Mauritanie/le tourisme face à l’épreuve
28 10 2008Mauritanie
Le tourisme face à l’épreuve
Vendredi, 24 octobre 2008, 14 heures environ, un avion de Transavia, filiale d’Air France atterrit sur le tarmac de l’aéroport d’Attar. Ils sont entre 90 et 130 touristes, en majorité français, en provenance de Paris, à être à Atar ce vendredi. Cet atterrissage marque le début de la saison touristique. Désormais, l’appareil de Transavia est affrété par la société Mauritanienne de services et du tourisme (SOMASERT). Celle-ci est une filiale de
la SINIM. Créée en 1987 pour appuyer le tourisme dans les zones touristiques. Elle est opérationnelle en Adrar depuis 1996. Il s’agit de la première entreprise nationale qui a opéré dans le domaine touristique en Mauritanie. Après une saison touristique morose et une situation mondiale caractérisée par une grave crise financière provoquant une récession touchant les puissances économiques, l’activité touristique a besoin d’un nouveau souffle nécessaire pour les populations d’Adrar qui vivent essentiellement des revenus du tourisme. La tâche est loin d’être facile, et le défi énorme.
«Depuis le début de cette saison, il y a une baisse de 60% de mon activité. Mais je pense que c’est normal car d’habitude le premier vol amène juste un nombre réduit de touristes » précise Mohamed Ould Boubacar représentant de trois agences de voyage française (Alebert, Visage et Grand Angles). Ce dernier a pu profiter de la politique de l’insertion des jeunes diplômés durant les années 90. En bénéficiant d’une formation de guide touristique entre 1999 et 2004, il a ensuite travaillé dans la société (SOMASERT), pour devenir grâce à ses relations avec des agences de voyages françaises, actionnaire principal et dirigeant d’une entreprise spécialisée dans l’organisation des circuits touristiques et location de véhicules 4 x4. Son entreprise assure l’emploi pour trois chauffeurs, trois agents, 9 cuisiniers et 9 guides. 6 salariés de cette entreprise sont permanents alors que les autres sont rémunérés à la tâche. Ils sont ainsi fortement dépendants de l’activité touristique saisonnière.
Pour Isselmou Ould Eyssar boutiquier à Atar ville, le tourisme représente la seule ressource de cette région, il faut que les gouvernements tiennent compte de cette donne. «Personnellement, les touristes ne m’achètent rien, mais je sais qu’ils jouent un rôle important dans la ville d’Attar», a-t-il martelé.
Le ministre du commerce, de l’artisanat et du tourisme qui était en visite officielle pour l’inauguration de la saison touristique à Attar avait affirmé que «le tourisme en Mauritanie doit tenir compte de la spécificité mauritanienne.
La Mauritanie doit, en ce sens, vendre une image à travers son artisanat et ses sites touristiques».
Pour le directeur de SOMASERT, «ce qui nous manque ce n’est pas des grosses infrastructures hôtelières, mais c’est de bien travailler sur l’hygiène. Les infrastructures de base qui sont nécessaires pour le tourisme de luxe tel qu’il est dans des pays comme le Maroc, doivent être intégrés dans une approche stratégique. Ce qui importe pour le moment, c’est le fait d’améliorer les conditions de vie des manèges dans les zones touristiques. Nous ne pouvons pas être concurrentiels avec des pays qui nous dépassent de loin dans ce domaine. Ce que les européens veulent c’est juste de leur assurer l’hygiène essentielle. Avec des auberges et des petites structures touristiques, bien équipés, nous pouvons gagner le pari en attirant plus de touristes ». Il est à préciser que SOMASERT affréterait cette année 36 vols entre Paris et Attar (un vol par semaine). Il envisage aussi d’organiser en plus des vols hebdomadaires de vendredi et un autre supplémentaire chaque dimanche.
Par ailleurs, la saison touristique 2007 -2008 a été marquée par une baisse considérable d’afflux de touristes. Cette année le point Afrique a renoncé à ces activités touristiques dans le pays. Le PDG de cette entreprise a même tenu des propos à l’encontre du gouvernement en disant que l’Etat subventionne la SOMASERT. L’actuel ministre du commerce, d’artisanat et du tourisme a confirmé, néanmoins, au cours d’un débat organisé par les autorités de la ville d’Atar que «l’Etat est neutre dans cette affaire». «Par contre nous favorisons la concurrence loyale entre les opérateurs», a-t-il déclaré.
Toutefois Point Afrique est accusé par certains operateurs de la place d’être la principale cause du déficit de plus de 110.000.000(cent dix millions d’ouguiyas) en 2006 de la SOMASERT.
En fait, la SOMASERT a proposé des prix concurrentiels. Ce qui pousse les touristes à choisir les offres de cette entreprise. Entre l’offre de point Afrique et la SOMSART l’écart est considérable. Le billet est de 400 euros cette année alors que Point Afrique vendait les billets à 600 euros. Ainsi, cette société vise à élargir ses activités pour organiser des voyages touristiques dans les deux Hodhs.
Soulignons que l’année passée les échanges au niveau de l’aéroport d’Atar avoisinaient, selon les chiffres de la délégation d’office national du tourisme à l’Adrar, les 210 mille Euros. Ce qui équivaut à 45, 46 euros par touriste (15 mille ouguiyas).
S’agissant des infrastructures d’accueil de l’Adrar, elles sont composées essentiellement de 69 lieux détaillées comme suit : (33 à Atar, 20 à Chinguetti, 10 à Ouadane et 6 à Ajoueft. 3 hôtels se trouvent à Atar.
Pour ce qui est du nombre des touristes par saison. Celui-ci varie dans les saisons normales entre 9923 et 10191. Quant au nombre de nationalités, il varie entre 39 et 36 en majorités des français et des belges.
Cependant, la saison 2006-2007 est marquée par une chute vertigineuse d’afflux touristique. Il était de 4635 contre 9752 (2005-2006). Cette chute s’explique par des attaques terroristes qui ont été aggravées par une médiatisation occidentale subjective. Alors que des pays limitrophes et l’Egypte ont subi des attaques fatales sans que cela influe sur les activités touristiques. Les pays européens subissent eux mêmes des attaques sans que cela affecte le tourisme. D’où l’intégration de la dimension communicative pour bien stimuler le secteur touristique en Mauritanie. Sidina Boidiya , directeur de l’agence Kaza Voyage propose à cet égard d’organiser un voyage pour des journalistes occidentaux afin qu’ils puissent voir par eux mêmes que le pays ne présente aucun risque pour les touristes .
Les autorités reconnaissent, par ailleurs, que le tourisme exige un minimum d’infrastructures touristiques et une sécurité assurée. « Nous travaillons pour que tous les éléments nécessaires pour la réussite des saisons touristiques soient mise en place », a annoncé tout récemment le ministre de l’artisanat du commerce, et du tourisme.
Par ailleurs, des touristes qui viennent de venir au pays ont pu découvrir le pays à travers le témoignage d’amis ou de connaissances. Cela sous-entend que les autorités doivent mettre l’accent sur des campagnes de sensibilisation et de communication.
En outre, des associations, des guides touristiques et des opérateurs locaux demandent de l’aide publique pour qu’ils arrivent à mieux tirer profit de l’activité touristique. Ils revendiquent entre autres, la possibilité d’être pris en charge par l’Etat pour la participation à des expositions (internationales et locales) et de bénéficier des cartes d’adhésion reconnus légalement.
De toute manière, la Mauritanie a des potentialités touristiques, notamment la valorisation du désert et le développement du tourisme dans la zone côtière (parc du banc d’Arguin). Mais il faut remettre à niveau toute la logistique touristique vitale pour la promotion du tourisme dans le pays. Il devient alors indispensable de réorganiser le secteur par la formation des intervenants dans le domaine et le réaménagement des structures touristiques.
«Il faudra donc aider les autorités à dynamiser et moderniser cet appareil touristique. Ce qui est déjà prévu dans le cadre de la coopération franco-mauritanienne, à travers l’agence française de développement (AFD) qui a signé en mai 2006 un programme de renforcement des capacités commerciales (PRCC) dans le secteur du tourisme. «D’un montant de 1,5 millions d’euros, ce programme qui court sur la période 2006/2010 a des objectifs spécifiques: le renforcement institutionnel du secteur, le développement de la concertation et de la coordination de ses intervenants, ainsi que l’amélioration de sa performance globale et de son image de marque sur sa clientèle» détaille Didier Grébert, directeur de l’AFD en Mauritanie » (NDRL).
En effet, pour vendre une image touristique ou véhiculer un bon message, on doit réformer, former et choisir les meilleurs pour que le récepteur du message, le touriste potentiel, soit convaincu du produit vendu.
Envoyé spécial Mohamed Fouad Barrada
Source: La Tribune n°421




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