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L’Edito de Mohamed Fall O Oumère

5112008

L’Edito de Mohamed Fall O Oumère 

 

Le phénomène Obama ne peut concerner seulement les États-Unis. Pour la première fois depuis Kennedy au début des années 60, une élection présidentielle dans ce pays détermine l’avenir du monde. Et fait tourner tous les regards au-delà de l’Atlantique.

Pour quelqu’un comme moi, l’élection – espérée – de Barack Obama a de profondes significations. Demain une nouvelle Amérique illuminera le monde.

Nouvelle par ce qu’elle porte en elle d’espérances pour les peuples exclus. Et nous en sommes. Nouvelle par ce qu’elle symbolise aux yeux de l’Humanité. Et nous en sommes. Par ce qu’elle incarne de valeurs d’égalité et d’équité permettant l’ascension des plus bas, la réintégration des exclus.

J’appartiens à une génération qui a été marquée par la lutte pour les droits civiques du début des années soixante. J’ai lu, vu, entendu de grandes œuvres qui en traitaient. Et voir, dans ma vie, un noir accéder à
la Magistrature suprême aux États-Unis, sonne pour moi comme une juste revanche des exclus du siècle dernier. Elle fait un peu révolution.

C’est l’Amérique qui a ainsi l’occasion de renouer avec sa vieille vocation. Celle d’être la terre promise de l’audace et du courage récompensé.

Longtemps la vertu a dirigé le monde. Au moins a-t-elle pesé sur son devenir. Ici les puissances ont eu des scrupules à exprimer leur velléité impériale, là elles se sont senti obligées de fonder leurs actions. Qu’en est-il aujourd’hui?

Quand on parle de «l’option zéro mort», cela découle de la conscience qu’il n’existe plus de guerre méritant moralement le sacrifice. Toutes les guerres du dernier demi-siècle ont été des guerres d’oppression, menées par des obscurantismes qui ont choisi d’utiliser la plus redoutable des armes: l’ignorance.

Pour attaquer en Iraq, en Afghanistan, en Tchétchénie, en Palestine, en Somalie… Américains, Russes, Israéliens… ont choisi de faire abstraction de ce qu’il y avait là, des peuples, de leur Histoire, de leurs cultures… Ils les ont ignorés. C’est pourquoi leurs expéditions ont vite pris l’allure de chaos.

Demain Obama arrivera au pouvoir. Ce n’est pas seulement sa jeunesse ou la couleur de sa peau qui en font une promesse pour une Amérique autre. Son niveau intellectuel. Son expérience mentale et intellectuelle.

Qu’est-ce qu’on en retiendra pour
la Mauritanie? Le phénomène Obama est le signe qui annonce l’avènement de la race des «mutants». Des hommes qui appartiennent à toutes les cultures, parce qu’ils ne peuvent être confinés dans une espèce particulière. Des hommes de l’universelle condition, de l’humaine condition.

Ces «mutants» sont le produit de métissages divers. Ils sont libres parce qu’ils sont libérés de toutes les pesanteurs. Ils sont simples parce qu’ils vivent la diversité de leur expérience en terme d’enrichissement, et non en terme de contradiction. Ils sont visionnaires parce qu’ils sont émancipés de l’emprise de l’identité maladive.

Ces «mutants» peuvent incarner les rêves de leurs sociétés. Ils peuvent mener à terme le combat de leurs peuples. Ils peuvent entretenir l’illusion d’un monde juste, égalitaire, abondant… Ils peuvent redonner espoir et mettre les gens au travail. Parce qu’on ne travaille que quand on en espère un accomplissement.

Le mal en Mauritanie est celui-là: nous n’avons pas d’Obama. Ici tous les discours se valent. Tous les engagements sont corrompus. Toutes les politiques se résument en une seule: la politique du ventre. Tous les visages des politiques sont frappés de rictus à force de froncer les sourcils en nous regardant.

Même si dans nos sociétés traditionnelles, la mobilité sociale a toujours permis des ascensions qui ressemblent à des contes de fées, l’État moderne n’a pas incarné le cadre de libération pour le citoyen. Du coup la citoyenneté n’a pas existé. Le génie a été réprimé. Le talent contenu sous prétexte de l’apprivoiser.

Nous perdons du temps aujourd’hui à écouter nos hommes politiques pérorer sur les mêmes sujets, pleurer les mêmes insuffisances, émettre les mêmes plaintes… comme si le disque s’est enrayé… depuis trente ans.

Les mêmes mots. Les mêmes maux. Des mots, des mots, des mots… rien que des maux…

 

 

Source :
La Tribune n°422




5112008

Le HCE à l’intérieur 

 

Campagne d’explications ou campagne électorale? 

 

 

Comme s’il s’agissait d’une réplique à l’incompréhension affichée par les partenaires étrangers de
la Mauritanie, le Haut Conseil d’État a dépêché des missions à l’intérieur du pays. Un membre du HCE accompagné de deux ou trois ministres dans chaque capitale régionale.

Néma, samedi après-midi. C’est le colonel Ahmedou Bamba Ould Baya, secrétaire général du HCE, qui est là. Il est accompagné d’une forte délégation comprenant trois ministres: Mohamed Ould Mouawiya de l’intérieur et de la décentralisation, Mohamed Abdallahi Ould Siyam de la santé et Messouda Mint Baham du développement rural. En plus de quelques hauts responsables dont le directeur national des PROCAPEC Ahmed Ould Khattri, des conseillers du ministre de l’intérieur, de quelques diplomates dont Babah Sidi Abdallah et Cheikhna Ould Nenni.

Arrivée en grande pompe vendredi soir dans la capitale de
la Wilaya. Le colonel Ould Baya a dû se plier à la vieille habitude des «audiences». Chaque fois qu’un responsable arrive, il doit subir le cycle infernal des audiences. Il s’agit de recevoir les notables malgré la fatigue du voyage, cadres venus de Nouakchott, responsables locaux. Cela prend parfois des heures et même toute une nuit. C’est au cours de ces audiences, que les «reçus» posent leurs problèmes personnels, et parlent en terme de recommandation de tel ou tel cousin qui a fait ceci ou cela et qui mérite pour cela une promotion. C’est aussi l’occasion de faire le ménage en «noircissant le dossier» de l’adversaire. D’où l’intérêt pour chaque faction de faire entendre sa voix.

La première nuit à Néma n’échappera pas à la règle. Le lendemain, la délégation se réveillera difficilement. Qu’importe! Dès 10 heures du matin les activités reprennent. Si le ministre de l’intérieur s’en va tenir des réunions avec les administrateurs de la région, les maires et les responsables de la sécurité, le ministre de la santé se réunit avec ceux de son département, la ministre du développement rural avec ses services régionaux, le secrétaire général du HCE recommence à recevoir. Il faut préparer notables et leaders locaux à la réunion qui doit se tenir dans l’après-midi et qui prendra vite la forme d’un meeting, tout en restant une réunion de cadres. La différence, c’est que dans un meeting, les gens viennent écouter et repartent sans exprimer leurs idées. Alors que dans la réunion des cadres, il y a un échange entre ceux qui viennent transmettre un message et ceux qui sont censés les écouter.

Dès 16 heures, l’arrière cour de l’hôtel Ngady – du nom du célèbre pic rocheux qui surplombe la ville – est assaillie par la foule. Ils sont venus de Nouakchott et de tous les départements de la région. Comme à leur habitude, ils viennent par groupes selon leurs appartenances claniques et tribales. Les divisions politiques léguées par l’ère PRDS sont toujours vivaces.

La veille on avait entendu un griot chanter des mots à la gloire «du Président qui ne manquera pas une seule de nos cartes» et «qui aura toutes nos voix». De quel président s’agit-il? «Il s’agit peut-être d’une anticipation», commentera quelqu’un. Ou plutôt d’un délit d’initié? Peu importe. Il ne sera pas question de candidat ni de voix pendant le meeting.

C’est naturellement le colonel Ould Baya qui explique l’objet de sa mission. Dans un excellent hassaniya, il articule son raisonnement autour de trois axes: la nécessité de réhabiliter l’État et les fonctions régaliennes de l’État; l’instauration d’une vraie démocratie garantissant la stabilité; la bonne préparation des journées de concertation nationale.

Tout en faisant l’économie des raisons du 6 août, le colonel Ould Baya explique la déliquescence de l’État et les dangers qu’elle présente. Notamment la fragilisation de l’existence même du pays qui court désormais le risque de l’éclatement. Plus rien n’est vraiment fonctionnel. Sauf les institutions de l’armée et de la sécurité qui ont été visé le 6 août par ce qui s’apparente à un coup d’État contre ces institutions. Fallait-il laisser éclater le dernier rempart du pays devant les divisions, ou réagir. «Les forces armées ont préféré réagir pour sauver le pays du chaos certain».

Le colonel reconnaît que des erreurs ont été faites au cours de la dernière transition. A cause principalement de l’improvisation et de la précipitation. Le pays ne s’est pas donné le temps de se doter de tous les mécanismes à même de pouvoir lui éviter l’avènement d’un pouvoir absolu. Le fait du Prince a finalement eu raison de la démocratie mal fondée, parce que traînant des tares de naissance. «Il s’agit aujourd’hui de permettre à tous les Mauritaniens d’élaborer ensemble un programme comportant des mécanismes permettant d’équilibrer les pouvoirs des institutions démocratiques et d’empêcher l’instabilité».

Les journées de concertation serviront à cela. A ces journées sont invités tous les partis sans exclusive, la société civile, «mais aussi les citoyens, notables ou acteurs sociaux locaux». Il a déclaré que des invitations seront envoyées aux partis du front pour la défense de la démocratie (FNDD). «Le temps de l’exclusion est fini, tout comme le temps du despotisme».

Tout cela selon lui, pour ramener
la Mauritanie sur le bon chemin. Après son intervention, les ministres ont intervenu pour mieux approfondir tel ou tel aspect des questions abordées. Après quoi la parole a été donnée aux présents. L’occasion pour eux d’exprimer leur soutien au HCE et leur condamnation des positions du FNDD qu’ils ont accusés de vouloir internationaliser la question. Ils ont pour la plupart rappelé que le régime actuel est bien le leur «parce qu’il a nommé des fils de cette région à de hautes responsabilités». Les relents tribaux et régionalistes ont émaillé les discours, rappelant le niveau de réflexion en Mauritanie. Même des universitaires n’ont pas hésité à faire référence à des considérations particularistes comme celles-là. Le colonel Ould Baya conclura en répondant aux questions et en promettant que toutes les doléances seront satisfaites au plus tôt. «Nous ne fermons pas la porte du dialogue, nous tendons nos mains à tous les mauritaniens qui veulent bien aider à la construction du pays et nous les invitons à venir participer à l’élaboration d’une vision d’avenir pour une Mauritanie nouvelle pendant les journées de concertation».

Dimanche, la délégation est à Aïoun au Hodh el Gharby, Lundi à Tintane, toujours les pieds dans l’eau et Mardi à Kiffa, capitale de l’Assaba.

 

(nous y reviendrons la semaine prochaine)

 

Oumeïr

Source : La Tribune n°422




La chronique du temps qui ne passe (finalement) pas

5112008

La chronique du temps qui ne passe (finalement) pas 

 

Je suis à Kiffa, Aïoun, Néma ces jours-ci… Loin de la cacophonie de Nouakchott, du tumulte de Nouakchott, de l’illusion de l’hyperactivité des gens de Nouakchott… Ils sont toujours occupés à faire quelque chose. Des choses qui ne finissent jamais de finir. Le Nouakchottois est toujours occupé. Sans jamais pouvoir vous dire par quoi. Pressions énormes. Peu d’occasions pour faire quelque chose d’utile. Quant à l’agréable, il n’est pas au programme. Comme me l’a dit un jour un ami dont la lucidité a résisté à toutes les agressions, «le recul de la joie est à l’origine de nos déboires modernes». 

Préférant se réfugier derrière le prétexte de la culture menacée, des risques de déviances sociales, le mauritanien de ces trois dernière décennies s’est laissé prendre au piège du sérieux. Pas n’importe lequel. Un sérieux qui ne dicte pas la grandeur, qui n’implique pas la vérité, ni le sens du sacrifice, encore moins la loyauté. Autant vous dire, tout de suite que nous sommes devenus peu à peu une société qui cultive le faux, la paresse, la triche. Nous avons abandonné nos vocations naturelles, puis notre être. 

En dépit du temps qui passe, nous commémorons aujourd’hui, le septième anniversaire de la mort de Habib Ould Mahfoud. Un frère, un ami, un compagnon. Mais aussi un pionnier et un modèle. En plus du sujet lui-même, j’ai choisi de vous faire (re)visiter sa principale œuvre, «Les Mauritanides». Vous remarquerez que la lecture de notre société reste d’une cruelle actualité. 

 

1. A propos du pays lui-même: 

 »
La Mauritanie est un pays où les réponses sont des questions, les militaires des civils, les pantalons des jupes et l’ancien du nouveau. C’est aussi le seul pays où les habitants font la grâce matinée à 98% (tous ceux qui ont voté pour la constitution). Le seul pays qui mange du riz à midi. Le seul pays qui ronfle en dormant. Le seul pays dont la politique étrangère est un courant d’air et la politique intérieure un plat de spaghetti. En regardant
la Mauritanie dans les yeux, je me vois me regarder dans les yeux et je trouve que je louche affreusement.
La Mauritanie et son processus démocratique ce n’est pas comme on l’a dit une tempête dans un verre de thé, non, non, mais trois verres de thé dans une tempête. Ce n’est pas ma faute si je pense à Laurel et Hardy quand je vois notre Président à côté de notre ministre de l’intérieur. Ce n’est pas ma faute si toutes les personnalités en vue s’habillent comme un as de pique et se meuvent comme dans un dessin animé. Pas ma faute si notre océan est de sable et notre capitale une léproserie (Mr. Raoûl, ne comptez pas sur moi pour nous embrasser). Quoiqu’on dise
la Mauritanie depuis le 15 Avril 1991 a fait un grand pas en avant. Il faut dire qu’elle était au bord du gouffre. Bon, mais comme on n’a jamais vu un pays au fond d’un trou, on peut dormir sans crainte (…) Et seuls les mal pensants – Dieu nous garde- voient une relation entre Mauritanie et Gouffre. Sans penser un seul instant que c’est
la Mauritanie qui est au bord du gouffre et non l’inverse. Le gouffre doit trembler. Tremble gouffre! Tes jours sont comptés :
la Mauritanie pays sans fond. Cent formes. Cela revêt :
la Mauritanie-culotte trouée,
la Mauritanie-moustique boiteux,
la Mauritanie-vieux pyjama,
la Mauritanie porte-clefs,
la Mauritanie-peau de banane, ver de Guinée, allumette,
la Mauritanie-terrain vague,
la Mauritanie-saleté drapée, main-coupée, corne de bouc, talisman de charlatan, soleil froissé, bégayement de dyslexique.
La Mauritanie éternelle qu’on aime comme ça, qu’on veut comme ça.
La Mauritanie-pays page blanche, pays au crayon non taillé…pays sans un seul habitant… » (AB, n° 18, 15/04/92) 

 

2. A propos des gens: 

« Nous sommes décidément ou un très grand peuple ou un peuple très con. Toute personne normale aurait déjà foutu le camp et laissé vide le temple du vide. On s’obstine à rester, on se cramponne, on s’agrippe, on s’arc-boute, on disparaît. Que les deux millions de Mauritaniens déguerpissent pour aller autre part et ce serait très banal : un petit exode semblable à mille à l’intérieur d’une centaine de pays. Et si l’on quitte, peut-être qu’après nous l’herbe va-t-elle se mettre à pousser. » (AB, n°41) 

 

3. A propos de la politique : 

« Le maître-mot de la politique, c’est Valium et Omo: endormir et laver. Les cerveaux ». 

 

4. A propos des médias d’Etat : 

 »
La Télévision de Mauritanie dévidait ses platitudes à l’écran et le téléviseur rougissait de honte au fur et à mesure et son nez s’allongeait et de grosses gouttes de sueurs lui sortaient de partout ». (…) 

« On ne dit jamais à la télévision ce qu’on pense ni évidemment ce que pense quelqu’un d’autre. On doit dire. Point. Dire. Il faut choisir des mots mille fois lavés, mille fois cuisinés, mâchés, recrachés, recuisinés, remâchés, recrachés, des mots qui n’ont de mots que le mot qui les désigne, pour parler à
la T.V.M. » 

 

5. A propos de la presse indépendante : 

«Notre journal, que nous avons pensé différent d’une boutique, affirmait dès le départ qu’il ne prétendait nullement à « l’objectivité » (qui est une démission), ni à « l’impartialité » (qui est une vue d’esprit).

Nous partions d’un point de départ: toutes les vérités doivent se savoir. Cela heurtait beaucoup de monde. La preuve pour nous que nous avions raison. Nous nous prîmes assez tôt à appeler les insultes et les menaces de tous nos vœux: elles voulaient dire que nous avions fait mouche.

La presse en général, et la presse indépendante en particulier, était un phénomène très nouveau en Mauritanie.

L’Ecrit -le Mektoub- avait quelque chose de sacré et on tenait pour évident que ce qui se dit ne s’écrit qu’en partie.

Les « informations » qui se transmettaient, de bouche à oreille, avaient toutes un caractère « calomnieux », même pour les plus anodines. L’information dépendait de l’intonation. Et « s’aggravait » au fil des interlocuteurs.

« L’Asaqa », le ragot, la rumeur, était la seule « information » qui circulait dans le pays. L’Ecrit était réservé aux choses « sérieuses »: traités de théologie, précis de grammaire, et autres « commentaires en marge »…

Nous avons ainsi l’exemple du « divorce » chez les Maures: il ne devient « sérieux » que quand la divorcée reçoit « sa lettre », c’est-à-dire la notification par écrit de la répudiation.

Ainsi de l’astrologie qu’on prend au mot quand elle est « écrite » (même dans un magazine Nous Deux), alors qu’elle laisse assez sceptique quand elle est faite « oralement ».

Encore plus; et plus grave: « Le pays du million de poètes », expression qui désigne
la Mauritanie, fait une étrange ségrégation: sont reconnus comme « poètes » ceux qui ont noté noir sur blanc leurs bouts rimés même si la poésie n’a rien à voir avec ce qu’ils écrivent. Or les poètes les plus originaux, les plus novateurs, les plus puissants sont ceux-là qui n’ont pas « écrit ».

On étudie Ould Hambal à l’école mais les élèves terminent leur scolarité sans jamais entendre parler de Seddoum le Grand.

On pourra attirer mon attention ici sur le fait que ce dernier exemple a d’autres implications: la « revanche » historique des marabouts (gens de l’Ecrit) sur les « guerriers » (héritiers de la tradition « déclamatoire » arabe). Mais ce qui importe ici c’est la prééminence de poètes mineurs -des rimailleurs- sur de vrais poètes qui, eux, n’ont pas « écrit ». La brusque apparition de l’écrit au sein d’une société très traditionnelle, la « démocratisation » de l’Ecrit, pourrait-on dire, ne  pouvait se faire sans mal.

Ainsi vit-on de réactions assez inattendues d’une société si « permissive » quand il s’agit de « dire » et si frileuse lorsqu’il est question de l’écrit.

On oublia que ce qu’écrivent les journaux est beaucoup plus policé, beaucoup plus « cuit » que ce que disent les bouches.

Mais les journaux n’oublient pas que l’hypocrisie est la chose la mieux partagée en Mauritanie.

Si nous nous permettions d’écrire le centième de ce qui se dit dans les bureaux et les salons des « donneurs de leçons », il eût été normal pour tout le monde que l’on nous fusillât.

Mais le fait est: le peu de choses que nous écrivons dérange. Un but en soi.»

 

6. A propos de nos choix de l’époque :

«Nous en avons fait notre devise et nous l’étalons en Helvética 18 bold en page 12:

« Le seul ennemi du peuple est son gouvernement ».

C’est notre seule règle de conduite « professionnelle ». Quel que soit le gouvernement, ses intérêts sont obligatoirement différents, souvent opposés, à ceux qu peuple. Quand un peuple se choisit des gouvernants, il s’opère une cassure épistémologique si l’on ose dire, entre lui et eux. C’est pourquoi il faut choisir entre défendre le gouvernement contre le peuple ou le peuple contre son gouvernement. Nous avons choisi la dernière proposition. Parce que nous pensons que le rôle de la presse ne se justifie qu’ainsi. Nous nous trompons peut être. Nous aurons alors choisi de nous tromper. Ça aussi c’est la liberé. Ça aussi c’est l’indépendance.

Ceux qui nous font l’honneur de nous lire peuvent nous reprocher beaucoup de choses mais jamais de les prendre pour des demeurés.»

(…) «La réalité est toujours excessive. La tiédeur sied aux infusions de quinqueliba. Elle ne fait pas une presse.»

 

7. A propos des nominations :

«Je tremble à l’idée qu’un jour on puisse me nommer premier ministre parce qu’un exemplaire d’Al Bayane traînait sur la table. Ce jour-là vous verrez ce qu’un premier ministre par hasard peut faire. Ce sera au moins mieux -dans le sens du bas- que ce qu’un autre pourrait faire.

Je vous changerai le visage du pays en quinze minutes.

Toute ma tribu au gouvernement. Des copains aux sociétés d’Etat.

Mon chien au ministère de l’Information.

Ould Oumère président du PRDS.

Nassirou Athié président de l’Avant-Garde baathiste.

Hindou à la défense.

Ahmed Ould Cheikh à
la Naftal.

Moustapha Ould Abeiderrahmane à Al Bayane.

Abdallah Ould Ismail au Garim.

Yahya Colonel.

Awa secrétaire générale du Gouvernement.

Mariam Diop à l’APP. Le peuple mauritanien dehors.

Moulaye Ould Boukhreiss imam de la grande Mosquée.

Dieng Oumar Harouna préfet de Koboni.

Moussa (Ould Abdou, NDLR) taximan Socim-Socogim. 

Mohamed réparateur Radio.

Sidi Mohamed Ould Boubacar agent de poursuite à Atar.

Ça va changer, en mal mais ça va changer. Dans l’instabilité.»

«Tout arrive en Mauritanie par hasard. Même le hasard y arrive par hasard.»

 

8. Autre lecture de l’Histoire :

«Il y a cinq siècles, en 1492, Christophe Colomb inventait l’Amérique. Elle n’existait pas, l’Amérique, avant ça. On pouvait prendre le Fokker de Nouakchott, aller vers l’Ouest, des heures durant, rien, y avait rien, rien que de l’eau, de l’eau, de l’eau à en dégueuler. Mais voilà que le Colomb il nous l’invente un beau jour de 1492. Seulement nous on est très occupé à ce moment là. Le dernier <> venait de rendre les armes à Isabelle
la Catho et prendre le ferry Cadix-Tanger. Quand on quitte l’Andalousie on n’a pas le temps de penser à ce que fait un marin gênois parti rallier les Indes en passant par l’Ouest. Le con. La terre n’était pas encore ronde. Alors forcément le Christoeuf Colombe n’arrive pas aux Indes. Je vous dis que la terre en ce moment là était plate, plate. Et avait un bout. Vous preniez le bateau et un beau matin boum! Vous tombez dans l’Infini. Là où la terre finit. Colomb avait des caravelles. Des avions français. Faut jamais faire confiance aux avions français. Ça tombe. Comme tombe Grenade aux mains d’Isabelle et  Ferdinand en 1492. L’année où Colomb inventa l’Amérique. Que voulait dire l’Histoire par ça? Très simple, c’est toujours simple quand je suis là. L’histoire indiquait aux Maures chassés du « Paradis terrestre » un nouveau paradis. L’Amérique appartient aux Maures. Nous demandons solennellement à l’ONU, qui siège dans nos territoires annexés, d’oeuvrer au retour de ces territoires dans le giron de la mère patrie. Nous pouvons produire des documents prouvant que l’histoire nous a donné l’Amérique pour nous soulager de la perte de l’Andalousie. Exactement comme la nature donna une dent d’or à un enfant de Silésie pour « soulager les chrétiens affligés par les Turcs » comme l’écrivit si joliment Ingolstèterus de l’Université allemande de Helmstadt au XVIIème siècle. Notre futur président doit se préparer à assurer la réinsertion des américains dans leur vrai pays et gérer les nouveaux territoires de façon à ce qu’ils passent sans heurt d’une société post-industrielle à des structures médiévales archaïques. Notre président aura le titre de Réunificateur et de petit bébé des peuples. Notre président sera le président du Monde. Le Monde sera
la Mauritanie. Le Monde sera foutu».

Source : La Tribune n°422




Hommage à H’bib Mahfoud

5112008

Hommage à H’bib Mahfoud 

 


La Mauritanie par l’absurde 

 

Sept ans après sa mort, des plumes balbutiantes, mais toujours pas de vague dans le sillage de son héritage. Retour en mémoire sur notre Cioran national. 

 

Relire Mahfoud m’a marqué dans la conviction que la littérature mauritanienne n’existe pas vraiment encore. Je veux dire une littérature libératrice, une prose originale issue d’une pensée effervescente, qui sortirait des sentiers battus de la description purement sociologique, telle que pratiquée jusqu’à présent. Habib Ould Mahfoud et ses Mauritanides sont toujours d’actualité (malheureusement), plus d’une décennie après leur écriture. Voilà bien une mesure que l’on pourrait utiliser pour voir le chemin parcouru par notre République Islamique, plus sûrement que l’idée qu’on en aurait, avec les grilles de statistiques et les chiffres de n’importe quelle institution bancaire internationale! Ses observations de la vie de tous les jours du mauritanien lambda, ou des élites administratives, avaient la précision et la concision d’un scalpel. Et c’était bien le chirurgien de nos maux. Il les a disséqués et étalés sous nos yeux aveugles. Avec une lucidité rare dans le pays du million de klaxons «pouêt-pouêt». Pour qu’on ne puisse plus dire qu’on ne savait pas. Mais il ne fallait pas garder le sérieux téméraire d’un chirurgien; oh non! Les solutions médicamenteuses pour résoudre les maux découverts, étaient une chimiothérapie à base d’ironie et d’humour. Par exemple, pour renflouer les caisses du Trésor, supprimer les «Ould» et «Mint» poncifs des fiches d’état civil. Il fallait simplement y penser. Et le Trésor revivrait.

 

L’irrévérence au service de la critique 

 

Plus sérieusement, celui qui décrivait
la Mauritanie comme «le
seul pays dont la politique étrangère est un courant d’air et la politique intérieure un plat de spaghetti» (ô combien juste en ces temps de tractations internationales mal menées), avait une conscience aiguë de la crise de la morale qui s’est propagé du sommet des élites, à la base populaire. Cette justesse du trait, poussée à l’absurde a mis à nu les contradictions de notre société multiculturelle; ses aspirations, et les moyens qu’elle ne se donne pas pour les atteindre. Encore, faut-il pour atteindre d’éventuelles aspirations sociales, avoir les dirigeants qu’il faut. Que nous n’avons jamais eu, et que nous n’aurons jamais, car si «nos dirigeants nous méprisent et nous pissent dessus parce qu’ils savent que quelqu’un qui accepte d’être dirigé par eux ne mérite pas plus». Un révolutionnaire explosif qui a bousculé les entraves mentales et intellectuelles d’une société sans espoir d’allant. Mais rien n’a changé pour autant. 

Ces entraves se sont replacées, après les déflagrations «mahfoudiques». Et l’irrévérence qui a fondu en tumultes, entre les pages de Mauritanie-demain, Al Bayane, puis du Calame, a été suivie d’un relatif conformisme d’une presse indépendante devenue trop frileuse, qui n’a pas terminé la mue entamé par la chrysalide des Mauritanides. 

 

MLK 




Billet pour l’avenir

5112008

Billet pour l’avenir 

 

NDLR: il s’agit d’un billet écrit au lendemain du discours du 15 avril 1991 par lequel le président Ould Taya annonçait l’institution du pluralisme. Il est d’une tragique actualité… 

 

Jamais il ne parut plus isolé, le Colonel Ould Taya, qu’en cette matinée du 15 Avril. En rupture avec ces pairs du C.M.S.N., après s’être coupé de son peuple. 

Le discours dans lequel il venait d’annoncer l’amorce prochaine d’un processus démocratique conduisant à des élections générales risque d’être, d’une manière ou d’une autre, le début de la fin du pouvoir d’un homme que les circonstances n’auront pas gâté. Qu’il est loin de l’euphorie! 

Envolés les espoirs suscités par le douze-douze, parties en fumées les promesses de lendemains fraternels. 

Le C.M.S.N troisième mouture a fini par ressembler en tous points au C.M.S.N. du Colonel Haidalla, dont il se voulait <>. Les militaires savent bien qu’on peut rectifier le tir sans toucher la cible. En clair, la situation actuelle est, à quelques galons près, la même qu’au jour du 10 juillet 1978, à la minute où un comité militaire supplantait un parti unique. Le fameux communiqué numéro un, laborieuse dissertation – Profession de foi, promettait, outre la fin de l’aventure saharienne, « la mise en place d’institutions démocratiques ». 

Treize ans après, les militaires sont toujours là. Le teint plus frais, les ventres un peu plus proéminents, les comptes en banques beaucoup plus fournis. Les promesses aussi sont toujours là. Celles du 10 juillet étaient des promesses de promesses, il faut croire. Mais il n’est jamais trop tard. 

Le discours du Président était attendu. A l’évidence Maaouya tient à préciser que l’ouverture démocratique est <>. 

La phrase est importante car elle veut écarter l’idée de toute « pression étrangère », entendez de
la France. Les apparences sont sauves. C’est un repositionnement et non pas un repli forcé. C’est peut-être ce qui explique que certains mouvements politiques, « conseillés » par le gouvernement, soient montés depuis quelques mois au créneau pour réclamer en aucune manière. 

L’ampleur de l’indignation de l’opinion face au massacre des détenus noirs dans les geôles militaires a servi de catalyseur à une élite qui ressassait ses rancoeurs et ses frustrations depuis cinq ans. Des lettres ouvertes, des pétitions, des motions, des tracts, comme s’il en pleuvait, submergèrent Nouakchott. 

L’émotion fut vive dans les hautes sphères de l’État. « On » comprit que le vent était en train de tourner et qu’il irait forcissant. Il fallait lâcher du lest. 

En fait de nouveau, peu de choses. Une promesse vaut ce qu’elle vaut. Les gens ont l’impression que Ould Taya veut s’acheter une tranquillité pour deux ou trois ans, en attendant de voir. C’est dire combien le Président a peu convaincu la masse. 

Mais le peuple ne fait pas la démocratie. Et les milieux politiques, même sceptiques, voient la nécessité de jouer le jeu jusqu’au bout. Il faut prendre le président au mot. En essayant d’enclencher immédiatement la machine démocratique. Le problème principal est un problème de calendrier. 

C’est là où tout le monde doit exiger TOUT AVANT la fin de l’année. 

Et là il s’avère nécessaire, fut-ce à contre-coeur, de soutenir Maaouya. 

- Contre le CMSN d’abord, où une majorité, soucieuse de ses privilèges, ne saurait se résigner à retourner dans les casernes et retrouver son rôle de grande muette poussiéreuse et mal payée; 

- Contre un entourage gouvernemental conscient de sa médiocrité et se voyant déjà hors-jeu. 

- Contre lui-même enfin et ses velléités de reprise en main d’une situation qu’on ne manquera pas de lui présenter comme catastrophique et dramatiquement anarchique. 

 

Mais les trois dangers principaux qui menacent Maaouya et  sa tentation démocratique demeurent: 

1. L‘armée avec les officiers subalternes (Lieutenants, capitaines) avec deux groupes principaux l’un n’excluant pas l’autre; 

- Les officiers nassériens tendance Kaddafi obnubilés par le souvenir des Officiers Libres de Nasser et massivement engagés entre 1982 et 1986. 

 

- Les officiers moins marqués idéologiquement et qui ont misé sur l’armée parce que c’était le cheval gagnant. 

 

Dans les deux cas, ils ne laisseront pas leur part du gâteau se dérober, juste au moment où ils allaient mettre la main dessus. 

 

2. Les services de sécurité (services plus ou moins secrets, RG, indicateurs, correspondants  plus ou moins honorables). Ils n’ont pas le goût du sacrifice et encore moins de la démocratie. Difficile d’imaginer qu’ils se saborderont. 

 

Leur force est de sécréter  des <> à volonté, d’en voir partout et surtout de pouvoir… ne pas les voir. Quand ça les arrange. 

 

3. Les Structures d’Éducation des Masses (SEM). C’est une structure bâtarde, anti-démocratique par essence. Elle constitue un danger à court, moyen et long terme. C’est un moyen d’embrigadement donc de contrôle. Le Galvaniser actuellement, alors qu’il n’en finissait pas de mourir est une négation de l’ouverture démocratique. Il faudrait inclure dans les SEM les média d’État veiller à ce que ces SEM ne soient pas le futur parti-Etat. Danger. 

 

Les perspectives d’avenir sont incertaines. Jusqu’où Ould Taya pourra-t-il aller? Où veut-il aller? 

En attendant le magma politique bouillonne. Les différentes formations s’agitent. Toutes ont déjà eu un flirt plus ou moins prolongé avec les militaires. Les opposants actuels ne sont opposés qu’après avoir été démis de leurs fonctions ou désespérés d’une promotion politique. 

 

Alors chacun de se découvrir une âme démocratique. On s’achète un billet pour l’avenir. Et si ce n’était pas vrai? 

 

Habib Ould Mahfoudh 

 

Source :
La Tribune n°422 







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