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Les Echos de Mohamed Fouad Barrada

26112008

Du   consensus politique ! 

Politiquement, les relations avec les organisations  internationales telles  que l’UE et l’UA  influent sur la donne interne. Les actuels dirigeants doivent  s’adapter ou négocier avec ces institutions afin que le pays soit en mesure de  s’attaquer aux questions de fond.   Le front  pour la défense de la démocratie en Mauritanie, doit aussi avoir la capacité d’absorber les divisions internes. C’est inamissible de fermer la porte aux négociations.
La Mauritanie a  besoin  de  ses fils pour éviter toute ingérence extérieure dans la politique interne. 
La Somalie,  le  Liban, l’Irak, l’Afghanistan pour ne pas citer l’ensemble des zones à risque sont  des exemples éloquents en termes d’ingérence externes.

« Le président de la Commission de l’UA, Jean Ping, avait indiqué  que « la position de l’UA sur
la Mauritanie (était) presque similaire à celle des autres partenaires comme l’UE, les Etats Unis et les autres ». « Nous avons condamné le coup d’Etat, nous avons suspendu la Mauritanie de l’UA, nous avons lancé des ultimatums…. »,  note l’AFP dans sa livraison du 20 novembre.

Il faut le reconnaitre, une grande partie de la classe politique  mauritanienne  est  contre le retour  de Sidi Ould Cheikh Abdellahi, notamment la majorité parlementaire et le RFD. Ils rejettent  catégoriquement  un ordre constitutionnel intégrant l’ancien président.  D’autres  exigent avec ferveur   l’établissement de  l’ordre d’avant le 6 août.    Que faire alors ? Chercher une position intermédiaire.  Dans ce cas, deux options sont  envisageables : la première c’est celle d’amener  les  antagonistes politiques  en Mauritanie à se mettre d’ accord pour  la mise au point d’un programme électoral. La deuxième consiste à éviter  la négociation interne. Cette dernière peut  pousser  les militaires à prolonger la période transitoire  tout en essayant de surmonter  entre autres les sanctions ciblées.  Bernard Kouchner, ministre français des Affaires étrangères,  a confirmé, par ailleurs, que les deux organisations continentales  (UE et UA) envisageaient en cas de blocage  de négociation des accords de Cotonou d’infliger  des sanctions ».  » Il doit s’agir selon lui  de sanctions individuelles, comme des interdictions de voyage. Comment pourrions nous viser le peuple mauritanien déjà si pauvre?», a-t-il affirmé.

Bien que  le  dernier  communiqué  de l’Union africaine  déclare en cas de blocage de négociations avec les autorités en place  que la communauté internationale peut recourir  au conseil de sécurité pour  l’application des sanctions ciblées, il y a une  seconde chance accordée aux mauritaniens  pour  éviter toute action  à l’encontre des intérêts du pays.  Dans  toutes les circonstances, c’est au niveau interne que les choses peuvent s’arranger. En effet, des mauritaniens sont divisés,  reste à savoir s’ils peuvent avoir l’aptitude de régler leurs problèmes. A eux de choisir l’option. 

 A cet égard, le consensus est inévitable pour  relancer le processus démocratique sur des bases solides. Ces  bases  doivent mettre l’accent sur la lutte contre la gabegie.  Et qui dit consensus évoque  certainement   la  concertation.  Il est essentiel, en ce sens, que la classe politique ne ferme pas la voie à toute sorte  de discussion.  C’est antidémocratique. Un vrai démocrate est toujours  prêt, en période de crise,   à négocier et renégocier.   Toutefois,  le jeu démocratique, une fois déclenché, la concertation doit être évitée, car l’exercice  démocratique, lui-même,   suppose  divergence d’opinions. Paradoxalement, le socle  de ce  même jeu  se manifeste  à travers un   consensus politique guidé par l’idéal de la justice sociale.  

m_barrada@yahoo.fr

Source : La Tribune n°425




Arafatt

26112008

Arafatt 

Un jardin d’enfants mis à sac. 

C’était le mercredi dernier vers 14 heures que trois jeunes élèves de l’école publique Hamahoullah ont pénétré dans la maison abritant le jardin d’enfants Elm Neviss qui se trouve non loin du Centre de formation des sortants des Mahadra.

En passant par les escaliers, Mohamed O.Haiballah , Abdallahi  O. Mohamed et Sidi O.Aweicha ont pu pénétrer  dans ce centre d’éducation pour défoncer les portes à fin de saccager ce qu’ils jugent non important pour eux comme dossiers , documents administratifs et jouets fixés au sol et d’emporter ce qui les intéresse à savoir chaises , jouets électroniques et fournitures de bureaux.

Sur ses propres démarches, M’Barka Mint Bacar, la propriétaire de ce centre d’éducation a pu connaître les enfants qui ont commis ce forfait. Par la suite, elle a déposé sa plainte au Commissariat de police 1 d’Arafatt dont les limiers ont pu arrêter les voleurs et après interrogatoire ils ont été transférés au Commissariat de police chargé des mineurs qui se trouve à

la Socogim K.

Selon M’Barka , deux des malfrats , leurs pères sont pour le compromis tandis que la mère du troisième qui est toujours en  cavale et selon la victime elle l’a caché opte qu’on les renvoie au tribunal.

De ce fait, les parents des enfants voleurs et la victime doivent répondre au rendez-vous qui leur est fixé ce dimanche à 10 heures au C P C M.

                                                                                       Nous y reviendrons.    

Source : La Tribune 425                                                                  




De quoi sera fait l’après-Sidi ?

26112008

De quoi sera fait l’après-Sidi ?

 

La semaine dernière aura été riche en événements. Concernant la Mauritanie. Et le dossier mauritanien. Le 20 novembre expirait le deadline fixé par l’Union européenne à la réunion de Paris. Le 21 se tenait la réunion d’Addis-Abeba à laquelle participaient des délégations de l’Union africaine, de l’UE, des Nations Unies, de l’OIF et de la Ligue arabe. En plus de Jean Ping, président de la commission africaine, il y avait aussi le ministre français des affaires étrangères, Bernard Kouchner. 

«Les participants ont constaté qu’après le communiqué conjoint publié à l’issue de la réunion consultative du 10 novembre 2008 et marquant la nécessité de nouvelles propositions de la part des autorités issues du coup d’Etat pour permettre le retour à l’ordre constitutionnel, celles-ci n’ont fait parvenir ni à l’UA ni à l’UE aucun élément nouveau par rapport au document soumis à l’UA le 4 novembre 2008, et cette réponse a été jugée insuffisante par la communauté internationale». Pour les participants les exigences sont : «libération inconditionnelle du Président Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi, sa contribution en sa qualité de Président à la recherche d’une solution, la participation de toutes les parties prenantes et le plein respect de la Constitution. Dans ce cadre, cette approche pourrait conduire à la tenue d’élections présidentielles libres et régulières, comme élément d’une solution globale, pacifique et démocratique à la crise, qui soit acceptable pour le peuple mauritanien et jouisse de l’appui de la communauté internationale». A défaut, les participants ont envisagé la saisine du conseil de sécurité. Tout en maintenant les menaces de sanctions, «notamment des mesures individuelles». Enfin «les participants sont convenus de dépêcher, avant leur prochaine réunion, une délégation de haut niveau en Mauritanie conduite par l’UA et comprenant les représentants de la Ligue arabe, des Nations unies, de l’OCI, de l’OIF et de l’UE. Cette mission a pour mandat de s’entretenir avec le Président Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi et le Général Mohamed Ould Abdel Aziz, pour les engager à envisager une solution consensuelle de sortie de crise». 

Auparavant le ministre français des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, avait déclaré que « ce qu’il faut en Mauritanie, c’est retourner à l’ordre constitutionnel et ne pas accepter que des coups d’Etat déstabilisent l’Afrique. L’UE et l’UA sont là-dessus en plein accord. Il faut maintenant qu’une solution pacifique soit apportée ». Ajoutant que « l’ONU et l’UE doivent décider s’il y aura des sanctions ou non. Moi je n’en suis pas un grand partisan et je ne pense pas que le peuple mauritanien puisse les supporter, lui qui est déjà extrêmement pauvre. Mais des sanctions individuelles seront sans doute envisagées voire adoptées ».

Sur le plan intérieur, le Général Mohamed Ould Abdel Aziz, président du HCE, continue sa conquête des mauritaniens. Le voyage de Rosso, première sortie à l’intérieur, a été l’occasion de préciser certaines positions. Sur les enquêtes judiciaires se rapportant à la mauvaise gestion. Sur les réfugiés et sur le passif humanitaire. Sur sa conception de la gouvernance. Les autres membres du HCE ont continué leur campagne de sensibilisation à Nouakchott où plusieurs meetings ont été organisés. Les colonels Ahmedou Bamba Ould Baya, secrétaire général du HCE, Dia Oumar, chef d’Etat Major particulier et Mesgharou Ould Sidi chef d’Etat Major de la Garde nationale. A la vue des meetings et de la visite, on pourrait dire que le HCE a largement remporté la partie de la bataille extérieure. Ce qui compense les «hésitations» de l’étranger. On peut alors se demander quels sont les scénarii possibles.

Le 12 décembre prochain – un 12/12 comme par hasard – une nouvelle réunion se tiendra pour évaluer la situation en Mauritanie. Il est sûr qu’entretemps les Etats généraux de la démocratie n’auront pas eu lieu. Donc aucun calendrier n’aura été fixé. Seulement des promesses fermes d’organiser des élections libres et transparentes. La seule nouveauté sera la rencontre de la délégation commune (UA, UE, Ligue Arabe, OIF) avec les présidents Ould Abdel Aziz et Ould Cheikh Abdallahi. Qu’est-ce qu’on peut attendre de cette rencontre ? La délégation découvrira un Ould Abdel Aziz intransigeant sur le retour de la situation ante, et un Ould Cheikh Abdallahi accroché à son fauteuil. Très probablement. Que fera-t-elle alors ? Elle cherchera à rapprocher les points de vue. Si Ould Abdel Aziz se dit prêt à tout discuter sauf du retour de Ould Cheikh Abdallahi, ce dernier n’entend visiblement rien négocier. Il est aujourd’hui l’otage d’un jusqu’au-boutisme qu’il sera difficile de justifier aux yeux d’observateurs venus pour négocier. Qui dit négocier dit «donnant/donnant». Est-ce qu’il faut situer ici les démarches préliminaires entreprises par l’Etat du Qatar qui recevait cette semaine le ministre mauritanien des affaires étrangères et qui recevra le Premier ministre, Ould Mohamed Laghdaf la semaine prochaine ? Peut-être.

Le second scénario est le moins plausible. Parce qu’il suppose un changement de stratégie de l’opposition au putsch du 6 août. Les partis soutenant le retour de Ould Cheikh Abdallahi acceptant finalement que ce retour est désormais impossible. Ne serait-ce que pour ce qu’il porte en lui de germes de déstabilisation. Ould Cheikh Abdallahi se rendant lui-même à l’évidence et acceptant de sacrifier une once d’amour-propre pour la Mauritanie. Lui et ses alliés chercheront alors une formule qui lierait son départ à la sortie des militaires du champ politique. D’une pierre deux coups : empêcher le retour d’un régime qui a montré ses limites et mettre fin à l’instabilité politique.

Le troisième scénario est probable. Le FNDD persiste dans son refus de participer aux journées de concertation. Le pouvoir décide de faire sans les partis formant le front. Les Etats généraux de la démocratie sortent avec une feuille de route comprenant une période de transition (‘la plus courte possible’), des garanties de neutralité et probablement une obligation de réserve pour les militaires. Quelque chose qui sera «vendable» à l’extérieur et qui suscitera l’adhésion à l’intérieur. Auquel cas, nous revivrons le syndrome de 1992 avec une opposition s’excluant volontaire du jeu et un pouvoir qui a toute la latitude de fixer les règles du jeu.

Le dernier scénario, tout aussi probable, consiste à rester sur ses positions actuelles. Pour le pouvoir à rétablir les délais initiaux de 120 jours face à la communauté internationale, renforcer son assise intérieure, le tout en attendant de normaliser sa présence sur la scène mondiale. Dans ce cas le temps joue largement en sa faveur. On se souvient qu’au début, le FNDD bataillait pour la présence dans les conférences internationales, aujourd’hui ce n’est plus le cas. C’est ainsi que le ministre de l’hydraulique actuel a représenté solennellement le pays à Alger où il a été reçu comme il faut. L’Algérie est le pays de la région qui a exprimé le plus de rejet pour les nouvelles autorités. Un ministre au Qatar, un au Burkina, à Paris, à Madrid… petit à petit, le fait accompli produit son effet. D’autant plus que selon les grands soutiens du président déchu, Ould Cheikh Abdallahi aurait été sur le point de rompre ses relations avec Israël notamment. Ce qui ne doit certainement pas plaire aux amis occidentaux.

Quoi qu’il en soit, la Mauritanie vit un tournant de son histoire. Même si elle ne paraît pas dans la vie de tous les jours, la crise angoisse. Surtout dans ses aspects relations avec l’extérieur. Tout mauritanien sent que des risques existent et qu’il serait dommage de faire courir de tels risques au pays. Dommage pour tous. Et pour le pays.

 

Bechirou Wade

Source : La Tribune n°425




L’Edito de La Tribune Par Mohamed Fall Ould Oumère

26112008

 

 

 

Dans quelques jours, nous allons fêter le 48ème anniversaire de l’indépendance de
la République Islamique de Mauritanie.

28 novembre 1960-28 novembre 2008. Je parie que nombre d’entre ceux qui ont assisté à la naissance du pays, ne croyaient pas un jour arriver à cet âge. ‘Age’ n’est peut-être pas le mot approprié. Mais imaginons un moment tous ces hommes qui peuplent notre espace politique actuel et posons-nous la question de savoir s’ils n’ont jamais pensé arriver à 2000. C’était loin, presqu’inaccessible. D’ailleurs on en parlait que pour manifester des tendances eschatologiques plus ou moins bien élaborées. Ou pour reculer des échéances d’espoirs légitimes. Je me souviens quand on inventait au milieu des années 70 le slogan «la santé pour tous en l’an 2000». Puis au début des années 80 «l’éducation pour tous en l’an 2000». Puis plus tard «la justice pour tous en l’an 2000», «un toit pour tous en l’an 2000»… On promettait tout pour cet horizon-là. Aujourd’hui cet horizon est largement dépassé. Et qu’avons-nous eu de tout ça ?

Un système sanitaire qui ne répond guère aux attentes des populations. Un système éducatif qui déforme l’esprit de générations, les unes après les autres. Une justice qui participe – si elle ne promeut pas franchement – à la corruption du corps social. Une gazra qui perdure sous forme d’habitats précaires et insalubres.

Le projet de «la Mauritanie de demain» n’a finalement été que l’aboutissement d’une modernité débridée parce que mal assimilée. Au moment où «la Mauritanie d’hier» disparaissait sous les coups de politiques faites d’atermoiements et d’infantilismes. Et «la Mauritanie de toujours» s’en est fortement ressentie…

A qui la faute ? A toutes ces générations de Mauritaniennes et de Mauritaniens qui ont décidé d’un commun accord de dilapider toutes leurs potentialités, d’utiliser tout leur génie pour détruire leur pays, lui refuser de se développer et de s’accomplir normalement.

Qu’est-ce que nous avons à continuer à nous quereller pour un ordre qu’on veut toujours injuste ? Chacun essayant de tirer la couverture à lui.

Il y a 20 ans, une folie collective avait mené aux événements de 1989 et de la période noire qui avait suivi. Je le rappelle parce qu’en dépit de l’hystérie d’une «pensée u(i)nique» qui dictait sa loi, des voix se sont exprimés, des hommes et des femmes ont bravé «le politiquement correct» de l’époque, et ont dénoncé. Il y avait encore des sages parmi nous. Et des Justes. Des hommes politiques, des hommes d’affaires, des hommes tout court…

Je ne citerai personne autre que l’Imam Boudah Ould Bouçeyri qui avait consacré ses khoutba (prêches) de vendredi et du fitr à la question de la cohésion nationale et à la nécessité de préserver le pays et de garantir sa stabilité. Ce pays, c’est la seule chose qui nous restera quand on aura tout perdu. Et nous avons tout perdu ou presque. Dignité. Histoire. Valeurs. Sens de l’équité. Humilité. Tolérance. Convivialité. Engagement. Austérité.

Il est normal que l’homme mauritanien de novembre 2008 soit différent de celui de novembre 1960. Mais il devait en être un prolongement dans le sens de l’évolution positive. Ce n’est pas le cas. Egocentrique. Flamboyant. Extravagant. Dilué. Déraciné. Sectaire. Vaniteux. Faussaire. Matérialiste. Boulimique. Nerveux. Agressif. Schizophrène. Roublard. Versatile.

Ce n’est pas de l’auto-flagellation. C’est l’impression que le mauritanien que je suis a de mes compatriotes des villes. Donc de ceux qui décident de tout et de tous. Le millier de mauritaniens qui animent la scène publique et qui donnent l’impression que le pays est en pleine ébullition. Qu’il est en pleine crise.


La Mauritanie est en crise effectivement. En crise de croissance. Et cela ne date pas de trois mois. Quand Sidi Ould Cheikh Abdallahi, Ahmed Ould Daddah et Zeine Ould Zeidane sont passés en tête à l’élection présidentielle, c’était le premier indicateur de cette crise : en trente ans la classe politique n’a pas produit de leader à même de dépasser les 11% du suffrage. Les trois hommes qui ont dépassé ce cap sont plutôt des technocrates qui sont entrés en politique par effraction sinon par défaut. Nous n’en avons pas tiré les conclusions qu’il fallait. Le personnel politique n’a pas jugé utile de laisser se renouveler la classe. Il a continué à opérer ‘ses’ manœuvres par-ci par-là. Utilisant un matériau ancien pour un terrain forcément nouveau. Le ratage démocratique ne relève pas de la seule responsabilité de Ould Cheikh Abdallahi ou des généraux. Il est aussi le résultat de la démarche de cette classe politique qui se meut depuis la veille de l’indépendance et qui n’entend pas se démettre.

Si la situation actuelle pouvait aboutir à la fin de l’ordre politique ancien, ce serait une chance pour le pays. Fin des groupuscules, donc des démarches groupusculaires et sectaires. Recul du clientélisme devant l’engagement militant. «Professionnalisation» politique : aujourd’hui nous avons l’impression que chaque mauritanien est un politique en puissance, parce que la politique est une source de revenus faciles (et énormes) ; inverser cette situation en réhabilitant le travail productif et le mérite.

Le «retour à l’ordre constitutionnel», c’est aussi ça. Et c’est même surtout ça parce que la situation d’avant ne pouvait produire que ce qu’elle a produit : le recul.     

 

Source :
La Tribune n°425




Les Echos de Mohamed Fouad Barrada

18112008

Les Echos de Mohamed Fouad Barrada

La loi de  finances  2009 ! 

 

La crise financière et ses éventuelles répercussions suscitent encore beaucoup d’intérêts.  L’Afrique  commence à s’intéresser de près à  cette crise. 
La Mauritanie et son système ne sont pas épargnés. Prévisions, diagnostics  seront à l’ordre du jour.  Le projet de loi de  finances  vient d’être approuvé  et la question qui s’impose   alors est : quelle dimension budgétaire permet-elle  de faire face aux aléas externes.  Ainsi,  la donne des accords de Cotonou est –elle intégrée.

L’aide au développement accordé par l’UE au pays    est  estimé à 300 millions d’euros dont l’assistance technique, stages de formations et bourse d’études.   Soit le tiers du budget annuel. Celui-ci est  de 270 849 168 421 Ouguiyas  selon le projet de loi de finances  nouvellement  approuvé  en conseil de ministres et présenté par l’équipe de Ould Raiss, le ministre des finances.   Officiellement, les militaires en place visent l’axe social en essayant de faire face à l’instabilité économique qui touche les économies du monde.  Ainsi, la nouvelle loi de finances  met en avant  l’activation d’un fonds de solidarité nationale. L e montant prévu pour ce fonds  est de 16 milliards d’ouguiyas.     

 Les autorités tablent  sur une croissance  réelle hors pétrole de  5,5% et  une inflation de 7, 3%. La croissance annuelle prévisionnelle avec  pétrole  pour l’année 2009 serait de 6,8%. La part de ressources propres du budget avoisine 234 milliards d’ouguiyas.
« Le Budget Consolidé d’Investissement (BCI), pour l’année 2009 s’élève à 196,5 Milliards d’Ouguiya toutes ressources confondues, soit environ 22,6% du Produit Intérieur Brut (PIB) hors pétrole. Il enregistre une augmentation de 34,7% par rapport au BCI initial de l’exercice 2008.La politique de prudence budgétaire mise œuvre par les pouvoirs publics devra ramener le niveau du déficit budgétaire prévu en 2009 à 6,2 milliards d’Ouguiya soit 0,7% du PIB (hors pétrole) contre un déficit budgétaire de 20,7 milliards projeté en 2008 soit 2.52 % du PIB (hors pétrole) », note  l’agence de presse mauritanienne dans sa livraison du  11 novembre 2008.

Il est clair que  la donne extérieure et ses retombés budgétaires   s’imposeront  entre autres à  travers la chute des  cours du fer.  Ce dernier   est  en nette diminution. La tonne de cette matière est estimée actuellement à 40 dollars contre  80 dollars jusqu’à une date récente.  La part du fer dans le PIB est presque le tiers.  Soit une diminution considérable du PIB. Le poisson quant à lui est régi par  des accords quinquennaux qui lient le pays avec l’Union européenne. Ce qui nous assure un montant qui varie entre 86 et 120 millions d’euros par an.  

Par ailleurs,  la loi de finances  2009, avec un contexte international hostile,   prévoit  une  nette progression  du budget : 18% par rapport à la loi de  finances initiale  2008.   Quelle interprétation ?

 Certes, une politique d’austérité n’est pas envisagée, car le budget devrait  augmenter.   Néanmoins, le taux de change risque de   biaiser les prévisions.  La croissance mondiale  sera fortement affectée.  Ce qui n’évitera pas au pays des répercussions considérables.   La devise étrangère  subit  une nette diminution ce qui peut aussi  affecter   le revenu national. En effet,  les  transactions  étatiques  sont  fortement dépendantes du dollar.  Toutefois,  les acteurs de la finance nationale reconnaissent  que  « Le projet de loi de finances intervient dans un contexte international marqué par une crise financière mondiale, dont les répercussions néfastes, déjà perceptibles au niveau des économies réelles, risquent de conduire à un ralentissement voire à une récession de l’économie mondiale associée à une chute prévisible des cours des matières premières (fer, pétrole etc..). En outre, ils   se veulent rassurants  en  arguant  dans la même loi  que «  malgré cette conjoncture peu favorable, les indicateurs de croissance pour l’année 2009 seront stabilisés ».  

m_barrada@yahoo.fr

Source : La Tribune n° 424




Edito de La Tribune Par Mohamed Fall O Oumère

18112008

Edito de La Tribune Par Mohamed Fall O Oumère

 

Nos gouvernants ne doivent pas faire des constructions naïves et peu réalistes. Ils doivent savoir gérer la complexité mauritanienne sans tomber dans les pièges tendus par les «malins».

L’assainissement de la gestion n’est pas vraiment une demande sociale nettement exprimée. La société est fortement tribalisée. Et le pacte par lequel la tribu reconnaît la suprématie de l’Etat, c’est bien son impartialité. En terme trivial, on peut l’exprimer comme suit : aucune tribu ne doit se sentir au pouvoir et aucune tribu ne doit être dans la position de victime face au pouvoir en place. C’est ce que Ould Taya n’a pas compris en 2003. C’est ce qu’il n’a compris tout court. Et c’est en partie ce que Ould Cheikh Abdallahi n’a pas compris non plus.

Les dérapages en la matière sont faciles. Et dangereux pour l’unité et la pérennité de l’Etat. Il faut tout faire pour les éviter.

Récemment, en Occident, quand la crise de l’immobilier à fait sombrer le système financier, on a préféré renflouer – donc remettre en cause les fondements de l’économie libérale – plutôt que d’envoyer les fauteurs en prison. Par peur de provoquer une catastrophe économique par l’effondrement du système lié à ce tissu fait de malversations. Pour le cas d’espèce, a-t-on pensé à ce que peut valoir l’affaire Air Mauritanie au système bancaire mauritanien ? Si l’on tient à faire payer administrateurs, chefs d’entreprise, fournisseurs, liquidateurs… a-t-on évalué l’impact social et économique ? et même politique ?

On peut toujours se réfugier derrière le prétexte de l’indépendance de la justice, mais il faut que le chef de l’Etat, le Général Mohamed Ould Abdel Aziz explique aux administrateurs, aux juges, aux flics… que la conjoncture appelle l’apaisement qui ne peut être que le fruit d’une vision globale de la situation. Et non singulière.

 … Nos gouvernants ne doivent pas faire des constructions naïves et peu réalistes. Ils doivent savoir gérer la complexité mauritanienne sans tomber dans les pièges tendus par les «malins»…

Mokhtar Ould Daddah, qu’Allah l’accueille en Son Saint Paradis, est notre maître à tous. Surtout quand il s’agit de traiter les questions d’Etat, l’amour de la Patrie et le sens du sacrifice. En 1978, le Président Mokhtar qui avait fini par fonder une légitimité historique et populaire après 18 ans de règne, avait su très tôt que l’Armée préparait un coup d’Etat contre sa personne. Lui qui avait tant fait à ce pays avait choisi de laisser faire. «S’ils veulent le pouvoir, ils n’ont qu’à le prendre». En fait, et nous l’avons tous compris à l’époque, le Président Mokhtar ne voulait pas faire courir de risques au pays pour un pouvoir qui le fatiguait déjà. Il a sacrifié ce pouvoir, le bien-être qu’il procure, la notoriété qui l’accompagne. Pour la Mauritanie.

30 ans après, c’est le défi qui attendait Sidi Ould Cheikh Abdallahi à sa sortie de prison. Il a choisi de se cramponner. A un pouvoir qu’il a dilapidé en moins de seize mois. A un pouvoir qui ne lui a finalement pas rapporté en terme de confirmation de soi, en terme d’accomplissement en tant qu’homme d’Etat.

Comme vous j’ai entendu Ould Cheikh Abdallahi. Je l’ai vu. Dès ses premières sorties sur les chaînes arabes. Avant que les ‘amis’ du front ne s’en mêlent.

Appartenant à une génération qui a vu se construire le pays avec l’indépendance, je suis sidéré par la facilité pour nos ‘cadres’ d’être là où ils ne devraient pas être. Au lieu de comprendre que l’entrée par effraction dans la politique a été le fruit d’une manipulation, le ‘Président élu’ a choisi de revendiquer le trône au nom de la légitimité des urnes. Comme s’il ne nous disait pas il y a quelques semaines qu’il avait été là par la volonté des généraux en qui il avait «toute confiance». A-t-il conscience que la rupture avec eux est née de son incapacité à gérer ses relations avec ses soutiens ? Comment va-t-il faire avec les formations du FNDD ? Des formations qui ont leur histoire politique, leur parcours politique, leurs fondements idéologiques, leurs choix politiques… une histoire, un parcours, des fondements, des choix qui l’ont précédé et qui lui survivront.

Les colonels – avant d’être généraux – n’avaient d’autres raisons politiques d’être que le projet Sidioca. Sidi Ould Cheikh Abdallahi n’a été un projet politique que par les militaires. Ce sont bien eux qui ont dirigé vers lui tous les soutiens dont il bénéficiera. Y compris au second tour. Surtout au second tour.

Bouchez-vous les oreilles Monsieur le Président élu. La cacophonie est insupportable. Ecoutez-vous plutôt. L’espace d’un moment. Le temps de vous dire qu’il est temps de faire un sacrifice pour ce pays. Pour la Mauritanie.

Vous avez mis votre autorité en péril en refusant d’arbitrer entre un entourage vorace. Vous avez mis votre pouvoir en péril en refusant d’évaluer les rapports de force. Ne mettez pas le pays en péril en refusant d’être prévoyant.

 

Source : La Tribune n°4242




Liberté isolée pour Sidi !

18112008

Post-scriptum 

 

Liberté isolée pour Sidi ! 

 

Les militaires ont lâché du lest en permettant à Sidi Ould Cheikh Abdallahi de recevoir dans son village natal qui il veut…Y compris des diplomates étrangers et la presse internationale. Ils se sont cependant montrés maladroits en faisant intercepter par la police le conseiller du président renversé Abdallahi Mamadou Bâ qui se trouvait en route pour Lemden avec l’intention de rendre visite à celui qu’une bonne partie de la classe politique et l’opinion internationale considèrent encore comme le président légitime de

la Mauritanie. Cette interception, même si elle n’a duré que quelques heures, le temps de faire rater à l’intéressé la conférence de presse organisée par les dirigeants du FNDD en compagnie du président déchu, est d’autant plus malhabile qu’elle est intervenue dans une atmosphère d’interpellations aux relents de chasse aux sorcières. Ould Mohamed Waghf et d’autres anciens responsables de la défunte Air Mauritanie ainsi que des personnalités du commissariat à la sécurité alimentaire, entre autres, sont l’objets d’enquêtes: les uns au sujet de la  liquidation de la société Air Mauritanie et les autres dans le cadres de la gestion du plan d’urgence (PSI). Curieux quand même que cette soudaine volonté de lutter « contre les crimes économiques et financiers » ne cible que des partisans du président renversé. On est loin du principe d’Eli Ould Md Vall qui prétextait que demander des comptes à un seul mauritanien impliquerait tous les autres du fait d’un système politique qui a duré vingt ans…Bien entendu un tel prétexte ne tient pas la route dans un pays où il y a encore des citoyens qui n’ont rien à se reprocher en matière de gestion des deniers publics et qui sont moralement irréprochables à l’égard de concitoyens ayant été victimes de toutes formes de violations de droits humains…Seulement, il s’avère paradoxal qu’un régime sous pression comme celui dirigé par le HCE s’en prenne à des personnalités en position de faiblesse, dans un contexte où il est attendu des dirigeants la prise en charge transparente des dossiers délicats comme le passif humanitaire, et en même fasse une campagne auprès des populations du pays à travers des décisions courageuses mais insuffisamment bien étudiées. L’interdiction d’exporter le ‘bon’ poisson pour le mettre à la disposition des citoyens, c’est bien beau, mais à quel prix pour
la Mauritanie et jusqu’à quand cela peut-il durer ? On a vu les boutiques du ramadan. A présent les réductions de prix du gaz butane, lequel devient presque introuvable. Les promesses du kilo de viande à la moitié de son prix sont difficiles à tenir du fait d’une réalité du marché incontrôlable. Sur un tout autre volet on a vu le chef de la junte au pouvoir s’intéresser aux malades et promettre la gratuité des soins à certains d’entre eux. Mais sur les lieux, la vérité est autre : il faut payer c’est tout. Et dire que des grands projets sont en chantier au moment où pour tout le pays un seul scanner est disponible pour recevoir par jour près de 266 patients ! 

Les journées de concertations envisagées qui risquent de se faire avec une seule partie des classes politique et sociale du pays prendront-elles en charge et efficacement toutes les difficultés du mauritanien pour le bien être de qui chacun prétend se mouvoir ? Apparemment non car les 11 thèmes proposés porteront sur le fonctionnement des institutions. 

En réalité, il y a un populisme tape-à-l’œil dont nous faisons tous l’objet. Et nous ne ressemblons en rien aux libyens qui ont tenu plusieurs années durant le coup des embargos de l’occident : ils étaient certes dirigés par un Khadaffi dictatorial mais il y avait une certaine autosuffisance alimentaire chez eux. Pour nous à la place de l’alimentaire il y a les plus belles voitures importées du Japon, de l’Europe te de l’Amérique. Il y a aussi les villas cossues et les pseudo châteaux dont les matériaux nous viennent d’ailleurs, de très loin. Sans compter les basins trop riches que nos ministres nègres et arabes aiment arborer et qui viennent généralement de l’Europe. Tout ça donc pour une infime minorité. La masse se condamnant à espérer. Ne serait-ce que pour ces luxueuses choses auxquelles nos grands hommes se sont habitués, il nous est difficile de tenir tête au reste du monde qui nous appelle à la ‘normalité’…Est-ce pour cette raison qu’à défaut de libérer purement et simplement Sidi Ould Ch. Abdallahi, l’on a choisi de l’installer chez lui comme un vieux notable qui aurait décidé de ne plus s’intéresser à la politique comme activité d’ici-bas ? Le vieux sage se résoudra-t-il, dans sa volonté de résister au putsch, à faire de son village natal la capitale politique du pays et à nommer un gouvernement puisque de toutes les façons il jouit d’un soutien international et national on ne peut crédible ? 

Kissima

Source : La Tribune n° 4242 




La mue vers la monétique continue

18112008

GIMTEL 

 

La mue vers la monétique continue 

 

Le Groupement Interbancaire de Monétique et de Transactions Électroniques (GIMTEL) a débuté ses activités depuis un peu plus d’un an et demi. Pourtant les demandes de la fameuse carte verte stagnent. Et les transactions quotidiennes et commerciales tardent à faire leur mue vers la monétique. 

 

Jusqu’à présent, seules quatre banques (BCI, BMCI, BAMIS et BCM) sont connectées au réseau interbancaire, et quatre autres sont en cours de raccordement. La plupart des banques avancent encore assez lentement dans le programme. À la Mauritpost par exemple, absolument rien n’a encore été fait, pourtant inéluctablement toutes les banques devront arriver à cette interbancarité dans le paiement électronique. Plus en aval, si le GIMTEL en est à un stade avancé de la production de cartes interbancaires, depuis juin 2007, il n’en demeure pas moins qu’au niveau des banques, les demandes de la fameuse carte verte stagnent. 

«Au niveau des terminaux de paiement électronique (TPE), nous en avons une soixantaine disséminés dans tout Nouakchott, au niveau des commerces, pharmacies, restaurants etc..» précise Aliou Sall, directeur commercial et des relations extérieures de GIMTEL. «Nous avons entre 8 et 9000 de nos quarante mille clients qui sont titulaires d’une carte Gimtel, à ce jour. Ce n’est pas encore la panacée, mais on tend à atteindre le reste à plus ou moins long terme. C’est un travail de sensibilisation et de communication sans relâche pour habituer nos concitoyens à ce mode de paiement moderne» reconnaissait il y a quelques semaines déjà, El Mamy Kane, responsable des moyens de paiement à la banque mauritanienne pour le commerce et l’industrie (BMCI). Sans nul doute, l’intérêt de ces cartes réside aussi pour les banques dans le décongestionnement de leurs sièges principaux, qui en fin de mois sont de véritables sièges de guerre. «Les agences de proximité nous ont déjà permis de faire respirer nos sièges, mais l’accès à un moyen de paiement et de retrait d’espèces interbancaire, nous le permettrait encore plus» reprend-il.   

 

La course aux commissions 

 

A plus ou moins moyen terme, toutes les banques qui se diront modernes devront se pourvoir de telles cartes pour leur clientèle. D’autant plus que la banque qui aura le plus de cartes gagnera le plus à long terme. «C’est au niveau des commissions interbancaires que ça va se jouer: actuellement nous sommes à un taux de 0%, car nous voulons démocratiser ce mode de paiement, et laisser le marché fonctionner normalement. Une fois ce stade atteint, le taux de commissionnement sera réévalué» explique Aliou Sall. En France par exemple, ce taux est de l’ordre de 50 centimes d’euros, pour un retrait en espèces effectué en dehors d’une borne de la banque à laquelle on est affilié. Le marché devient vite potentiellement très juteux dès lors qu’on parlerait alors de plusieurs centaines de milliers de retraits interbancaires annuellement, en Mauritanie. «Depuis 2002, que la Bmci est dans la monétique, on n’a pas encore établi un taux de commissionnement, malgré tous les coût liés aux dossiers qu’il y a derrière; pour le moment, l’essentiel est de sensibiliser sur la carte» souligne El Mamy Kane. 

Sur le volet international de la carte, GIMTEL est en phase de test final avec VISA, pour l’acquisition de paiements par les porteurs de cartes VISA. Les cartes étrangères émises par des organismes tels que Visa et Mastercard seront aussi acceptées par les terminaux de paiement du GIMTEL, ainsi un touriste étranger pourra régler sa facture dans une auberge à Chinguitty à l’aide de sa carte bancaire. Et les banques membres du GIMTEL pourront dans une seconde phase émettre des cartes à usage international permettant ainsi aux Mauritaniens de faire leurs achats n’importe où à l’étranger, comme ils peuvent disposer de liquidité dans la monnaie du pays visité. À ce niveau encore, certaines banques sont plus en avance que d’autres, et perçoivent mieux la nécessité de pousser au bout cette modernisation de leurs système de paiement et de retrait. À la BMCI par exemple, qui est membre du projet VISA, et qui est accepté depuis un peu plus d’un an et demi, il ne fait pas de doute que les retardataires auront tort au moment des comptes. 

 

MLK

Source : La Tribune n°424




Commercialisation du poisson

18112008

Commercialisation du poisson :

Amateurisme et mensonge d’Etat

75% des stocks sur les bras, le temps du bradage

 

Le ministre des pêches l’a dit il y a quelques jours : 75% des stocks existants ont été vendus. Le Premier ministre vient de le répéter dans des interviews à des journaux locaux. Et c’est faux. Complètement ! C’est à peine si 25% des stocks sont vendus. En attendant la fin de l’arrêt biologique dans quelques jours, Nouadhibou a consommé ses capacités de stockage. Près de 9000 tonnes de congelé. Bord et terre. Les bateaux sont en rade en attendant. Et rien ne rassure à présent sur l’issue de la crise. Comme au bon vieux temps de la prospérité, les factions s’affrontent. Ici plus qu’ailleurs la lutte des groupes ne date pas d’aujourd’hui. Mais elle prend des tournures dramatiques à un moment où l’autorité publique semble vouloir éviter d’interférer. Qu’est-ce qui s’est passé ? Il est difficile d’avoir une idée là-dessus. Nous allons tenter quand même, sans prétendre vous donner la version exacte.

Tout commence par la production de juin et juillet 2008. Il fallait chercher acquéreur au plus vite. La première offre vient de Mitsubishi. Elle tombe le 6 juin et expire le 30 juin. Auparavant le conseil d’administration de la SMCP avait poussé la nouvelle direction à chercher à améliorer les prix de 30%. Alors que tous les indicateurs laissaient prévoir le contraire. Dans leur offre, les acheteurs japonais ont baissé les prix sur les petites tailles tout en améliorant les grandes. La moyenne de chute des prix n’atteignait pas 400 dollars. Au même moment on note ici et là des tractations, comme pour parasiter la vente de la SMCP. Première conséquence : la SMCP se met dans la position de celui qui demande à être aidé «pour avoir les meilleurs prix». Deuxième conséquence : manifestation de propositions plus ou moins farfelues. Telle celle d’une société presque inconnue du nom de Caili, proposition faite sur quatre containers seulement au niveau de Nouakchott. Plus tard celle du fameux Campagna qui serait venu sur inspiration de l’entourage du ministre. La première offre servira de prétexte à la SMCP pour fixer ses prix pour le mois de juillet. Un prix jugé excessif par les vendeurs. Malgré la conjoncture, il n’y a pas d’anticipation de la part des mauritaniens. Les injonctions de certains opérateurs et l’absence de nouvelles offres japonaises n’infléchissent en rien la position de la SMCP.

Le 24 juillet une offre tombe. Elle provient d’un acheteur européen, la MARR, présente sur le marché mauritanien depuis quelques années. Son plus gros coup reste celui de 2006, quand elle lance une OPA sur toute la production qu’elle revend sur le coup aux acheteurs japonais avec un net bénéfice de plus de trois millions dollars. Les producteurs s’en souviennent encore. Les acheteurs aussi. Elle met la main sur la production du congelé bord production juin et juillet en plus de la production des frigos SOMASCIR (5352 cartons), AL-ASMAC (6521 cartons), HIMAFRI (11286 cartons), NAMIA (5629 cartons) et PCA (8116 cartons). La SMCP confirme le même jour. Pour une somme totale de près de 27 millions dollars. Un protocole d’accord est signé à cet effet en espagnol. On y comprend que la vente ne sera effective que quand le produit sera levé, donc quand MARR aura trouvé acquéreur. La première réaction des acheteurs japonais a été de conseiller à leurs correspondants de «sauter sur l’occasion». Sentant qu’on ne peut avoir de meilleurs prix.

A l’époque, le Premier ministre Yahya Ould Ahmed Waghf, intervient plutôt pour encourager l’absence d’initiative. Le gouvernement abandonne Abderrahmane Ould Mohamed le tout nouveau directeur, pourtant arrivé là au bout d’une longue carrière dans la société et reconnu pour son intégrité. Ce qui lui manque, c’est l’appui des autorités pour sortir de l’emprise des lobbies qui ont fait main basse sur la société depuis très longtemps. La situation traîne. Le stock augmente.

Le 12 août, réunion du comité de gestion. L’occasion pour la direction d’annoncer solennellement la vente de la production. Des voix s’élèvent pour mettre en garde : si la vente n’est pas réelle, elle risque d’être préjudiciable au pays ; il faut donc mettre en demeure MARR pour l’amener à enlever son produit. C’est alors que MARR propose de faire une avance de 23 millions dollars sur les ventes. Manière de gagner du temps ? Ou d’appâter ?

Sur le montant, environ 6 millions pour le produit du frigo SOMASCIR, correspondant de MARR. Nous sommes en fin d’arrêt biologique. La production recommence. Il faut vendre au plus vite. C’est pourquoi le comité demande à la direction de la SMCP d’accélérer le processus de vente à MARR. Hic : personne à ce moment-là ne sait la teneur du contrat dont existe d’ailleurs deux copies qui diffèrent seulement au niveau de la possibilité ouverte de laisser les stocks en place le temps de les vendre. En fait les stockages en Mauritanie coûtent beaucoup moins chers qu’à Las Palmas ou au Japon (3000UM la tonne et par semaine à Nouadhibou, 18000 à Las Palmas et 22000 au Japon).

Si certains parlent de «complaisance» de la SMCP, il faut dire que la société a subi le diktat de la Fédération des pêches qui n’a pas rompu avec les anciennes méthodes. «Ces gens ne sont plus des commerçants, à force d’être habitués aux facilités et aux privilèges indus». De toutes les façons, la MARR ne paye que par container enlevé, donc vendu. Aussi est-il spécifié que la SMCP ne peut plus vendre le congelé bord avant que la MARR ne se débarrasse de son stock. En plus il lui faudra respecter les prix d’avant. «Il s’agit d’une vente ouverte sans précédent», commente un usinier.

Jugeant qu’il s’agit là d’un remake de l’OPA de 2006, les acheteurs japonais se sont concertés pour s’abstenir d’acquérir le produit acheté par MARR. «Sous les injonctions de leurs correspondants en Mauritanie», selon les milieux proches de la FNP. On accuse ici, les correspondants des acheteurs japonais, d’influencer la décision pour amener la partie mauritanienne à brader le produit. Pour ceux d’en face, «la SMCP a été instrumentalisé par la FNP pour amener les japonais à revenir à MARR».

Dans une première tentative de ramener les japonais à la raison, la SMCP réussit à dénoncer le contrat et à signer à cet effet un protocole avec MARR. Le 13 octobre, les deux parties s’entendent sur la rétrocession de l’avance. Le protocole sert à justifier auprès de la BCM, le transfert qui suivra. Au total 15.599.934 dollars. On n’a pas compté la somme versée à la SOMASCIR. «Du coup, soutiennent les uns, MARR engrange une plus-value de près de quatre millions après ce placement de quelques semaines». Faisant allusion au cours du dollar qui a gagné depuis.

Pour les détracteurs de la SMCP, on peut résumer la situation à la suivante : «en juillet 2008, MARR a acheté à la SMCP 3000t de poulpe à 8000$/t. Deux mois plus tard, MARR a renoncé à cet achat, au moment où les prix ont chuté de 2500$» ; «En cherchant à faire gagner aux producteurs 46 millions UM, la SMCP leur a fait perdre 6 milliards UM, et ça continue»… Les usiniers sont formels, eux dont la plupart ont déjà vendu leurs produits. Que dire des petits producteurs tributaires d’un système de vente dont ils ne maîtrisent aucune phase du processus. Leur produit est déposé chez les usiniers qui les avaient – souvent – financés pour les marées. Au moment du financement, les calculs sont faits sur la base des prix fixés initialement. En vue de leurs stockages, ces produits sont classifiés par des techniciens travaillant pour le compte des acheteurs japonais. Ce sont eux qui fixent la qualité de la production et qui en décident en toute unilatéralité. Stockés en attendant la vente, ces produits seront proposés selon le diktat des acheteurs sans tenir compte des intérêts des petits producteurs qui doivent supporter à eux seuls les effets de toute décote ou mévente.

En réalité, pour les observateurs plus ou moins objectifs, le développement de deux outils a sensiblement permis d’arriver à des pics de production sans précédent : la surveillance maritime plus rigoureuse et plus efficiente, et la recherche scientifique qui impose désormais ses normes (protection de l’espèce).

C’est d’une réflexion profonde sur le circuit de la commercialisation qu’on a besoin d’urgence. Sur cela planche actuellement une commission dirigée par le conseiller du Premier ministre chargé du secteur productif, Sidi Ould Zeine. En attendant les résultats de cette réflexion qui a tout pour être un tournant dans la mise en œuvre de politique en vue du développement du secteur, il faut savoir que les stocks d’aujourd’hui s’élèvent à un peu plus de 9000 tonnes, pour une valeur d’à peu près 90 millions$, qu’entre les offres de juin et celle d’aujourd’hui les écarts sont passés «de 450$ à plus de 1000$/t», selon un usinier. «Ils ont déjà enlevé pour la valeur de 30 millions dollars environ, affirme un usinier. Nous croyons que le manque à gagner s’élève déjà à quelques six milliards UM. Nous devenons les magasiniers des japonais, et nous sommes obligés de décréter un nouvel arrêt biologique ou plutôt commercial pour ne pas aggraver la question du stock».

Pour en revenir aux affirmations du ministre et du Premier ministre, les quantités produites jusque-là sont de 5750 t de congelé bord et 7750 congelé terre, soit un total de 13500 tonnes. Sur cette quantité, seulement 4900 tonnes de vendues. Soit près de 9000 t invendues.

Les autorités ont manqué de prévoyance surtout concernant les limites du pays : «limite de la capacité de stockage, moins de 8000 tonnes ; limite financière avec un argent cher à acquérir et difficile à mobiliser (taux élevés, bureaucratie…) ; limite enfin dans la connaissance des marchés concernés».

(La semaine prochaine : faut-il ou non maintenir la SMCP ? Quelle stratégie de commercialisation pour le poisson mauritanien ?)

 

 

Ould Oumeïr

Envoyé spécial à Nouadhibou

 

Source : La Tribune n°424




Enquêtes judiciaires : campagne d’assainissement ou règlements de comptes politiques ?

18112008

Enquêtes judiciaires :

Campagne d’assainissement ou règlements de comptes politiques ?

 

C’était dans l’air depuis un certain temps, le cap a été franchi. Les autorités ont décidé de s’en prendre à quelques personnalités pour la plupart du FNDD, en ouvrant des dossiers de gestion bien ciblés. D’abord Air Mauritanie, ensuite certains «dommages collatéraux» du PSI.

 

Air Mauritanie, chercher la petite bête

 

Pour Air Mauritanie, le syndicat du personnel de la compagnie nationale liquidée, a déposé une plainte contre X. Des anciens dirigeants de la compagnie. Les représentants des travailleurs ont toujours soutenu que les déboires de la compagnie sont le fruit d’une gestion calamiteuse de ses avoirs. Pour expliquer la démarche de la justice, le Procureur de la République de Nouakchott, Mohamed Abdallahi Ould Tiyib, a déclaré : «Dans le cadre de l’action du parquet général relative au suivi et à la répression des crimes liés à la gabegie financière qui nuisent aux intérêts de la Nation et après avoir reçu des plaintes de la part des travailleurs de l’ex société « Air Mauritanie » et d’autres parties qui ont la qualité de le faire ainsi que des dossiers et documents relatifs à la liquidation de cette société et des documents prouvant l’existence d’un marché douteux d’achat d’une grande quantité de produits alimentaires périmés, dans le cadre du plan d’urgence, le parquet informe l’opinion publique de ce qui suit:

1 – l’existence de rapports et documents comptables crédibles émanant de la partie supervisant la liquidation la société « Air Mauritanie » qui montrent une couverture délibérée du centre financier véritable de la société depuis un certain temps et de manipulation de fonds sociaux et de documents comptables de la société et de détournement à large échelle de son patrimoine conduisant à sa faillite de manière délibérée et organisée.

2 – l’existence de documents de référence qui laissent apparaître une grande manipulation des crédits qui ont été réunis pour financer le plan d’urgence et ce à travers la passation de marchés hors du cadre juridique pour l’achat de produits alimentaires périmés ayant entraîné la dépense de montants financiers énormes.

Les faits ci-haut cités constituent des crimes d’abus de confiance, de détournements de fonds publics et de faillite délibérée d’une société nationale, instrument de souveraineté ainsi que de gaspillage de fonds sociaux conformément aux textes de la loi pénale et des dispositions pénales du code de commerce ainsi que des autres textes spécifiques en la matière.

Sur la base de ce qui précède, le parquet de Nouakchott a demandé l’ouverture d’une enquête préliminaire sur ces faits et chargé la direction centrale chargée de la lutte contre les crimes économiques et financiers à la direction générale de la sûreté nationale de l’entreprendre afin de poursuivre tout celui qui se trouve impliqué dans ces faits graves».

Les personnes touchées jusqu’à présent dans le cadre de cette affaire sont : Yahya Ould Ahmed Waghf, ancien directeur général de Air Mauritanie, président du parti PNDD (ADIL) et Premier ministre de Sidi Ould Cheikh Abdallahi ; Moustapha Ould Hamoud, ancien DG de Air Mauritanie ayant été le prédécesseur de Ould Ahmed Waghf, et ministre de la Fonction publique au 6 août ; Didi Ould Biyé, ancien DG de la compagnie Air Mauritanie et conseiller principal chargé de l’économie du président destitué Sidi Ould Cheikh Abdallahi  au 6 août ; Mohamed Ould Vilaly, ancien DG ; Isselmou Ould Khattri, nommé DG quelques semaines avant la décision de liquidation de la compagnie ; et Abdallahi Ould Mokhtar qui a été président du conseil d’administration de la compagnie de 2000 à 2008. Vingt autres personnes seraient concernées par l’affaire. Au moins deux mandats d’arrêt internationaux auraient été lancés dans ce cadre.

L’histoire de la liquidation de la compagnie nationale commence par l’immobilisation le 5 septembre 2007 des deux avions d’Air Mauritanie à Paris. C’est suite à une procédure de saisie engagée par l’International Lease Finance Corporation, pour une créance de près de trois millions dollars (achat des moteurs). La honte pour un pays qui tente de réhabiliter son image de partenaire solvable. On ne sait pas exactement ce qui s’est passé pour en arriver là. Le Premier ministre Zeine Ould Zeidane venait de confier la direction d’une compagnie moribonde à l’un de ses plus proches soutiens et l’un des plus compétents et rigoureux cadres du pays : Isselmou Ould Khattri. Ce qui indique que la volonté du gouvernement est bien de redresser et non de liquider. Mais la guerre que se livraient déjà les factions autour du pouvoir de Ould Cheikh Abdallahi allait tout compromettre : le ministre des finances refuse de faire un geste pour «libérer» les avions. C’est la banqueroute. Le demi-millier des travailleurs se retrouvent sur le carreau. Chômage technique puis licenciements. Mécaniciens et pilotes s’expatrient. Les agents et cadres restent se battre pour avoir des droits. L’aboutissement : la plainte déposée la semaine dernière. Entretemps la liquidation a été confiée à une équipe qui a fait un travail remarquable d’enquête sur la gestion. Déjà, un privé actionnaire floué par l’ouverture du capital, avait commandité une enquête très bien ficelée visiblement. Le dossier ne sera pas refermé. L’incursion de la justice dans le dossier peut être l’occasion de clarifier certains aspects de la gestion du passé. Y a-t-il abus de biens sociaux ? Comment ? quels rôles pour les uns et les autres ? On se souvient que plusieurs fois, Yahya Ould Ahmed Waghf s’est défendu en disant qu’il avait trouvé la compagnie dans un état de délabrement avancé. Quel niveau par exemple ? Il avait, au cours de sa première sortie comme président de ADIL déclaré qu’il avait trouvé un trou de 3,5 milliards. A son départ à combien ce trou s’élevait-il ? qui vendait le carburant (Jet) à la compagnie en surfacturant le produit ? qui a fait le contrat leasing des Boeings ? qui a fait le coup des ATR ? Trop de questions auxquelles nous ne trouverons pas de réponses probablement. Tout simplement parce que la démarche actuelle est parasitée par la conjoncture politique. L’impression d’en découdre avec certains soutiens du FNDD est évidente pour le public. Ce qui fausse tout. Sinon, il est à prévoir que les incriminés soient les premiers à saluer les démarches parce qu’elle va permettre d’être définitivement fixé sur la nature de leur implication supposée – au moins jusqu’à présent – dans la mauvaise gestion du passé. Sinon il faut déjà penser comment se débarrasser d’un dossier qui est biaisé à la base. N’est-ce pas le rapport d’un homme d’affaires sur les mauvais agissements des administrés qui sert de base à l’enquête ? Comment éviter que l’enquête ne prenne l’allure d’une inquisition qui peut aboutir à la destruction de certaines institutions ? Comment éviter par exemple l’implication de banques comme la BMCI qui a eu le siège en hypothèque pour un milliard ?

 

Le riz US sentait la pourriture

 

L’histoire du PSI et particulièrement du riz avarié est une autre histoire. Pour la comprendre, il faut remonter plus loin que le PSI. Il s’agit d’une quantité de riz offerte par les Etats-Unis d’Amérique. Gracieusement aux populations de Mauritanie. Seulement deux détails : le premier est que le don est banni, le produit devant être vendu, la somme collectée servant à financer les projets de micro-entreprise ; le second c’est que le riz américain contiendrait une proportion importante d’amidon, 66% alors que la moyenne devrait être de 16%. «En somme les Américains nous donne à manger un riz qui servirait à peine à alimenter le bétail chez eux». Peu importe, ils demanderont toujours la restauration de l’ordre constitutionnel…au nom de la Morale (laquelle ?).

En octobre 2006, le commissariat lance un appel d’offres pour l’achat de ce riz. Les Etablissements AON soumissionnent pour 3300 tonnes de ce riz. A 79000 UM la tonne, soit 79 UM le kilogramme. L’ensachage, le transport, l’emmagasinage, ce qui revient selon l’acheteur à 104000 UM la tonne. Le riz est-il revendu au CSA à ce prix ? Est-il ensuite racheté à un prix inférieur ? Toujours est-il que nombre de supputations autour de ce riz obligent les autorités d’alors à la vigilance. Le Premier ministre d’alors somme l’inspecteur général d’Etat de faire la lumière dessus. Mohamed Ould Horma élit domicile au CSA où il découvre ce qu’il compare à un laisser-aller. Le dossier du riz devient secondaire pour lui. Mais il bloque toute démarche le concernant. L’acheteur invoque la mauvaise qualité du riz pour réclamer sa reprise par le CSA. Niet des autorités de l’époque. Niet aussi de Zeine Ould Zeidane, Premier ministre de l’après-transition. Il faudra attendre la nomination de Yahya Ould Ahmed Waghf pour voir le dossier débloqué. D’abord l’acheteur qui demande une compensation de plus de 700 millions et la reprise du riz par le CSA. Ensuite l’ordre du Premier ministre de régler au plus vite cette question. Résistances du colonel Abderrahmane Ould Boubacar alors commissaire à la sécurité alimentaire. Ses collaborateurs lui expliquent le litige et il s’en méfie. Intervient le PSI. En mai 2008, ‘on’ exprime subitement le besoin d’une quantité de riz de près de 4000 tonnes. Fin mai. On exclut la possibilité d’ouvrir un appel d’offres ou de s’adresser à tous les importateurs. Quelqu’un – comme par hasard – suggère le riz «qui est là, dans les magasins de AON». Ordre est donné au CSA de trouver la formule avec le commerçant. Le colonel, toujours droit, écrit à AON en spécifiant qu’il veut du «bon riz» et désigne une commission de contrôle à cet effet. L’affaire traîne. Début juin, la décision est inévitable. Le 8 juin, alors que Ould Boubacar est absent de Nouakchott, ordre est donné à l’adjointe de préparer le dossier. Elle pose des conditions mais finit par recevoir directement un ordre oral de son chef qui lui dit quand même de travailler sous directives du Premier ministre, lequel lui dit de voir avec le conseiller du Président chargé du comité technique du PSI, Khalil Ould Enahoui. En ce 8 juin, la commissaire adjointe réussit le tour de bras de signer l’avis d’information, l’appel d’offres et le PV de marché. Consultation restreinte : trois sociétés écrans et adjucation à la société visée. Les membres de la commission interne des marchés signeront ultérieurement. Le 9 juin le dossier est devant le Premier ministre. Mais le marché ne sera définitivement signé et clos que le 2 juillet. Alors que les traites sont engagées dès le 9 juin et les retraits au niveau du Trésor effectués. Pour la bagatelle de 583 millions UM. De l’express.

Là aussi l’acharnement politique pourrait être mis en évidence. Comment comprendre que ce ne sont pas tous les concernés par ce qui s’apparente à une malversation qui sont entendus ? Comment comprendre que l’enquête diligentée par Mohamed Ould Horma, l’ancien IGE, réputé pour sa rigueur, ne soit pas versé au dossier ? Et s’il est versé pourquoi ne pas appeler tous ceux qui de près ou de loin ont été impliqués dans cette opération ?

 

L’arbre qui cache la forêt

 

Il faut quand même rappeler qu’une campagne d’assainissement commence toujours quelque part. Mais pourquoi Air Mauritanie et le riz du PSI dans le cas d’espèce ? Il y a sans doute des raisons politiques. D’une part faire pression sur ceux qu’on considère – à tort ou à raison – principaux animateurs du FNDD. D’autre part amener les partis Tawassoul, UFP et APP à se solidariser avec ceux qui sont accusés de mauvaise gestion. Déjà que les ministres Tawassoul et UFP ont été récusés en même temps que ceux qu’’on’ a voulu stigmatiser sous l’appellation «symboles de la gabegie». On se demande aussi quel rôle a joué l’enquête parlementaire dont les premières conclusions ont été rendues publiques par le député Yacoub Ould Moyne (RFD) qui préside la commission au niveau de l’Assemblée.

Dans une conférence de presse tenue la semaine dernière, le député a affirmé que « la commission a découvert des violations très graves dont le moins qu’on puisse dire d’elles est qu’elles sont des détournements des deniers publics et des dépassements des textes et des lois ». Il a indiqué que la commission s’est penchée, au cours des deux derniers mois, sur une enquête portant sur le volet relatif à la sécurité alimentaire du programme supervisé par le commissariat, programme qui a coûté au budget de l’Etat la somme de 7 815 770 000 ouguiyas. L’enquête a permis de déceler des anomalies très claires dans cet aspect.  Précisant que l’équipe qui a supervisé l’exécution du programme au sein du commissariat a affirmé que «toutes les violations constatées par la commission ont été commises sur des ordres directs de milieux très haut placés dans le régime du président déchu, surtout ceux qui étaient responsables de la planification et de l’exécution du programme». Le député a noté que la première violation de la loi découverte par la commission est relative à la méthode de dépense des ressources allouées au programme, précisant que le montant global est de 19 147 470 000 ouguiyas mobilisés par le gouvernement par le biais de deux prêts financiers, conformément à la loi qui autorise l’Etat à contracter de tels emprunts dans des cas d’urgence mais l’engage à justifier cela au cours de la première session parlementaire qui suit. Cela, ajoute-t-il, ne s’est pas réalisé, ce qui constitue une violation flagrante de la loi. Il a indiqué que l’emprunt a eu lieu à la date du 9 avril 2008 et n’a pas été justifié au parlement au cours de sa session ordinaire tenue en juin 2008, sous le règne du président déchu. «Les enquêtes et les données disponibles montrent aussi l’implication de hauts responsables du commissariat à la sécurité alimentaire qui a géré un aspect essentiel du programme relatif au volet alimentaire».

Le député Yacoub Ould Moine a énuméré un ensemble d’abus dans ce sens en en relevant « l’octroi de marchés à des parties sur la base d’ordres qui seront justifiés par la suite de manière plutôt ridicule » en plus de « la distribution de produits alimentaires sur la base d’instructions » et non sur la base du droit ou de celui qui en a le plus besoin.

Il a réaffirmé que ceux que la commission a rencontrés ont collaboré avec elle sauf deux individus qui l’ont fait au début et se sont abstenus par la suite après avoir réalisé qu’ils avaient enfreint la loi et ont été les auteurs d’actes répréhensibles notant que ces 2 individus ont tenté de faire détourner le cours de l’enquête de la commission et le politiser.

Le député a fait remarquer que tous ceux que la commission a rencontrés dans le cadre de l’enquête ont été unanimes pour dire que tout ce qu’ils ont fait était effectué en exécution «d’instructions directes de parties influentes de l’ancien régime relevant son regret pour le bas niveau de gestion auquel on est arrivé à l’ère de l’ancien Président».

Ceux qui engagent cette lutte contre la gabegie, doivent se mettre en tête deux choses fondamentales. La première est que toute instrumentalisation politique ne va pas seulement décrédibiliser la démarche, mais aussi leur exploser à la figure. La deuxième est que la lutte contre la mauvaise gestion n’est pas une demande sociale dans la mesure où l’instinct grégaire et primaire l’emporte encore sur l’adhésion aux beaux principes.

 

MFO

Source : La Tribune n°424







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