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Affaires Ehl Ghadda :Ceux qui payent…

27102008

Affaires :

Ceux qui payent…

 

On parle souvent de ceux qui ne payent pas les impôts et taxes. On parle peu de ceux qui s’acquittent de leurs devoirs.

Le 12 octobre dernier une lettre de mise en demeure a été envoyée à la société MIREX, filiale du groupe Ehl Ghadda. Cette lettre invitait les responsables de la société à s’acquitter de la somme de 625.189.766 UM, dans un délai de dix jours.

Cette somme correspond aux enlèvements opérés par l’importateur. Depuis toujours, les autorités ont choisi une approche faite de complaisance sinon d’indulgence.

La société MIREX a choisi de payer immédiatement. Non seulement de payer mais de réviser tout son passif. C’est ainsi que la somme su-mentionnée a été relevée par le bureau 12 du Port autonome. En révisant l’état de ses finances de la société, les responsables ont remarqué qu’il existait un passif de plus de 170 millions au niveau du Bureau 13 des Douanes du Port autonome de Nouakchott.

Le total à payer a finalement été élevé à la coquette somme de plus 801 millions. La traite a été avalisée. Le Trésor a libellé ses quittances.

La Tribune n° 422




«Ci-gît la Mauritanie»

27102008

«Ci-gît la Mauritanie» 

Cultiver des dessins pessimistes n’a jamais été mon hobby. Ce pendant, par les temps qui courent, parler de bonnes nouvelles, écrire sur ce qui va bien ou mieux, chercher le providentiel, le sauf conduit qui mène à bon port, la clef du trésor, le clignotant qui passe au vert, la solution de l’énigme, tout cela, cette cueillette de prémices de lendemains souriants, serait artificielle et hypothétique. Et rien, croyez moi, de plus triste qu’un bouquet de roses synthétiques. 

Comment ça va ? 

Trois mois après la prise de pouvoir par le HCE, la classe politique ne semble pas encore trouver la solution providentielle de sortie de crise ou du retour à toute la légalité constitutionnelle. 

La communauté internationale ne semble pas, elle aussi, varier ses premières positions de principes qui sont, juste pour le bon sens, dénuées de réalisme. 

La Mauritanie va mal. Ce n’est pas, sûrement, depuis le coup d’état. Son calvaire a commencé bien avant, surtout depuis la mise en œuvre  de stratégies « machiavélistes »  qui ont conduit à notre désillusion totale. Les citoyens perdaient  un à un, tels les pétales d’une fleur, les espoirs  fondés sur le régime déchu. Pourtant, et c’est peut être le seul acquis de la transition de 2005, le terrain s’apprêtait à une vision dynamique de changements institutionnels réels et profonds. Avec la création de l’institution de l’opposition démocratique, l’hétérogénéité de la constitution politique des deux chambres (l’absence d’hégémonie d’un seul parti), les débuts d’ouverture des médias publics, la mise en place de la HAPA et des autres institutions indépendantes de la société civile, tout cela, favorisait ce climat de débat permanant et prometteur d’un avenir stable. 

Malheureusement, les maîtres du moment et leurs penseurs avaient d’autres dessins. Ils ont estimé que bazarder tous ses acquis, tout cet artifice de lois et d’institutions, en somme, le pas de géant que nous avons fait, pourrait mieux assoir leur pouvoir. 

A l’origine, ces lois et mesures ont été votées et  décidées parce que le peuple Mauritanien le voulait. Mais, à partir du moment – et nous y sommes depuis le tournant opéré par la nomination du premier gouvernement de Waghef- où des grands principes ont produit les effets inverses de ce pour quoi ils ont été édictés, la logique est de les adapter ou de les changer, même par la force. 

Par péché d’ignorance ou de manque de lucidité – péché politiquement mortel-, le régime déchu a érigé et brandit en exemple, un model révolu, et fait, sans crainte du ridicule, assoir ses fondements sur une logique qui ne l’accepte plus. 

Bref…, un coup d’état, plutôt une action de changement- étant la seule possibilité-, a mis un terme aux glissements dangereux qui conduisaient inéluctablement  notre jeune et fragile démocratie vers un avenir qui ne lui était pas prescrit. 

Je n’irai pas plus loin, une littérature mieux fournie et mieux argumentée s’en était chargé avant moi. 

 

Que devrions-nous faire ? 

L’impasse qui s’installe, le manque d’initiative réaliste, l’absence de dépassement de soi, l’insuffisante mobilité, parce que criants,  tirent  la sonnette d’alarme sur une situation qui nous installe inconfortablement dans un face à face, tels des chiens de faïence. 

L’option du dialogue est l’issue, dans ce contexte d’incertitude, qui nous permettrait d’échapper à l’insuccès. Le retour au passé ou le spectre du ressenti douloureux que nous avons vécu, il n’y a pas longtemps, est suffisant pour doper notre génie de créativité et notre sens de la raison. 

L’attachement au dialogue, aussi bien du HCE que d’une partie de la classe politique nationale et de la communauté internationale,  servira de pierre angulaire pour  l’évitement ou  la prévention de l’échec. Il est l’unique moyen pour le retour à la constitutionnalité au quel nous semblons tous nous y attacher. 

Mais en attendant, débattons. C’est notre seule chance. Cherchons ensemble des solutions. Elles doivent être réalistes et acceptées par l’ensemble des acteurs politiques et la communauté internationale. Ces solutions consensuelles ne doivent pas seulement envisager la sortie de la crise actuelle, mais elles doivent impérativement  prendre en compte l’historique du processus politique du pays et se poser des questions sur la viabilité du régime politique que nous nous sommes toujours imposé. 

Dans ce débat il est nécessaire que nous nous posions les questions suivantes : Est il conséquent que nous continuons à copier un model qui n’a peut être pas fait ses preuves ailleurs,  dans le monde qui l’a inventé ? Pourquoi, les trois tentatives démocratiques que nous avons expérimenté se sont elles soldées par des coups  d’état ? 

Ne devrons nous pas penser qu’il faut peut être donner un rôle constitutionnel à nos forces armées? Ne faut-il pas prévenir le despotisme en redistribuant les commandes de la gestion des affaires de l’Etat aux mains de plusieurs institutions démocratiques ? (révision des pouvoirs du président, surtout celui de dissoudre l’assemblée). 

En effet, sans une réflexion approfondie sur notre système politique, sur notre constitution  et sur la fonctionnalité de nos institutions démocratiques y compris celle de l’opposition, aucune sortie durable de crise n’est possible. Notre mode politique, voire notre modèle de démocratie doit s’inspirer de notre histoire et être adapté à nos réalités. 

Le débat que nous implorons et que nous pensons indispensable ne doit pas faire l’impression de déjà vu, de plat réchauffé ou de réédition d’un certain passé que nous déplorons déjà. Ne l’appelons même pas « journées de concertation » pour éviter toute similitude avec le show de 2005 et la mise en sciène dont les acteurs n’étaient d’ailleurs, ni plus ni moins, que la classe politique, tous bords confondus. Evidement, attendre l’accession au pouvoir pour mieux refonder l’Etat est  un leurre qui a aveuglé notre classe politique au cours des journées  de concertation de 2005, ignorant que les grandes réformes ne furent arrachées, à travers les temps, que sous la pression. 

Les journées de réflexion du CMJD ont engendré l’échec que nous contemplons aujourd’hui avec amertume. Elles ont été confectionnées et dirigées comme dans un jeu télévisé au bout du quel le candidat gagnait s’il choisissait la bonne réponse parmi quelques éventualités. Il n’était pas permis de débattre de l’essentiel. Les organisateurs ne voulaient pas trop vexer l’abcès et la classe politique caressait  l’illusion de l’accession facile  au pouvoir.

Aujourd’hui, il est impératif de donner le temps d’analyser et d’approfondir  les questions qui nous préoccupent tous et ensemble. Si nous nous occupons tout simplement à ne chercher que la solution de la crise actuelle dans la perspective d’élections présidentielles, nous passerons, encore une fois, à côté de l’essentiel. Et nous aurons cultivé et nourri les mêmes germes qui ont conduits à notre instabilité politique. 

Il faut tout remettre en cause. Tout refonder. Et tout assoir sur des nouvelles bases. Notre régime politique d’abord. Ensuite les pouvoirs de nos institutions y compris celle de l’armée. La fonctionnalité de notre administration et de notre justice. La moralisation de la gestion de nos affaires publiques. La rééducation de nos fonctionnaires. Et en fin et surtout, l’assainissement de notre image de marque dans le monde.

C’est seulement quand nous aurons engagé  un débat national franc et dépassionné sur ces thèmes que nous aurons préparé les fondements d’une réelle stabilité.

Il n’est pas nécessaire d’élargir démesurément les intervenants dans ce débat. Des parlementaires, des représentants de partis politiques et quelques personnalités ressources seraient largement à la hauteur de confectionner un plan de redressement national qui sera ensuite confié au gouvernement, aidé d’experts, pour le présenter sous la forme finale qui sera soumise à l’approbation du peuple mauritanien à travers un référendum.

Le gouvernement qui pilotera cette opération ne doit pas être celui qui est déjà en place. Celui-ci ne représente pas l’expression nationale dans sa diversité, au moins parlementaire.

Les initiatives présentées jusqu’ici manquent, à mon sens, d’exhaustivité, aussi bien dans leurs formes que dans leurs profondeurs. Elles semblent vouloir seulement chercher une solution à la crise actuelle ou une façon de participer à l’événement, d’être à la mode ou d’être la vedette d’un moment. 

N’oublions pas qu’épuré de tout calcul, l’échec de la transition de 2005, était  le résultat d’un processus qui, soit visait à atteindre un objectif en vain, soit y est parvenu mais en générant d’importants effets inattendus jugés négatifs et donc  insuffisants. Evitons donc de tomber deux fois dans le même piège. 

Les exagérations du régime déchu, ses bavures, ses usurpations, son despotisme doivent donner la leçon à ses défenseurs d’abord, à toute la classe politique ensuite et aux actuels gouvernants enfin, que le peuple et seulement le peuple peut légitimer un model politique. Il semble, à en jugé par les interventions répétitives de ces derniers, que le peuple soit au centre de leurs préoccupations. 

Si la solution apportée à ce qui s’est passé, à ce qui allait mal, à ce qu’il fallait changer, n’était pas démocratique- une telle voie lui était censurée-  et donc exemplaire, c’est tout notre système politique qu’il faut remettre en cause pour ne pas voir, un jour, sur une plaque plantée au milieu d’un désert, entre le Sénégal, le Maroc, le Mali et l’Algérie :  « Ci-gît la République Islamique de Mauritanie ». 

Deddahi El Ghailany 

Source : La Tribune n° 421




Liberté de presse : La Mauritanie, 105e

27102008

La Mauritanie, 105e

 

Dans le monde de l’après-11 septembre, seule la paix protège les libertés. Ce n’est pas la prospérité économique, mais la paix qui garantit la liberté de la presse. Tel est l’enseignement principal du classement mondial de la liberté de la presse, établi comme chaque année par Reporters sans frontières, et dont l’édition 2008 est rendue publique le 22 octobre.

L’autre conclusion tirée de cette liste, où l’on trouve une nouvelle fois en dernière place le “trio infernalTurkménistan (171e), Corée du Nord (172e), Erythrée (173e), est que le comportement de la communauté internationale envers des régimes autoritaires comme Cuba (169e) ou la Chine (167e) n’est pas assez efficace pour donner des résultats.

“Le monde de l’après-11 septembre est désormais clairement dessiné. Les grandes démocraties sont déstabilisées et placées sur la défensive, grignotant peu à peu l’espace des libertés.

Les dictatures les plus puissantes économiquement revendiquent leur autoritarisme avec arrogance, profitant des divisions de la communauté internationale et des ravages des guerres menées au nom de la lutte contre le terrorisme.
Les tabous religieux ou politiques s’imposent chaque année davantage à des pays qui avançaient auparavant sur la voie de la liberté
”, a déclaré Reporters sans frontières.
Dans ce contexte, le musellement général à l’œuvre dans les pays fermés au monde, dirigés par les pires prédateurs de la liberté de la presse, continue dans une absolue impunité, à mesure que les organisations internationales, comme l’ONU, perdent toute autorité sur leurs membres. Cette dérive mondiale donne d’autant plus de relief aux petits pays économiquement faibles, qui garantissent malgré tout à leur population le droit de n’être pas du même avis que le gouvernement et de le dire publiquement”, a ajouté l’organisation.

Guerre et paix

La liste établie pour la période allant du 1er septembre 2007 au 1er septembre 2008 met non seulement en évidence la place prééminente occupée par les pays européens (les 20 premières places sont tenues par les pays de l’espace européen, à l’exception de la Nouvelle-Zélande et du Canada), mais également la position très honorable de certains pays d’Amérique centrale et des Caraïbes. En effet, en 21e et 22e positions, la Jamaïque et le Costa Rica côtoient la Hongrie (23e), à quelques positions devant le Surinam (26e) ou Trinidad et Tobago (27e).
Ces petits pays caribéens se classent même bien mieux que la France (35e), qui recule encore cette année en perdant quatre places, ou que l’Espagne (36e) et l’Italie (44e), deux pays toujours plombés par la violence mafieuse ou politique. Selon les critères retenus pour ce classement, il ne manque qu’un point à la Namibie (23e), un grand pays pacifié d’Afrique australe, qui se classe cette année en tête des pays africains devant le Ghana (31e), pour entrer dans le peloton des vingt pays les mieux classés.
Le point commun des pays du peloton de tête, aux disparités économiques immenses (le ratio entre le PIB par habitant de l’Islande et celui de la Jamaïque est de 1 à 10), est d’être gouvernés par un système démocratique parlementaire. Et, surtout, de n’être pas engagés dans une guerre.
Or, tel n’est pas le cas pour les Etats-Unis (36e sur le territoire américain, 119e hors territoire américain), Israël (46e sur le territoire israélien, 149e hors territoire israélien), où, pour la première fois depuis 2003, un journaliste palestinien a été tué par des tirs de l’armée. La reprise de la lutte armée a affecté également la Géorgie (120e) ou le Niger, qui chute lourdement (de la 95e place en 2007 à la 130e en 2008).
Ces pays, pourtant dotés d’un système politique démocratique, sont engagés dans des conflits de “basse” ou de “haute intensité”. Ils ont, de ce fait, exposé au danger des combats, ou livré à la répression, les proies faciles que sont les journalistes.
La récente libération provisoire de Moussa Kaka, correspondant de RFI et de Reporters sans frontières à Niamey, après 384 jours de prison, ou de Sami Al-Haj, libéré de l’enfer de Guantanamo après six ans de détention, est venu rappeler que les guerres broient les vies mais aussi, le plus souvent, les libertés.

Sous le feu de belligérants ou d’un État omniprésent

Faute d’avoir apporté une solution à leurs graves problèmes politiques, les pays engagés dans des conflits d’une grande violence, comme l’Irak (158e), le Pakistan (152e), l’Afghanistan (156e) ou la Somalie (153e), restent des “zones noires” de la presse. Assassinats, kidnappings, arrestations arbitraires et menaces de mort sont le lot quotidien de journalistes qui, en plus d’être pris sous le feu des belligérants, sont souvent accusés d’être partisans.
Toutes les excuses sont bonnes pour se débarrasser des “gêneurs” ou des “espions”, comme cela a été le cas dans les Territoires palestiniens (163e), notamment à Gaza, où la situation s’est nettement détériorée avec la prise du pouvoir par le Hamas. Dans le même temps, au Sri Lanka (165e), où le gouvernement est pourtant élu, la presse est confrontée à une violence trop souvent organisée par l’Etat.
Pour l’essentiel, les pays qui ferment la marche sont des dictatures plus ou moins déguisées, où des dissidents ou des journalistes réformateurs parviennent à fissurer le carcan dans lequel on les contraint à vivre. L’année olympique en Chine (167e) a, certes, été celle de l’incarcération de Hu Jia et de nombreux autres dissidents ou journalistes, mais également l’occasion de donner quelques arguments supplémentaires à ces médias libéraux qui s’efforcent, peu à peu, de s’affranchir du contrôle policier imposé aux citoyens de la nouvelle puissance asiatique.
Etre journaliste à Pékin ou à Shangai, mais aussi en Iran (166e), en Ouzbékistan (162e) ou au Zimbabwe (151e), reste un exercice à hauts risques, source de nombreuses frustrations et d’un harcèlement judiciaire permanent. Depuis de nombreuses années, dans cette Birmanie (170e) que dirige une junte xénophobe et inflexible, les journalistes et intellectuels, même étrangers, sont vus comme des ennemis de la junte au pouvoir, et en payent le prix.

Les “enfers immobiles”

Dans la Tunisie de Zine el-Abidine Ben Ali (143e), la Libye de Mouammar Kadhafi (160e), le Bélarus d’Alexandre Loukachenko (154e), la Syrie de Bachar el-Assad (159e) ou la Guinée équatoriale de Teodoro Obiang Nguema (156e), l’omniprésence du portrait du chef de l’Etat dans les rues et à la une des journaux devrait suffire à convaincre les sceptiques sur l’absence de liberté de la presse. D’autres dictatures ne pratiquent pas le culte de la personnalité, mais l’étouffoir reste le même. Ainsi, au Laos (164e) ou en Arabie saoudite (161e), rien n’est possible, si ce n’est dans la ligne des autorités.
Enfin, la Corée du Nord et le Turkménistan restent ces “enfers immobiles” où la population est maintenue coupée du monde, sous le poids d’une propagande d’un autre âge. Tandis qu’en Erythrée (173e), qui ferme la marche pour la deuxième année consécutive, le président Issaias Afeworki et son petit clan de nationalistes paranoïaques continuent de gérer le plus jeune pays d’Afrique comme un immense bagne à ciel ouvert.
La communauté internationale, notamment l’Union européenne, répète à l’envi que la seule solution reste “le dialogue”. Mais sans grand succès, manifestement, tant que les gouvernements les plus autoritaires pourront toujours ignorer les récriminations, sans risquer autre chose que le mécontentement sans conséquences de quelques diplomates.

Dangers de la corruption et des haines politiques

L’autre maladie qui ronge les démocraties et leur fait perdre du terrain dans ce classement est la corruption. Le mauvais exemple de la Bulgarie (59e), toujours lanterne rouge de l’Europe, rappelle que le suffrage universel, le pluralisme des médias et quelques garanties constitutionnelles ne sont pas des critères suffisants pour parler valablement de liberté de la presse. Encore faut-il que le climat soit favorable à la circulation de l’information et à l’expression des opinions.
Les tensions sociales et politiques au Pérou (108e) ou au Kenya (97e), la politisation des médias, comme à Madagascar (94e) ou en Bolivie (115e), ou encore les violences dont sont victimes les journalistes d’investigation au Brésil (82e), sont l’illustration de ce poison qui gangrène les démocraties émergentes. Et le fait que ceux qui , dans une totale impunité, enfreignent la loi pour s’enrichir, et punissent les journalistes “trop curieux”, est un fléau qui maintient plusieurs “grands pays” à des positions honteuses (le Nigeria est 131e, le Mexique, 140e, l’Inde 118e).
Et puis certains de ces prétendus “grands pays” se comportent délibérément de manière brutale, injuste ou simplement inquiétante. A l’instar du Venezuela (113e), où la personnalité et les oukazes du président Hugo Chavez sont parfois écrasants, la Russie du duo Poutine-Medvedev (141e) exige un contrôle strict des médias publics et d’opposition. Comme Anna Politkovskaïa, chaque année des journalistes tombent sous les balles “d’inconnus” souvent proches des services de sécurité dirigés par le Kremlin.

Résistance des tabous

Dans le “ventre mou” du classement se trouvent également des pays hésitant entre répression et libéralisation, où les tabous restent inviolables. Ainsi, au Gabon (110e), au Cameroun (129e), au Maroc (122e), à Oman (123e), au Cambodge (126e), en Jordanie (128e) ou en Malaisie (132e), par exemple, évoquer la personne présidentielle ou royale, son entourage et ses éventuelles turpitudes sont des interdits absolus. Des législations liberticides au Sénégal (86e) ou en Algérie (121e) envoient régulièrement des journalistes en prison, en violation des standards démocratiques prônés par l’ONU.
La répression de l’Internet est également l’un des révélateurs de ces tabous tenaces. En Egypte (146e), des manifestations initiées sur Internet ont agité la capitale et inquiété le gouvernement, qui considère aujourd’hui chaque internaute comme un danger potentiel pour le pays. L’usage du filtrage est chaque année plus important et les Etats les plus répressifs n’hésitent pas à emprisonner les blogueurs.
Si la Chine reste première au palmarès des “trous noirs du Web”, déployant des moyens techniques considérables pour contrôler les internautes, la Syrie (159e) est devenue championne régionale de la cyber-répression. La surveillance y est tellement poussée qu’après la moindre publication critique, l’arrestation n’est qu’une question de temps.
Seuls quelques rares pays ont connu des avancées. Ainsi le Liban (66e) retrouve-t-il une place logique après la fin des attentats ayant visé des journalistes influents ces dernières années, tandis qu’Haïti (73e) poursuit sa lente remontée, de même que l’Argentine (68e) et les Maldives (104e).
En revanche, la transition démocratique en Mauritanie (105e) s’est enrayée, empêchant le pays de poursuivre sa progression. Tandis qu’au Tchad (133e) et au Soudan (135e), les maigres acquis de ces dernières années ont été balayés par l’instauration, du jour au lendemain, de la censure. 

Clothilde Le Coz (Reporters sans frontières)




Investissement: Vicat en Mauritanie

27102008

Investissements : 

Vicat en Mauritanie 

 

Une délégation de Vicat a été reçue par le Président du HCE et chef de l’Etat. Elle était dirigée par son président, Jacques Merceron- Vicat. Quelques jours auparavant le groupe français, troisième dans le Ciment, annonçait son implantation en Mauritanie, à travers un partenariat stratégique avec le Groupe mauritanien Bouamatou SA et sa filiale la société BSA Ciment SA. Au terme de l’accord, Vicat acquiert 65% du capital de BSA Ciment SA qui possède un centre de broyage ciment, une centrale à béton et une unité de production de préfabrication. Le broyeur, de marque Polysius, dispose d’une capacité annuelle de 450 000 tonnes. Ces installations sont idéalement situées à proximité de la capitale (Nouakchott) et de la principale zone portuaire du pays.

La consommation annuelle de ciment en Mauritanie s’élève à plus de 700 000 tonnes et affiche une croissance moyenne de l’ordre de 7% par an. Cette nouvelle implantation renforce le maillage de Vicat en Afrique de l’Ouest, le Groupe étant déjà fortement présent au Sénégal et au Mali. Fort de cette acquisition et des augmentations de capacité réalisées conformément au plan Performance 2010, le Groupe dispose désormais dans cette région d’une capacité totale de production de ciment de 4 millions de tonnes par an.

« Aujourd’hui, a-t-il dit, c’est notre première visite officielle en Mauritanie, puisque c’est la première fois que nous avons un conseil d’administration ». Et d’ajouter : « nous démarrons donc en Mauritanie le coeur vaillant avec l’intention de développer nos activités et de venir souvent dans le pays qui est un pays magnifique ». Cette visite intervient à un moment particulier om le pays est en face des menaces d’isolement. 

Le groupe Vicat emploie près de 6 700 personnes et a réalisé un CA de 2,136 milliards d’euros en 2007, provenant de ses activités de production de Ciment (47%), de Béton & Granulats (38%), et Autres Produits & Services. Le Groupe est présent dans 11 pays : France, Suisse, Italie, Etats-Unis, Turquie, Egypte, Sénégal, Mali, Mauritanie, Kazakhstan et Inde. 54% de son chiffre d’affaires est réalisé à l’international. Le groupe Vicat est l’héritier d’une tradition industrielle démarrée en 1817 avec l’invention du ciment artificiel par Louis Vicat. Créé en 1853, le groupe Vicat exerce aujourd’hui 3 métiers principaux que sont le Ciment, le

Béton Prêt à l’Emploi (BPE) et les Granulats, ainsi que des activités complémentaires à ces métiers de base.

 

 

 

 

Source : La Tribune n°421




Les Echos de La Tribune Par Mohamed Fouad Barrada

20102008

Les Echos Par Mohamed Fouad Barrada De l’économique au politique 

Les négociations avec la commission européenne chargée de l’application de l’article 96 des accords de Cotonou   seront tranchantes en termes diplomatiques.  Les premiers indices nous orientent vers  un maintien des   relations commerciales. La preuve en est le déblocage  de 86 millions d’Euros  par l’UE. Et cela dans le cadre de   l’accord de la pêche liant
la Mauritanie  avec cette dernière.

L’aide au développement est, toutefois, suspendue jusqu’à nouvel ordre.   Le politique influe sur l’économique. Et la question devient : comment faire pour combler le vide de l’aide au développement.

Politiquement, deux propositions sont mises   en exergue : la première c’est celle du HCE.  Cette proposition a été  avancée  à quelques heures de l’expiration de l’Ultimatum de l’Union africaine, depuis le 6 octobre  dernier à minuit.  Elle    s’article selon des sources journalistiques sur trois points. La libération  de Sidi  Ould  Cheikh Abdellahi  et son premier ministre. L’organisation des élections selon un délai  fixé  par la communauté internationale. Ces élections seront supervisées  par  cette dernière. La deuxième suggestion  n’est   que celle de  Messoud Ould Boulkeir. Celui-ci  semble avoir des contacts avec le président déchu  Sidi Ould Cheikh Abdellahi.   Entretenant des contacts permanant avec l’ancienne métropole de
la Mauritanie, le président de l’assemblée nationale  propose indirectement, même s’il ne le reconnaît pas, une  vision  proche de la vision française d’une sortie  de la crise.   Elle consiste  à  mettre en place  une commission  constituée essentiellement de  personnes ressources pour se retrouver autour du Président de
la République déchu par les militaires. Il est question « des présidents des deux chambres parlementaires, du président du Conseil constitutionnel, du président du Conseil islamique, du président du Conseil économique et social, à préciser qu’il s’agit de celui qui a été nommé par le Président de
la République. Egalement le leader de l’opposition, si ce terme a encore un sens. Il y a d’autres personnalités dont le président de
la Commission des droits de l’Homme, des représentants des parlementaires favorables au Coup d’Etat, des représentants du Front National de Défense de
la Démocratie ; mais aussi avec les représentants des missions  diplomatiques européennes, arabes et  africaines » (NDLR).

Par ailleurs,  le  président de l’assemblée nationale est devant un dilemme. Il est prêt à participer à  la prochaine séance parlementaire alors qu’il ne reconnait pas le gouvernement en place.  

Il est à noter  que dans une période de deux ans nous avons eu trois gouvernements. Chaque gouvernement essaye de mettre en place sa propre équipe. Et comme on le sait le processus administratif est un processus continu. Dés qu’il y a un dysfonctionnement  politique quelque part, la suite sera automatiquement  le blocage administratif. « L’instabilité ministérielle  des gouvernements mauritaniens  est l’une des raisons de l’inefficacité des fonctionnaires de l’Etat.  Car un projet est un processus long.  Or si le personnel du gouvernement est conscient  du fait que son temps est compté, la conséquence serait qu’il   ne pourrait  pas mettre à bien un projet qui risque d’être détruit dans l’œuf un an  après.  Ce n’est pas une  mauvaise volonté de leur part. La nature humaine exige que  la seule chose qui compte pour ces fonctionnaires, c’est le fait de  survivre, de rester à leur poste, et donc de flatter c’est la raison pour  laquelle il y a plein de projets qui se formatent mais qu’aucun n’aboutit.», explique en guise de commentaire une chercheuse française qui s’intéresse à la question mauritanienne.

Il est clair que  le pays souffre de plusieurs anomalies administratives difficiles à réparer rapidement.  Il faut incontestablement que  la classe politique tienne compte de cette donne. Pour mettre l’appareil étatique en marche, il est indispensable de résoudre l’épineuse question du changement dans la continuité. La  solution se matérialise alors  par une volonté ferme de servir le pays.

Pourtant, il y a des hommes  de bonne  volonté qui peuvent réaliser des projets prometteurs pour le pays, mais ils ne sont pas sur le devant de la scène.      

m_barrada@yahoo.fr

Source : La Tribune n° 420 




Les échos de La Tribune Par Mohamed Fouad Barrada

14102008

Les échos Par Mohamed Fouad Barrada 

 

 De l’incompétence administrative    

 

 Il y a un phénomène qui bloque la fonctionnalité administrative en Mauritanie. Il est difficile pour nos dirigeants de gérer les interfaces structurelles de leurs organisations.

Certes, des dirigeants mauritaniens veulent travailler, mais ils se heurtent souvent  à la mentalité  du groupe qui domaine les administrations.  Celle-ci  n’est qu’une résultante d’une longue période de pagaille. Il est clair que dans les administrations de l’Etat, il y a bizarrement une minorité qui produit et une autre exclue par un phénomène incompréhensible.  A titre d’exemple sur un effectif de 200 personnes, on ne  décèle que 20 salariés seulement travaillant convenablement. Les autres reçoivent des salaires sans contrepartie. Paradoxalement, aucune politique visant à les  mettre à niveau.  Eux-mêmes préfèrent être improductifs. Il y  a aussi  une marginalisation des compétences. En gros, la gestion des ressources humaines n’a pas sa place dans les organisations étatiques ni ailleurs. Des individus qui semblent être compétents détenant le centre des décisions  sont dominés par   une bureaucratie centralisée. Chacun d’eux cherche à servir le chef quitte  à cacher  volontairement ou non  les informations  pour les  préserver pour son propre profil.  Ce qui sous -entend une  personnification pure et simple  du pouvoir hiérarchique. Dans ce contexte, évoquons une expérience  d’un chef  de personnel d’une entreprise publique  connue en Mauritanie. Celui-ci trouve le plaisir d’exercer son pouvoir quitte à faire  aller et revenir un employé pour des choses de banalité inexplicable. Ces pratiques restent  une monnaie  courante en Mauritanie.  Quelqu’un me disait que si on lui donne l’occasion de diriger  un ministère, il va montrer ses compétences.  Je lui ai  répondu que cela n’est pas  une tâche aisée. Car l’ensemble organisé est contreproductif.   

Bien que des directeurs mauritaniens puissent faire évoluer leurs structures, leurs handicaps demeurent le fait de tout centraliser pour ne  pas perdre un  pouvoir fondé sur l’embellissement de leur image vis-à-vis de leurs supérieurs. L’héritage colonial et historique du pays fait que les employés travaillent dans une logique d’intérêt biaisée par  le  renforcement ou la lutte contre le pouvoir du chef en exercice. Et cela suivant le positionnement dans la structure organisée. Cela crée ce que nous pouvons appeler  un phénomène de blocage fonctionnel.  

 Toutefois, un dirigeant performant  c’est celui  qui crée  une ambiance du travail au sein de sa structure en  essayant de  motiver  l’ensemble organisé.  D’où la nécessité d’un  changement organisationnel chez nous. On l’a déjà dit, et on le  réitère une deuxième fois, un dirigeant qui dirige avec un système performant n’est pas comme celui qui fonctionne selon un ordre dicté par les alliances contre nature. Pour que les choses évoluent en Mauritanie, il semble indispensable de revoir la manière de diriger. Il s’agit d’une nécessité qui peut s’exprimer à n’importe quel moment pour donner l’espoir tant recherché par les uns et les autres.

Certes, il y a des élus, des  ministres et des cadres qui veulent que les choses changent, mais il y a aussi, un ordre  qui s’impose  contre toute forme de changement évolutif.  En effet, il arrive à des rares  dirigeants mauritaniens de tenter le tout pour le tout afin  qu’une évolution soit à l’ordre du jour. Mais ces dirigeants bien que charismatiques à la mauritanienne, ils se heurtent au comportement stéréotypé de la population. D’où une remise en question de la notion de charisme. La ‘chefferie’  ne doit pas, en ce sens,  être personnifiée, elle  doit être tout simplement  guidée  selon un  ordre organisationnel. Il est question  d’une performance qui se réfère  à une référence à la fois fonctionnelle et transversale loin de la  référence individuelle du  pouvoir. Le système anglo-saxon, malgré ses défaillances, reste le meilleur. Il favorise, la gestion des interfaces afin que l’organisation marche.

Pourtant, la référence islamique est une bonne référence s’il l’on tient compte de sa bonne interprétation. A nous de créer notre propre modèle. C’est un rêve. C’est vraiment un rêve. Mais ce n’est pas interdit de rêver.

 

m_barrada@yahoo.fr 

 

Source : La Tribune n° 419 




Edito de La Tribune Par Mohamed Fall O Oumère

14102008

 

Edito de La Tribune Par Mohamed Fall O Oumère

 

Des raisons de s’inquiéter, il y en a. Des raisons d’espérer, il y en a aussi. Commençons par le plus inquiétant. La répression des manifestations est venue nous rappeler que les relents totalitaires sont encore vivaces. Que la police est toujours prête à frapper. Que l’Autorité a encore tendance à distribuer des coups.

Le limogeage du directeur de la télévision à la suite des «(d)ébats» de l’autre soir vient rappeler qu’on n’a pas le droit à l’erreur en termes d’allégeance.

Les épisodes d’Accra et du Luxembourg indiquent jusqu’où le ridicule peut amener une classe politique – visiblement insouciante – à exporter le linge sale de chez eux.

Toutes ces raisons d’inquiéter découlent des déviances et des insuffisances de la transition. Notre classe politique a cru qu’elle pouvait faire l’économie d’une remise à niveau, s’éviter la remise en cause et tout avoir gratuitement, sans effort. Les auteurs du 3 août et du changement qui en a découlé ont cru, eux, que la rupture n’était pas nécessaire et qu’ils pouvaient faire le neuf avec le… vieux. Nos partenaires se sont vus parrainer et s’approprier un modèle à bas prix.

Les raisons d’espérer, c’est d’abord cette sortie politique de Messaoud Ould Boulkheir, président de l’Assemblée nationale, président de l’APP qui a présentement la direction du Front national pour la défense de la démocratie (FNDD). Jusque-là, le front n’a pas clairement exprimé de propositions mise à part celle que personne ne croit sincère : le retour de Sidi Ould Cheikh Abdallahi. Jusque-là il a manqué une voix qui a assez de légitimité et assez d’envergure pour faire des propositions à même d’avoir force de base de travail. Confrontée à la délibération adoptée par les parlementaires qui soutiennent le putsch, la proposition de Ould Boulkheir est une sérieuse avancée sur la voie du dialogue nationale autour de la sortie de crise. Elle ne peut être refusée que par une seule personne : Sidi Ould Cheikh Abdallahi qui s’estime encore bénéficier de la légitimité et de l’envergure dont il a été investi le 19 avril 2007, et qui, pour cela, est en droit de refuser le rôle qu’on lui donne dans la proposition.

C’est aussi les propos du Général Mohamed Ould Abdel Aziz sur les ondes de VOA et qui confirment les préjugés favorables dont il bénéficiait dans certains milieux. Il est difficile de croire qu’un homme qui a eu le pouvoir entre les mains en juin 2003, août 2004, août 2005 et depuis avril 2007, et qui n’en a pas profité, il est difficile de le prendre pour un assoiffé de pouvoir. Non, le Général Ould Abdel Aziz a bien un souci qui se dessine aujourd’hui autour d’un projet semblable à celui de 2005. Avec cette différence de taille : en 2005, le projet a été proposé par la junte, aujourd’hui, c’est aux Mauritaniens représentés par l’ensemble des acteurs de la vie publique de concevoir ce projet et de l’adopter.

Nous avons besoin de réhabiliter la politique en s’abstenant de chercher systématiquement des raisons cachées aux positionnements exprimés des uns et des autres. Pour cela faire adopter par les politiques un comportement transparent et exigeant. Rompre avec la tricherie, les manœuvres dilatoires, la rétention de l’information, les fausses lectures, la manipulation… la transparence commence par là. L’obligation de résultat, la loyauté envers l’électorat, le respect des engagements pris, la recherche continuelle de l’intérêt général… le renouveau politique commence par ces exigences.

Nous avons besoin de dirigeants qui pensent à nous comme un chef d’entreprise penserait à ses employés. Comment les rendre heureux pour travailler mieux et produire plus. Comment les amener à le servir avec plaisir et loyauté. Comment leur améliorer leurs conditions de vie et les tranquilliser sur leur prise en charge par une compétence réelle… Non pas chercher continuellement à régler des comptes ici, à faire des blocages là ; ne pas être aveuglé par l’intérêt particulier (personnel ou partisan), ne pas chercher à venger une frustration, une attitude… s’occuper du bien et non de faire mal.

Nous avons besoin de discuter, de nous écouter les uns les autres et d’imaginer par nous-mêmes une issue de secours autre que celle qui risque de nous être imposée. De la gestion passée, nous avons hérité l’émiettement et la pauvreté (dans tous les sens). Combien de partis ? de journaux ? d’ONG’s ? de syndicats ? sur tous les chiffres combien sont réellement actifs ? Pensez-y. Pensez aussi que nous sommes le seul pays qui a trois présidents : le mandat de Ould Taya, interrompu en août 2005, court toujours (décembre 2008) ; le mandat de Ould Cheikh Abdallahi court toujours (mars 2012) ; en plus du Général Ould Abdel Aziz qui est le chef d’Etat actuel. Alors ?

L’évidence est l’impossibilité du retour en arrière. L’opinion publique l’exprime tant bien que mal. Qui veut faire souffrir la Mauritanie et les Mauritaniens pour le retour de Sidi Ould Cheikh Abdallahi ou Moawiya Ould Taya pour ne parler que de ceux qui peuvent prétendre à la légitimité des urnes ?

La démocratie sans ce retour est possible. Elle est même plus probable et plus jouable. Reconstruire sur des bases plus saines ce qui a été tenté en 2005.

 

 

Source : La Tribune n° 419




Vers une cohabitation politique

14102008

Vers une cohabitation politique 

 

Alors que certains leaders continuent de fanatiser leur adhésion à l’un des camps opposés, le président de l’assemblée nationale se distingue en esquissant un plan de sortie de crise. Il devient ainsi la première autorité institutionnelle à «relativiser » sa position dans une confrontation qui divise et affaiblit le pays. Auparavant, le leader statutaire de l’opposition avait pris l’initiative de dialoguer avec les putschistes et leurs opposants. Mais alors les opinions n’avaient pas évolué. 

 

«Ni, ni» ambiant 

Cette initiative a le mérite d’être promue par une autorité politique et constitutionnelle reconnue. Elle tire toute sa force et sa crédibilité stratégique du positionnement anti-putschiste qui a fondé cette première résistance à un coup d’état dans l’histoire du pays. Qu’en serait-il, aujourd’hui, si le président de la représentation nationale s’était lui aussi contenté de « prendre acte » d’un putsch insensé ?  En plus que d’inviter ses adversaires à s’engager vers une solution nationale et politique, cette volonté de compromis honore et confirme son engagement historique contre l’arbitraire en Mauritanie.   

Dans son propos, le président de l’assemblée exige le retour à l’ordre constitutionnel comme préalable à toute reconstruction démocratique de l’état républicain. Il esquisse même une porte de sortie pour la junte militaire en proposant un gouvernement de consensus ayant pour mission d’anticiper et/ou organiser une élection présidentielle à laquelle le président rétabli ne devrait pas participer. En somme, il s’agit d’une session de rattrapage pour la transition militaire dont la gestion putschiste révèle enfin ses bavures et limites. 

Force est d’admettre que cette initiative permet à la classe politique de sortir du « ni, ni » qui ne donne même pas les illusions du statu quo. D’un côté, le parti putschiste ne peut ou ne veut pas envisager le retour du président élu. Se croyant au pouvoir, ses partisans entendent y rester. De l’autre, le front démocratique se bat pour le retour du président élu et le départ des putschistes. Quant à l’opposition démocratique, elle ne veut ni du président élu ni de l’armée putschiste et exige une élection présidentielle non ouverte aux putschistes en place. 

C’est dire qu’avant de la politiser à outrance, cette initiative doit être rapportée à ce contexte dissolu. 

 

Armes égales 

Pour autant, le pauvre peuple mauritanien ne peut s’imposer une épreuve que le rapport des forces lui permet d’éviter. Au lieu de fonder l’impunité des putschistes, « l’invalidité pratique » du président élu doit être facturée à ceux qui sont à l’origine de ses contre-performances. Son éligibilité et son mandat sont définis par la constitution et régis par le droit et la vox populi. Le retour à l’ordre constitutionnel ne peut se faire au mépris de cette réalité de principe. Seule la limite d’âge et une décision de justice peuvent l’empêcher de participer à une éventuelle élection anticipée. 

Du reste, la bonne volonté des putschistes ne vaut pas un tel déni de justice et de démocratie. Tout au plus la junte peut-elle réclamer une suspension des mesures individuelles déjà encourues. Il faut en finir avec le sous-développement durable qui nourrit l’instabilité publique et la rébellion militaire : c’est cette sollicitude avec les militaires putschistes qui est à l’origine des bavures en série. Nous ont-ils proposé une transition démocratique, c’est sous leur tutelle qu’ils l’ont voulue. Nous choisissent-ils un président élu à leur botte qu’ils se retournent contre lui en provoquant l’isolement du pays. L’éviction sauvage de leur tout nouveau directeur de propagande, à la télévision nationale, illustre toute la vanité de leurs promesses et engagements. 

Cette réserve mise à part, le plan du président de l’assemblée peut être relayé et développé pour asseoir une solution nationale. Rien n’empêche son «  gouvernement de consensus national » d’être un pouvoir de cohabitation politique et citoyenne dont la primature reviendrait à l’opposition démocratique. En attendant un scrutin démocratique et à armes égales…   

 

                                                                                                                                                                            Cheikh Touré 

   

Source : La Tribune n° 419 




Politique : le bout du tunnel ?

14102008

Politique : 

Le bout du tunnel ? 

 

 

Le 22 octobre auront lieu les premières négociations ouvertes par l’Union Européennes avec les nouvelles autorités mauritaniennes. C’est au titre de l’article 98 de l’accord de Cotonou. Elles auront lieu non pas à Bruxelles mais à Paris, «pour convenances» explique-t-on dans les milieux diplomatiques. Louis Michel, le Commissaire européen, est à Paris en ce moment-là pour d’autres raisons. Et pour «éviter des dépenses supplémentaires», ‘on’ a préféré tenir les discussions dans la capitale française. En outre, la France dirige effectivement l’Union Européenne en ce moment. C’est aussi le pays le plus intéressé – et visiblement le plus préoccupé – par la situation en Mauritanie. C’est certainement pendant ou après ces discussions que le sort du pays sera scellé. On parle déjà d’une probable libération du Président déchu Sidi Ould Cheikh Abdallahi à la veille de la réunion. Ce serait un signe envoyé par les nouvelles autorités aux partenaires immédiat de la Mauritanie. On parle aussi d’une feuille de route qui pourrait être présentée à cette occasion. En attendant, quelques propos ici, une initiative là sont venus ouvrir de nouvelles perspectives à l’intérieur. 

Deux interventions en fait sont venues rompre la morosité politique installée par la crise ouverte depuis quelques mois. Celle de Messaoud Ould Boulkheir, président de l’Assemblée nationale, président de l’APP qui dirige actuellement le FNDD et celle du Général Mohamed Ould Abdel Aziz, président du HCE sur la Voix de l’Amérique. 

Le Général Mohamed Ould Abdel Aziz a indiqué qu’il sera procédé à l’organisation de journées de concertation à l’issue desquelles les mauritaniens veilleront à ce que « plus jamais un seul homme, élu soit-il par le peuple, ne puisse à lui seul constituer un blocage et prendre tout un peuple en otage ». Il a indiqué  »pour ceux qui parlent de l’ordre constitutionnel, nous trouvons que nous ne sommes pas très loin, parce que toutes les institutions démocratiques sont là  et fonctionnent », que « nous avons les deux chambres du parlement qui fonctionnent encore et il y a des représentants du peuple mauritanien. Nous avons également la cour des comptes et le conseil économique et social. La seule institution qui, malheureusement est absente, c’est l’institution présidentielle, c’est vrai que c’est une situation qui n’est pas normale et que nous n’avons pas du tout souhaité pour le pays ». Avant de préciser que cela est dû à une « situation qui a fait qu’il fallait vraiment que nous puissions agir pour sauver le pays et ses institutions démocratiques élues par le peuple qui ont été bloquées par l’ancien président, qui après tous ces blocages, s’est attaqué aussi aux institutions militaires qu’il a voulu décapiter de manière illégale et irrationnelle. » Expliquant que « qu’un pays démocratique doit avoir un président élu par le peuple et que pour cela il va falloir organiser des élections présidentielles, que  nous nous attelons à faire ». Mais, a-t-il dit « pour organiser ces élections, il faut rassembler tous les mauritaniens et s’engager dans un processus que nous voulons d’ailleurs faire rapidement au cours des journées de réflexion qui vont traiter des états généraux de la démocratie dans notre pays. Pendant ces journées, les mauritaniens, ensemble pourront voir ce qui n’a pas fonctionné pendant cette période de l’ancien président, les causes du blocage que nous avons vécu et qui fait que le pays n’a pas fonctionné. Donc au cours de ces journées, les mauritaniens doivent se parler, discuter et voir un peu ce qui n’a pas fonctionné au sein de la constitution et essayer d’y remédier pour qu’à l’avenir, plus jamais un seul homme, élu soit-il par le peuple, ne puisse à lui seul constituer un blocage et prendre tout un peuple en otage ». Pour le Général Ould Abdel Aziz, le problème de sa candidature « n’est pas posé pour le moment, l’essentiel c’est que les mauritaniens se retrouvent et c’est aux mauritaniens de décider ce qu’ils veulent pour leur pays. C’est à eux de se décider et de voir celui qui doit se présenter et s’ils veulent interdire aux militaires ou aux anciens militaires de se présenter, ils pourront le faire au besoin. Mais il faudrait bien que les mauritaniens se réunissent, discutent et s’entendent sur quelque chose. La constitution est là. Elle met tous les mauritaniens sur le même pied d’égalité, tous les mauritaniens peuvent se présenter aux élections, s’ils répondent aux critères. S’agissant de l’armée, il est interdit aux militaires de se présenter. Donc un militaire qui veut se présenter doit quitter l’uniforme. C’est çà le règlement que stipule la loi chez nous ».

Le président de l’Assemblée nationale a quant à lui fait une proposition de solution qui s’articule autour de la mise en place d’une commission composée ainsi : – Le Président du Sénat ; – Le Président de l’Assemblée Nationale ; – Le Leader de l’Opposition Démocratique ; – Le Président de l’Ordre National des Avocats ; – Le Président du Conseil Economique et Social ; – Un représentant de la majorité parlementaire ; – Un représentant de l’opposition parlementaire ; – Un représentant de la société civile ; – Des représentants de l’Union africaine, de la Ligue arabe et de l’Union européenne. A laquelle devront s’adjoindre le président du HCE, le Général Mohamed Ould Abdel Aziz et le président déchu Sidi Ould Cheikh Abdallahi.

Cette commission sera chargée d’élaborer un consensus national autour d’un agenda qui comprend essentiellement une élection présidentielle. Elle devra amener le consensus autour de questions comme le statut prochain du HCE, les réformes constitutionnelles, la modernisation de l’Appareil politique… La proposition prévoit un retour conditionné de Ould Cheikh Abdallahi qui aura simplement un rôle symbolique. Un gouvernement de coalition nationale sera mis en place pour superviser et organiser l’élection présidentielle.

L’une et l’autre des interventions peuvent être une base pour décrisper l’atmosphère et engager un dialogue national. Ajoutées à la délibération adoptée par les parlementaires réunis en session extraordinaire et aux appels de différents acteurs politiques, ces interventions constituent une base de travail qui devra nécessairement déboucher sur une feuille de route acceptée par tous. Comme elle doit faire l’objet d’un consensus national.

Le nouveau pouvoir pourrait confier la conception des journées de concertation à des organisations de la société civile. L’objectif premier sera d’amener la totalité sinon la majorité des acteurs politiques à participer à ces journées. «Seuls ceux qui s’excluent eux-mêmes seront absents», dit-on. La feuille de route adoptée sera le projet de la prochaine transition qui ne devra pas dépasser un an – elle peut aller de trois à six mois. Les participants pourront interdire la participation aux anciens chefs de l’Etat, excluant ainsi l’actuel et tous ses prédécesseurs. Elle proposera des réformes de la constitution en vue d’équilibrer les pouvoirs entre les institutions de la République (Président, Parlement, Conseil Constitutionnel…). C’est ici qu’il va falloir inventer les mécanismes qui permettront de sortir définitivement l’Armée du champ politique. Il s’agira en fait d’imaginer des solutions aux problèmes de blocages afin d’éviter les prétextes à l’entrée en scène de l’Armée. On pourrait même penser à la mise en place d’un Conseil national de sécurité présidé par le Président élu et comprenant les présidents des institutions civiles et militaires.

En attendant, la scène politique bouge. Les nouvelles autorités empêchent les manifestations publiques sous prétexte de préservation de l’ordre public. Dimanche et mardi derniers, Partis et syndicats affiliés au FNDD, ont tenté de marcher pour demander le retour de Sidi Ould Cheikh Abdallahi comme préalable au rétablissement de la légalité. Dimanche les points de ralliement étaient l’hôpital national, ‘point chaud’, polyclinique, marché de la capitale et école Khayar. Mardi, c’était seulement la polyclinique. A chaque fois les manifestants ont choisi un lieu populaire de rassemblement. A chaque fois la police a tenté de disperser les manifestants avant même de se retrouver. Par ailleurs, le FNDD vient de connaître sa première scission avec la création vendredi dernier d’un FNDD/choix national qui prône la recherche d’une solution mauritanienne et le refus de l’internationalisation de la question. Dirigé par Dr Saad Ould Louleid, ce FNDD/choix national se compose essentiellement de cadres du parti ADIL. D’ailleurs ils ont annoncé, lors de leur sortie publique, leur retrait de ce parti.   

 

MFO

 

Encadré :

Journalistes en colère

 

Plusieurs dizaines de journalistes mauritaniens ont organisé un, sit-in de cet après-midi aux environs de 18 heures devant le siège de l’UTM pour protester contre l’agression dont fut l’objet mercredi le cameraman d’Al Jazeera au moment où il couvrait une conférence de presse tenue par les centrales syndicales contre le coup d’Etat du 6 août. Au cours de cette manifestation de désapprobation, les journalistes ont arboré des slogans condamnant vivement l’agression contre les journalistes qu’ils considèrent comme un acte criminel barbare. Ils ont, par cette même occasion, invité les pouvoirs publics à protéger les journalistes qui demeurent en dehors de toutes les dissensions politique avec un seul souci : celui d’informer.
Le cameraman d’Al Jazera a été molesté par un militant syndicaliste au siège de l’UTM, la veille. Ce n’est pas la première fois que des journalistes ou des journaux sont l’objet de violences. (Avec ANI)

 

Encadré :

Le ridicule ne tue pas

 

Après le cafouillage consécutif au sommet d’Accra, ou les deux délégations pro et anti putsch revendiquaient, chacune, la représentation de la Mauritanie, Taqadoumy a préféré, pour le dernier congrès Euromed tenu à Luxembourg, s’en tenir au témoignage d’une source indépendante.

Le 7 octobre, au Grand-Duché de Luxembourg, se tenaient la réunion des ministres des finances des pays membre du partenariat Euromed (*), au titre double du « Processus de Barcelone /Union pour la Méditerranée », organisée conjointement avec la Facilité euro-méditerranéenne d’investissement et de partenariat (FEMIP). C’est la première réunion ministérielle de ce niveau, depuis le Sommet de Paris, à veille de la dernière Fête nationale française. Sid’Ahmed Ould Rayess, le ministre des finances du gouvernement Ould Mohamed Lagdhaf, a reçu une invitation; son cabinet a confirmé sa présence, par un message envoyé aux organisateurs, via l’ambassade de Mauritanie à Paris. En même temps, Yahya Ould Kebd, ministre de la décentralisation et de l’aménagement du territoire du gouvernement Ould Waghef se trouvait en Europe pour une mission du Front National pour la Défense de la Démocratie (FNDD, anti putsch) ; apprenant l’évènement, il se présente, le matin,  avec un mauritanien qui réside en France.

Les deux se disent délégation mauritanienne ;  le passeport diplomatique de Ould Kebd mentionne sa qualité de ministre ; en conséquence, les organisateurs lui ont remis un badge et une accréditation. Ould Kebd a ainsi assisté à un petit déjeuner de travail informel, afin de préparer le sommet prévu dans la même matinée. Finalement, les travaux n’ont pu démarrer que dans l’après midi, car les ministres attendaient leur collègue de la Présidence de l’Union Européenne, la ministre française de l’économie Christine Lagarde, retenue par un conseil extraordinaire à l’Élysée. Quelques minutes avant le début de la réunion, Ould Rayess, ministre des finances confirmé par la junte,  arrive en compagnie d’un conseiller de son département, et de Yahya Ould Sadvi, comptable de l’Ambassade de Mauritanie à Bruxelles.

La situation de l’ambassade de Mauritanie à Bruxelles est particulière : le poste d’ambassadeur est vacant depuis la nomination, par la junte, de Moulaye Ould Mohamed Lagdhaf au poste de premier ministre.  L’intérim est assuré par le chargé d’affaires, Sidi Ould Mohamed Laghdaf. Or, ce dernier venait d’accompagner Ould Mohamed Lagdhaf à Accra et se trouve toujours à Nouakchott. C’est donc Ould Sadvi qui le supplée.

Ould Rayess se présente en tant qu’actuel ministre mauritanien des finances et Ould Kebd confirme sa qualité concurrente de ministre mauritanien du gouvernement légitime. Il a fallu expliquer la situation aux organisateurs. Un diplomate tunisien propose aux deux de quitter la réunion et les installe dans une antichambre attenant à la salle des conférences ; il leur demande de trouver un terrain d’entente, au lieu de se donner en spectacle devant les européens, surtout que ces derniers semblaient surpris et amusés de voir deux ministres africains réclamer le même siège, dans une instance somme toute dénuée d’enjeu. En l’absence d’accord entre les deux ministres, les organisateurs demandent à Yahya Ould Sadvi, le diplomate qui arrive de Bruxelles, d’occuper le siège de la Mauritanie.
Ensuite, ils prient Ould Kebd de restituer le badge et l’accréditation. Ould Rayess, lui, n’en avait pas reçu. Ensuite, les deux ministres et leurs accompagnateurs respectifs ont sont priés de quitter l’enceinte du Sommet. Quelques heures plus tard, l’ambassade de France à Nouakchott reçoit un courrier de protestation du ministère mauritanien des affaires étrangères. (source : Taqadoumy.com)

 

 

Encadré :

Le Général bat-il (déjà) campagne ? 

 

Le Général Mohamed Ould Abdel Aziz, président du Haut Conseil d’Etat, chef de l’Etat a effectué, samedi après-midi, une visite de prise de contact et d’information au quartier de la « Kebba » du marché de bétail, à El Mina. C’est la troisième fois que le Général descend dans l’arène. La première fois, il était allé rencontrer les habitants du quartier Hay Essaken, un quartier populaire du nord de Nouakchott. Puis ce fut le tour de l’hôpital national de recevoir le nouveau maître du pays. A chaque fois, c’est l’occasion pour le chef du HCE de préciser un peu plus ses desseins.

S’adressant aux populations venues l’acclamer, le chef de l’Etat a affirmé : « qu’il n’y a plus de place pour le laisser-aller et la gabegie qui ont marqué les pratiques des anciens régimes ». Nous avons donné des instructions fermes qui ont été exécutées et que nous avons suivies », a-t-il noté. Il a ajouté qu’il ne permettra pas à l’administration de commettre des dépassements au détriment des populations au service desquelles elle doit plutôt se placer.

Le chef de l’Etat a précisé que « la non résolution des problèmes très anciens auxquels sont confrontées les populations est due non pas au manque de moyens », donnant pour preuve à cela que « l’Etat lorsqu’il a voulu exécuter le dernier programme d’appui aux produits de consommation n’a pas trouvé une grande difficulté, bien qu’elle n’a pas fait quelque chose d’extraordinaire ».

« Vous saisissez tous et vous connaissez que l’Etat dispose de grands moyens mais il n’ y a personne qui s’intéresse à la solution des problèmes des simples citoyens et des pauvres.

Je vous appelle tous à collaborer avec l’Etat, car l’administration émane de vous, elle est pour vous et dans votre service. Elle doit traiter les citoyens sur un même pied d’égalité, avec équité et faire de sorte que tous profitent des biens de leur pays ».

« Cette situation doit changer. Ceux qui apparaissent devant vous sur les écrans des télévisions, vous font des engagements prometteurs et vous mettent en garde contre la dictature des militaires, savent que les militaires ne sont venus que pour vous aider. Nous ne cherchons pas le pouvoir car nous l’avions et nous l’avons abandonné de notre propre gré et de manière très claire. Mais malheureusement l’administration est pourrie et elle ne peut être redressée que s’il y a un président décidé à apporter des changements et un peuple qui s’attache à cela. Ceux qui parlent aujourd’hui de la démocratie et qui disent la défendre sont connus de vous tous, beaucoup d’entre eux étaient des walis et des hakems et sont responsables de la situation que vous vivez aujourd’hui. Ce sont eux qui, lorsque l’Etat décide de distribuer des parcelles de terrain au profit des citoyens, les détournent à leur profit et à celui de leurs amis et de leurs proches ».

« Il est apparu, lors des dernières réunions, que les députés commencent à comprendre le rôle qui est le leur et qui consiste à veiller à l’intérêt du peuple. Vous devez donc les soutenir et ne plus élire que celui qui est capable d’influencer l’administration. Le député est le représentant du peuple, il est donc inconcevable qu’il cherche à servir l’Etat, le président ou le gouvernement. Pour cela, il doit être à l’abri du besoin pour jouir de son indépendance, chose qui sera faite, incha Allah ».

 

Source : La Tribune n° 419




Chronique Mansor

14102008

 

D’où « je » vient-il ? C’est, en filigrane, la question sous toutes les questions enfantines relatives à leur origine. Les adultes, abasourdis, y entendent, banalement, une curiosité d’ordre sexuel, réduisant à une gêne conventionnelle leur incapacité à répondre à l’interrogation première. Et pour cause : ni l’Un ni l’Autre ne se peuvent distinguer, en cet antérieur non-temps des premiers mois de l’existence, quand tout ne manquait de rien. Antériorité ? Imparfait ? Le verbe, associé qu’il est, déjà, à une séparation entre sujet et objet, trahit le vécu, probablement le Vivant. Evoquer la maternelle matrice ? Le sein nourricier ? La rupture, épisodique et récurrente, de la satiété ? Mais aucune forme conventionnée ne saurait contenir ce stade de développement anté-égotique,  il ne s’agit pas de la faim, de l’estomac vide ou de ses contractions douloureuses, c’est, soudain, les prémisses de l’ex-périence [1], l’horreur du vide, la terreur de l’abandon, et les mots ne sont, ici, jamais que des allégories, des paraboles. Dans cette alternance du vide et du plein, faudrait-il donc se contenter d’entendre que la différence de l’origine, c’est la fin de l’indifférence ? 

 

Voilà que quelque chose est perdu et qu’on ne peut appréhender ce que c’est. Mille symboles accourent pour médiatiser la quête : désir, objet, éphémère jouissance, toujours relative cependant, frustration, désir, objet… Tournez, manèges, et vogue la galère ! De substitut en substitut, l’énigme s’appesantit. Orpheline d’un savoir immédiat et total, la recherche semble se fourvoyer dans les méandres de connaissances partielles, toujours symboles de symboles, dominées par la statue, impavide, du secret. Désespoir ? Que non pas : voici qu’apparaît, tôt ou tard, avec plus ou moins d’acuité, plus ou moins d’ampleur, selon l’intensité de la quête, un « espace » intermédiaire, où le deuil s’accouple au rêve, l’illusion au mythe, le sensible au concept, le symbole à l’imaginaire, pointant, en une indéfinité de sommets hissés par l’attention du chercheur, en la plus paradoxale fulgurance d’un accomplissement réalisé. Dans cette palpitation du secret – dévoiler ou occulter, voir ou ne pas regarder, dire ou se taire, écouter ou non [2] – se construisent, non seulement l’autonomie du sujet, mais aussi la dynamique de l’enseignement ; c’est-à-dire : de ce qui captive celui-là. 

 

Troublante ambivalence. A tout bout de champ, il faut choisir entre (s’) ouvrir ou (se) fermer, mais, pour autant qu’il puisse y avoir maîtrise du choix, qui la détient ? L’apprenant, sujet unique, singulier de son indicible histoire personnelle et de son attention, ou l’enseignant, tenant en sa possession les nœuds, pluriels, autrement mais tout autant partiels, sinon partiaux, des liens de son élève ? Que sait celui qui ne sait pas ? Que ne sait pas celui qui sait ? Entre perception et conceptualisation, la construction de l’esprit humain est, à chaque instant, une reconstruction de ses héritages, individuel et collectif, variablement altérés par leur confrontation avec l’ici et maintenant. En vérité, l’enseignant, n’est, pas plus que l’apprenant, le véritable maître, ni de la situation, ni du secret que sa fonction prétend abolir [3]. Celui-là est, toujours, l’Absent, Huwa [4], tout comme reste inconnaissable, l’objet « premier » de celui-ci. Ainsi, la référence au Tiers Absolu place l’humilité partagée en fourches caudines de la con-naissance, et, dans cette posture, si chère à la maïeutique de Socrate, l’enseignant choisit plus ses questions qu’il ne donne de réponses. 

 

Cependant, la référence à l’Absent n’est pas une évanescente vue de l’esprit. De Lui, jaillirent, « in illo tempore [5] », les signes fondateurs, marqués, ici et là – c’est-à-dire : toujours en surface – par les contraintes spatiotemporelles spécifiques de leur émergence, et leur stricte maintenance constitue la capacité perpétuée à se retrouver, d’âge en âge, de lieu en lieu, constant dans l’incessant mouvement des choses et des gens. Révélations ou mythes, ils énoncent ce qui ne doit pas s’absenter, ce qui ne doit pas être perdu, ce qu’il faut, impérativement, retenir, et dont l’arbitraire n’est acceptable, justement, que parce qu’il est issu du « Non-séparé », de l’ « In-différent », du « Non-contingent ». Ainsi se dessine la partition, décisive, entre la transmission du Sacré et les constructions du profane. L’une fait appel à la mémoire, fidèle, quand les autres exigent une adaptation, critique, sans cesse affinée aux variations du milieu. Noyau et membrane d’une même cellule… Faut-il s’étonner, qu’à l’heure des manipulations génétiques, c’est au nom du « progrès » qu’on prétend soumettre le Sacré à la critique ? Serait-ce qu’on aurait, trop longtemps, contraint la critique au Sacré ? Entre dissoudre et figer, la vie, est de tous côtés, cernée par un excès qui nous obsède. Mais pour quel en-je, Seigneur alchimiste ? 




[1]  Signifiant la chute de l’impériale « im-périence »… 

[2]  Négligeables, en cet inventaire des modalités cognitives, les choix de la main, des papilles gustatives ou du nez  ? Illisibles, le jeu des « autres » orifices, palpitants sous la chaste ceinture ?

[3]  Et qu’elle ne saurait abolir sans disparaître aussitôt : tout enseignement navigue entre désir et interdit d’instruire et d’être instruit. 

[4] La illaha illa Huwa : il n’y a que dieu que Lui. L’expression, coranique, consacre l’éminence, absolue, de l’absence. Une fois réalisé l’identité entre l’Absent, Huwa, et l’Objet Réel de l’adoration, Allahou, apparaît, alors, une autre lecture de : « Inna lillahi oua inna ileyhi raji’oune » : venant de Dieu, c’est à Lui que nous allons »…

[5]  « En ce temps-là »,  hors temps définissable, où Mircea Eliade « situe » la genèse de tout signe… (cf. notamment : « Le Sacré et le profane »  et  « La nostalgie des origines » – Gallimard, Paris – respectivement 1965 et 1971)  







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