Chronique Mansor

8 10 2008

 

  

L’objectivité de la connaissance et la capacité d’adaptation se construisent sur la contrainte de distinctions – inéluctable distanciation de ce qui se manifeste –  à commencer par celle entre cause et effet. C’est-à-dire entre un mouvement de l’esprit et un mouvement des sens. Ainsi se différencient, tant nos fonctions organiques que les évènements, sous le joug d’une loi de causalité, indispensable à notre économie d’existence. En cette relativité incontournable, rien n’arrive qui ne soit, semble-t-il, nécessaire, mais pas forcément prédictible, fort heureusement [1] : c’est dans cette zone d’incertitudes que se révèle notre aspiration, originelle, à la transcendance. Quels que déterminés soient les phénomènes qui font nos temps et lieu, notre ego et ses méandres, notre société et ses lois – on naît, toujours, quelque part, en quelque moment – l’impossibilité à tout comprendre, à tout prévoir – notre « vertu d’ignorance », donc – fonde, au moins autant, l’espace de notre liberté, celle d’autrui, que le temps de leur négation. 

 

Non pas qu’on s’enhardisse, ici, à ergoter sur le libre arbitre et la prédestination. « La » liberté – et non pas, bien évidemment les diverses libertés, susceptibles, elles, de mesures objectives – ne peut être réductible à une quelconque loi de causalité et, donc, objet de connaissance. Elle en est le sujet même et chacun ne l’apprécie qu’en son for intérieur. Si l’on croit la reconnaitre, parfois, par quelque signe extérieur de clarté – mais les contrefaçons, évidemment, pullulent – elle n’en demeure pas moins hors de tout négoce, selon la pénétrante réflexion d’Emmanuel Kant, qu’on aurait grand besoin, de nos jours, d’inscrire au fronton de nos marchés : « Tout a, ou bien un prix, ou bien une dignité. On peut remplacer ce qui a un prix par son équivalent ; en revanche, ce qui n’a pas de prix, et donc pas d’équivalent, c’est ce qui possède une dignité [2]. » On conçoit ainsi en quoi la liberté, pour un croyant – mais pas que pour lui, et cette remarque ouvre les plus grandes perspectives humanistes –  consiste à accomplir ce que sa plus profonde nature exige. Du point de vue de celui-là, c’est adoration divine, on l’a dit et répété ; mais pas subi comme un décret : réalisé en souffle de vie. 

 

Dans cet ajustement de conscience, il s’agit donc moins de faire ce qu’on veut, que de vouloir ce qu’on fait. Authenticité, puissance ou concordance ? Quelque soit son motif et son degré de complexité, la volonté, qui peut être populaire, signe une convergence consciente de forces vers la réalisation d’un acte, ainsi lieu et le temps de leur (ré)unification, manifestation d’un indivis. « Tout acte ne vaut que par son intention. » Avec cette célèbre parole du prophète – P.B.L. – on est, probablement, au cœur de la philosophie musulmane, du moins en son péricarde. Exécutée machinalement, sans motivation explicitement formulée à soi-même, la simple ablution rituelle – à fortiori, l’office religieux et n’importe quel acte du quotidien – n’a, strictement, aucune valeur. Faut-il le souligner ? Evoquant un à-venir encore improbable, une fusion peut-être en cours, un fait toujours inaccompli, cette intention en appelle au Maître de
la Certitude, de l’Un, de l’Accompli, consciente de son ignorance de ce qu’il adviendra, en définitive. « Voilà ce que je veux, Seigneur de ma volonté, et je le ferais, incha Allahou ! »     

 

Le constat est lucide et n’a besoin d’aucun complexe ou culpabilité, pour former une fraternité forte de cet aveu de faiblesse, échangé à tout bout de champ et longueur de journée. « Il existe, à la base de la vie humaine, un principe d’insuffisance [3] », écrivait l’ « athéologien » Georges Bataille, et, à défaut d’atteindre l’horizon de ce perpétuel trou noir, où palpite sa plus paradoxale contradiction, se le rappeler, les uns aux autres, en toute circonstance, semble, en tous cas, un assez sûr chemin vers  une attention, plus soutenue, aux incertitudes associées à nos décisions. Pour le croyant, « Incha Allahou » signe le non-lieu à partir duquel partager ce qui n’est pas partageable : l’insuffisance, le manque, l’indivis ; devient possible. En nous reconnaissant, chacun, dans la plus absolue vassalité envers Le Seigneur de ce qui vient, en reconnaissant, à chacun, la permanente sacralité, indéchiffrable, de son rapport à Lui – Huwa Al Hayyoul Qayyoum [4] nous fondons une communauté de gens libres et égaux entre eux, au moins en dignité et quelle que soit la réalité des différences innées et acquises, où nul n’est parfait et ne détient
La Vérité, sinon celle de son ignorance, jamais totalement réductible… qu’à l’instant précis de la mort. 




[1]  D’autres diraient, sans doute : fort malheureusement ; tant il est vrai que bien des efforts peuvent être anéantis, bien des maux endurés, en cette apparente loterie. Vision partielle, vision partiale, jamais plus que relativement juste, jusqu’à cette soudaine élévation, en plein malheur ou bonheur ; pas certaine, non ;  mais possible, toujours possible, al hamdou lillahi rabbil’alamine… 

[2]  « Fondements de la métaphysique des mœurs » –  p 116 –  Garnier-Flammarion, Paris –  1993

[3]  Georges Bataille – « Œuvres complètes », V, p.97 – Gallimard, Paris – 1970 / 1988

[4]  L’Absent Vivant Immuable : en Se retirant dans Sa Création, hors de toute génération et corruption, Il en assure, à défaut de la maintenance – confiée, semble-t-il, à l’humain – le maintien, en toute situation.


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