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Les Echos de Mohamed Fouad Barrada

18112008

Les Echos de Mohamed Fouad Barrada

La loi de  finances  2009 ! 

 

La crise financière et ses éventuelles répercussions suscitent encore beaucoup d’intérêts.  L’Afrique  commence à s’intéresser de près à  cette crise. 
La Mauritanie et son système ne sont pas épargnés. Prévisions, diagnostics  seront à l’ordre du jour.  Le projet de loi de  finances  vient d’être approuvé  et la question qui s’impose   alors est : quelle dimension budgétaire permet-elle  de faire face aux aléas externes.  Ainsi,  la donne des accords de Cotonou est –elle intégrée.

L’aide au développement accordé par l’UE au pays    est  estimé à 300 millions d’euros dont l’assistance technique, stages de formations et bourse d’études.   Soit le tiers du budget annuel. Celui-ci est  de 270 849 168 421 Ouguiyas  selon le projet de loi de finances  nouvellement  approuvé  en conseil de ministres et présenté par l’équipe de Ould Raiss, le ministre des finances.   Officiellement, les militaires en place visent l’axe social en essayant de faire face à l’instabilité économique qui touche les économies du monde.  Ainsi, la nouvelle loi de finances  met en avant  l’activation d’un fonds de solidarité nationale. L e montant prévu pour ce fonds  est de 16 milliards d’ouguiyas.     

 Les autorités tablent  sur une croissance  réelle hors pétrole de  5,5% et  une inflation de 7, 3%. La croissance annuelle prévisionnelle avec  pétrole  pour l’année 2009 serait de 6,8%. La part de ressources propres du budget avoisine 234 milliards d’ouguiyas.
« Le Budget Consolidé d’Investissement (BCI), pour l’année 2009 s’élève à 196,5 Milliards d’Ouguiya toutes ressources confondues, soit environ 22,6% du Produit Intérieur Brut (PIB) hors pétrole. Il enregistre une augmentation de 34,7% par rapport au BCI initial de l’exercice 2008.La politique de prudence budgétaire mise œuvre par les pouvoirs publics devra ramener le niveau du déficit budgétaire prévu en 2009 à 6,2 milliards d’Ouguiya soit 0,7% du PIB (hors pétrole) contre un déficit budgétaire de 20,7 milliards projeté en 2008 soit 2.52 % du PIB (hors pétrole) », note  l’agence de presse mauritanienne dans sa livraison du  11 novembre 2008.

Il est clair que  la donne extérieure et ses retombés budgétaires   s’imposeront  entre autres à  travers la chute des  cours du fer.  Ce dernier   est  en nette diminution. La tonne de cette matière est estimée actuellement à 40 dollars contre  80 dollars jusqu’à une date récente.  La part du fer dans le PIB est presque le tiers.  Soit une diminution considérable du PIB. Le poisson quant à lui est régi par  des accords quinquennaux qui lient le pays avec l’Union européenne. Ce qui nous assure un montant qui varie entre 86 et 120 millions d’euros par an.  

Par ailleurs,  la loi de finances  2009, avec un contexte international hostile,   prévoit  une  nette progression  du budget : 18% par rapport à la loi de  finances initiale  2008.   Quelle interprétation ?

 Certes, une politique d’austérité n’est pas envisagée, car le budget devrait  augmenter.   Néanmoins, le taux de change risque de   biaiser les prévisions.  La croissance mondiale  sera fortement affectée.  Ce qui n’évitera pas au pays des répercussions considérables.   La devise étrangère  subit  une nette diminution ce qui peut aussi  affecter   le revenu national. En effet,  les  transactions  étatiques  sont  fortement dépendantes du dollar.  Toutefois,  les acteurs de la finance nationale reconnaissent  que  « Le projet de loi de finances intervient dans un contexte international marqué par une crise financière mondiale, dont les répercussions néfastes, déjà perceptibles au niveau des économies réelles, risquent de conduire à un ralentissement voire à une récession de l’économie mondiale associée à une chute prévisible des cours des matières premières (fer, pétrole etc..). En outre, ils   se veulent rassurants  en  arguant  dans la même loi  que «  malgré cette conjoncture peu favorable, les indicateurs de croissance pour l’année 2009 seront stabilisés ».  

m_barrada@yahoo.fr

Source : La Tribune n° 424




Edito de La Tribune Par Mohamed Fall O Oumère

18112008

Edito de La Tribune Par Mohamed Fall O Oumère

 

Nos gouvernants ne doivent pas faire des constructions naïves et peu réalistes. Ils doivent savoir gérer la complexité mauritanienne sans tomber dans les pièges tendus par les «malins».

L’assainissement de la gestion n’est pas vraiment une demande sociale nettement exprimée. La société est fortement tribalisée. Et le pacte par lequel la tribu reconnaît la suprématie de l’Etat, c’est bien son impartialité. En terme trivial, on peut l’exprimer comme suit : aucune tribu ne doit se sentir au pouvoir et aucune tribu ne doit être dans la position de victime face au pouvoir en place. C’est ce que Ould Taya n’a pas compris en 2003. C’est ce qu’il n’a compris tout court. Et c’est en partie ce que Ould Cheikh Abdallahi n’a pas compris non plus.

Les dérapages en la matière sont faciles. Et dangereux pour l’unité et la pérennité de l’Etat. Il faut tout faire pour les éviter.

Récemment, en Occident, quand la crise de l’immobilier à fait sombrer le système financier, on a préféré renflouer – donc remettre en cause les fondements de l’économie libérale – plutôt que d’envoyer les fauteurs en prison. Par peur de provoquer une catastrophe économique par l’effondrement du système lié à ce tissu fait de malversations. Pour le cas d’espèce, a-t-on pensé à ce que peut valoir l’affaire Air Mauritanie au système bancaire mauritanien ? Si l’on tient à faire payer administrateurs, chefs d’entreprise, fournisseurs, liquidateurs… a-t-on évalué l’impact social et économique ? et même politique ?

On peut toujours se réfugier derrière le prétexte de l’indépendance de la justice, mais il faut que le chef de l’Etat, le Général Mohamed Ould Abdel Aziz explique aux administrateurs, aux juges, aux flics… que la conjoncture appelle l’apaisement qui ne peut être que le fruit d’une vision globale de la situation. Et non singulière.

 … Nos gouvernants ne doivent pas faire des constructions naïves et peu réalistes. Ils doivent savoir gérer la complexité mauritanienne sans tomber dans les pièges tendus par les «malins»…

Mokhtar Ould Daddah, qu’Allah l’accueille en Son Saint Paradis, est notre maître à tous. Surtout quand il s’agit de traiter les questions d’Etat, l’amour de la Patrie et le sens du sacrifice. En 1978, le Président Mokhtar qui avait fini par fonder une légitimité historique et populaire après 18 ans de règne, avait su très tôt que l’Armée préparait un coup d’Etat contre sa personne. Lui qui avait tant fait à ce pays avait choisi de laisser faire. «S’ils veulent le pouvoir, ils n’ont qu’à le prendre». En fait, et nous l’avons tous compris à l’époque, le Président Mokhtar ne voulait pas faire courir de risques au pays pour un pouvoir qui le fatiguait déjà. Il a sacrifié ce pouvoir, le bien-être qu’il procure, la notoriété qui l’accompagne. Pour la Mauritanie.

30 ans après, c’est le défi qui attendait Sidi Ould Cheikh Abdallahi à sa sortie de prison. Il a choisi de se cramponner. A un pouvoir qu’il a dilapidé en moins de seize mois. A un pouvoir qui ne lui a finalement pas rapporté en terme de confirmation de soi, en terme d’accomplissement en tant qu’homme d’Etat.

Comme vous j’ai entendu Ould Cheikh Abdallahi. Je l’ai vu. Dès ses premières sorties sur les chaînes arabes. Avant que les ‘amis’ du front ne s’en mêlent.

Appartenant à une génération qui a vu se construire le pays avec l’indépendance, je suis sidéré par la facilité pour nos ‘cadres’ d’être là où ils ne devraient pas être. Au lieu de comprendre que l’entrée par effraction dans la politique a été le fruit d’une manipulation, le ‘Président élu’ a choisi de revendiquer le trône au nom de la légitimité des urnes. Comme s’il ne nous disait pas il y a quelques semaines qu’il avait été là par la volonté des généraux en qui il avait «toute confiance». A-t-il conscience que la rupture avec eux est née de son incapacité à gérer ses relations avec ses soutiens ? Comment va-t-il faire avec les formations du FNDD ? Des formations qui ont leur histoire politique, leur parcours politique, leurs fondements idéologiques, leurs choix politiques… une histoire, un parcours, des fondements, des choix qui l’ont précédé et qui lui survivront.

Les colonels – avant d’être généraux – n’avaient d’autres raisons politiques d’être que le projet Sidioca. Sidi Ould Cheikh Abdallahi n’a été un projet politique que par les militaires. Ce sont bien eux qui ont dirigé vers lui tous les soutiens dont il bénéficiera. Y compris au second tour. Surtout au second tour.

Bouchez-vous les oreilles Monsieur le Président élu. La cacophonie est insupportable. Ecoutez-vous plutôt. L’espace d’un moment. Le temps de vous dire qu’il est temps de faire un sacrifice pour ce pays. Pour la Mauritanie.

Vous avez mis votre autorité en péril en refusant d’arbitrer entre un entourage vorace. Vous avez mis votre pouvoir en péril en refusant d’évaluer les rapports de force. Ne mettez pas le pays en péril en refusant d’être prévoyant.

 

Source : La Tribune n°4242




Liberté isolée pour Sidi !

18112008

Post-scriptum 

 

Liberté isolée pour Sidi ! 

 

Les militaires ont lâché du lest en permettant à Sidi Ould Cheikh Abdallahi de recevoir dans son village natal qui il veut…Y compris des diplomates étrangers et la presse internationale. Ils se sont cependant montrés maladroits en faisant intercepter par la police le conseiller du président renversé Abdallahi Mamadou Bâ qui se trouvait en route pour Lemden avec l’intention de rendre visite à celui qu’une bonne partie de la classe politique et l’opinion internationale considèrent encore comme le président légitime de

la Mauritanie. Cette interception, même si elle n’a duré que quelques heures, le temps de faire rater à l’intéressé la conférence de presse organisée par les dirigeants du FNDD en compagnie du président déchu, est d’autant plus malhabile qu’elle est intervenue dans une atmosphère d’interpellations aux relents de chasse aux sorcières. Ould Mohamed Waghf et d’autres anciens responsables de la défunte Air Mauritanie ainsi que des personnalités du commissariat à la sécurité alimentaire, entre autres, sont l’objets d’enquêtes: les uns au sujet de la  liquidation de la société Air Mauritanie et les autres dans le cadres de la gestion du plan d’urgence (PSI). Curieux quand même que cette soudaine volonté de lutter « contre les crimes économiques et financiers » ne cible que des partisans du président renversé. On est loin du principe d’Eli Ould Md Vall qui prétextait que demander des comptes à un seul mauritanien impliquerait tous les autres du fait d’un système politique qui a duré vingt ans…Bien entendu un tel prétexte ne tient pas la route dans un pays où il y a encore des citoyens qui n’ont rien à se reprocher en matière de gestion des deniers publics et qui sont moralement irréprochables à l’égard de concitoyens ayant été victimes de toutes formes de violations de droits humains…Seulement, il s’avère paradoxal qu’un régime sous pression comme celui dirigé par le HCE s’en prenne à des personnalités en position de faiblesse, dans un contexte où il est attendu des dirigeants la prise en charge transparente des dossiers délicats comme le passif humanitaire, et en même fasse une campagne auprès des populations du pays à travers des décisions courageuses mais insuffisamment bien étudiées. L’interdiction d’exporter le ‘bon’ poisson pour le mettre à la disposition des citoyens, c’est bien beau, mais à quel prix pour
la Mauritanie et jusqu’à quand cela peut-il durer ? On a vu les boutiques du ramadan. A présent les réductions de prix du gaz butane, lequel devient presque introuvable. Les promesses du kilo de viande à la moitié de son prix sont difficiles à tenir du fait d’une réalité du marché incontrôlable. Sur un tout autre volet on a vu le chef de la junte au pouvoir s’intéresser aux malades et promettre la gratuité des soins à certains d’entre eux. Mais sur les lieux, la vérité est autre : il faut payer c’est tout. Et dire que des grands projets sont en chantier au moment où pour tout le pays un seul scanner est disponible pour recevoir par jour près de 266 patients ! 

Les journées de concertations envisagées qui risquent de se faire avec une seule partie des classes politique et sociale du pays prendront-elles en charge et efficacement toutes les difficultés du mauritanien pour le bien être de qui chacun prétend se mouvoir ? Apparemment non car les 11 thèmes proposés porteront sur le fonctionnement des institutions. 

En réalité, il y a un populisme tape-à-l’œil dont nous faisons tous l’objet. Et nous ne ressemblons en rien aux libyens qui ont tenu plusieurs années durant le coup des embargos de l’occident : ils étaient certes dirigés par un Khadaffi dictatorial mais il y avait une certaine autosuffisance alimentaire chez eux. Pour nous à la place de l’alimentaire il y a les plus belles voitures importées du Japon, de l’Europe te de l’Amérique. Il y a aussi les villas cossues et les pseudo châteaux dont les matériaux nous viennent d’ailleurs, de très loin. Sans compter les basins trop riches que nos ministres nègres et arabes aiment arborer et qui viennent généralement de l’Europe. Tout ça donc pour une infime minorité. La masse se condamnant à espérer. Ne serait-ce que pour ces luxueuses choses auxquelles nos grands hommes se sont habitués, il nous est difficile de tenir tête au reste du monde qui nous appelle à la ‘normalité’…Est-ce pour cette raison qu’à défaut de libérer purement et simplement Sidi Ould Ch. Abdallahi, l’on a choisi de l’installer chez lui comme un vieux notable qui aurait décidé de ne plus s’intéresser à la politique comme activité d’ici-bas ? Le vieux sage se résoudra-t-il, dans sa volonté de résister au putsch, à faire de son village natal la capitale politique du pays et à nommer un gouvernement puisque de toutes les façons il jouit d’un soutien international et national on ne peut crédible ? 

Kissima

Source : La Tribune n° 4242 




La mue vers la monétique continue

18112008

GIMTEL 

 

La mue vers la monétique continue 

 

Le Groupement Interbancaire de Monétique et de Transactions Électroniques (GIMTEL) a débuté ses activités depuis un peu plus d’un an et demi. Pourtant les demandes de la fameuse carte verte stagnent. Et les transactions quotidiennes et commerciales tardent à faire leur mue vers la monétique. 

 

Jusqu’à présent, seules quatre banques (BCI, BMCI, BAMIS et BCM) sont connectées au réseau interbancaire, et quatre autres sont en cours de raccordement. La plupart des banques avancent encore assez lentement dans le programme. À la Mauritpost par exemple, absolument rien n’a encore été fait, pourtant inéluctablement toutes les banques devront arriver à cette interbancarité dans le paiement électronique. Plus en aval, si le GIMTEL en est à un stade avancé de la production de cartes interbancaires, depuis juin 2007, il n’en demeure pas moins qu’au niveau des banques, les demandes de la fameuse carte verte stagnent. 

«Au niveau des terminaux de paiement électronique (TPE), nous en avons une soixantaine disséminés dans tout Nouakchott, au niveau des commerces, pharmacies, restaurants etc..» précise Aliou Sall, directeur commercial et des relations extérieures de GIMTEL. «Nous avons entre 8 et 9000 de nos quarante mille clients qui sont titulaires d’une carte Gimtel, à ce jour. Ce n’est pas encore la panacée, mais on tend à atteindre le reste à plus ou moins long terme. C’est un travail de sensibilisation et de communication sans relâche pour habituer nos concitoyens à ce mode de paiement moderne» reconnaissait il y a quelques semaines déjà, El Mamy Kane, responsable des moyens de paiement à la banque mauritanienne pour le commerce et l’industrie (BMCI). Sans nul doute, l’intérêt de ces cartes réside aussi pour les banques dans le décongestionnement de leurs sièges principaux, qui en fin de mois sont de véritables sièges de guerre. «Les agences de proximité nous ont déjà permis de faire respirer nos sièges, mais l’accès à un moyen de paiement et de retrait d’espèces interbancaire, nous le permettrait encore plus» reprend-il.   

 

La course aux commissions 

 

A plus ou moins moyen terme, toutes les banques qui se diront modernes devront se pourvoir de telles cartes pour leur clientèle. D’autant plus que la banque qui aura le plus de cartes gagnera le plus à long terme. «C’est au niveau des commissions interbancaires que ça va se jouer: actuellement nous sommes à un taux de 0%, car nous voulons démocratiser ce mode de paiement, et laisser le marché fonctionner normalement. Une fois ce stade atteint, le taux de commissionnement sera réévalué» explique Aliou Sall. En France par exemple, ce taux est de l’ordre de 50 centimes d’euros, pour un retrait en espèces effectué en dehors d’une borne de la banque à laquelle on est affilié. Le marché devient vite potentiellement très juteux dès lors qu’on parlerait alors de plusieurs centaines de milliers de retraits interbancaires annuellement, en Mauritanie. «Depuis 2002, que la Bmci est dans la monétique, on n’a pas encore établi un taux de commissionnement, malgré tous les coût liés aux dossiers qu’il y a derrière; pour le moment, l’essentiel est de sensibiliser sur la carte» souligne El Mamy Kane. 

Sur le volet international de la carte, GIMTEL est en phase de test final avec VISA, pour l’acquisition de paiements par les porteurs de cartes VISA. Les cartes étrangères émises par des organismes tels que Visa et Mastercard seront aussi acceptées par les terminaux de paiement du GIMTEL, ainsi un touriste étranger pourra régler sa facture dans une auberge à Chinguitty à l’aide de sa carte bancaire. Et les banques membres du GIMTEL pourront dans une seconde phase émettre des cartes à usage international permettant ainsi aux Mauritaniens de faire leurs achats n’importe où à l’étranger, comme ils peuvent disposer de liquidité dans la monnaie du pays visité. À ce niveau encore, certaines banques sont plus en avance que d’autres, et perçoivent mieux la nécessité de pousser au bout cette modernisation de leurs système de paiement et de retrait. À la BMCI par exemple, qui est membre du projet VISA, et qui est accepté depuis un peu plus d’un an et demi, il ne fait pas de doute que les retardataires auront tort au moment des comptes. 

 

MLK

Source : La Tribune n°424




Commercialisation du poisson

18112008

Commercialisation du poisson :

Amateurisme et mensonge d’Etat

75% des stocks sur les bras, le temps du bradage

 

Le ministre des pêches l’a dit il y a quelques jours : 75% des stocks existants ont été vendus. Le Premier ministre vient de le répéter dans des interviews à des journaux locaux. Et c’est faux. Complètement ! C’est à peine si 25% des stocks sont vendus. En attendant la fin de l’arrêt biologique dans quelques jours, Nouadhibou a consommé ses capacités de stockage. Près de 9000 tonnes de congelé. Bord et terre. Les bateaux sont en rade en attendant. Et rien ne rassure à présent sur l’issue de la crise. Comme au bon vieux temps de la prospérité, les factions s’affrontent. Ici plus qu’ailleurs la lutte des groupes ne date pas d’aujourd’hui. Mais elle prend des tournures dramatiques à un moment où l’autorité publique semble vouloir éviter d’interférer. Qu’est-ce qui s’est passé ? Il est difficile d’avoir une idée là-dessus. Nous allons tenter quand même, sans prétendre vous donner la version exacte.

Tout commence par la production de juin et juillet 2008. Il fallait chercher acquéreur au plus vite. La première offre vient de Mitsubishi. Elle tombe le 6 juin et expire le 30 juin. Auparavant le conseil d’administration de la SMCP avait poussé la nouvelle direction à chercher à améliorer les prix de 30%. Alors que tous les indicateurs laissaient prévoir le contraire. Dans leur offre, les acheteurs japonais ont baissé les prix sur les petites tailles tout en améliorant les grandes. La moyenne de chute des prix n’atteignait pas 400 dollars. Au même moment on note ici et là des tractations, comme pour parasiter la vente de la SMCP. Première conséquence : la SMCP se met dans la position de celui qui demande à être aidé «pour avoir les meilleurs prix». Deuxième conséquence : manifestation de propositions plus ou moins farfelues. Telle celle d’une société presque inconnue du nom de Caili, proposition faite sur quatre containers seulement au niveau de Nouakchott. Plus tard celle du fameux Campagna qui serait venu sur inspiration de l’entourage du ministre. La première offre servira de prétexte à la SMCP pour fixer ses prix pour le mois de juillet. Un prix jugé excessif par les vendeurs. Malgré la conjoncture, il n’y a pas d’anticipation de la part des mauritaniens. Les injonctions de certains opérateurs et l’absence de nouvelles offres japonaises n’infléchissent en rien la position de la SMCP.

Le 24 juillet une offre tombe. Elle provient d’un acheteur européen, la MARR, présente sur le marché mauritanien depuis quelques années. Son plus gros coup reste celui de 2006, quand elle lance une OPA sur toute la production qu’elle revend sur le coup aux acheteurs japonais avec un net bénéfice de plus de trois millions dollars. Les producteurs s’en souviennent encore. Les acheteurs aussi. Elle met la main sur la production du congelé bord production juin et juillet en plus de la production des frigos SOMASCIR (5352 cartons), AL-ASMAC (6521 cartons), HIMAFRI (11286 cartons), NAMIA (5629 cartons) et PCA (8116 cartons). La SMCP confirme le même jour. Pour une somme totale de près de 27 millions dollars. Un protocole d’accord est signé à cet effet en espagnol. On y comprend que la vente ne sera effective que quand le produit sera levé, donc quand MARR aura trouvé acquéreur. La première réaction des acheteurs japonais a été de conseiller à leurs correspondants de «sauter sur l’occasion». Sentant qu’on ne peut avoir de meilleurs prix.

A l’époque, le Premier ministre Yahya Ould Ahmed Waghf, intervient plutôt pour encourager l’absence d’initiative. Le gouvernement abandonne Abderrahmane Ould Mohamed le tout nouveau directeur, pourtant arrivé là au bout d’une longue carrière dans la société et reconnu pour son intégrité. Ce qui lui manque, c’est l’appui des autorités pour sortir de l’emprise des lobbies qui ont fait main basse sur la société depuis très longtemps. La situation traîne. Le stock augmente.

Le 12 août, réunion du comité de gestion. L’occasion pour la direction d’annoncer solennellement la vente de la production. Des voix s’élèvent pour mettre en garde : si la vente n’est pas réelle, elle risque d’être préjudiciable au pays ; il faut donc mettre en demeure MARR pour l’amener à enlever son produit. C’est alors que MARR propose de faire une avance de 23 millions dollars sur les ventes. Manière de gagner du temps ? Ou d’appâter ?

Sur le montant, environ 6 millions pour le produit du frigo SOMASCIR, correspondant de MARR. Nous sommes en fin d’arrêt biologique. La production recommence. Il faut vendre au plus vite. C’est pourquoi le comité demande à la direction de la SMCP d’accélérer le processus de vente à MARR. Hic : personne à ce moment-là ne sait la teneur du contrat dont existe d’ailleurs deux copies qui diffèrent seulement au niveau de la possibilité ouverte de laisser les stocks en place le temps de les vendre. En fait les stockages en Mauritanie coûtent beaucoup moins chers qu’à Las Palmas ou au Japon (3000UM la tonne et par semaine à Nouadhibou, 18000 à Las Palmas et 22000 au Japon).

Si certains parlent de «complaisance» de la SMCP, il faut dire que la société a subi le diktat de la Fédération des pêches qui n’a pas rompu avec les anciennes méthodes. «Ces gens ne sont plus des commerçants, à force d’être habitués aux facilités et aux privilèges indus». De toutes les façons, la MARR ne paye que par container enlevé, donc vendu. Aussi est-il spécifié que la SMCP ne peut plus vendre le congelé bord avant que la MARR ne se débarrasse de son stock. En plus il lui faudra respecter les prix d’avant. «Il s’agit d’une vente ouverte sans précédent», commente un usinier.

Jugeant qu’il s’agit là d’un remake de l’OPA de 2006, les acheteurs japonais se sont concertés pour s’abstenir d’acquérir le produit acheté par MARR. «Sous les injonctions de leurs correspondants en Mauritanie», selon les milieux proches de la FNP. On accuse ici, les correspondants des acheteurs japonais, d’influencer la décision pour amener la partie mauritanienne à brader le produit. Pour ceux d’en face, «la SMCP a été instrumentalisé par la FNP pour amener les japonais à revenir à MARR».

Dans une première tentative de ramener les japonais à la raison, la SMCP réussit à dénoncer le contrat et à signer à cet effet un protocole avec MARR. Le 13 octobre, les deux parties s’entendent sur la rétrocession de l’avance. Le protocole sert à justifier auprès de la BCM, le transfert qui suivra. Au total 15.599.934 dollars. On n’a pas compté la somme versée à la SOMASCIR. «Du coup, soutiennent les uns, MARR engrange une plus-value de près de quatre millions après ce placement de quelques semaines». Faisant allusion au cours du dollar qui a gagné depuis.

Pour les détracteurs de la SMCP, on peut résumer la situation à la suivante : «en juillet 2008, MARR a acheté à la SMCP 3000t de poulpe à 8000$/t. Deux mois plus tard, MARR a renoncé à cet achat, au moment où les prix ont chuté de 2500$» ; «En cherchant à faire gagner aux producteurs 46 millions UM, la SMCP leur a fait perdre 6 milliards UM, et ça continue»… Les usiniers sont formels, eux dont la plupart ont déjà vendu leurs produits. Que dire des petits producteurs tributaires d’un système de vente dont ils ne maîtrisent aucune phase du processus. Leur produit est déposé chez les usiniers qui les avaient – souvent – financés pour les marées. Au moment du financement, les calculs sont faits sur la base des prix fixés initialement. En vue de leurs stockages, ces produits sont classifiés par des techniciens travaillant pour le compte des acheteurs japonais. Ce sont eux qui fixent la qualité de la production et qui en décident en toute unilatéralité. Stockés en attendant la vente, ces produits seront proposés selon le diktat des acheteurs sans tenir compte des intérêts des petits producteurs qui doivent supporter à eux seuls les effets de toute décote ou mévente.

En réalité, pour les observateurs plus ou moins objectifs, le développement de deux outils a sensiblement permis d’arriver à des pics de production sans précédent : la surveillance maritime plus rigoureuse et plus efficiente, et la recherche scientifique qui impose désormais ses normes (protection de l’espèce).

C’est d’une réflexion profonde sur le circuit de la commercialisation qu’on a besoin d’urgence. Sur cela planche actuellement une commission dirigée par le conseiller du Premier ministre chargé du secteur productif, Sidi Ould Zeine. En attendant les résultats de cette réflexion qui a tout pour être un tournant dans la mise en œuvre de politique en vue du développement du secteur, il faut savoir que les stocks d’aujourd’hui s’élèvent à un peu plus de 9000 tonnes, pour une valeur d’à peu près 90 millions$, qu’entre les offres de juin et celle d’aujourd’hui les écarts sont passés «de 450$ à plus de 1000$/t», selon un usinier. «Ils ont déjà enlevé pour la valeur de 30 millions dollars environ, affirme un usinier. Nous croyons que le manque à gagner s’élève déjà à quelques six milliards UM. Nous devenons les magasiniers des japonais, et nous sommes obligés de décréter un nouvel arrêt biologique ou plutôt commercial pour ne pas aggraver la question du stock».

Pour en revenir aux affirmations du ministre et du Premier ministre, les quantités produites jusque-là sont de 5750 t de congelé bord et 7750 congelé terre, soit un total de 13500 tonnes. Sur cette quantité, seulement 4900 tonnes de vendues. Soit près de 9000 t invendues.

Les autorités ont manqué de prévoyance surtout concernant les limites du pays : «limite de la capacité de stockage, moins de 8000 tonnes ; limite financière avec un argent cher à acquérir et difficile à mobiliser (taux élevés, bureaucratie…) ; limite enfin dans la connaissance des marchés concernés».

(La semaine prochaine : faut-il ou non maintenir la SMCP ? Quelle stratégie de commercialisation pour le poisson mauritanien ?)

 

 

Ould Oumeïr

Envoyé spécial à Nouadhibou

 

Source : La Tribune n°424




Enquêtes judiciaires : campagne d’assainissement ou règlements de comptes politiques ?

18112008

Enquêtes judiciaires :

Campagne d’assainissement ou règlements de comptes politiques ?

 

C’était dans l’air depuis un certain temps, le cap a été franchi. Les autorités ont décidé de s’en prendre à quelques personnalités pour la plupart du FNDD, en ouvrant des dossiers de gestion bien ciblés. D’abord Air Mauritanie, ensuite certains «dommages collatéraux» du PSI.

 

Air Mauritanie, chercher la petite bête

 

Pour Air Mauritanie, le syndicat du personnel de la compagnie nationale liquidée, a déposé une plainte contre X. Des anciens dirigeants de la compagnie. Les représentants des travailleurs ont toujours soutenu que les déboires de la compagnie sont le fruit d’une gestion calamiteuse de ses avoirs. Pour expliquer la démarche de la justice, le Procureur de la République de Nouakchott, Mohamed Abdallahi Ould Tiyib, a déclaré : «Dans le cadre de l’action du parquet général relative au suivi et à la répression des crimes liés à la gabegie financière qui nuisent aux intérêts de la Nation et après avoir reçu des plaintes de la part des travailleurs de l’ex société « Air Mauritanie » et d’autres parties qui ont la qualité de le faire ainsi que des dossiers et documents relatifs à la liquidation de cette société et des documents prouvant l’existence d’un marché douteux d’achat d’une grande quantité de produits alimentaires périmés, dans le cadre du plan d’urgence, le parquet informe l’opinion publique de ce qui suit:

1 – l’existence de rapports et documents comptables crédibles émanant de la partie supervisant la liquidation la société « Air Mauritanie » qui montrent une couverture délibérée du centre financier véritable de la société depuis un certain temps et de manipulation de fonds sociaux et de documents comptables de la société et de détournement à large échelle de son patrimoine conduisant à sa faillite de manière délibérée et organisée.

2 – l’existence de documents de référence qui laissent apparaître une grande manipulation des crédits qui ont été réunis pour financer le plan d’urgence et ce à travers la passation de marchés hors du cadre juridique pour l’achat de produits alimentaires périmés ayant entraîné la dépense de montants financiers énormes.

Les faits ci-haut cités constituent des crimes d’abus de confiance, de détournements de fonds publics et de faillite délibérée d’une société nationale, instrument de souveraineté ainsi que de gaspillage de fonds sociaux conformément aux textes de la loi pénale et des dispositions pénales du code de commerce ainsi que des autres textes spécifiques en la matière.

Sur la base de ce qui précède, le parquet de Nouakchott a demandé l’ouverture d’une enquête préliminaire sur ces faits et chargé la direction centrale chargée de la lutte contre les crimes économiques et financiers à la direction générale de la sûreté nationale de l’entreprendre afin de poursuivre tout celui qui se trouve impliqué dans ces faits graves».

Les personnes touchées jusqu’à présent dans le cadre de cette affaire sont : Yahya Ould Ahmed Waghf, ancien directeur général de Air Mauritanie, président du parti PNDD (ADIL) et Premier ministre de Sidi Ould Cheikh Abdallahi ; Moustapha Ould Hamoud, ancien DG de Air Mauritanie ayant été le prédécesseur de Ould Ahmed Waghf, et ministre de la Fonction publique au 6 août ; Didi Ould Biyé, ancien DG de la compagnie Air Mauritanie et conseiller principal chargé de l’économie du président destitué Sidi Ould Cheikh Abdallahi  au 6 août ; Mohamed Ould Vilaly, ancien DG ; Isselmou Ould Khattri, nommé DG quelques semaines avant la décision de liquidation de la compagnie ; et Abdallahi Ould Mokhtar qui a été président du conseil d’administration de la compagnie de 2000 à 2008. Vingt autres personnes seraient concernées par l’affaire. Au moins deux mandats d’arrêt internationaux auraient été lancés dans ce cadre.

L’histoire de la liquidation de la compagnie nationale commence par l’immobilisation le 5 septembre 2007 des deux avions d’Air Mauritanie à Paris. C’est suite à une procédure de saisie engagée par l’International Lease Finance Corporation, pour une créance de près de trois millions dollars (achat des moteurs). La honte pour un pays qui tente de réhabiliter son image de partenaire solvable. On ne sait pas exactement ce qui s’est passé pour en arriver là. Le Premier ministre Zeine Ould Zeidane venait de confier la direction d’une compagnie moribonde à l’un de ses plus proches soutiens et l’un des plus compétents et rigoureux cadres du pays : Isselmou Ould Khattri. Ce qui indique que la volonté du gouvernement est bien de redresser et non de liquider. Mais la guerre que se livraient déjà les factions autour du pouvoir de Ould Cheikh Abdallahi allait tout compromettre : le ministre des finances refuse de faire un geste pour «libérer» les avions. C’est la banqueroute. Le demi-millier des travailleurs se retrouvent sur le carreau. Chômage technique puis licenciements. Mécaniciens et pilotes s’expatrient. Les agents et cadres restent se battre pour avoir des droits. L’aboutissement : la plainte déposée la semaine dernière. Entretemps la liquidation a été confiée à une équipe qui a fait un travail remarquable d’enquête sur la gestion. Déjà, un privé actionnaire floué par l’ouverture du capital, avait commandité une enquête très bien ficelée visiblement. Le dossier ne sera pas refermé. L’incursion de la justice dans le dossier peut être l’occasion de clarifier certains aspects de la gestion du passé. Y a-t-il abus de biens sociaux ? Comment ? quels rôles pour les uns et les autres ? On se souvient que plusieurs fois, Yahya Ould Ahmed Waghf s’est défendu en disant qu’il avait trouvé la compagnie dans un état de délabrement avancé. Quel niveau par exemple ? Il avait, au cours de sa première sortie comme président de ADIL déclaré qu’il avait trouvé un trou de 3,5 milliards. A son départ à combien ce trou s’élevait-il ? qui vendait le carburant (Jet) à la compagnie en surfacturant le produit ? qui a fait le contrat leasing des Boeings ? qui a fait le coup des ATR ? Trop de questions auxquelles nous ne trouverons pas de réponses probablement. Tout simplement parce que la démarche actuelle est parasitée par la conjoncture politique. L’impression d’en découdre avec certains soutiens du FNDD est évidente pour le public. Ce qui fausse tout. Sinon, il est à prévoir que les incriminés soient les premiers à saluer les démarches parce qu’elle va permettre d’être définitivement fixé sur la nature de leur implication supposée – au moins jusqu’à présent – dans la mauvaise gestion du passé. Sinon il faut déjà penser comment se débarrasser d’un dossier qui est biaisé à la base. N’est-ce pas le rapport d’un homme d’affaires sur les mauvais agissements des administrés qui sert de base à l’enquête ? Comment éviter que l’enquête ne prenne l’allure d’une inquisition qui peut aboutir à la destruction de certaines institutions ? Comment éviter par exemple l’implication de banques comme la BMCI qui a eu le siège en hypothèque pour un milliard ?

 

Le riz US sentait la pourriture

 

L’histoire du PSI et particulièrement du riz avarié est une autre histoire. Pour la comprendre, il faut remonter plus loin que le PSI. Il s’agit d’une quantité de riz offerte par les Etats-Unis d’Amérique. Gracieusement aux populations de Mauritanie. Seulement deux détails : le premier est que le don est banni, le produit devant être vendu, la somme collectée servant à financer les projets de micro-entreprise ; le second c’est que le riz américain contiendrait une proportion importante d’amidon, 66% alors que la moyenne devrait être de 16%. «En somme les Américains nous donne à manger un riz qui servirait à peine à alimenter le bétail chez eux». Peu importe, ils demanderont toujours la restauration de l’ordre constitutionnel…au nom de la Morale (laquelle ?).

En octobre 2006, le commissariat lance un appel d’offres pour l’achat de ce riz. Les Etablissements AON soumissionnent pour 3300 tonnes de ce riz. A 79000 UM la tonne, soit 79 UM le kilogramme. L’ensachage, le transport, l’emmagasinage, ce qui revient selon l’acheteur à 104000 UM la tonne. Le riz est-il revendu au CSA à ce prix ? Est-il ensuite racheté à un prix inférieur ? Toujours est-il que nombre de supputations autour de ce riz obligent les autorités d’alors à la vigilance. Le Premier ministre d’alors somme l’inspecteur général d’Etat de faire la lumière dessus. Mohamed Ould Horma élit domicile au CSA où il découvre ce qu’il compare à un laisser-aller. Le dossier du riz devient secondaire pour lui. Mais il bloque toute démarche le concernant. L’acheteur invoque la mauvaise qualité du riz pour réclamer sa reprise par le CSA. Niet des autorités de l’époque. Niet aussi de Zeine Ould Zeidane, Premier ministre de l’après-transition. Il faudra attendre la nomination de Yahya Ould Ahmed Waghf pour voir le dossier débloqué. D’abord l’acheteur qui demande une compensation de plus de 700 millions et la reprise du riz par le CSA. Ensuite l’ordre du Premier ministre de régler au plus vite cette question. Résistances du colonel Abderrahmane Ould Boubacar alors commissaire à la sécurité alimentaire. Ses collaborateurs lui expliquent le litige et il s’en méfie. Intervient le PSI. En mai 2008, ‘on’ exprime subitement le besoin d’une quantité de riz de près de 4000 tonnes. Fin mai. On exclut la possibilité d’ouvrir un appel d’offres ou de s’adresser à tous les importateurs. Quelqu’un – comme par hasard – suggère le riz «qui est là, dans les magasins de AON». Ordre est donné au CSA de trouver la formule avec le commerçant. Le colonel, toujours droit, écrit à AON en spécifiant qu’il veut du «bon riz» et désigne une commission de contrôle à cet effet. L’affaire traîne. Début juin, la décision est inévitable. Le 8 juin, alors que Ould Boubacar est absent de Nouakchott, ordre est donné à l’adjointe de préparer le dossier. Elle pose des conditions mais finit par recevoir directement un ordre oral de son chef qui lui dit quand même de travailler sous directives du Premier ministre, lequel lui dit de voir avec le conseiller du Président chargé du comité technique du PSI, Khalil Ould Enahoui. En ce 8 juin, la commissaire adjointe réussit le tour de bras de signer l’avis d’information, l’appel d’offres et le PV de marché. Consultation restreinte : trois sociétés écrans et adjucation à la société visée. Les membres de la commission interne des marchés signeront ultérieurement. Le 9 juin le dossier est devant le Premier ministre. Mais le marché ne sera définitivement signé et clos que le 2 juillet. Alors que les traites sont engagées dès le 9 juin et les retraits au niveau du Trésor effectués. Pour la bagatelle de 583 millions UM. De l’express.

Là aussi l’acharnement politique pourrait être mis en évidence. Comment comprendre que ce ne sont pas tous les concernés par ce qui s’apparente à une malversation qui sont entendus ? Comment comprendre que l’enquête diligentée par Mohamed Ould Horma, l’ancien IGE, réputé pour sa rigueur, ne soit pas versé au dossier ? Et s’il est versé pourquoi ne pas appeler tous ceux qui de près ou de loin ont été impliqués dans cette opération ?

 

L’arbre qui cache la forêt

 

Il faut quand même rappeler qu’une campagne d’assainissement commence toujours quelque part. Mais pourquoi Air Mauritanie et le riz du PSI dans le cas d’espèce ? Il y a sans doute des raisons politiques. D’une part faire pression sur ceux qu’on considère – à tort ou à raison – principaux animateurs du FNDD. D’autre part amener les partis Tawassoul, UFP et APP à se solidariser avec ceux qui sont accusés de mauvaise gestion. Déjà que les ministres Tawassoul et UFP ont été récusés en même temps que ceux qu’’on’ a voulu stigmatiser sous l’appellation «symboles de la gabegie». On se demande aussi quel rôle a joué l’enquête parlementaire dont les premières conclusions ont été rendues publiques par le député Yacoub Ould Moyne (RFD) qui préside la commission au niveau de l’Assemblée.

Dans une conférence de presse tenue la semaine dernière, le député a affirmé que « la commission a découvert des violations très graves dont le moins qu’on puisse dire d’elles est qu’elles sont des détournements des deniers publics et des dépassements des textes et des lois ». Il a indiqué que la commission s’est penchée, au cours des deux derniers mois, sur une enquête portant sur le volet relatif à la sécurité alimentaire du programme supervisé par le commissariat, programme qui a coûté au budget de l’Etat la somme de 7 815 770 000 ouguiyas. L’enquête a permis de déceler des anomalies très claires dans cet aspect.  Précisant que l’équipe qui a supervisé l’exécution du programme au sein du commissariat a affirmé que «toutes les violations constatées par la commission ont été commises sur des ordres directs de milieux très haut placés dans le régime du président déchu, surtout ceux qui étaient responsables de la planification et de l’exécution du programme». Le député a noté que la première violation de la loi découverte par la commission est relative à la méthode de dépense des ressources allouées au programme, précisant que le montant global est de 19 147 470 000 ouguiyas mobilisés par le gouvernement par le biais de deux prêts financiers, conformément à la loi qui autorise l’Etat à contracter de tels emprunts dans des cas d’urgence mais l’engage à justifier cela au cours de la première session parlementaire qui suit. Cela, ajoute-t-il, ne s’est pas réalisé, ce qui constitue une violation flagrante de la loi. Il a indiqué que l’emprunt a eu lieu à la date du 9 avril 2008 et n’a pas été justifié au parlement au cours de sa session ordinaire tenue en juin 2008, sous le règne du président déchu. «Les enquêtes et les données disponibles montrent aussi l’implication de hauts responsables du commissariat à la sécurité alimentaire qui a géré un aspect essentiel du programme relatif au volet alimentaire».

Le député Yacoub Ould Moine a énuméré un ensemble d’abus dans ce sens en en relevant « l’octroi de marchés à des parties sur la base d’ordres qui seront justifiés par la suite de manière plutôt ridicule » en plus de « la distribution de produits alimentaires sur la base d’instructions » et non sur la base du droit ou de celui qui en a le plus besoin.

Il a réaffirmé que ceux que la commission a rencontrés ont collaboré avec elle sauf deux individus qui l’ont fait au début et se sont abstenus par la suite après avoir réalisé qu’ils avaient enfreint la loi et ont été les auteurs d’actes répréhensibles notant que ces 2 individus ont tenté de faire détourner le cours de l’enquête de la commission et le politiser.

Le député a fait remarquer que tous ceux que la commission a rencontrés dans le cadre de l’enquête ont été unanimes pour dire que tout ce qu’ils ont fait était effectué en exécution «d’instructions directes de parties influentes de l’ancien régime relevant son regret pour le bas niveau de gestion auquel on est arrivé à l’ère de l’ancien Président».

Ceux qui engagent cette lutte contre la gabegie, doivent se mettre en tête deux choses fondamentales. La première est que toute instrumentalisation politique ne va pas seulement décrédibiliser la démarche, mais aussi leur exploser à la figure. La deuxième est que la lutte contre la mauvaise gestion n’est pas une demande sociale dans la mesure où l’instinct grégaire et primaire l’emporte encore sur l’adhésion aux beaux principes.

 

MFO

Source : La Tribune n°424




Libération de Ould Cheikh Abdallahi : vers la République de Lemden ?

18112008

Libération de Ould Cheikh Abdallahi :

Vers la République de Lemden ?

 

«Lemden 30 km». De la route de l’Espoir. A gauche. Un petit village du point de vue de la densité de la population. Un grand village du point de vue de l’aura. Cela a précédé Sidi Ould Cheikh Abdallahi. Cela lui survivra. Un lieu aussi de pèlerinage. Pour les disciples de la Tariqa Tidjaniya dans cette partie de l’ouest mauritanien, le lieu est très connu.

Depuis jeudi dernier, c’est pour d’autres raisons que Lemden devient une destinée prisée de journalistes, diplomates et dirigeants politiques. Le Président Sidi Ould Cheikh Abdallahi, renversé le 6 août dernier a été transféré dans son village natal, Lemden. Tous veulent le voir et l’entendre.

«Je ne suis plus prisonnier, mais je ne suis pas libre non plus», précise Ould Cheikh Abdallahi qui ajoute : «Bien que privé de ma liberté, je démens catégoriquement de m’être engagé à quitter la vie politique et je suis toujours le président légitime de la Mauritanie…Je réaffirme mon rejet du pouvoir auto-installé à Nouakchott depuis trois mois…». Comme s’il voulait répondre au ministre de la communication du gouvernement en place, lequel a déclaré que le Président s’est engagé à sortir du champ politique. Pourtant ses premiers propos sont «mous». Il parle comme s’il s’agissait d’une situation normale devant laquelle il a adopté une attitude de résignation. Pas un mot à ceux du Front national pour la défense de la démocratie qui l’ont soutenu. Pas un mot sur la crise du pays ni sur son état. Juste un plaidoyer pour lui-même et son entourage immédiat.

Il faudra attendre la visite des leaders du FNDD pour le voir adopter une attitude plus combative et plus politique. Même s’il se contente de dire que  «les leaders politiques du Front m’ont simplement fait part de leur difficultés à exprimer leur position depuis le 6 août, autrement dit de leur incapacité à manifester pacifiquement», il faut supposer qu’ils lui ont suggéré plus d’enthousiasme et plus d’engagement. Il revendiquera alors la légitimité et se dira «choqué par la chasse aux sorcières» qui prévaut, selon lui depuis quelques jours dans le pays. «Plusieurs personnalités opposées au coup d’Etat font aujourd’hui l’objet de poursuites judiciaires, et notamment mon premier ministre, Yahya ould Ahmed el Waghf», a déploré le président déchu (interview à RFI). C’est ici aussi qu’il remercie la communauté internationale. et qu’il ajoutera résolument : «Le général Mohamed Ould Abdel Aziz a fait un coup d’Etat contre un président démocratiquement élu pour un mandat de cinq ans ; je vous laisse apprécier la gravité de cet acte, par rapport à notre constitution».

La veille de cette libération, l’Union africaine avait réuni à Addis-Abeba la Ligue Arabe, l’Union Européenne, l’ONU et l’OIF pour discuter de la situation en Mauritanie à la veille de l’expiration du deadline du 20 novembre fixé par l’Union Européenne à la suite de la réunion de Paris. Les autorités mauritaniennes avaient dépêché une délégation dirigée par le colonel Ould Baya, SG du HCE au Caire pour exposer à la Ligue Arabe ses intensions. Du coup la Ligue est devenu l’avocat de la Mauritanie auprès des paires. Son secrétaire général adjoint a même déclaré qu’il n’était pas question pour la Ligue de laisser un membre à part entière de l’organisation subir les sanctions. Les démarches de la Ligue ont-ils porté fruit ?

Les participants ont indiqué que la consultation a permis de « procéder à un échange d’informations, de vues et d’analyses sur l’évolution de la situation en Mauritanie depuis septembre dernier« , la même source a ajouté que « les participants sont convenus de la nécessité pour toutes les organisations concernées de travailler étroitement ensemble pour promouvoir une sortie de crise conforme à la Constitution mauritanienne et aux engagements internationaux de la Mauritanie. »

Les participants à la réunion d’Addis-Abeba ont réitéré leur détermination « à tout faire pour contribuer à hâter le retour à l’ordre constitutionnel » dans notre pays. Les représentants de ces organisations, a précisé le communiqué rendu public à cet effet, « ont réitéré la disposition de leurs organisations respectives à aider les acteurs mauritaniens, dans le cadre d’un dialogue constructif, à trouver une solution consensuelle à la crise que connaît la Mauritanie dans le cadre de la Constitution du pays. Dans le même temps ils ont réitéré la détermination de leurs organisations respectives à tout faire pour contribuer à hâter le retour à l’ordre constitutionnel. »
Les différentes organisations ont, par ailleurs, pris acte de l’échéance de la consultation entre l’UE et la Mauritanie prévue le 20 novembre, « comme devant constituer une occasion irremplaçable pour les autorités issues du coup d’État de marquer leur engagement dans un processus de sortie de crise conforme aux éléments clés ci-dessus et susceptible de recueillir l’appui de la communauté internationale. »

C’est probablement suite à cette intercession arabe qu’intervient la libération – ou la semi-libération – de Ould Cheikh Abdallahi. En tout cas elle est le premier geste fait par le nouveau pouvoir à l’égard de la communauté internationale.

Premier commentaire, celui du porte-parole du ministère des affaires étrangères français dont le pays préside actuellement l’Union Européenne. Pour lui le transfert du président renversé dans son village natal « ne vaut pas retour à l’ordre constitutionnel« , mais l’Union Européenne devra en « tirer les conséquences« . Tout en rappelant «  qu’il reste cinq-six jours avant le 20 novembre, et que ce n’est vraiment pas le signe qui nous fait penser que cela va dans le sens qui a été très clairement souhaité par l’union européenne« . Les menaces ne s’arrêtent pas là. « Cette attitude de la junte va, malheureusement, si on continue sur cette pente, conduire à ce que l’Union Européenne soit conduite à en tirer les conséquences, ce que nous déplorons« . Mais, nuance, dans les exigences européennes : « la libération du président, la libération du premier ministre légitime, le retour à l’ordre constitutionnel, et l’organisation notamment d’élections dans un temps rapproché et de façon structurée, organisée et transparente« .

Pendant ce temps, la roue de l’Histoire tourne. Le HCE prépare activement les Etats généraux de la démocratie dont la date reste à fixer. Des réunions avec les diplomates étrangers qui ont tous accepté de participer à ces réunions, les représentants de partis, de la société civile… Visiblement le HCE tient à faire participer le maximum d’acteurs de la vis sociale et politique. Seul le FNDD a déclaré son rejet de ces concertations organisées sous les hospices d’un gouvernement illégitime.

Selon une dépêche de l’ANI, les thèmes proposés par le comité interministériel sont les suivants : Attributions du Président de la République ; Attributions du Parlement ; Rapports entre les pouvoirs exécutif et législatif ; Moyens d’influence réciproques entre les pouvoirs ;  Organe d’arbitrage entre les institutions ; Modalités d’organisation du pouvoir exécutif ; Place des Forces Armées et de Sécurité dans le dispositif politique et institutionnel ; Eligibilité ; Les modalités de rétablissement de l’ordre constitutionnel ; La gestion de la période de transition (conditions de réussite, programme, durée…) ; L’organisation des états généraux de la démocratie. La dépêche précise que «ces sujets ne sont pas exhaustifs» et que «les intervenants peuvent proposer, à leur convenance, d’autres thèmes ou d’évoquer des sujets qu’ils jugent importants ou utiles au débat».

Cette semaine verra le démarrage de la campagne d’information menée par trois membres du HCE au niveau de Nouakchott : le SG du HCE colonel Ahmedou Bamba Ould Baya, le chef de l’Etat major particulier du chef de l’Etat, colonel Dia Oumar et le commandant adjoint de la Garde nationale, colonel Mesqarou Ould Sidi. La campagne commence par un meeting à Riadh ce lundi. La bataille se passe visiblement à l’intérieur pour le Haut Conseil d’Etat. Mais la quête de la légitimité intérieure, risque-t-elle de faire oublier le défi extérieur ?

 

Bechirou

Source: La Tribune n°424




Mauritanie : des assurances nationales crédibles?

18112008

Sociétés étrangères et assureurs 

 

Des assurances nationales crédibles? 

 

Les sociétés d’assurance nationales pointent du doigt les entreprises étrangères comme responsables de tous leurs maux, car elle se défieraient d’elles, en s’assurant exclusivement à l’extérieur. Si cette accusation a priori semble légitime, il s’avère aussi que la solvabilité et le professionnalisme de nos sociétés d’assurance ne sont pas acquises. 

 

 

Toutes les grandes entreprises installées en Mauritanie au cours de ces dernières années auraient souscrit une assurance à partir de l’étranger, en violation des dispositions de l’article 199 du Code des assurances portant «interdiction d’assurance directe à l’étranger des risques situés en Mauritanie sauf pour certaines dérogations temporaires». L’essentiel de ces grandes entreprises investissent en Mauritanie principalement dans les mines et l’extraction pétrolière. Des investissements très lourds donc. Et pour eux, leurs actifs d’exploitation sont trop importants et ne sont pas couverts, même par l’ensemble des assureurs mauritaniens. Cette faiblesse de l’assurance mauritanienne, participe à la méfiance des investisseurs, et peut-on penser à juste titre. «La pénétration de l’assurance n’est que de 0,5% du PIB mauritanien, ce qui est un taux extrêmement faible, même par rapport à des pays dont le niveau de développement économique est comparable à celui de la Mauritanie. Cela ne favorise pas l’émergence d’une entreprise d’assurance puissante.» estime un cadre d’une importante société d’exploration pétrolière. Pour leur part, les professionnels du secteur estiment que cette anomalie dans l’application du code des assurances relève d’une défaillance des pouvoirs publics et d’une absence de contrôle, tout en dénonçant, par ailleurs, une violation de la règle relative à l’assurance transport des facultés maritimes obligatoire sur la base de l’article 199 du Code des assurances.

 

Des assureurs faibles et sans rigueur professionnelle 

 

Les compagnies d’assurance nationales sont extrêmement faibles. La structure même du marché est en cause, mais pas uniquement. Si le marché est relativement petit, et qu’à cela s’ajoute la pauvreté de la population (dont presque la moitié gagne à peine un dollar par jour), plus des raisons culturelles et religieuses qui tendent à un comportement fataliste face aux aléas de la vie, la faiblesse de l’assurance en Mauritanie se justifie plus largement par la mauvaise réputation (le plus souvent justifiée) des assureurs. En effet, devant la mauvaise volonté des assureurs à remplir leur partie du contrat d’assurance, lors des accidents automobiles (qui est le contrat d’assurance le plus répandu), les clients potentiels ne voient pas la nécessité le recours à de telles compagnies. Cette obligation de l’assureur consiste, conformément à l’article 10 du code des assurance, «lors de la réalisation du risque ou à l’échéance du contrat, à exécuter dans le délai convenu la prestation déterminée par le contrat et ne peut être tenu au delà. A chaque échéance de prime, l’assureur est tenu d’aviser l’assuré ou la personne chargée du paiement de prime et du montant de la somme dont il est redevable.». Les compagnies d’assurance sont donc gérées sans la rigueur professionnelle, et légale nécessaire à la pérennité et la confiance dans ce secteur. Par exemple, il est impossible, même pour la direction du contrôle, de se procurer les états financiers annuels des compagnies! Les assurés ne souscrivent que les assurances légalement obligatoires et encore seulement celles dont la souscription est effectivement contrôlée (responsabilité civile des propriétaires de véhicules, et l’assurance de voyage). «Cela est essentiellement dû aux particularités du marché mauritanien de l’assurance: absence d’intermédiaires de l’assurance, l’émission des contrats n’est pas effective pour les contrats, qui pour la plupart s’en moquent royalement d’ailleurs, l’essentiel étant d’être couvert juridiquement en cas d’accident, et pouvoir la présenter à un éventuel contrôle de police» soutient Sidy Mohamed Diallo conseiller chargé de l’audit et du contrôle à la NASR.

 

Mamoudou Lamine Kane 

 

Encadré: 

 

3 questions à Mohamed Lemine Ould Naty, directeur du contrôle des assurances au ministère du commerce et de l’industrie: 

 

«Il y a une profusion de sociétés, sans bagage technique, sans réelle solvabilité qui inquiète, vue de l’extérieur» 

 

 

La Tribune: Comment le Contrôle des Assurances réagit aux vives protestations des assureurs locaux, par rapport aux sociétés étrangères, qui n’assurerait aucun de leur actif auprès d’eux? 

 

Mohamed Lemine Ould Naty: On est obligés de demander aux entreprises étrangères, particulièrement dans les domaines miniers et pétroliers de se soumettre à la réglementation en vigueur dans le domaine des assurances. En l’occurrence, de se soumettre à l’article 199 du code des assurances qui stipule qu’une partie des risques liés aux activités de l’entreprise, doivent être transférés sur les assureurs nationaux. À l’époque de Woodside par exemple, nous avions convenu l’engagement de leur faire respecter, ainsi qu’à leurs partenaires, associés et sous-traitants, ces obligations relatives à cet aspect du code. Cependant nous comprenons que pour des risques d’exploitation très spécifiques, dont les montants sont excessivement élevés, les entreprises hésitent à se faire assurer nationalement. Je suis le premier à reconnaître qu’il y a un travail énorme à faire en matière de formation, pour réellement et définitivement professionnaliser le secteur. Par exemple, voilà des années que nous demandons la formation de médecins légistes confirmés, de magistrats experts d’évaluation. Il y a une profusion de sociétés, sans bagage technique, sans réelle solvabilité qui inquiète, vue de l’extérieur. Mais il est important dans ce cadre justement, de renforcer les deux ou trois sociétés professionnelles du milieu.

 

La Tribune: Les opérations de fronting peuvent être envisagées pour le cas mauritanien? 

 

M.L.O.N: L’assureur local peut effectivement recourir au fronting (pratique consistant à céder à un réassureur la totalité d’un risque ainsi que les primes correspondantes- ndlr), qui a été élaboré pour ces cas de figure justement! Cette solution, même si elle ouvre des perspectives, doit être limitée. Les opérations de fronting doivent alors prévoir une taxe pour le Trésor Public de l’ordre de 7 à 10%, suivant la nature du produit d’assurance.

Actuellement, il faut sensibiliser l’ensemble des opérateurs pétroliers et miniers sur cette question. Nous partons du principe que deux ou trois sociétés d’assurance sont capables à travers leur circuit technique et leur couverture de réassurance, d’assurer les risques d’exploitation, avec des actifs extrêmement lourds des entreprises étrangères. La SNIM est là pour en témoigner, et les réassureurs notent très bien ces deux ou trois assureurs nationaux. Donc les craintes de ces entreprises étrangères ne sont pas complètement fondées.

 

La Tribune: En tant qu’instance de contrôle des assurances, comment intervenez-vous concrètement dans cette volonté de régulariser le marché? 

 

M.L.O.N: Nous procédons à un contrôle de solvabilité d’abord, et nous laissons les problèmes de sinistres, et de règlements de sinistres, à la justice. Mais nous avons quand même mis en place, dans le cadre de la réglementation, par la force de la loi, une barémisation des préjudices corporels, qui devait accélérer la cadence de règlements des sinistres. Malheureusement, celle-ci n’est toujours pas au niveau souhaité. Dans le cadre de la régularisation, le ministère du commerce et de l’industrie dont nous dépendons, a aussi le pouvoir de sanctionner: après mise en demeure, de retirer partiellement ou totalement un agrément. il peut aussi démettre des responsables de leurs fonctions, etc..

 

Propos recueillis par MLK 

 

Encadré 2:

 

La Nasr à la hauteur des attentes des sociétés 

 

La Nasr a obtenu en avril passé auprès de Bureau Veritas, ce label recherché par toute structure désireuse d’afficher une image de marque et de qualité. La norme ISO 9001 est relative aux systèmes de gestion de la qualité, elle donne les exigences organisationnelles requises pour l’existence d’un système de gestion de la qualité. 

«Les organismes qui réussissent aujourd’hui, notamment à se démarquer des concurrents sont ceux qui s’appuient sur la Qualité de leur organisation à leur service client en passant par leurs produits ou services délivrés. Certifier un système de management de la Qualité d’après la norme ISO 9001 atteste de votre engagement en matière de Qualité et permet de mesurer vos progrès dans l’amélioration continue de vos performances.» affirme Lamine Coume, représentant à Nouakchott de Bureau Veritas, leader mondial de la certification. «La NASR est la première et seule société d’assurance certifiée Iso 9001 dans toute la sous-région. C’est assez récent dans l’industrie des services la recherche d’un tel label. Cela découle de la réalité que les entreprises qui veulent se démarquer de leurs concurrents ont de plus en plus conscience de l’importance d’une organisation fiable pour de meilleurs services au client. Avec l’ISO 9001, la société prouve qu’elle vise constamment à améliorer la fluidité et la transparence de ses activités et de son organisation; celles-ci vont nous permettre de travailler plus vite et mieux. Le premier bénéficiaire sera le client.» souligne Sidy Mohamed Diallo, chargé de l’audit et du contrôle à la NASR Assurances. Ainsi, dans le climat de suspicion actuel des entreprises étrangères, vis-à-vis des capacités, professionnelles et organisationnelles de nos assureurs, la NASR marque une longueur d’avance, qui devrait inciter les Autorités à soutenir les David assureurs, face aux Goliath multinationaux.

Source : La Tribune n°4242




Bruits et murmures : overdose et tyrannie

18112008

Bruits et murmures : overdose et tyrannie   

 L’actualité politique occupe la  quasi-totalité des médias (presse, audio-visuelle).

Du  coup les lecteurs, téléspectateurs ou auditeurs sont obligés de focaliser leurs thèmes de discussions sur la politique.  Surtout quand il s’agit d’arrestations, d’investitures, de campagnes électorales ou d’élections.

Cette intensification risque de créer une overdose.

Certains n’hésitent pas à parler de tyrannie de la politique sur les autres secteurs de la vie pour paraphraser le titre d’un mémoire d’un étudiant en sciences  de l’information et de la communication, en histoire ou en chtaari gâa !

C’est, au tour d’une séance de thé, dans une chambre d’étudiants de la faculté des sciences économiques et juridiques, qu’un étudiant fait la remarque à ses camarades.

Ces derniers débattaient avec hargne sur l’issue du coup d’état du 06 Août dernier, des visites du Général Aziz Président du Haut Conseil D’Etat et Chef de L’Etat , de la campagne d’explication des causes du ‘mouvement rectificatif’, de la libération de SIDIOCA, des sanctions qui guettent
la Mauritanie et la junte au pouvoir et des états généraux de la démocratie qui vont se tenir très prochainement à Nouakchott pour définir l’avenir du bilad Chinguitt.

Ces étudiants s’adonnant à des gymnastiques intellectuelles qui frisent dès fois la divination.

Chacun prédisait pour défendre son camp lorsqu’ils ont engagé le cas du coup d’état.

Excédé par les discussions dont le ton  ne cesse de monter crescendo, l’étudiant rappelle à l’ordre ses camarades.

« Depuis que vous êtes-là, vous ne parlez d’autres choses que la politique. La vie ne se résume pas seulement à la politique.

Chercher d’autres choses à discuter plutôt qu’à donner de la valeur au coup d’état et aux politiciens.

Vous êtes des devins maintenant. Moi j’ai d’autres chats à fouetter.

La politique, elle ne rapporte rien », fulmine- t – il.

Ses camarades ne tardent pas lui donner une réplique. « On est des citoyens et on doit s’intéresser à la marche du pays, surtout en ces périodes de bruits et murmures politiques, économiques et sociales ».

Ce n’est pas seulement cet étudiant qui crie son ras-le –bol sur la prédominance de la politique sur tout autre chose.

Et ce sont les politiciens et surtout ceux qui courent derrière les intérêts particuliers et les « saffaga » qui sont sur le banc des accusés en entretenant le pays dans une campagne électorale permanente

« A chaque jour, un événement se passe sur le plan politique, économique et social. L’année dernière, c’étaient  les élections municipales, législatives, sénatoriales et présidentielles ; puis l’inondation de Tintane, le PSI ,  les grèves des enseignants, les mic-mac de 

la Fondation KB, les entraves du bon fonctionnement de l’assemblée nationale et  d’autres cas que les yeux ont vu , les oreilles , les cœurs ont aussi senti et les intestins ont réfuté. Je pense que les apprentis politiciens ne peuvent pas rester un moment sans créer un sujet qui fait l’objet de politique », souligne un autre étudiant de la philosophie. L’essentiel que des lendemains meilleurs se dessinent.

                                                                                                               Aboubecrine  O.Sidi

Source: La Tribune n°424

 

 

 

 

 




Football mauritanien :de bonnes nouvelles en perspectives!

18112008

 

Football mauritanien : 

De bonnes nouvelles en perspectives! 

Quatre joueurs mauritaniens jouent présentement dans le championnat français de football de ligue1, selon le site mauritaniefootball.com. Après la découverte de Amadou Alassane au Havre et  Mamadou Samassa au Marseille, deux autres joueurs mauritaniens ont fait leur apparition  à  Toulouse et au PSG. Il s’agit respectivement de : Oumar N’Diaye et  Mamadou Sackho. Le premier  est né à Nouakchott tandis que le second est né  en France. 

L’importance, c’est qu’ils sont mauritaniens, nés de parents mauritaniens et ils accepteraient de porter le maillot national. D’ailleurs certains spécialistes du football ont dit que la défaite de l’OM face à Lorient à l’issue de la 14ème journée de la ligue1, alors qu’il menait 2 à 0 face sur sa propre pelouse est due à l’absence du mauritanien Mamadou Samassa. 

Au  Stade Jules Deschaseaux, le  PSG de Mamadou Sakho s’est imposé face  au Havre de Amadou Alassane grâce notamment à un doublé du français Guillaume Hoarau. 

Le seul et unique but du Havre a été marqué par l’international mauritanien Amadou Alassane sur un corner frappé par Lesage au premier poteau, Gillet prolonge le ballon de la tête, en embuscade au second, Alassane catapulte le cuir au fond des filets et permet au Havre de revenir au score dès le début de la deuxième mi-temps. 

Cet attaquant mauritanien talentueux sur les pelouses de la Ligue 1 en France, est devenu l’un des éléments moteurs de la formation de Jean-Marc Nobilo. Arrivé il y a de cela 3 ans dans le club du président Jean-Pierre LOUVEL, le natif du Havre continue d’étonner plus d’un  par son humilité et son envie de toujours vouloir progresser régulièrement. Né en Avril 1983 en France, notre compatriote Amadou Alassane fait un  travail honnête avec politesse qui fait  sa force aujourd’hui. Amadou Alassane confirme son talent et montre son envie de jouer pour la Mauritanie. Cet enfant terrible pourra bien apporter quelque chose à son pays d’origine. Amadou Alassane avait  dit sur les ondes de  RFI qu’il est prêt à porter le maillot vert jaune s’il est sollicité. La balle est maintenant dans  le camp de la  FFRIM et de Sneidry l’entraîneur de l’équipe nationale. 

 Sy Mamadou                                                                   

 

 

 

 

Tournoi Scolaire Challenge Sidi Mohamed Abass, édition 2008-2009 : 

 

 

Le démarrage est prévu le 28 novembre 2008 à Nouakchott 

C’est officiel. Le coup d’envoi du tournoi scolaire dénommé Challenge Sidi Mohamed Abass est prévu le 28 novembre 2008 au stade olympique de Nouakchott. Le jour même de la fête de  l’indépendance nationale. A but non lucratif dont l’objectif est de promouvoir les activités sportives au profit de la jeunesse mauritanienne, le Challenge Sidi Mohamed Abass  compte organiser de Novembre en Avril prochain  la compétition regroupant les établissements scolaires du second cycle (publics et privés) de Nouakchott, ainsi que les établissements de l’intérieur du pays  par capitale régionale. Ouvert aux moins de 19 ans, le tournoi scolaire Sidi Mohamed Abass a favorisé l’émergence de nombreux talents en football dans le pays. Il a aussi  stimulé l’esprit de travail et d’excellence chez les élèves car  ceux qui y participent  doivent avoir  un bon niveau académique. 

Il faut dire qu’ils sont plus de 100 joueurs évoluant dans les différents championnats nationaux qui ont été détectés lors du Challenge, dont 17 joueurs en équipe nationale cadette, 12 en équipe junior et 4 en équipe nationale A. 

Notons que pendant quatre ans, le challenge a permis à   plus de 8000 élèves de pratiquer leur sport favori avec pour  devise << jouer pour le plaisir et avec courtoisie >>. 

Il faut noter aussi que  le Challenge a offert des fournitures scolaires et du matériel informatique aux établissements vainqueurs. En 2006 lors de la Coupe du monde, l’équipe vainqueur de la deuxième édition du Challenge avec prise en charge entière a assisté à Munich en Allemagne  au match d’ouverture. 

Le challenge organise plus de 400 matchs par édition, joués sur 16 sites distincts sur l’ensemble du territoire mauritanien. C’est pourquoi  l’organisation a nécessité la mise à contribution de 80 arbitres, 24 commissaires de match ainsi que les équipes médicales sur chaque stade où se déroulent les matchs pendant six mois. 

Dans ces bonnes conditions de l’organisation, l’impact socio sportif n’a pas tardé à se faire ressentir partout dans le pays des mille et un poètes.  Durant ces quatre dernières années, selon le Comité de pilotage,  plus  de 300 000 personnes, sont venues  supporter les équipes lors de  cette compétition. 

 La même source indique que durant ce tournoi, il y a  une importante diminution de la délinquance juvénile dans les quartiers défavorisés de Nouakchott. 

                                                                                                                  Sy Mamadou 







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