Edito de La Tribune Par Mohamed Fall O Oumère

27 10 2008

Dans l’imaginaire populaire maure, il est une expression qui convient à ce que nous vivons : hilm lebkem, le rêve du muet. Lui ne peut le raconter, les autres ne peuvent le deviner. N’est-ce pas là ce qui nous arrive présentement ?

Nous ne savons pas grand-chose des intentions des militaires. Même ceux parmi nous qui comprennent ou qui acceptent le fait accompli, préférant se réfugier derrière le prétexte de la logique implacable qui n’a pas laissé d’autre choix que celui-là, même ceux-là ne savent pas ce que veulent les maîtres du moment. C’est ce qui explique en partie la circonspection de tous ceux qui croient que l’ère Sidi est révolue, de tous ceux qui ne veulent pas voir les mêmes revenir au pouvoir, de tous ceux qui se croyaient exclus ou en passe de l’être. Tous sont en attente de savoir.

Tout comme la communauté internationale. Qui attend elle aussi de voir comment les militaires vont imaginer une sortie de crise incluant «un point de départ constitutionnel».

Quoi de plus facile ? Libérer Ould Cheikh Abdallahi et le laisser se concerter avec ses amis – nouveaux pour la plupart. Le reste vient de lui-même.

Rectifier le tir en reconnaissant que le péché originel ici est l’interférence de l’autorité militaire dans le jeu politique de 2007. En s’abstenant de ne pas faire la même erreur. Et pour ce faire en donnant toutes les garanties nécessaires.

Impossibilité pour les militaires de se présenter, mise en place d’une administration neutre, d’un exécutif de consensus, élargissement des pouvoirs de la CENI, réhabilitation dans leurs statuts et leurs de tous les organes de régulation (HAPA, Conseil Constitutionnel…), rencontre de tous les acteurs politiques… Et seulement à ce moment-là organiser les journées de concertation, ce qu’on appelle les Etats généraux de la démocratie.

Tous les protagonistes sont tenus de faire des concessions. Surtout le pouvoir. Surtout l’opposition à ce pouvoir. Sinon toutes les dérives sont probables.

La faute à Sidi Ould Cheikh Abdallahi aura été d’abord d’avoir refusé d’écouter «les voix qui font pleurer et non les voix qui font rire». C’est aussi la faute à Ould Taya, à Ould Haidalla, à Ould Daddah…

Toujours le même scénario, la même logique. Le pouvoir se durcit, l’opposition se radicalise. Aucun des protagonistes n’écoute l’autre. Chacun campant sur ses positions.

…Arrive un troisième larron qui dicte sa loi, son agenda. C’est ce qui explique en partie les échecs répétés de l’opposition en Mauritanie. Chaque fois qu’elle a été proche de promouvoir le changement – le vrai changement – elle est prise par on ne sait quelle folie et demande le TOUT. Sans évaluer les rapports de force. L’histoire se répète.

En 2008, le syndrome de 1992 s’installe peu à peu. On se souvient quand l’opposition croyait au renversement de la situation en s’appuyant sur l’extérieur. Si bien qu’elle avait boycotté les législatives suivant les présidentielles. Coup mortel selon tous les analystes.

Est-ce que l’opposition aujourd’hui, n’est pas entrain de trop miser sur la pression extérieure ? Est-ce qu’elle a assez fait sur le plan intérieur ? Est-ce qu’elle entend prendre le peuple mauritanien à témoin ou les gouvernements étrangers ? Est-ce qu’elle a puisé toutes les sources en vue d’une solution avant d’espérer des sanctions pour le pays ?

D’autre part est-ce que le pouvoir a pesé le pour et le contre de l’intransigeance ? Est-ce qu’il évalue correctement l’engagement de la communauté internationale ? Est-ce qu’il voit juste en cherchant à circonscrire la bataille à l’intérieur ? Est-ce qu’il a la ressource pour tenir longtemps devant l’activisme ‘rodé’ d’une classe politique qui n’entend pas se démettre ni reconnaître ses erreurs ?

Le compte à rebours a commencé pour tout le monde. C’est à voir s’il n’a pas commencé pour le pays. Le 20 novembre prochain, nous devons avoir trouvé la réponse aux questions qui sont posées. Personne n’a le droit de prendre ce peuple en otage. Pas même au nom de la défense de la légalité.

Source: La Tribune n°421


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