Edito de la Tribune Par Mohamed Fall O Oumère

8 10 2008

 

Edito de

la Tribune Par Mohamed Fall O Oumère

 

Qu’est-ce qui reste à dire quant à la situation actuelle du pays ? Que nous sommes dans une situation déplorable ? Nous l’avons dit. Que cette situation est l’aboutissement logique d’un processus qui a commencé avant l’investiture en avril 2007 du Président élu ? Nous l’avons dit et redit. Qu’elle est l’expression de l’échec de la classe politique ? Nous l’avons dit mais pas assez.

Le Président Sidi Ould Cheikh Abdallahi a hérité d’une situation idyllique : un pays qui, même s’il était meurtri par des décennies de gestion inique et destructrice, avait tous ses voyants au vert. Les promesses faisaient espérer des lendemains meilleurs. Une belle image d’une démocratie inventée, d’une unité retrouvée, d’un pays réconcilié. Personne n’avait eu le courage de remettre en cause l’espérance nouvelle. Si bien que le consensus devint la règle. C’est dans cette atmosphère que toutes les institutions démocratiques furent mises en œuvre. Le Président élu a choisi lui-même son président de l’Assemblée, son président du sénat, son Premier ministre, plus tard ses conseillers principaux et secondaires. Même quand il a voulu créer son parti, une nette majorité des mauritaniens ‘rongés par le virus de la politique’ est venue à ce parti. Il en a lui-même choisi la direction, sans visiblement prendre en compte les équilibres internes et sans surtout en référer à ses soutiens.

Bref Sidi Ould Cheikh Abdallahi avait tout. Toutes les cartes dans sa main. Les chefs de l’Armée étaient ceux-là même qui l’ont amené au pouvoir et auxquels il avait entièrement confié la gestion de l’aspect sécuritaire. Il avait même un chef d’opposition qui avait fini par donner l’impression d’être plutôt «un alter ego», la complicité entre les deux amis primant visiblement sur les positionnements politiques.

Moins de neuf mois auront suffi pour que les premières secousses se manifestent. Au dixième mois, les premières remises en cause. Au onzième mois, les premières manifestations du mécontentement. ‘On’ a alors tout mis sur le compte du jeune Premier ministre Zeine Ould Zeidane. Au douzième mois, il est subitement limogé et remplacé par le plus proche des hommes du Président : Yahya Ould Ahmed Waghf. Franche rébellion. Gouvernement Ahmed Waghf II. Rien n’allait plus. Conséquence logique : rupture entre les ailes civile et militaire des soutiens de Sidi, puis coup d’Etat.

C’est là qu’il faut situer la responsabilité politique et morale de l’aboutissement du processus. Dès le départ, la classe politique n’a pas voulu croire à la possibilité pour elle de ‘grignoter’ un espace démocratique réel. Dès le départ, elle n’a pas cru à la démocratie. Les uns ont misé sur la proximité du pouvoir en s’acoquinant avec les militaires ou en s’alliant les faveurs de Sidi, les autres ont joué la carte de la zizanie. Les uns et les autres ont compté avec l’inexistence – supposée ou réelle – du Président élu, préférant le traiter comme «une marionnette entre les mains des militaires qui l’ont amené» ou comme «un naïf, manipulable à merci». Les uns et les autres ont reproduit les schémas, les gestuelles, les réflexes, les rites d’hier pour faire de la politique sur une scène qu’on croyait rénovée (clientélisme, exclusion de l’autre, corruption…). Dans ce jeu de placement – de classement diront d’autres – les politiques ont oublié l’essentiel : le raffermissement de la démocratie. Parmi les voies de raffermissement figurait au premier rang l’utilisation systématique de ‘la boîte à outils de la démocratie’ (l’expression est de Sidi Ould Cheikh Abdallahi lui-même). L’exclusion est redevenue l’arme dans la confrontation en vue de l’exercice du pouvoir. Les factions d’avant. Et celles de l’après. Une lutte à mort qui a couvert tout le reste. Qui a finalement donné le résultat qui est là. Parce que les politiques ont refusé de sacrifier aux usages démocratiques en refusant de faire appel à ‘l’outillage démocratique’. Parce que les plus écoutés d’entre eux ont poussé vers la rupture entre les segments d’un pouvoir qui n’avait d’existence que par la valeur de sacralisation que nous lui accordions. Les politiques ont dénudé le Roi en l’amenant à passer outre le rapport de force existant.

Deux mois après le coup du 6 août, nous avons encore besoin de comprendre pour situer les responsabilités et pour éclairer l’avenir probable.

L’ultimatum de l’Union Africaine expire aujourd’hui. Il est sûr que le dossier sera transféré devant le Conseil de Sécurité des Nations Unies. Cette semaine seront lancées les journées – ou les semaines – de concertation. Entre le 16 et le 22 auront lieu les discussions formelles avec l’Union Européenne.

Aujourd’hui, deux mois se seront passés depuis le coup d’Etat. Où est la solution de sortie de crise ? Ceux du FNDD croient ferme que seul le retour de Sidi Ould Cheikh Abdallahi constitue LA solution. Ceux d’en face se déclarent prêt à tout discuter sauf du retour de Sidi au pouvoir, du moins si l’on en croit les députés qui soutiennent le putsch. Quoi d’autre ?

Le 4 août dernier, je comparais ici la bataille menée par les deux protagonistes de la crise d’alors à «yawm ettidguit». Une bataille qui a opposé deux clans autour de l’appropriation d’un troupeau de chamelles. La violence de la bataille fut telle que les survivants parmi les hommes étaient peu nombreux et qu’aucune chamelle ne survécut en fin de journée. Comment éviter cela ?

La responsabilité historique de trouver une solution incombe aux chefs politiques – dirigeants actuels, chefs de partis, mais aussi Ulémas, intellectuels… Nous devons imaginer pour nous une porte de sortie de crise qui sauve la démocratie, qui évite au pays les conséquences malheureuses de l’isolement et qui relance l’espoir.
La Mauritanie en sortira grandie. Et ses fils aussi.

 

 

Source /
la Tribune n°418


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