«Ci-gît la Mauritanie»

27 10 2008

«Ci-gît la Mauritanie» 

Cultiver des dessins pessimistes n’a jamais été mon hobby. Ce pendant, par les temps qui courent, parler de bonnes nouvelles, écrire sur ce qui va bien ou mieux, chercher le providentiel, le sauf conduit qui mène à bon port, la clef du trésor, le clignotant qui passe au vert, la solution de l’énigme, tout cela, cette cueillette de prémices de lendemains souriants, serait artificielle et hypothétique. Et rien, croyez moi, de plus triste qu’un bouquet de roses synthétiques. 

Comment ça va ? 

Trois mois après la prise de pouvoir par le HCE, la classe politique ne semble pas encore trouver la solution providentielle de sortie de crise ou du retour à toute la légalité constitutionnelle. 

La communauté internationale ne semble pas, elle aussi, varier ses premières positions de principes qui sont, juste pour le bon sens, dénuées de réalisme. 

La Mauritanie va mal. Ce n’est pas, sûrement, depuis le coup d’état. Son calvaire a commencé bien avant, surtout depuis la mise en œuvre  de stratégies « machiavélistes »  qui ont conduit à notre désillusion totale. Les citoyens perdaient  un à un, tels les pétales d’une fleur, les espoirs  fondés sur le régime déchu. Pourtant, et c’est peut être le seul acquis de la transition de 2005, le terrain s’apprêtait à une vision dynamique de changements institutionnels réels et profonds. Avec la création de l’institution de l’opposition démocratique, l’hétérogénéité de la constitution politique des deux chambres (l’absence d’hégémonie d’un seul parti), les débuts d’ouverture des médias publics, la mise en place de la HAPA et des autres institutions indépendantes de la société civile, tout cela, favorisait ce climat de débat permanant et prometteur d’un avenir stable. 

Malheureusement, les maîtres du moment et leurs penseurs avaient d’autres dessins. Ils ont estimé que bazarder tous ses acquis, tout cet artifice de lois et d’institutions, en somme, le pas de géant que nous avons fait, pourrait mieux assoir leur pouvoir. 

A l’origine, ces lois et mesures ont été votées et  décidées parce que le peuple Mauritanien le voulait. Mais, à partir du moment – et nous y sommes depuis le tournant opéré par la nomination du premier gouvernement de Waghef- où des grands principes ont produit les effets inverses de ce pour quoi ils ont été édictés, la logique est de les adapter ou de les changer, même par la force. 

Par péché d’ignorance ou de manque de lucidité – péché politiquement mortel-, le régime déchu a érigé et brandit en exemple, un model révolu, et fait, sans crainte du ridicule, assoir ses fondements sur une logique qui ne l’accepte plus. 

Bref…, un coup d’état, plutôt une action de changement- étant la seule possibilité-, a mis un terme aux glissements dangereux qui conduisaient inéluctablement  notre jeune et fragile démocratie vers un avenir qui ne lui était pas prescrit. 

Je n’irai pas plus loin, une littérature mieux fournie et mieux argumentée s’en était chargé avant moi. 

 

Que devrions-nous faire ? 

L’impasse qui s’installe, le manque d’initiative réaliste, l’absence de dépassement de soi, l’insuffisante mobilité, parce que criants,  tirent  la sonnette d’alarme sur une situation qui nous installe inconfortablement dans un face à face, tels des chiens de faïence. 

L’option du dialogue est l’issue, dans ce contexte d’incertitude, qui nous permettrait d’échapper à l’insuccès. Le retour au passé ou le spectre du ressenti douloureux que nous avons vécu, il n’y a pas longtemps, est suffisant pour doper notre génie de créativité et notre sens de la raison. 

L’attachement au dialogue, aussi bien du HCE que d’une partie de la classe politique nationale et de la communauté internationale,  servira de pierre angulaire pour  l’évitement ou  la prévention de l’échec. Il est l’unique moyen pour le retour à la constitutionnalité au quel nous semblons tous nous y attacher. 

Mais en attendant, débattons. C’est notre seule chance. Cherchons ensemble des solutions. Elles doivent être réalistes et acceptées par l’ensemble des acteurs politiques et la communauté internationale. Ces solutions consensuelles ne doivent pas seulement envisager la sortie de la crise actuelle, mais elles doivent impérativement  prendre en compte l’historique du processus politique du pays et se poser des questions sur la viabilité du régime politique que nous nous sommes toujours imposé. 

Dans ce débat il est nécessaire que nous nous posions les questions suivantes : Est il conséquent que nous continuons à copier un model qui n’a peut être pas fait ses preuves ailleurs,  dans le monde qui l’a inventé ? Pourquoi, les trois tentatives démocratiques que nous avons expérimenté se sont elles soldées par des coups  d’état ? 

Ne devrons nous pas penser qu’il faut peut être donner un rôle constitutionnel à nos forces armées? Ne faut-il pas prévenir le despotisme en redistribuant les commandes de la gestion des affaires de l’Etat aux mains de plusieurs institutions démocratiques ? (révision des pouvoirs du président, surtout celui de dissoudre l’assemblée). 

En effet, sans une réflexion approfondie sur notre système politique, sur notre constitution  et sur la fonctionnalité de nos institutions démocratiques y compris celle de l’opposition, aucune sortie durable de crise n’est possible. Notre mode politique, voire notre modèle de démocratie doit s’inspirer de notre histoire et être adapté à nos réalités. 

Le débat que nous implorons et que nous pensons indispensable ne doit pas faire l’impression de déjà vu, de plat réchauffé ou de réédition d’un certain passé que nous déplorons déjà. Ne l’appelons même pas « journées de concertation » pour éviter toute similitude avec le show de 2005 et la mise en sciène dont les acteurs n’étaient d’ailleurs, ni plus ni moins, que la classe politique, tous bords confondus. Evidement, attendre l’accession au pouvoir pour mieux refonder l’Etat est  un leurre qui a aveuglé notre classe politique au cours des journées  de concertation de 2005, ignorant que les grandes réformes ne furent arrachées, à travers les temps, que sous la pression. 

Les journées de réflexion du CMJD ont engendré l’échec que nous contemplons aujourd’hui avec amertume. Elles ont été confectionnées et dirigées comme dans un jeu télévisé au bout du quel le candidat gagnait s’il choisissait la bonne réponse parmi quelques éventualités. Il n’était pas permis de débattre de l’essentiel. Les organisateurs ne voulaient pas trop vexer l’abcès et la classe politique caressait  l’illusion de l’accession facile  au pouvoir.

Aujourd’hui, il est impératif de donner le temps d’analyser et d’approfondir  les questions qui nous préoccupent tous et ensemble. Si nous nous occupons tout simplement à ne chercher que la solution de la crise actuelle dans la perspective d’élections présidentielles, nous passerons, encore une fois, à côté de l’essentiel. Et nous aurons cultivé et nourri les mêmes germes qui ont conduits à notre instabilité politique. 

Il faut tout remettre en cause. Tout refonder. Et tout assoir sur des nouvelles bases. Notre régime politique d’abord. Ensuite les pouvoirs de nos institutions y compris celle de l’armée. La fonctionnalité de notre administration et de notre justice. La moralisation de la gestion de nos affaires publiques. La rééducation de nos fonctionnaires. Et en fin et surtout, l’assainissement de notre image de marque dans le monde.

C’est seulement quand nous aurons engagé  un débat national franc et dépassionné sur ces thèmes que nous aurons préparé les fondements d’une réelle stabilité.

Il n’est pas nécessaire d’élargir démesurément les intervenants dans ce débat. Des parlementaires, des représentants de partis politiques et quelques personnalités ressources seraient largement à la hauteur de confectionner un plan de redressement national qui sera ensuite confié au gouvernement, aidé d’experts, pour le présenter sous la forme finale qui sera soumise à l’approbation du peuple mauritanien à travers un référendum.

Le gouvernement qui pilotera cette opération ne doit pas être celui qui est déjà en place. Celui-ci ne représente pas l’expression nationale dans sa diversité, au moins parlementaire.

Les initiatives présentées jusqu’ici manquent, à mon sens, d’exhaustivité, aussi bien dans leurs formes que dans leurs profondeurs. Elles semblent vouloir seulement chercher une solution à la crise actuelle ou une façon de participer à l’événement, d’être à la mode ou d’être la vedette d’un moment. 

N’oublions pas qu’épuré de tout calcul, l’échec de la transition de 2005, était  le résultat d’un processus qui, soit visait à atteindre un objectif en vain, soit y est parvenu mais en générant d’importants effets inattendus jugés négatifs et donc  insuffisants. Evitons donc de tomber deux fois dans le même piège. 

Les exagérations du régime déchu, ses bavures, ses usurpations, son despotisme doivent donner la leçon à ses défenseurs d’abord, à toute la classe politique ensuite et aux actuels gouvernants enfin, que le peuple et seulement le peuple peut légitimer un model politique. Il semble, à en jugé par les interventions répétitives de ces derniers, que le peuple soit au centre de leurs préoccupations. 

Si la solution apportée à ce qui s’est passé, à ce qui allait mal, à ce qu’il fallait changer, n’était pas démocratique- une telle voie lui était censurée-  et donc exemplaire, c’est tout notre système politique qu’il faut remettre en cause pour ne pas voir, un jour, sur une plaque plantée au milieu d’un désert, entre le Sénégal, le Maroc, le Mali et l’Algérie :  « Ci-gît la République Islamique de Mauritanie ». 

Deddahi El Ghailany 

Source : La Tribune n° 421


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