Edito de La Tribune Par Mohamed Fall O Oumère

16 09 2008

La tendance chez nous est naturellement d’accabler nos hommes politiques. Ils le méritent. Car ce qui arrive dans notre pays peut être considéré comme l’expression de la faillite de l’intelligence… et de l’intelligentsia. Toute personne jouissant de ses facultés minimales n’aurait pas pu se laisser avoir en un temps aussi court que quinze mois. Toute communauté n’aurait pas dilapidé en un temps record cette formidable ressource qu’a constituée le processus initié en août 2005 et clos en avril 2007. Aucun parti, aucun politique ne pourrait réussir le tour de force de s’autodétruire aussi allègrement. Même si la sagesse nous apprend qu’il est plus aisé de détruire que de construire.

Nous avons cependant gagné quelque chose : le changement dans les pratiques politiques. C’est en discutant avec les gens qu’on s’en rend compte. En observant aussi les manifestations contre le coup de force du 6 août. De partout les voix s’élèvent. Elles sont, il est vrai, couvertes par l’ampleur des soutiens qui reproduisent une gestuelle bien connue chez nous. Elles sont aussi censurées de notre espace médiatique public. Mais elles sont là. Et c’est déjà un signe de santé.

Peut-être que nous sommes en train d’assister à une recomposition du paysage politique sur de nouvelles bases, ou plutôt de nouvelles «inspirations». Jusque-là, l’argent a été ‘le nerf de la guerre’, la condition de la réussite politique. Pour manifestation le notabilisme, avec tout ce que cela inclut comme clientélisme, prébendes, passe-droits… Nous avons comme l’impression que le monde ‘notable’ entre dans sa phase de recul. D’abord parce que l’Etat n’aura rien à donner désormais. Ensuite parce que la ‘frivolité’ politique de la puissance ‘notabilière’ a fini par décrédibiliser cette ‘aristocratie’ qui s’est faite à travers le soutien ‘spontané’ au(x) dirigeant(s). Pas mal d’adeptes – et de symboles – du notabilisme sont aujourd’hui en rupture avec le pouvoir. Ils sont dans le camp de ce que Messaoud Ould Boulkheir appelle – pompeusement ? – le camp du militantisme. Et c’est, je pense, un signe des temps : le militantisme va remplacer l’engagement politique ‘suscité’, ‘payé’, ‘intéressé’…

C’est pourquoi – un grand politologue attirait mon attention là-dessus – le premier enjeu de la situation actuelle, est de pouvoir contenir tous les radicalismes qui se retrouvent encore une fois dans le même camp. Appelons «radicalismes», toutes ces expressions politiques militantes sectaires et/ou ‘iconoclastes’ et/ou ‘eschatologiques’. D’inspiration nationalitaire, communautariste et/ou religieuse, ces radicalismes se partagent une lecture et une action provoquant facilement des ruptures dans l’équilibre social. Le danger ici, c’est qu’ils peuvent servir de pendants pour des visions établies sur la base de fausses lectures de la réalité mauritanienne. Imaginons un moment la logique américaine s’en mêler et nous amener à un schéma de «darfourisation» de notre pays. L’administration américaine ayant fait de l’ignorance son arme fatale, il ne faut pas exclure la perspective.

Le défi à relever par les politiques, surtout ceux du front national pour la défense de la démocratie, est «d’apprivoiser» les radicalismes, de les «polir» et de les rendre «acceptables» par tous.

Deuxième enjeu et qui en découle un peu : le rôle désormais de premier plan, de l’étranger qui s’invite chez nous. L’élément étranger devient un acteur de la scène politique nationale. Pour deux raisons au moins. La première est liée à une tendance mondiale de réduire la planète à un village interdépendant. De cette tendance découle le devoir «moral» de s’entraider. Ce n’est pas pour rien que nos partenaires au développement ont accepté de nous assister politiquement, financièrement et techniquement lors du processus enclenché en août 2005. De ce fait, ils sont devenus les parrains d’un nouvel ordre qu’ils ont cautionné et qu’ils ne veulent pas voir crouler aussi facilement.

La deuxième raison est simplement liée à la faiblesse de notre encadrement politique. En termes de capacités de propositions et de mobilisations, nos partis en sont réduits à tout attendre de l’extérieur. Qu’ils soient au pouvoir ou à l’opposition, nos hommes politiques négligent – si ce n’est «méprisent» – l’opinion publique nationale. Depuis la première ère des militaires. Dans les batailles politiques, les protagonistes cherchent à convaincre l’extérieur, à le mettre chacun de son côté. Aujourd’hui, rien, sur ce plan, n’a vraiment changé.

Dernier enjeu – enjeu essentiel – c’est de définir le rôle de l’Armée dans la vie politique. Nous avons une Armée qui s’est invitée à l’exercice du pouvoir il y a trente ans. Comment la sortir du champ politique ? comment la réhabiliter dans son rôle premier qui est celui de défendre l’intégrité du pays et la stabilité de ses institutions ? comment lui arracher – sans heurts – les mécanismes de l’exercice du pouvoir politique ? comment émanciper la société de sa tutelle ?

Les questions sont plus nombreuses que les réponses. Mais le pire est que peu de gens acceptent de les poser. C’est d’ailleurs ici qu’il faut situer le «péché originel» de notre système politique : le refus de se poser les questions au moment qu’il faut. Aujourd’hui encore nous risquons de rater le tournant si on veut faire l’économie des questions fondamentales liées à l’exercice des uns et des autres.

Il est trop tôt de chercher à parfaire une démocratie qui ne sait pas encore mettre un pied devant un autre. Il est vain de demander au Parlement actuel d’imaginer des solutions de sortie de crise à même de capitaliser l’expérience que nous venons de vivre. Il est inutile de perdre son temps à s’en tenir à l’exigence du retour de Ould Cheikh Abdallahi… Parlons vrai.

Nous avons assez payé les mauvaises appréciations des uns et les faux positionnements des autres. Nous risquons de payer encore plus. Parce que nos chefs militaires auront mal apprécié la situation d’aujourd’hui, parce que nos chefs politiques auront choisi des positionnements hasardeux pour demain.

Source : La Tribune  N° 416


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