Chronique Mansor

27 10 2008

« Le ciel dans l’eau, les poissons dans les arbres ». Comment traduire, en langage saharien, cette magnifique maxime chinoise, si diversement appréciée dans les contrées humides ? Au loin, la chaleur efface les limites entre ciel et dune, on est, du bout des doigts au fond du cœur, submergé par son intensité et tout semble s’y dissoudre, offrant aux mirages et autres subtilités des émotions de vie. Si Narcisse avait vécu au désert, jamais les psychanalystes, sans doute, n’eussent imaginé l’aliénation du moi par sa propre image. Le jeu du réel et de l’irréel, dénué de miroir, s’en serait-il trouvé modifié ? Dans les sables, le songe, qu’ailleurs on distingue mal de la chimère, signifie, banalement, la transcendance. Quelque soient ses soubassements pulsionnels et son interprétation, toujours possible, mais, évidemment, jamais suffisante [1], dans le sens de leurs arrangements individués, il peut s’y construire un tel dépassement des contingences, une telle extension de leur entendement, qu’on est enclin, immédiatement, à les y rechercher. A cet égard, Freud, appelé au chevet des vaches, maigres ou grasses, de Pharaon, eût eu, probablement, un avenir beaucoup plus terne que celui de Yussuf – P.B.L. 

 

Mais il est vrai qu’il n’est pas donné à tout le monde de méditer, à plein temps, au fond d’une citerne, sur un tas de fumier, dans le ventre d’une baleine, quarante jours au désert, ou dans la pénombre d’une caverne. On peut pressentir que le sens des réalités diffère sensiblement, en ces cas d’exception, de celui du bon bourgeois, aiguisant, entre deux fins repas, son acuité intellectuelle. Car si le Réel, idiot – du grec « idiotès » : simple, unique, non dédoublable [2] – demeure, dans le cours banal des choses, l’énigme aveuglante – ici et là, sans discontinuité, constamment présente, lisse, superbement monotone dans sa polychromie chatoyante –  les réalités, quant à elles, s’offrent, avec nos états d’âme, un impressionnant étal de parures, toutes susceptibles de faire sens. Or, voici que certaines le font plus que d’autres. Manipulations de l’opinion, certes, et les assommoirs modernes de l’école et des medias ont, en cette quête de cohérence sociale, avantageusement remplacé les « questions » inquisitrices [3] : l’alignement des têtes demeure, on l’a vu, un impératif de société. Mais, dans le secret de l’isolement, surgit, parfois, un tout autre goût, formidablement universel, dont l’évocation fait, immédiatement, trembler les cœurs et les palais des princes. 

 

Voici que le messie – P.B.L. – l’oint de son Seigneur – au fond de sa solitude, il s’est noyé en cette huile sacrée, entièrement soumis à Lui – marche sur l’eau, cueille les poissons dans les arbres, les distribue aux affamés. D’où vient-il ? Où va-t-il ? C’est qu’entre ici et là, entrée et sortie du désert, avant et après, d’une différence à l’autre, il a, enfin, cessé de s’absenter, totalement fondu dans
la Suprême Absence. En chassant le démon qui prétendait lui assurer une éternelle présence, le voici défunt de toute image et, instantanément, matrice de toutes.  Désormais, qu’il se taise ou qu’il parle, l’in-flux, la baraka de son onction, jaillit de lui, émanant de
La Source, et les assoiffés, toi, moi, nous tous, courons à l’ouverture de ce que nous portons, chacun, fermé dans nos poitrines. Une communauté de vie, dans le partage quotidien, l’autonomie solidaire. Aveugles, sourds, muets, para- et tétra-plégiques, déments, sains de corps et d’esprit, jaunes, rouges, blancs ou noirs, petits et grands, mille et mille réalités, une même origine, un même élan, une même fin. Pourquoi la simplicité de ce message commun à tous les prophètes – P.B.L. – les a-t-elle, systématiquement, exposés à la fureur des maîtres avant la ferveur des foules ? De quelle peur, intime, nos sociétés sont-elles redevables, pour s’infliger, ainsi, de tels compartiments ? Un jour, les trois anges vinrent auprès du petit Mohamed – P.B.L. – lui arrachèrent le cœur de la poitrine et le lavèrent soigneusement de son obscur – le tien, le mien, le nôtre, à tous si commun et si particulier – avant de le remettre en place, purifié. Dès lors, quelque chose lui manqua, sans être, pour autant, caché. Voici, bientôt, l’orphelin réfugié dans le silence d’une grotte autrement obscure. Eblouissant, le soleil de
La Mecque dilue l’horizon, et voilà qu’apparaît, dans l’intervalle indistinct,

la Parole Divine. Lis ! Et instantanément, la con-naissance, partagée, comble le manque. C’est, encore, aujourd’hui même. 

  

 

 

 

         




[1]  et, probablement, pas nécessaire… 

[2]  Voir Clément Rosset, « Le Réel, traité de l’idiotie », Editions de minuit, Paris, 1977.

[3]  « Soumettre à la question », c’était, dans l’espace chrétien, durant trois à cinq siècles, selon les régions, torturer, à l’aide de systèmes plus ou moins raffinés, les déviants des réalités convenues, hérétiques, sorciers, malades mentaux, « jacques » et autres révoltés, afin d’obtenir les « réponses » conformes à ces réalités. 


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