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Industrie extractive/ Pour qui brille l’or mauritanien?

2 09 2008

Industrie extractive 

 

Pour qui brille l’or mauritanien? 

 

Tasiast a lancé ses travaux d’extraction minière il y a un peu plus d’une année. Depuis tout ce temps, les informations qui devaient parvenir au public demeurent partielles. 

Une telle situation va aux antipodes des principes et critères qui gouvernent l’initiative pour la transparence dans les industries extractives à laquelle la Mauritanie a adhéré depuis septembre 2005. Enquête sur une industrie où l’opacité semble le maître mot.

 

 

Pourquoi une telle opacité?- Le silence qui perdure par rapport aux revenus et à la question environnementale est révélateur d’un certain manque de transparence. Mieux encore, les autorités issues de la Transition démocratique avaient fait des promesses durant le lancement des activités de la filiale de la société canadienne Rio Narcea Gold Mine ltd, Tasiast. «La Mauritanie a pourtant instauré une fiscalité de l’activité minière allégée et stabilisée sur toute la période de validité des titres miniers» explique Mohamed Ould Yahya, responsable des titres miniers au Ministère des Mines et de l’Industrie. Dans le même état d’esprit, elle a adhéré en septembre 2005, à l’ITIE (Initiative de Transparence des Industries Extractives). Il semble toutefois que le Comité en charge de la transparence n’a pas encore été invité à des visites de terrain pour avoir une idée sur l’exploitation de l’or en Mauritanie. Seule la SNIM aurait eu ce privilège. A la société Tasiast, Mohamed Lemine Ould Baba, Directeur de projet élude la question en lançant «si vous voulez des informations chiffrées, contactez la Banque Centrale ou le ministère compétent sur la question, ou écrivez-nous officiellement». La Banque centrale est effectivement compétente pour les hydrocarbures, pour lesquels le ministère des Finances a délégué les prérogatives relatives à la gestion du fonds national des revenus des hydrocarbures (FNRH). Mais celles-ci sont limitées aux hydrocarbures, pas aux mines, et encore moins à l’or.

 

Pourtant les espoirs sont grands- Lors du coup d’envoi de l’exploitation de la mine d’or à Tasiast en juillet 2007, le projet présentait des chiffres qui avaient tourné pas mal de têtes. Un mirage semblable à celui du pétrole? Réalisé conformément aux normes internationales pour la protection de l’environnement, avec une durée de vie d’environ dix ans, la production était estimée annuellement à 11.000 onces, soit 4 tonnes d’or et 400 emplois directs. Des espoirs qui ont vite fondu, comme dans la plupart des pays en développement qui exploitent de l’or. «L’or enrichit les multinationales, pas l’État» assure un membre de Transparency International, de passage à Nouakchott il y a deux mois. Pour lui, l’exploitation aurifère a toujours eu peu d’effet d’entraînement sur l’économie des pays exportateurs d’or. Pour le reste, poursuit-il «les multinationales exportent l’or à l’état brut. Le traitement du minerai se fait en Suisse, au Canada ou en Afrique du Sud. La part revenant au Mali est dérisoire.» Une part d’autant plus maigre que l’Etat est privé de recettes pendant les premières années d’exploitation. En effet, pendant cette période, le code minier mauritanien octroie aux entreprises minières des exonérations fiscales. Un cadeau qui pousse ces entreprises à surexploiter les gisements dès le début.

 

Licenciements abusifs et mauvais traitements- Situées à un peu moins de 250 kilomètres au nord-est de Nouakchott, dans la Wilaya de l’Inchiri, les mines d’or de Guelb Mogrein, celles exploitées par la société Mines de cuivre de Mauritanie (MCM), (détenue par la société canadienne First Quantum Mineral à 80%, la firme émiratie Wadi Arrawda, avec 19% et l’australienne General Gold International (1%)) et les mines exploitées par Tasiast à 100 kilomètres au nord d’Akjoujt, sont représentatives des paradoxes relevés dans le secteur aurifère en Mauritanie. Ce sont des mines à ciel ouvert dont le coût d’extraction est très faible. Mais les salariés se sont plaints, au vu des résultats réalisés, de ne pas recevoir la gratification pourtant prévue par les textes. «La Société TASIAST Mauritanie, chargée de l’exploitation aurifère dans le Nord du pays, se distingue par son degré d’harcèlements et de mauvais traitements qu’elle inflige à ses travailleurs pour lesquels elle ne ressent aucune considération. La recette spéciale trouvée par la direction générale de TASIAST est d’abord et avant tout de chercher moult prétextes et subterfuges pour se débarrasser d’un travailleur avant même la fin de sa période d’essai, afin d’échapper au paiement des droits de licenciement» dénonçait en fin 2007, Me Ahmed Ould Mohamed Lemine, avocat au barreau de Nouakchott qui s’est constitué en défenseur des intérêts des populations d’Akjoujt. Ibrahim Lamine Wane, responsable à la Direction des mines et de la géologie souligne pour sa part, que son organisme ne s’intéresse qu’à «la bonne marche des opérations d’extraction. Pour le reste, notre département n’est pas concerné.» Après le semi mirage de l’or noir, les pierres dorées ne seront pas la panacée mauritanienne semble-t-il. Elles empruntent nuitamment la route du Port pour des destinations inconnues

 

MLK 

 

Encadré:

 

163 millions de dollars US 

C’est l’investissement qui a été mobilisé pour l’installation des deux usines, celle de MCM et celle de Tasiast, avec en perspective, une production annuelle de 180.000 onces d’or, soit environ 6 tonnes d’or.

 

Encadré 2:

 

La BAD préconise une gestion transparente des ressources minières en Afrique 

 

Le groupe de la Banque africaine de développement (BAD) a plaidé pour une gestion plus transparente des ressources minières en Afrique, soulignant que l’exploitation du pétrole, du gaz et des autres richesses africaines représente un essor pour ses pays, à condition qu’elles soient bien gérées. Le directeur du Département de la gouvernance et de la réforme financière de la BAD, Gabriel Negatu, a exprimé la disponibilité de son Institution à promouvoir une plus grande transparence dans la gestion du secteur minier africain afin qu’il contribue au bien-être économique du continent. Il s’exprimait à l’ouverture d’un atelier organisé conjointement par la BAD, la Banque mondiale et l’Agence norvégienne pour la coopération au développement (Norad) sur la gestion des ressources et des industries extractives. Celui-ci s’est tenu à Tunis.

M. Negatu a précisé que l’extraction du pétrole, du gaz et des ressources minières de l’Afrique pourrait bénéficier aux pays membres régionaux de la BAD s’ils sont bien gérés.

Il a indiqué que la transparence dans le secteur est d’une importance capitale.

La BAD s’est jointe à l’Initiative sur la Transparence des industries extractives (EITI), un partenariat avec les gouvernements, entreprises, associations de la société civile, investisseurs et organisations internationales qui soutiennent le renforcement de la gouvernance dans les pays riches en ressources. Basée à Oslo en Norvège, l’EITI vise à appuyer l’amélioration de la gouvernance à travers la vérification et la publication de paiements d’entreprises et des revenus des gouvernements tirés du pétrole, du gaz et des mines. M. Negatu a souligné que la BAD appuyait le travail de l’Initiative dans cinq pays membres. «L’EITI nous permet d’assurer que le développement actuel des ressources accorde une seconde chance et pas une seconde malédiction», a-t-il dit. En plus de l’EITI, la BAD collabore avec d’autres pays membres sur des questions plus larges de gouvernance liées aux industries extractives. Il s’agit des négociations de contrat et l’application de la gestion des dépenses publiques, l’audit ainsi que l’élaboration et l’application des programmes entre autres sujets identifiés pour améliorer la gouvernance dans les industries extractives.

 

Encadré 3:

 

3 questions à Bâ Papa Amadou, secrétaire général du Comité national pour l’Initiative pour la Transparence des Industries Extractives (ITIE) en Mauritanie. 

 

«Nous ne savons pas grand-chose de l’exploitation de l’or» 

 

La Tribune: On est étonné de ne pas entendre suffisamment le Comité national pour l’ITIE. Quel est votre rôle exact? 

 

Bâ Papa Amadou: quand il y a exploitation d’une ressource extractible, ce qui nous intéresse c’est de voir ce que les entreprises ont versé à l’État et en aval, on regarde ce que l’État a effectivement perçu, comme taxes, comme intéressements aux bénéfices etc. S’il y a une différence, il y a donc problème, et nous essayons de déterminer les raisons de cet écart. Nous veillons donc à la transparence de tous ces circuits d’exploitations des biens mauritaniens. C’est ce que nous avons fait pour toutes les ressources, notamment le pétrole.

 

La Tribune: qu’en est-il du secteur aurifère? 

 

Bâ Papa Amadou : son exploitation est récente (2006 pour MCM, et 2007 pour Tasiast- ndlr). Nous n’en savons pas grand-chose en fait, si ce n’est les prévisions chiffrées de départ. Nous en saurons plus dans le cadre du prochain rapport de l’ITIE 2007. Comme le public, nous savons juste que 400 emplois directs doivent en sortir, ainsi qu’une production générale de 6 tonnes d’or.

 

La Tribune: n’avez-vous pas quelques prérogatives pour veiller au respect des engagements dans le cadre des extractions à la source, c’est-à-dire sur le terrain? Les abus constatés au Mali, en Angola… peuvent-ils se produire ici? 

 

Bâ Papa Amadou: bien sûr. Des visites de terrain étaient prévues, mais nous n’avons pas pu obtenir jusqu’à aujourd’hui les autorisations nécessaires pour accéder au site de production. Nous avions sélectionné Woodside à l’époque (aujourd’hui Petronas- ndlr), la SNIM, la MCM et Tasiast. Nous n’avons pu contrôler que la production extractive de la SNIM. A présent, nous revenons à la charge avec les trois autres sociétés, parce que ça nous intéresse de constater les conditions de travail et de production. Nous espérons obtenir ces autorisations de visite avant la fin des rapports 2007 et 2008. Quant aux abus que vous évoquez, l’ITIE est là pour veiller à ce qu’ils soient de moins en moins répandus. Mais cela passe par une extension des prérogatives accordées au Comité, à la mise en place d’une réelle transparence, avec diffusion sur Internet des chiffres en question, comme le préconise aujourd’hui la Banque Mondiale avec le label «transparence + +».

 

Propos recueillis par MLK 

 

 

Source : La Tribune n° 415 


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2 réponses à “Industrie extractive/ Pour qui brille l’or mauritanien?”

  1. 18 10 2008
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  2. 18 10 2008
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