Entre démesure plurielle et « mesures individuelles »

2 09 2008

Entre démesure plurielle et « mesures individuelles » 

 


La France, l’Amérique et l’Europe ont choisi le même jour pour sortir de leurs gonds diplomatiques des « mesures individuelles» contre la junte mauritanienne (28 août). Bienheureuse nouvelle qui doit soustraire le pays à une injuste et double peine : après le coup d’état du 6 août, un embargo mortel. En mettant les putschistes récidivistes face à leurs responsabilités collectives et personnelles. 

 

Testament présidentiel 

Armé à la suite de deux entretiens avec le président otage, ce tir groupé du leadership mondial résonne comme un ultimatum. Le haut conseil y est ciblé tel une vulgaire association de malfaiteurs. Son mode opératoire mafieux lui aura valu cette inhabituelle sécheresse diplomatique. La seule propagande d’un coup d’état ne pouvant justifier le lynchage et l’incitation à la haine publique. A la présidence et dans les chambres du parlement. A la télé, la radio et sur la toile. Dans les rues, stades, bourgs et communes de tout le pays 

Face à cette curée sans nom, le peuple abusé est limité à un maigre communiqué officiel. Sur papier errant et baragouiné au petit lever, son mode de diffusion en trahit la genèse désespérée. Dans la solitude du pouvoir, le chef des armées est contraint de limoger ses généraux pour en dénoncer l’interventionnisme exacerbé. Décriée pour son amateurisme, cette dernière volonté présidentielle n’en figure pas moins un testament institutionnel. Sur Aljazeera, son tombeur reconnaît même«l’avoir menacé du risque de mettre le pays à feu et à sang s’il ne renie pas sa décision ». Comme si un renouvellement routinier de la hiérarchie militaire, en l’occurrence le quatrième de l’année, pouvait choquer une opinion réputée pour sérier les coups d’état sans ciller. D’autres sources indiquent que la pression putschiste n’a pas faibli. Les interminables procès en sorcellerie n’en sont qu’un aspect extraverti. 

 

Cohabitation plurielle 

Pour se protéger et éventer les mobiles et alibis de ses geôliers, le président otage aurait-il parlé à ses visiteurs de marque ?  Son élection l’a peut être forcé à en savoir « trop »- et très vite- sur ses parrains. A peine investi, il s’est découvert à la tête d’un état mafieux et passoire de narcotrafic. La presse et la justice lui dévoilent une hiérarchie trempée dans cette industrie mortelle. Dans une lettre ouverte pour sauver son honneur et son enfant, un ex- président menace de passer à table et lier le système à son sort familial. Sans les nommer, il indexe l’ancien chef de l’état et les caïds de cette junte. Déjà cités comme parrains éventuels, ces derniers se «missionnent » d’urgence dans le royaume où croupit (encore?) son chérubin : inculpé de taille dans ce trafic international (1).  

Une sortie de crise ne peut mépriser cette part de réel. Ces putschistes ne peuvent que « vassaliser » l’autorité constitutionnelle. Il en va de leur propre survie. 

Mais le pouvoir et le mandat d’un président élu ne se bradent pas au conditionnel. Ils se conjuguent au constitutionnel. Pour renouer avec la démocratie, le pays doit respecter et porter la croix de sa vox populi. A charge pour ses élites d’imaginer une cohabitation plurielle pour une véritable transition politique. A méditer leur « Débat africain » sur RFI, leur antagonisme ne dépasse pas les scènes de ménage habituelles. Attention, toutefois, à l’accident domestique. La récente présidentielle leur offre une caution électorale pour un bon compromis (deal package). Forts d’une légitimité populaire, ses deux finalistes peuvent codiriger une union sacrée nationale. Des élections législatives et sénatoriales ( ?), saines et immédiates, offriront un défouloir légal à toutes les ambitions paroissiales. Pour augmenter l’espérance de vie d’un tel compromis, ils peuvent même anticiper le futur scrutin présidentiel. En tout cas, leur mission stratégique n’est pas de trouver une sortie pour un quarteron rebelle dont le cas relève exclusivement de « mesures individuelles » ? 

 

Cheikh Touré 

1-       Voir Tribune du 28 août 2007 

Source : La Tribune n° 415 


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