheikh Abdallahi qui ajoute : «Bien que privé de ma liberté, je démens catégoriquement de m’être engagé à quitter la vie politique et je suis toujours le président légitime de la Mauritanie…Je réaffirme mon rejet du pouvoir auto-installé à Nouakchott depuis trois mois…». Comme s’il voulait répondre au ministre de la communication du gouvernement en place, lequel a déclaré que le Président s’est engagé à sortir du champ politique. Pourtant ses premiers propos sont «mous». Il parle comme s’il s’agissait d’une situation normale devant laquelle il a adopté une attitude de résignation. Pas un mot à ceux du Front national pour la défense de la démocratie qui l’ont soutenu. Pas un mot sur la crise du pays ni sur son état. Juste un plaidoyer pour lui-même et son entourage immédiat.

Il faudra attendre la visite des leaders du FNDD pour le voir adopter une attitude plus combative et plus politique. Même s’il se contente de dire que  «les leaders politiques du Front m’ont simplement fait part de leur difficultés à exprimer leur position depuis le 6 août, autrement dit de leur incapacité à manifester pacifiquement», il faut supposer qu’ils lui ont suggéré plus d’enthousiasme et plus d’engagement. Il revendiquera alors la légitimité et se dira «choqué par la chasse aux sorcières» qui prévaut, selon lui depuis quelques jours dans le pays. «Plusieurs personnalités opposées au coup d’Etat font aujourd’hui l’objet de poursuites judiciaires, et notamment mon premier ministre, Yahya ould Ahmed el Waghf», a déploré le président déchu (interview à RFI). C’est ici aussi qu’il remercie la communauté internationale. et qu’il ajoutera résolument : «Le général Mohamed Ould Abdel Aziz a fait un coup d’Etat contre un président démocratiquement élu pour un mandat de cinq ans ; je vous laisse apprécier la gravité de cet acte, par rapport à notre constitution».

La veille de cette libération, l’Union africaine avait réuni à Addis-Abeba la Ligue Arabe, l’Union Européenne, l’ONU et l’OIF pour discuter de la situation en Mauritanie à la veille de l’expiration du deadline du 20 novembre fixé par l’Union Européenne à la suite de la réunion de Paris. Les autorités mauritaniennes avaient dépêché une délégation dirigée par le colonel Ould Baya, SG du HCE au Caire pour exposer à la Ligue Arabe ses intensions. Du coup la Ligue est devenu l’avocat de la Mauritanie auprès des paires. Son secrétaire général adjoint a même déclaré qu’il n’était pas question pour la Ligue de laisser un membre à part entière de l’organisation subir les sanctions. Les démarches de la Ligue ont-ils porté fruit ?

Les participants ont indiqué que la consultation a permis de « procéder à un échange d’informations, de vues et d’analyses sur l’évolution de la situation en Mauritanie depuis septembre dernier« , la même source a ajouté que « les participants sont convenus de la nécessité pour toutes les organisations concernées de travailler étroitement ensemble pour promouvoir une sortie de crise conforme à la Constitution mauritanienne et aux engagements internationaux de la Mauritanie. »

Les participants à la réunion d’Addis-Abeba ont réitéré leur détermination « à tout faire pour contribuer à hâter le retour à l’ordre constitutionnel » dans notre pays. Les représentants de ces organisations, a précisé le communiqué rendu public à cet effet, « ont réitéré la disposition de leurs organisations respectives à aider les acteurs mauritaniens, dans le cadre d’un dialogue constructif, à trouver une solution consensuelle à la crise que connaît la Mauritanie dans le cadre de la Constitution du pays. Dans le même temps ils ont réitéré la détermination de leurs organisations respectives à tout faire pour contribuer à hâter le retour à l’ordre constitutionnel.« 
Les différentes organisations ont, par ailleurs, pris acte de l’échéance de la consultation entre l’UE et la Mauritanie prévue le 20 novembre, « comme devant constituer une occasion irremplaçable pour les autorités issues du coup d’État de marquer leur engagement dans un processus de sortie de crise conforme aux éléments clés ci-dessus et susceptible de recueillir l’appui de la communauté internationale. »

C’est probablement suite à cette intercession arabe qu’intervient la libération – ou la semi-libération – de Ould Cheikh Abdallahi. En tout cas elle est le premier geste fait par le nouveau pouvoir à l’égard de la communauté internationale.

Premier commentaire, celui du porte-parole du ministère des affaires étrangères français dont le pays préside actuellement l’Union Européenne. Pour lui le transfert du président renversé dans son village natal « ne vaut pas retour à l’ordre constitutionnel« , mais l’Union Européenne devra en « tirer les conséquences« . Tout en rappelant «  qu’il reste cinq-six jours avant le 20 novembre, et que ce n’est vraiment pas le signe qui nous fait penser que cela va dans le sens qui a été très clairement souhaité par l’union européenne« . Les menaces ne s’arrêtent pas là. « Cette attitude de la junte va, malheureusement, si on continue sur cette pente, conduire à ce que l’Union Européenne soit conduite à en tirer les conséquences, ce que nous déplorons« . Mais, nuance, dans les exigences européennes : « la libération du président, la libération du premier ministre légitime, le retour à l’ordre constitutionnel, et l’organisation notamment d’élections dans un temps rapproché et de façon structurée, organisée et transparente« .

Pendant ce temps, la roue de l’Histoire tourne. Le HCE prépare activement les Etats généraux de la démocratie dont la date reste à fixer. Des réunions avec les diplomates étrangers qui ont tous accepté de participer à ces réunions, les représentants de partis, de la société civile… Visiblement le HCE tient à faire participer le maximum d’acteurs de la vis sociale et politique. Seul le FNDD a déclaré son rejet de ces concertations organisées sous les hospices d’un gouvernement illégitime.

Selon une dépêche de l’ANI, les thèmes proposés par le comité interministériel sont les suivants : Attributions du Président de la République ; Attributions du Parlement ; Rapports entre les pouvoirs exécutif et législatif ; Moyens d’influence réciproques entre les pouvoirs ;  Organe d’arbitrage entre les institutions ; Modalités d’organisation du pouvoir exécutif ; Place des Forces Armées et de Sécurité dans le dispositif politique et institutionnel ; Eligibilité ; Les modalités de rétablissement de l’ordre constitutionnel ; La gestion de la période de transition (conditions de réussite, programme, durée…) ; L’organisation des états généraux de la démocratie. La dépêche précise que «ces sujets ne sont pas exhaustifs» et que «les intervenants peuvent proposer, à leur convenance, d’autres thèmes ou d’évoquer des sujets qu’ils jugent importants ou utiles au débat».

Cette semaine verra le démarrage de la campagne d’information menée par trois membres du HCE au niveau de Nouakchott : le SG du HCE colonel Ahmedou Bamba Ould Baya, le chef de l’Etat major particulier du chef de l’Etat, colonel Dia Oumar et le commandant adjoint de la Garde nationale, colonel Mesqarou Ould Sidi. La campagne commence par un meeting à Riadh ce lundi. La bataille se passe visiblement à l’intérieur pour le Haut Conseil d’Etat. Mais la quête de la légitimité intérieure, risque-t-elle de faire oublier le défi extérieur ?

 

Bechirou

Source: La Tribune n°424


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