Edito de La Tribune Par Mohamed Fall O Oumère

18 11 2008

Edito de La Tribune Par Mohamed Fall O Oumère

 

Nos gouvernants ne doivent pas faire des constructions naïves et peu réalistes. Ils doivent savoir gérer la complexité mauritanienne sans tomber dans les pièges tendus par les «malins».

L’assainissement de la gestion n’est pas vraiment une demande sociale nettement exprimée. La société est fortement tribalisée. Et le pacte par lequel la tribu reconnaît la suprématie de l’Etat, c’est bien son impartialité. En terme trivial, on peut l’exprimer comme suit : aucune tribu ne doit se sentir au pouvoir et aucune tribu ne doit être dans la position de victime face au pouvoir en place. C’est ce que Ould Taya n’a pas compris en 2003. C’est ce qu’il n’a compris tout court. Et c’est en partie ce que Ould Cheikh Abdallahi n’a pas compris non plus.

Les dérapages en la matière sont faciles. Et dangereux pour l’unité et la pérennité de l’Etat. Il faut tout faire pour les éviter.

Récemment, en Occident, quand la crise de l’immobilier à fait sombrer le système financier, on a préféré renflouer – donc remettre en cause les fondements de l’économie libérale – plutôt que d’envoyer les fauteurs en prison. Par peur de provoquer une catastrophe économique par l’effondrement du système lié à ce tissu fait de malversations. Pour le cas d’espèce, a-t-on pensé à ce que peut valoir l’affaire Air Mauritanie au système bancaire mauritanien ? Si l’on tient à faire payer administrateurs, chefs d’entreprise, fournisseurs, liquidateurs… a-t-on évalué l’impact social et économique ? et même politique ?

On peut toujours se réfugier derrière le prétexte de l’indépendance de la justice, mais il faut que le chef de l’Etat, le Général Mohamed Ould Abdel Aziz explique aux administrateurs, aux juges, aux flics… que la conjoncture appelle l’apaisement qui ne peut être que le fruit d’une vision globale de la situation. Et non singulière.

 … Nos gouvernants ne doivent pas faire des constructions naïves et peu réalistes. Ils doivent savoir gérer la complexité mauritanienne sans tomber dans les pièges tendus par les «malins»…

Mokhtar Ould Daddah, qu’Allah l’accueille en Son Saint Paradis, est notre maître à tous. Surtout quand il s’agit de traiter les questions d’Etat, l’amour de la Patrie et le sens du sacrifice. En 1978, le Président Mokhtar qui avait fini par fonder une légitimité historique et populaire après 18 ans de règne, avait su très tôt que l’Armée préparait un coup d’Etat contre sa personne. Lui qui avait tant fait à ce pays avait choisi de laisser faire. «S’ils veulent le pouvoir, ils n’ont qu’à le prendre». En fait, et nous l’avons tous compris à l’époque, le Président Mokhtar ne voulait pas faire courir de risques au pays pour un pouvoir qui le fatiguait déjà. Il a sacrifié ce pouvoir, le bien-être qu’il procure, la notoriété qui l’accompagne. Pour la Mauritanie.

30 ans après, c’est le défi qui attendait Sidi Ould Cheikh Abdallahi à sa sortie de prison. Il a choisi de se cramponner. A un pouvoir qu’il a dilapidé en moins de seize mois. A un pouvoir qui ne lui a finalement pas rapporté en terme de confirmation de soi, en terme d’accomplissement en tant qu’homme d’Etat.

Comme vous j’ai entendu Ould Cheikh Abdallahi. Je l’ai vu. Dès ses premières sorties sur les chaînes arabes. Avant que les ‘amis’ du front ne s’en mêlent.

Appartenant à une génération qui a vu se construire le pays avec l’indépendance, je suis sidéré par la facilité pour nos ‘cadres’ d’être là où ils ne devraient pas être. Au lieu de comprendre que l’entrée par effraction dans la politique a été le fruit d’une manipulation, le ‘Président élu’ a choisi de revendiquer le trône au nom de la légitimité des urnes. Comme s’il ne nous disait pas il y a quelques semaines qu’il avait été là par la volonté des généraux en qui il avait «toute confiance». A-t-il conscience que la rupture avec eux est née de son incapacité à gérer ses relations avec ses soutiens ? Comment va-t-il faire avec les formations du FNDD ? Des formations qui ont leur histoire politique, leur parcours politique, leurs fondements idéologiques, leurs choix politiques… une histoire, un parcours, des fondements, des choix qui l’ont précédé et qui lui survivront.

Les colonels – avant d’être généraux – n’avaient d’autres raisons politiques d’être que le projet Sidioca. Sidi Ould Cheikh Abdallahi n’a été un projet politique que par les militaires. Ce sont bien eux qui ont dirigé vers lui tous les soutiens dont il bénéficiera. Y compris au second tour. Surtout au second tour.

Bouchez-vous les oreilles Monsieur le Président élu. La cacophonie est insupportable. Ecoutez-vous plutôt. L’espace d’un moment. Le temps de vous dire qu’il est temps de faire un sacrifice pour ce pays. Pour la Mauritanie.

Vous avez mis votre autorité en péril en refusant d’arbitrer entre un entourage vorace. Vous avez mis votre pouvoir en péril en refusant d’évaluer les rapports de force. Ne mettez pas le pays en péril en refusant d’être prévoyant.

 

Source : La Tribune n°4242


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