Pressions extérieures, calmes intérieurs

27 10 2008

Pressions extérieures, calmes intérieurs

 

« La semaine passée a connu une intense activité de la part d’une communauté internationale unie dans sa détermination à voir la démocratie restaurée en République Islamique de Mauritanie.

En plus des sanctions sur le voyage annoncées par les Etats-Unis il y a une semaine, l’Union Européenne a pris une position ferme et par principe avec sa demande sans équivoque pour la libération du Président Abdallahi et le retour au régime constitutionnel en Mauritanie. Le Président de la Commission de l’Union Africaine a souligné la solidarité internationale dans la confrontation de cette crise. Les Etats-Unis se joignent au Président Ping en appelant la junte militaire à saisir l’occasion offerte par le délai de 30 jours accordé par l’Union Européenne pour prendre les mesures nécessaires afin d’éviter la possibilité de mesures supplémentaires ». C’est ainsi que l’Ambassadeur des Etats-Unis, Mark Boulware résumait les événements de la semaine dernière. L’Ambassadeur qui s’exprimait depuis Washington, devait réitérer la position de son pays vis-à-vis du cas Mauritanie. Il voulait ainsi intervenir au lendemain des réunions de Paris, comme il avait anticiper ces rencontres en annonçant la prise de mesures restrictives sur les voyages aux USA de certaines personnes liées au putsch, et ce la veille de Paris. L’avant et l’après. Quoi de neuf ? Rien sinon le rappel de l’intransigeance des Américains au moment où des initiatives de rapprochement des positions sont engagées ici et là. Alors qu’on croyait noter une nette évolution dans les positions extérieures.

En effet même si le premier round des discussions engagées avec l’Union européenne dans le cadre des accords de Cotonou (art. 96), on parlait de moins en moins de la nécessité du retour aux affaires de Sidi Ould Cheikh Abdallahi. Aussi les deux parties ont-elles décidé de se donner 30 jours pour trouver un terrain d’entente.

Côté Union européenne, on «n’a pas pu noter de propositions satisfaisantes de la partie mauritanienne». Parce que «les propositions et engagements de la partie mauritanienne n’incluent pas une libération immédiate et sans conditions du Président légitime et restent dans un cadre fondamentalement non-constitutionnel et illégitime sans perspectives de retour à l’ordre constitutionnel dans le court terme». Conclusion : «ceci n’ouvre donc pas la possibilité d’un appui européen à la mise en œuvre de ce processus». L’UE déclare cependant : «dans un esprit d’ouverture au dialogue et en pleine connaissance de la complexe situation politique mauritanienne, nous souhaitons rester à l’écoute de possibles développements positifs en Mauritanie sur la base d’une solution conforme aux demandes de la communauté internationale». Dans un mois «une nouvelle réunion pourra avoir lieu si une solution potentiellement satisfaisante est présentée par la partie Mauritanienne». En «l’absence de nouveaux éléments dans un espace d’un mois, les consultations seront fermées et des mesures appropriées seront proposées aux instances décisionnelles de l’Union européenne».

Côté français, le ministère des affaires étrangères apporte des précisions. D’abord sur l’objet des discussions. Six questions ont été posées aux Mauritaniens. Elles tournaient autour de la libération de Sidi Ould Cheikh Abdallahi et de son Premier ministre Yahya Ould Ahmed Waghf, des modalités de la participation du Président déchu aux négociations se rapportant à la sortie de crise et à l’avenir des différentes institutions, du Haut Conseil d’Etat, des mesures prises par la junte et les propositions faites en matière d’organisation d’élections. «Sur les six points, nous n’avons pas obtenu de réponse que l’Union européenne ait pu considérer comme satisfaisante».

Le retour à l’ordre constitutionnel implique-t-il l’exigence du retour en fonction du Président déchu ? D’abord «la libération effective du président et du Premier ministre et le retour à l’ordre constitutionnel». Ensuite «les modalités des étapes qui suivront immédiatement le retour à l’ordre constitutionnel, peuvent faire l’objet de discussions». Et pour les militaires ? «Il est vrai que, dans le cadre du processus de transition, car il y en aura probablement un, nous demandons qu’il soit impossible pour les membres du Haut Conseil d’Etat de se présenter à une élection présidentielle». Concernant une éventuelle visite en Mauritanie, «nous voulons que le président démocratiquement élu soit libéré et on imagine mal une visite de niveau ministériel, dans un pays où le président légitime pour lequel nous appelons à la libération soit encore détenu».

Côté mauritanien, le Premier ministre Moulaye Ould Mohamed Laghdaf qui dirigeait la délégation de Paris, considère qu’il s’agit là d’un premier round d’un processus de discussions qui promettent une plus grande convergence de vue. Il préfère ne pas parler d’échec alors que les négociateurs européens utilisent le terme de fiasco.

Tandis qu’à Nouakchott, le Général Mohamed Ould Abdel Aziz, le chef de l’Etat, déclarait qu’il n’y aurait « pas de retour en arrière » dans le pays. « Il n’y aura pas de retour en arrière en Mauritanie, notre processus démocratique se poursuit bien, mieux qu’avant le 6 août, et le peuple soutient totalement le mouvement de la rectification« . Et d’ajouter : « ceux qui veulent nous ramener en arrière cherchent à créer des problèmes à notre pays et à notre peuple, ils ne sont qu’un petit nombre de gens qui ne cherchent que des intérêts égoïstes et qui sont rejetés par notre peuple pour leurs actes ignobles« . Pour lui, la sortie de crise « est une affaire intérieure mauritanienne » et les « états généraux de la démocratie » prévus fin novembre seront « déterminants » à ce titre, assurant que « si deux ou trois personnes les boycottent pour des intérêts égoïstes, cela n’affectera en rien leurs résultats« . Allusion à la décision du FNDD de rejet des « états généraux de la démocratie » annoncés, qu’il qualifie de « fuite en avant et de mascarade » en accusant les militaires de chercher à « s’installer définitivement au pouvoir« .

Pourtant on parle de plusieurs plans et initiatives de sortie de crise initiée çà et là. On se dit, côté officiel, prêt à tout discuter sauf de l’éventualité du retour de Sidi Ould Cheikh Abdallahi. Même que le groupe de contact composé de quelques représentants des organisations de droits de l’Homme (Raddho, CNDH…), a eu accès au Président déchu maintenu en résidence dans une villa du Palais du Congrès.

A la sortie, les membres du groupe – en fait Mohamed Said Ould Hommody, Cheikh Saad Bouh Kamara, Ely Ould Allaf et Sid’Ahmed Ould Habott – ont parlé des conditions de détention du Président, de son état d’esprit et de ses prédispositions quant à la recherche d’une solution de sortie de crise. Il a visiblement posé deux conditions à toute implication dans une initiative quelconque : la possibilité pour lui de pouvoir s’exprimer sur sa gestion du pays pendant les 17 mois qu’il a passés à la tête du pays et la concertation avec ses soutiens et ses alliés. Dans une interview accordée à un quotidien étranger, Ould Habott a précisé que le Président ne semblait plus intéressé par l’exercice du pouvoir. Plutôt le dépit.

En effet, comment peut-il en être autrement quand il voit ses plus proches amis, ses plus fermes alliés et ses soutiens les plus déterminants dans son élection, se retournent contre lui ? Lui qui suit la télévision nationale et qui ne manque pas les informations, doit être dépité par tant de retournements. D’après ceux qui l’ont vu, c’est bien ce sentiment qui l’anime. Même s’il a tenu à faire des blagues et à instaurer, comme à son habitude, une atmosphère emprunte de convivialité et de convenances.

Les propos des uns et des autres révèlent un homme qui se plaît dans sa situation dans la mesure où ce sont ses tombeurs qui ont des problèmes et pas lui. En effet, le temps joue avec lui. Lui qui a toujours pensé que tout problème a une durée de vie et que le défi pour chacun est de laisser passer cette durée de vie du problème. Une philosophie «maraboutique» qui veut que tout problème finit par s’estomper de lui-même et qu’il faut savoir endurer en attendant.

C’est pourquoi sa libération est devenue très probable, ses tombeurs se rendant compte qu’ils lui rendent service en le maintenant en détention. Quand ? Très probablement dans les jours qui viennent. C’est d’autant plus juste que cela est nécessaire pour voir les discussions avec les Européens continuer.

Il est clair aujourd’hui que Ould Cheikh Abdallahi n’aura d’autre choix que celui de prendre en compte l’avenir du pays, l’exigence de responsabilité pour s’impliquer dans la recherche d’une solution visant à régler tous les dysfonctionnements dus soit aux insuffisances institutionnelles soit à l’incompétence de l’exercice sous sa direction.

On peut imaginer une sortie de crise qui consiste à imaginer une transition de six à douze mois, une interdiction aux militaires de se présenter, la mise en place d’un gouvernement de consensus qui prendra en charge l’organisation des élections… Pour satisfaire l’exigence extérieure d’un «point de départ constitutionnel», faire adopter au préalable le projet par les deux Chambres réunies. Tout cela commence par la libération de Ould Cheikh Abdallahi qu’il ne sert à rien de retenir.

La dernière évolution est cette révélation de Mohamed Ould Maouloud qui préside présentement le Front. Il a en effet déclaré que le putsch du 6 août entre dans le cadre d’un agenda extérieur, accusant une puissance étrangère d’être impliquée. Même s’il n’a pas précisé de quelle puissance il s’agit, certains ont pensé au Maroc, d’autres à la France. Ould Maouloud a quant à lui promis de révéler le nom de la puissance le moment venu. 

En attendant, on envisage de plus en plus les sanctions. Pour le président de l’UFP, président actuel du Front, la communauté internationale doit faire pression. De ce côté, ‘on espère’ que les sanctions seront mises en œuvre. A l’intérieur, la bataille semble être gagnée par le chef du HCE qui multiplie ses gestes et ses contacts avec la population de Nouakchott.

Si le Maroc et le Sénégal sont contre le principe des sanctions, l’Algérie est très active sur ce front-là. « Moi, je ne suis pas d’accord sur les sanctions », a déclaré le Président Wade. « Les sanctions n’atteignent jamais les dirigeants (..) Depuis qu’on les applique, ça n’a jamais touché un dirigeant. Un dirigeant a tous les moyens d’y échapper, lui et sa famille. Ce sont les peuples qu’on sanctionne », a-t-il dit. Exprimant le souci de prendre en compte le maintien du parlement mauritanien, il a déclaré: « Il y a quand même des institutions qu’on ne doit pas ignorer, il y a l’Assemblée nationale et le Sénat. Ce qui s’est passé en Mauritanie, ce n’est pas la même chose que ce qui se passe ailleurs. (…) dans ce pays, il y a des institutions qui sont là, on ne les a pas dissoutes, il faut leur demander (leur avis). »

 

(Avec Agences)

 

 

Source : La Tribune n°421


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