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Les Echos de La Tribune Par Mohamed Fouad Barrada

2092008

De l’aide au développement à l’autosuffisance La question de l’aide extérieure  commence à devenir critique en Mauritanie. La nécessité de mettre en place des politiques économiques indépendamment du volet étranger (don, dettes extérieures, investissements,  etc.) se fait pressante. 

L’un  des économistes du pays avait martelé   au cours d’une émission récente de la TVM  « qu’une grande partie  de l’aide accordée  à la Mauritanie  est sous forme d’assistance technique profitable aux pays développés.    Celle-ci   avoisine un tiers du budget national. Soit une somme estimée à   300 millions de dollars ». L’économiste en question  suggérait, dans cette perspective,     une restructuration budgétaire permettant de bien gérer  notre revenu afin de combler la part de   l’aide publique au développement dans le budget. «  C’est par le biais de  la lutte contre la corruption que les choses peuvent évoluer  », a-t-il précisé.   Il  a aussi  soulevé la question de la productivité en Mauritanie    en soulignant que « les  mauritaniens sont  paresseux »,  notre  économie ne créée  pas de valeur ajoutée : « car une grande partie de notre revenu est absorbée par les salaires des  étrangers qui assurent le fonctionnement de secteur important, notamment la  construction, la pêche artisanale, la menuiserie etc. », a-t-il expliqué avant de conclure   à l’instar  des  autres  économistes intervenants  dans  la même   émission  que  « le pays est  riche. Et  que  les actuels dirigeants   doivent mettre l’accent sur l’  autonomie financière ».   Une chose est sûre, le pays ne peut pas vivre en autarcie.  En outre, pour relancer une  quelconque  économie en phase de décollage, d’assainissement, il faut une politique basée sur une quantification des besoins  et la recherche des moyens et  mécanismes   de  satisfaire  ces besoins.  Certes, la Mauritanie a besoin d’une autosuffisance, de lutte contre la gabegie,  etc. Mais cela est-il possible  sans intégrer la donne extérieure ? En d’autres termes, peut-on faire décoller notre économie sans s’appuyer sur les sources traditionnelles  de financement? Y –t-il d’autres sources ?   Qu’en est-il des autres  sanctions  économiques pouvant toucher la Mauritanie ? La Chine, la Russie  et les autres pays arabes vont-ils soutenir notre économie ? 

Reconnaissons que la Libye n’a pas pu surmonter les sanctions économiques des occidentaux.  Toutefois, ce pays est plus riche que la Mauritanie. Ajoutons à cela le cas iranien. Ce pays malgré sa puissance   essaye d’éviter à tout    prix  les sanctions économiques. En effet,  en dehors des pays pétroliers   qui réalisent  des excédents budgétaires faramineux, les autres pays essayent  d’attirer les  investisseurs, sinon de financer leurs  économies à travers des  dettes négociées et négociable. Les Etats-Unis et le Japon ont une dette considérable.  Pourtant,  ces derniers  sont les  plus riches de la planète !  En gros il y a ceux  qu’ils ont des excédents et ceux qui   souffrent   des insuffisances financières.  Les pays les plus performants  arrivent  à  ‘drainer ‘des flux  financiers importants.  Ce qui sous- entend la mise en place d’un système politique fort entraînant un  puissant appareil   juridique indépendant.  Le but étant de rassurer les opérateurs économiques.  Leurs fonds ne devront pas faire  l’objet de malversations frauduleuses.   Il est  en ce sens  indispensable  que les pays tissent des contrats ne portant pas préjudice aux intérêts de la population. En somme nos dirigeants doivent être en mesure  de mettre en place des politiques qui absorbent   une grande partie des  flux monétaires étrangers  en les transformant en  projets créateurs  de revenu durable. 

En tout état de cause, pour que l’autosuffisance soit une  réalité en Mauritanie, il semble nécessaire de  combiner deux aspects. Le premier  est lié à l’arrêt de la courte vue de la politique économique. Et le second vise les objectifs à long terme.  Notons que  notre revenu national  est  de 2663 millions  de dollars en 2006. La croissance  annuelle varie en moyenne entre 5 et 7%. Ainsi, le  PIB par tête   ne dépasse pas les    2500 dollars par an. Soit 58334 ouguiyas  par habitat par  mois.  A  cet égard,  nous ne pouvons pas parler d’autosuffisance en Mauritanie  sans intégrer  une approche mettant en avant des sous systèmes  exerçant chacun  un contrôle sur les autres systèmes. D’où  la notion d’un système étatique  à la fois central et décentralisateur.  Cela ne peut se faire sans que  toutes les institutions ne soient sous l’autorité suprême des lois votées  selon un ordre constitutionnel  basé sur un  bon sens accepté et acceptable par toute et tous. 

m_barrada@yahoo.fr Source : La Tribune  ( Mauritanie) n° 415 




Les échos du Blog

2092008

Les échos du Blog 

Selon des sources bien informées, Mohamed Bouamatou a rencontré  le 28 août  dernier  Claude Guéant Secrétaire général de l’Elysée. Le but de la rencontre est de  chercher une issue favorable  pour les nouveaux dirigeants du pays. D’après ces mêmes sources l’ancien patron des patrons a pris son déjeuné à l’Hôtel Bristol, ensuite il est allé à la présidence. Il semble selon les mêmes sources  qu’Ould Bouamatou est envoyé par les actuels dirigeants du pays pour trouver une sortie honorable aux auteurs du coup d’Etat du 6 aout 2008. En effet,  l’Elysée  favorise   un retour de légalité constitutionnelle afin de préparer des élections permettant de propulser Ely Ould Mohamed Vall à la tête de l’appareil d’Etat, note nos sources.   

Source : www.barrada.unblog.fr  




Edito de La Tribune Par Mohamed Fall O Oumère

2092008

Edito de La Tribune Par Mohamed Fall O Oumère

 

Ils sont devenus fous ! Ils étaient fous, pourrez-vous me rétorquer. Nos compatriotes – ou du moins ceux qui composent l’encadrement national – ont toujours été aussi fous.

En 1978, le 10 juillet, ils sont sortis soutenir la chute du Président qu’ils adulaient le 9 juillet. En 1984, le 12 décembre, mêmes sorties, mêmes extravagances. En 2005, le 3 août, encore la même attitude. Avec cependant le procès du régime en moins. Comment voulez-vous qu’il en soit autrement en 2008 ?

Nous l’avons reproché au CMJD parce que pour nous le changement commençait par l’analyse critique complète des 27 années de régimes plus ou moins militaires, plus ou moins d’exception. Rompre avec les pratiques qui ont mené le pays à l’émiettement, à la faillite économique et politique, à la compromission…, cette rupture supposait à notre avis la stigmatisation de notre passé récent. Cela ne s’est pas fait. Soit parce que les maîtres de l’après étaient «mouillés», soit parce qu’ils n’avaient pas l’ambition de faire une révolution, soit les deux. Nous acceptâmes d’eux tous leurs engagements. Nous excusâmes toutes leurs faiblesses. Nous tûmes toutes leurs dérives.

Ainsi nous crûmes à la possibilité de reconstruire un monde nouveau. Nous nous enivrâmes de mots pour dire que nous devenions le modèle pour nos frères arabes et même nos frères africains qui avaient pourtant pris ce chemin bien avant nous (Mali, Sénégal, Bénin, Niger…). Et quand Kadhafi a dit qu’il ne faut rien attendre des bédouins, surtout pas l’appropriation de la démocratie, nous avions crié au scandale : «hassad awlad el ‘am». Dans ce registre furent aussi classées les réserves de Haykal, l’intellectuel égyptien hors paire, quant à la démocratie mauritanienne.

Un vieux connaisseur de notre société avait dit que les Bidhânes et les Peulhs sont «définitivement installés dans un complexe de supériorité…définitif».

Je crois que l’heure est venue de nous remettre en cause, de revoir nos certitudes. Ce n’est pas parce qu’un compatriote – jeune et brillant talent il est vrai – a obtenu la première place dans le concours de poésie organisé par la télévision émiratie, qu’il faille nous refaire le coup du «pays du million de poètes». Ce n’est pas non plus parce que nous avons vécu un processus unique dans le monde arabe, qu’il faille nous imposer aux autres comme un modèle. Il est vrai que l’épopée nous a rendu en partie notre fierté et surtout notre dignité. Des sentiments qui sont morts en trois décennies d’asservissement global.

Nous avons construit sur du faux. Tout le monde le sait. Du processus qu’on avait cru modèle, au Président que nous avons cru incarnation de la sagesse nécessaire à l’affermissement de la démocratie, aux chefs militaires que nous avons cru définitivement retirés des affaires publiques, aux partis politiques que nous avons cru atteints d’une brusque maturité, à la société civile que nous avons cru définitivement émancipée de l’emprise politique, à l’appareil de l’Etat que nous avons cru à l’abri de l’instrumentalisation… tout cela était faux.

Comme nous, nos partenaires ont été pris au piège de ce méga-mensonge. Leurs gouvernants avaient cru avoir eu un modèle à moindre prix à proposer à leurs opinions publiques qui les critiquaient pour les échecs des politiques dans «le grand Moyen-Orient». Les Etats-Unis n’ont pas investi un million de dollars dans le chantier de 2005. L’Union Européenne a mobilisé moins de dix millions d’euros. L’Union Africaine a plutôt coûté, comme la Ligue Arabe. Toute la communauté internationale n’a pas versé douze millions de dollars dans le panier commun, dont d’ailleurs une partie a été rétrocédée à l’UE à la fin du processus. Avec au bout du compte un modèle à présenter.

Croire à ce mensonge arrangeait toutes les parties. On en était prêt à oublier les risques d’une telle situation. Et parmi ces risques, le moindre était celui que nous vivons présentement.

Cinq minutes de vérité. Aux politiques de reconnaître n’avoir rien fait pour éviter la situation actuelle, plutôt d’y avoir poussé à force de vouloir une place dans la proximité pour les uns, un contrôle absolu du pouvoir pour les autres. A eux de se dire et de nous dire : «nous avons commis des fautes dont les obstructions au changement, l’absence de propositions prévenant l’impasse, l’incapacité de sortir des schémas traditionnels et de la logique des querelles personnelles, et l’insolvabilité politique des discours».

Aux militaires de reconnaître : «nous avons joué depuis le début. En fixant un délai trop court en 2005, en refusant d’aller au fond de l’analyse et d’apporter les solutions aux problèmes posés par la gestion du pouvoir par l’Armée, en interférant enfin dans le jeu politique notamment pendant la présidentielle. Nous n’avons pas voulu ce schéma et nous faisons l’économie d’un cycle incertain en prenant les devants. Nous avons réussi à embarquer avec nous la communauté internationale et la grande majorité des forces vives de la Nation. Nous payons tous le prix des dysfonctionnements que nous avions cautionnés».

Aux partenaires de reconnaître que ce qu’ils ont soutenu est un leurre, une illusion de plus. «Amenons les ‘amis’ mauritaniens à reconnaître leurs insuffisances et leurs errements. Amenons-les à discuter eux-mêmes de leur avenir et de fixer des règles dont le respect sera garanti des mécanismes inviolables».

…en attendant, le HCE doit se refuser de consacrer le retour en arrière en matière de liberté d’expression. L’ouverture observée dans les médias publics ces derniers jours est timide. La pensée unique, la vision unique, le discours unique… sont toujours les mêmes.

Je lisais récemment un texte de Soljenitsyne où il disait : «Quelqu’un que vous avez privé de tout n’est plus en votre pouvoir. Il est de nouveau entièrement libre» (Le premier cercle). Nous n’avions en fait que cette liberté d’expression comme acquis du processus vécu depuis 2005.  

 

Source : La Tribune n° 415




Etait-ce écrit ?

2092008

Etait-ce écrit ? 

 

Le 7 juillet 2008,  prenant pour prétexte un des sujets de philosophie proposés aux candidats de la série lettres modernes du bac 2008 en Mauritanie : « Peut-on prévoir le cours de l’histoire ?», je m’étais demandé dans
La Tribune N° 407,  si nos parlementaires et nos généraux étaient capables de faire perdre à Sidi Ould Cheikh Abdallahi son pouvoir… On était à un mois ferme du putsch qui va renverser l’homme qui avait obtenu, quoi qu’on dise aujourd’hui, au moins 52% des voix des mauritaniens une certain mars 2007… 

J’ai noté dans ce Post-Scriptum que « le cours de  l’histoire » laissait croire que derrière l’intention apparente de certains parlementaires à débarrasser le pays de ceux qu’ils ont qualifié de symboles de la gabegie se cache une volonté réelle de déstabilisation du pouvoir de ce septuagénaire adossé à sa foi de marabout pour diriger
la Mauritanie loin de laquelle il a vécu géographiquement presque vingt ans.  

Sans avoir besoin de revenir sur tout le processus qui a précédé la chute de Sidi Ould Cheikh Abdallahi, et qui va de son enrôlement dans un parti politique au dressage (sous forme de fronde) contre lui de parlementaires alors censés être ses premiers soutiens, il importe encore une fois de se demander si l’on peut prévoir le cours de l’histoire. Surtout celle qui se déroule sous nos yeux depuis que les généraux, non contents d’avoir perdu la confiance de celui qu’il affirment avoir porté au pouvoir, ont choisi de le renverser en faisant fi de tout l’arsenal constitutionnel qu’eux-mêmes avaient pris le soin de mettre en place alors qu’ils étaient au CMJD… 

Aujourd’hui, le cours des événements échappe indubitablement à ceux qui ont pris un ‘second risque’. Le premier risque étant ce que d’aucuns ont considéré comme le choix fait par les militaires de renverser, « en exposant leur vie »,  le ‘redouté’ Maouya Ould Sid’Ahmed Taya qui se trouvait en déplacement pour condoléances en Arabie Saoudite… 

Les auteurs du putsch du 06 août, s’ils avaient cru compter sur la diligence d’une partie importante de la classe politique avec à sa tête le chef de file de l’opposition et son parti, n’ont peut-être pas prévu que leur soit demandé plus qu’ils ne peuvent consentir, cette fois-ci,   à accorder à de potentiels candidats à une élection présidentielle qui, si elle devait avoir lieu, ne saurait être organisée sans le soutien de la communauté internationale. Or, dans leur fureur de se maintenir, la junte militaire et ses alliés continuent à faire miroiter aux yeux du peuple les ‘vertus’ d’une solution à

la Mauritanienne. Et curieusement, une solution à
la Mauritanienne n’a jamais existé. Nous avons toujours eu besoin des autres. Ainsi, cette même communauté internationale, guère plus attentive aux tergiversations des politiciens mauritaniens qui sont tantôt dans la contestation, tantôt dans la bénédiction d’un putsch on ne peut incongru, choisit de sanctionner
la Mauritanie. Economiquement et politiquement. Et puis, il est envisagé des restrictions contre les putschistes. A tout ceci, le HCE ne s’attendait évidemment pas. Ould Abdel Aziz et son équipe devaient s’être dit : « avec les marches de soutiens, les applaudisseurs sur TVM et radio Mauritanien, sans compter le meeting du stade olympique et la ‘bénédiction’ d’Ahmed Ould Daddah  le tour est joué ». Mais les voilà confronté à la presque impossibilité de monter une équipe de ministres qui répondent aux ‘normes’ selon le prisme de leurs contestataires. Car, il faut pouvoir mettre en place un gouvernement crédible qui se mettre rapidement au travail. Or, les membres du HCE n’ont pas édifié le monde sur leurs intentions. C’est à croire que le général Ould Abdel Aziz fasse comme Pervez Musharraf qui en 1999 prenait le pouvoir au Pakistan pour le conserver huit ans durant. Ce ne sont pas les moyens qui lui manquent pour ça. Avec l’aide d’une écrasante majorité de parlementaires et d’autres élus locaux, porte paroles logiques des populations, il peut faire aménager des dispositions, constitutionnelles ou autres,  puis à les faire accepter ou supporter en vue soit de rester encore longtemps à la tête du pays soit de se présenter avec garantie de victoire à une élection présidentielle bien contrôlée… 

Il lui restera néanmoins à prévoir les conséquences d’un tel geste dans une histoire de
la Mauritanie qui rame à contre courant des valeurs qui s’appellent aujourd’hui démocratie, bonne gouvernance, transparence, etc. 

Entre temps méditons sur ce que pourrait signifier le maintien en résidence surveillée, et donc la quasi-condamnation au silence, de Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi. 

Kissima 

bentocka@yahoo.fr 

 

Source : La Tribune n° 415 




Odeur de règlements de compte

2092008

Odeur de règlements de compte 

 

 

Il ne se passe plus une nuit sans que la télévision nationale nous serve un discours haineux et décousu. Chaque fois qu’on creuse, on trouve derrière telle ou telle attaque tel ou tel acteur qui vise tel ou tel protagoniste. On assiste ainsi à une succession de règlements de compte où l’instrumentalisation des médias publics est de mise. L’exemple le plus frappant est bien celui de la question des réfugiés et comment elle a été traitée par les médias nationaux. A telle enseigne qu’on avait cru qu’il n’y avait que cette question à l’ordre du jour des nouvelles autorités. En réalité quelqu’un dans le nouvel entourage avait choisi d’engager une forme d’inquisition contre l’ancien directeur de l’Agence chargée des réfugiés, Moussa Fall.

En fait les ressources de l’ANAIR proviennent principalement de l’État. Une subvention de deux milliards d’ouguiyas lui a été affectée. Cette subvention était destinée à :

1. Couvrir l’équipement et le fonctionnement de l’Agence avec un budget de 400 millions. À la mi-août, le taux d’exécution de ce volet, sur base engagements, était de 58% avec l’acquisition des immobilisations (équipement, ameublement des sièges et véhicules).

2. Financer les activités des structures administratives impliquées dans les opérations de retour des rapatriés. Le montant affecté à ces besoins est 250 millions d’ouguiyas. Il est mis à la disposition des destinataires au prorata des décaissements.

3. Financer les programmes pour les rapatriés. Le montant des fonds affectés à ces programmes est de 1,350 milliards d’ouguiyas. À la mi-août, ce volet était consommé, toujours sur base engagement à 40,5%.
Sur les sept mois, l’ANAIR n’a utilisé que le premier décaissement du trésor qui était de 700 millions d’ouguiyas. Le second décaissement est, mis à part les dotations des structures administratives, resté intact dans les comptes de l’Agence. Le troisième décaissement ne sera effectué qu’en septembre.

En plus de la subvention de l’État, l’ANAIR a bénéficié d’un don du Président El Haj Omar Bongo. Le montant de ce don est 123 millions d’ouguiyas. Il a été affecté au programme d’alimentation en eau potable de certains sites. Son taux d’utilisation était de 50% au 14 août 2008.

Un autre don de 5 millions d’ouguiyas a été consenti par la GBM. Il a été utilisé partiellement pour financer l’étude sur l’introduction de fours à énergie solaire dans les villages des rapatriés.

Un dernier don de 1 million d’ouguiyas a été consenti par la SNIM pour un cofinancement de colonies de vacances pour les enfants de rapatriés. Cette somme n’avait pas été utilisée.
Avec un personnel réduit – une seule secrétaire, un seul planton, quelques gardiens, quelques chauffeurs et dix cadres – l’ANAIR a quand même fait de grandes réalisations au profit des réfugiés.

Le premier programme d’intervention a été lancé dès le 28 février. Il visait à compléter les actions engagées par le HCR pour mettre les familles nouvellement arrivées dans des conditions décentes. Ce programme est composé d’une dotation d’accueil consistant en la fourniture de deux vaches laitières en moyenne par famille et de diverses activités génératrices de revenus à caractère collectif gérées par des coopératives. En dehors de l’aliment de bétail, ANAIR n’a investi que dans le durable qui permettra à ces populations de ne pas être d’éternels assistés. Des projets d’insertion durables au profit des villages accueillant des rapatriés ont été mis sur pieds. Ils portent sur l’alimentation en eau potable et sur des projets d’hivernage (5 réserves fourragères de 100 hectares chacune, 3 clôtures de 50 hectares chacune pour les cultures sous pluies, des plantations d’arbres fruitiers devant chaque domicile, un programme de régénérescence de gomme arabique).

Un second programme très ambitieux a été conçu par l’Agence. Il s’agit du programme d’insertion et de développement durable (PIDD). Il a fait l’objet d’une première étude en association avec les partenaires étrangers. Cette première étude a été présentée aux partenaires techniques et financiers à l’occasion d’une table ronde tenue à Nouakchott le 26 Juin dernier. Les besoins de ce programme ont été estimés à près de 90 millions de dollars. Plusieurs partenaires ont manifesté un grand intérêt pour ce dossier. Un comité de suivi composé du Ministère de l’Économie et des Finances, du PNUD de l’Union Européenne et de la Banque Mondiale a été mis en place pour préparer une conférence État/Bailleurs de fonds en novembre ou décembre destinée à collecter les financements nécessaires.

Les nouvelles autorités pouvaient se passer d’une surenchère qui sentait le règlement de compte.

 

Bechirou

 

Source : La Tribune n° 415




Faits divers

2092008

                                 Faits divers 

  

 

 

            Arafatt : Une fillette violée par un inconnu

M .M.Ahmed , une fillette de 10 ans a été violée, jeudi dernier aux environs de 10 heures au moment où sa mère était au marché. Le drame s’est passé entre deux vieilles constructions abandonnées à quelques mètres de chez elle .au quartier Ghandahar sis à Arafat

Cet acte inquiète la population, puisque deux autres mineures ont subi le même sort dans le même quartier le mois passé.

M .M.Ahmed retrouvée par la copine à sa mère allongée sur le sol, son corps dégageant une forte chaleur, les larmes aux yeux, elle frissonne. Ses deux jambes tiennent difficilement.

Elle tente d’accrocher sa culotte déchirée, tout en jetant son regard dans tous les sens. Elle semble perdre ses esprits. Transportée à l’hôpital au service de la gynécologie, la fillette a reçu des soins intenses. La mère promet de porter plainte contre X.

     Tevragh-Zeina : La domestique  piégée par une caméra 

KH.M.B, âgée de 35ans est  au service d’une  influente dame du parti Adil et épouse d’un ancien ministre de Taya. Longtemps soupçonnée d’être à l’origine de nombreux vols au préjudice de sa patronne, la domestique vient d’être arrêtée par son employeur grâce aux nouvelles technologies.

C’est, en effet, par le moyen d’une caméra dissimilée dans sa chambre à coucher que la bonne est tombée dans le piège. La patronne estime les montants subtilisés à plus d’un million deux cent quarante mille ouguiya. La bonne est de la tribu de son mari. Des négociations sont engagées pour trouver une solution à l’affaire. C’est sans compter avec cette grande dame du parti ADIL qui ne veut que son argent…

                                                                                                                 Affaire à suivre. 

    Bagarre musclée au Centre Hospitalier National  

Une bagarre musclée impliquant un infirmier et le frère  d’un malade a eu lieu ce samedi à 23 heures 55 dans le service des urgences du CHN.

Amadou Bâ venu accompagner son frère malade qui se tord de  douleurs aigues a voulu forcer la porte de la salle des consultations aux  urgences pour le  faire entrer. L’infirmier que le docteur Youba  a mis à la porte pour superviser l’entrée des patients s’est interposé.

Ce que Amadou n’a pas pu digérer. Il ne trouva comme solution que de pénétrer dans la salle des consultations  pour  rouer l’infirmier de coups de poings sur la figure en le blessant au nez avant de lui donner un violent coup de tête qui a fait déchirer son front  devant les malades qui sont  couchés dans des lits et le sang coulait à flot.

Cet acte a été fustigé par le personnel médical présent et l’assistance.

Les médecins et les infirmiers ont observé un arrêt de travail pendant une demie heure et ils  ont fait appel à la police qui aussitôt arrêta  Amadou puis  l’amena au commissariat de police de T-Zeina 1 tandis que  l’infirmier reste entre les mains de ses  amis qui n’ont même pas de quoi pour le soigner.

         Accident dans la zone du stade olympique : 

Un jeune garçon âgé environ de 12 à 14 ans, a été retrouvé renversé au bord du goudron par une voiture dont le chauffeur a pris la fuite ce samedi à minuit  dans la zone du stade olympique  non loin des épiceries.  Des hommes de bonne volonté l’ont transporté immédiatement aux urgences de l’Hôpital National.

Arrivé aux urgences dans un état très grave, respirant avec difficulté et les yeux écarquillés, il est resté une trentaine de minutes sans être consulté. C’est sur intervention d’un policier et des deux hommes qui l’ont amené qu’il a été admis dans le bloc opératoire des urgences pour y rester cinq minutes avant de succomber à ses blessures.

Quelques instants un officier de police du commissariat spécial de la voie publique accompagné d’un brigadier étaient  à l’hôpital pour le voir et prendre des renseignements.

Selon une source proche de la police le patron du CSVP tient à  mener des enquêtes pour arrêter le chauffeur de la voiture qui a  renversé l’enfant.

Il faut signaler que jusqu’à 1heure du matin personne ne s’est présenté soit disant qu’il le connaît.

Aboubecrine Ould Sidi  

 

Source : La Tribune n° 415




Chronique Mansor

2092008

 

La question des limites des sciences déductives n’est pas innocente. C’est qu’en effet, celles-ci ont tendu, ces derniers siècles, à définir « Le » Vrai, selon un même principe d’organisation – « La » Science –  tout à la fois totalisant et totalisé – c’est-à-dire : en grand danger de totalitarisme – reprenant, sous la bannière de la raison, vivifiée par le doute et l’expérimentation, un flambeau longtemps accaparé, en Occident – sinon fortement contrôlé, ailleurs – par les religieux et autres maîtres des traces [1]. Il est « prouvé, indéniable, irréfutable », selon « les experts, les spécialistes, les sommités scientifiques », que ceci est réel et cela ne l’est pas, parce que l’un est vrai, falsifiable ; l’autre, faux, illusoire. Dans cette discrimination, objectiviste mais fondée, paradoxalement, sur une vision idéaliste de l’Absolu, un certain nombre de savoirs sont disqualifiés ou marginalisés, en vertu d’une lecture en creux de la célèbre proposition de Hegel : « tout ce qui est rationnel est réel, tout ce qui est réel est rationnel [2] ».  Formidable enjeu de pouvoir. Qui « détient » –  car c’est bien d’emprisonnement ; plus exactement, d’encagement ; qu’il s’agit – « La » Science détiendrait « Le » Vrai et maîtriserait, donc, « Le » Réel… Or, s’il existe des réalités rationnelles, la plupart d’entre elles et, à fortiori, « Le » Réel ne le sont que variablement : saisissant raccourci de la nature paradoxale de celui-ci, la complexité ordonne l’entropie. Dès lors, la tentation du pouvoir consiste à substituer, au Réel immaîtrisable, un artefact, une contrefaçon suffisamment paramétrée pour correspondre à l’organisation du discours objectivé. De gré ou de force. Et au risque, exponentiel, d’être, à tout moment, dépassé, non seulement par ce qu’on prétend représenter, mais aussi par ses représentations artificielles, intégrées, très « naturellement », quant à elles, et à l’insu de ses producteurs, tout aussi naturellement bornés, dans la globalité des phénomènes interactifs. 

 

Depuis, disons, trois quarts de siècle – un sacré bail, assurément – un scientifique consciencieux ne peut plus dire : « C’est certain » ou « c’est impossible » ; ni ce qu’est, exactement, la réalité de ce qu’il observe. Il peut, par contre, affirmer, avec, au mieux, une marge rigoureusement définie d’erreurs : « c’est très probable ou très improbable, démontrable ou indémontrable, vérifiable ou non » ; et comment ce qu’il observe répond à ses questions. Ce n’est, tout de même, pas rien. Dans un ordre voisin d’idées, s’il sait, par exemple, que la loi de Newton est réfutée par un certain nombre de phénomènes limites, il n’en use pas moins pour décrire et argumenter, avec efficacité, la quasi-totalité de ses observations et de leurs applications techniques, dans le quotidien banal de nos existences. Plus précise mais pas « plus absolument » vraie, la théorie de la relativité générale d’Einstein permet de poser, aux confins de nos investigations physiques, une grille de lecture autrement affinée, sans épuiser, pour autant, ni le sens ni l’objet de notre quête. Il s’agit, tout simplement et humblement, de choisir l’outil adapté au besoin. On ne casse pas un béton avec un marteau d’orfèvre. La fécondité d’une théorie et l’ajustement de sa conduite – son « efficace », selon l’optique traditionnelle chinoise – ont détrôné le vrai et l’exactitude, au centre de la démarche scientifique. Plus précisément, les deux premiers termes apparaissent comme des indices probants, sinon les plus probables garants, des seconds. Ce faisant, la question du sens – que, comment, pourquoi et, surtout, à quel prix cherchons-nous à connaître ? – se redéploie, anxieusement, dans un contexte obnubilé par l’ambiguïté des effets des techno-sciences, qui apparaissent totalement asservies à l’ « ordre » politico-marchand [3], alors qu’on les voudrait fermement attachées, d’abord, à l’ordre de la biosphère et de l’humain, mieux ajusté, grâce à celles-là, au sein de celle-ci. 

 

La problématique contemporaine tient, beaucoup, à ce que le politique et, très largement, l’éducation [4], n’ont pas, encore, intégré les limites de la science. C’est que la légitimité même du pouvoir est, ici, en cause. De loi de force en loi [5] de raison, en passant par droit divin, celui-là n’a cessé, cependant, de s’appuyer sur des certitudes et l’intervention, épisodique, de l’opinion, fortement orientée par l’instruction de celles-ci, n’a jamais ébranlé que les formes du pouvoir ; exceptionnellement, de ses fondements mêmes. C’est suggérer tout ce que l’idéologie scientiste doit à la domination catholique et aux luttes des minorités religieuses, notamment juives et protestantes, en Occident. Mais qu’en est-il de ses rapports avec les pensées traditionnelles musulmane, chinoises ou hindoues, voire « primitives » ? Celles-ci n’auraient-elles pas, chacune selon son génie propre, des capacités singulières à assumer le dépassement de celle-là ? Soudain, des perspectives, planétaires, s’ouvrent…    

Source : La Tribune n° 415



[1]  écrites, notamment. Et c’est cette maîtrise qui relie les lettrés chinois et les oulémas musulmans, par exemple…

[2]  Soit : « tout ce qui est irrationnel est irréel, tout ce qui est irréel est irrationnel ».  Dangerosité extrême que ces propositions – la première, surtout, qui « justifie » les pires errements totalitaires : extermination ou exclusion des hors-normes, notamment… On notera, au passage, que c’est la réciprocité même de la formule positive de Hegel  qui construit l’abus de son négatif… 

[3]  Cf. Olivier Rey, notamment en son ouvrage : « Itinéraire de l’égarement. Du rôle de la science dans l’absurdité contemporaine » – Seuil, Paris, 2003. 

[4]  jusque dans l’enseignement supérieur, et même en certains secteurs de recherche de pointe. Ainsi, en médecine et en biologie, on valide des résultats expérimentaux, acquis à l’aide de matériels ultrasophistiqués, tous issus de la physique quantique, sans tenir compte des incertitudes mises en évidence par celle-ci (comme, par exemple, l’impact de l’observation sur la chose observée).   

[5]  Il n’est pas, non plus, innocent que le terme de loi évoque, indifféremment, la légalité et la science…  




Entre démesure plurielle et « mesures individuelles »

2092008

Entre démesure plurielle et « mesures individuelles » 

 


La France, l’Amérique et l’Europe ont choisi le même jour pour sortir de leurs gonds diplomatiques des « mesures individuelles» contre la junte mauritanienne (28 août). Bienheureuse nouvelle qui doit soustraire le pays à une injuste et double peine : après le coup d’état du 6 août, un embargo mortel. En mettant les putschistes récidivistes face à leurs responsabilités collectives et personnelles. 

 

Testament présidentiel 

Armé à la suite de deux entretiens avec le président otage, ce tir groupé du leadership mondial résonne comme un ultimatum. Le haut conseil y est ciblé tel une vulgaire association de malfaiteurs. Son mode opératoire mafieux lui aura valu cette inhabituelle sécheresse diplomatique. La seule propagande d’un coup d’état ne pouvant justifier le lynchage et l’incitation à la haine publique. A la présidence et dans les chambres du parlement. A la télé, la radio et sur la toile. Dans les rues, stades, bourgs et communes de tout le pays 

Face à cette curée sans nom, le peuple abusé est limité à un maigre communiqué officiel. Sur papier errant et baragouiné au petit lever, son mode de diffusion en trahit la genèse désespérée. Dans la solitude du pouvoir, le chef des armées est contraint de limoger ses généraux pour en dénoncer l’interventionnisme exacerbé. Décriée pour son amateurisme, cette dernière volonté présidentielle n’en figure pas moins un testament institutionnel. Sur Aljazeera, son tombeur reconnaît même«l’avoir menacé du risque de mettre le pays à feu et à sang s’il ne renie pas sa décision ». Comme si un renouvellement routinier de la hiérarchie militaire, en l’occurrence le quatrième de l’année, pouvait choquer une opinion réputée pour sérier les coups d’état sans ciller. D’autres sources indiquent que la pression putschiste n’a pas faibli. Les interminables procès en sorcellerie n’en sont qu’un aspect extraverti. 

 

Cohabitation plurielle 

Pour se protéger et éventer les mobiles et alibis de ses geôliers, le président otage aurait-il parlé à ses visiteurs de marque ?  Son élection l’a peut être forcé à en savoir « trop »- et très vite- sur ses parrains. A peine investi, il s’est découvert à la tête d’un état mafieux et passoire de narcotrafic. La presse et la justice lui dévoilent une hiérarchie trempée dans cette industrie mortelle. Dans une lettre ouverte pour sauver son honneur et son enfant, un ex- président menace de passer à table et lier le système à son sort familial. Sans les nommer, il indexe l’ancien chef de l’état et les caïds de cette junte. Déjà cités comme parrains éventuels, ces derniers se «missionnent » d’urgence dans le royaume où croupit (encore?) son chérubin : inculpé de taille dans ce trafic international (1).  

Une sortie de crise ne peut mépriser cette part de réel. Ces putschistes ne peuvent que « vassaliser » l’autorité constitutionnelle. Il en va de leur propre survie. 

Mais le pouvoir et le mandat d’un président élu ne se bradent pas au conditionnel. Ils se conjuguent au constitutionnel. Pour renouer avec la démocratie, le pays doit respecter et porter la croix de sa vox populi. A charge pour ses élites d’imaginer une cohabitation plurielle pour une véritable transition politique. A méditer leur « Débat africain » sur RFI, leur antagonisme ne dépasse pas les scènes de ménage habituelles. Attention, toutefois, à l’accident domestique. La récente présidentielle leur offre une caution électorale pour un bon compromis (deal package). Forts d’une légitimité populaire, ses deux finalistes peuvent codiriger une union sacrée nationale. Des élections législatives et sénatoriales ( ?), saines et immédiates, offriront un défouloir légal à toutes les ambitions paroissiales. Pour augmenter l’espérance de vie d’un tel compromis, ils peuvent même anticiper le futur scrutin présidentiel. En tout cas, leur mission stratégique n’est pas de trouver une sortie pour un quarteron rebelle dont le cas relève exclusivement de « mesures individuelles » ? 

 

Cheikh Touré 

1-       Voir Tribune du 28 août 2007 

Source : La Tribune n° 415 




Industrie extractive/ Pour qui brille l’or mauritanien?

2092008

Industrie extractive 

 

Pour qui brille l’or mauritanien? 

 

Tasiast a lancé ses travaux d’extraction minière il y a un peu plus d’une année. Depuis tout ce temps, les informations qui devaient parvenir au public demeurent partielles. 

Une telle situation va aux antipodes des principes et critères qui gouvernent l’initiative pour la transparence dans les industries extractives à laquelle la Mauritanie a adhéré depuis septembre 2005. Enquête sur une industrie où l’opacité semble le maître mot.

 

 

Pourquoi une telle opacité?- Le silence qui perdure par rapport aux revenus et à la question environnementale est révélateur d’un certain manque de transparence. Mieux encore, les autorités issues de la Transition démocratique avaient fait des promesses durant le lancement des activités de la filiale de la société canadienne Rio Narcea Gold Mine ltd, Tasiast. «La Mauritanie a pourtant instauré une fiscalité de l’activité minière allégée et stabilisée sur toute la période de validité des titres miniers» explique Mohamed Ould Yahya, responsable des titres miniers au Ministère des Mines et de l’Industrie. Dans le même état d’esprit, elle a adhéré en septembre 2005, à l’ITIE (Initiative de Transparence des Industries Extractives). Il semble toutefois que le Comité en charge de la transparence n’a pas encore été invité à des visites de terrain pour avoir une idée sur l’exploitation de l’or en Mauritanie. Seule la SNIM aurait eu ce privilège. A la société Tasiast, Mohamed Lemine Ould Baba, Directeur de projet élude la question en lançant «si vous voulez des informations chiffrées, contactez la Banque Centrale ou le ministère compétent sur la question, ou écrivez-nous officiellement». La Banque centrale est effectivement compétente pour les hydrocarbures, pour lesquels le ministère des Finances a délégué les prérogatives relatives à la gestion du fonds national des revenus des hydrocarbures (FNRH). Mais celles-ci sont limitées aux hydrocarbures, pas aux mines, et encore moins à l’or.

 

Pourtant les espoirs sont grands- Lors du coup d’envoi de l’exploitation de la mine d’or à Tasiast en juillet 2007, le projet présentait des chiffres qui avaient tourné pas mal de têtes. Un mirage semblable à celui du pétrole? Réalisé conformément aux normes internationales pour la protection de l’environnement, avec une durée de vie d’environ dix ans, la production était estimée annuellement à 11.000 onces, soit 4 tonnes d’or et 400 emplois directs. Des espoirs qui ont vite fondu, comme dans la plupart des pays en développement qui exploitent de l’or. «L’or enrichit les multinationales, pas l’État» assure un membre de Transparency International, de passage à Nouakchott il y a deux mois. Pour lui, l’exploitation aurifère a toujours eu peu d’effet d’entraînement sur l’économie des pays exportateurs d’or. Pour le reste, poursuit-il «les multinationales exportent l’or à l’état brut. Le traitement du minerai se fait en Suisse, au Canada ou en Afrique du Sud. La part revenant au Mali est dérisoire.» Une part d’autant plus maigre que l’Etat est privé de recettes pendant les premières années d’exploitation. En effet, pendant cette période, le code minier mauritanien octroie aux entreprises minières des exonérations fiscales. Un cadeau qui pousse ces entreprises à surexploiter les gisements dès le début.

 

Licenciements abusifs et mauvais traitements- Situées à un peu moins de 250 kilomètres au nord-est de Nouakchott, dans la Wilaya de l’Inchiri, les mines d’or de Guelb Mogrein, celles exploitées par la société Mines de cuivre de Mauritanie (MCM), (détenue par la société canadienne First Quantum Mineral à 80%, la firme émiratie Wadi Arrawda, avec 19% et l’australienne General Gold International (1%)) et les mines exploitées par Tasiast à 100 kilomètres au nord d’Akjoujt, sont représentatives des paradoxes relevés dans le secteur aurifère en Mauritanie. Ce sont des mines à ciel ouvert dont le coût d’extraction est très faible. Mais les salariés se sont plaints, au vu des résultats réalisés, de ne pas recevoir la gratification pourtant prévue par les textes. «La Société TASIAST Mauritanie, chargée de l’exploitation aurifère dans le Nord du pays, se distingue par son degré d’harcèlements et de mauvais traitements qu’elle inflige à ses travailleurs pour lesquels elle ne ressent aucune considération. La recette spéciale trouvée par la direction générale de TASIAST est d’abord et avant tout de chercher moult prétextes et subterfuges pour se débarrasser d’un travailleur avant même la fin de sa période d’essai, afin d’échapper au paiement des droits de licenciement» dénonçait en fin 2007, Me Ahmed Ould Mohamed Lemine, avocat au barreau de Nouakchott qui s’est constitué en défenseur des intérêts des populations d’Akjoujt. Ibrahim Lamine Wane, responsable à la Direction des mines et de la géologie souligne pour sa part, que son organisme ne s’intéresse qu’à «la bonne marche des opérations d’extraction. Pour le reste, notre département n’est pas concerné.» Après le semi mirage de l’or noir, les pierres dorées ne seront pas la panacée mauritanienne semble-t-il. Elles empruntent nuitamment la route du Port pour des destinations inconnues

 

MLK 

 

Encadré:

 

163 millions de dollars US 

C’est l’investissement qui a été mobilisé pour l’installation des deux usines, celle de MCM et celle de Tasiast, avec en perspective, une production annuelle de 180.000 onces d’or, soit environ 6 tonnes d’or.

 

Encadré 2:

 

La BAD préconise une gestion transparente des ressources minières en Afrique 

 

Le groupe de la Banque africaine de développement (BAD) a plaidé pour une gestion plus transparente des ressources minières en Afrique, soulignant que l’exploitation du pétrole, du gaz et des autres richesses africaines représente un essor pour ses pays, à condition qu’elles soient bien gérées. Le directeur du Département de la gouvernance et de la réforme financière de la BAD, Gabriel Negatu, a exprimé la disponibilité de son Institution à promouvoir une plus grande transparence dans la gestion du secteur minier africain afin qu’il contribue au bien-être économique du continent. Il s’exprimait à l’ouverture d’un atelier organisé conjointement par la BAD, la Banque mondiale et l’Agence norvégienne pour la coopération au développement (Norad) sur la gestion des ressources et des industries extractives. Celui-ci s’est tenu à Tunis.

M. Negatu a précisé que l’extraction du pétrole, du gaz et des ressources minières de l’Afrique pourrait bénéficier aux pays membres régionaux de la BAD s’ils sont bien gérés.

Il a indiqué que la transparence dans le secteur est d’une importance capitale.

La BAD s’est jointe à l’Initiative sur la Transparence des industries extractives (EITI), un partenariat avec les gouvernements, entreprises, associations de la société civile, investisseurs et organisations internationales qui soutiennent le renforcement de la gouvernance dans les pays riches en ressources. Basée à Oslo en Norvège, l’EITI vise à appuyer l’amélioration de la gouvernance à travers la vérification et la publication de paiements d’entreprises et des revenus des gouvernements tirés du pétrole, du gaz et des mines. M. Negatu a souligné que la BAD appuyait le travail de l’Initiative dans cinq pays membres. «L’EITI nous permet d’assurer que le développement actuel des ressources accorde une seconde chance et pas une seconde malédiction», a-t-il dit. En plus de l’EITI, la BAD collabore avec d’autres pays membres sur des questions plus larges de gouvernance liées aux industries extractives. Il s’agit des négociations de contrat et l’application de la gestion des dépenses publiques, l’audit ainsi que l’élaboration et l’application des programmes entre autres sujets identifiés pour améliorer la gouvernance dans les industries extractives.

 

Encadré 3:

 

3 questions à Bâ Papa Amadou, secrétaire général du Comité national pour l’Initiative pour la Transparence des Industries Extractives (ITIE) en Mauritanie. 

 

«Nous ne savons pas grand-chose de l’exploitation de l’or» 

 

La Tribune: On est étonné de ne pas entendre suffisamment le Comité national pour l’ITIE. Quel est votre rôle exact? 

 

Bâ Papa Amadou: quand il y a exploitation d’une ressource extractible, ce qui nous intéresse c’est de voir ce que les entreprises ont versé à l’État et en aval, on regarde ce que l’État a effectivement perçu, comme taxes, comme intéressements aux bénéfices etc. S’il y a une différence, il y a donc problème, et nous essayons de déterminer les raisons de cet écart. Nous veillons donc à la transparence de tous ces circuits d’exploitations des biens mauritaniens. C’est ce que nous avons fait pour toutes les ressources, notamment le pétrole.

 

La Tribune: qu’en est-il du secteur aurifère? 

 

Bâ Papa Amadou : son exploitation est récente (2006 pour MCM, et 2007 pour Tasiast- ndlr). Nous n’en savons pas grand-chose en fait, si ce n’est les prévisions chiffrées de départ. Nous en saurons plus dans le cadre du prochain rapport de l’ITIE 2007. Comme le public, nous savons juste que 400 emplois directs doivent en sortir, ainsi qu’une production générale de 6 tonnes d’or.

 

La Tribune: n’avez-vous pas quelques prérogatives pour veiller au respect des engagements dans le cadre des extractions à la source, c’est-à-dire sur le terrain? Les abus constatés au Mali, en Angola… peuvent-ils se produire ici? 

 

Bâ Papa Amadou: bien sûr. Des visites de terrain étaient prévues, mais nous n’avons pas pu obtenir jusqu’à aujourd’hui les autorisations nécessaires pour accéder au site de production. Nous avions sélectionné Woodside à l’époque (aujourd’hui Petronas- ndlr), la SNIM, la MCM et Tasiast. Nous n’avons pu contrôler que la production extractive de la SNIM. A présent, nous revenons à la charge avec les trois autres sociétés, parce que ça nous intéresse de constater les conditions de travail et de production. Nous espérons obtenir ces autorisations de visite avant la fin des rapports 2007 et 2008. Quant aux abus que vous évoquez, l’ITIE est là pour veiller à ce qu’ils soient de moins en moins répandus. Mais cela passe par une extension des prérogatives accordées au Comité, à la mise en place d’une réelle transparence, avec diffusion sur Internet des chiffres en question, comme le préconise aujourd’hui la Banque Mondiale avec le label «transparence + +».

 

Propos recueillis par MLK 

 

 

Source : La Tribune n° 415 




UN COUP D’ETAT, PAS COMME LES AUTRES

2092008

UN COUP D’ETAT, PAS COMME LES AUTRES 

 

Par 

Isselmou Ould Abdelkader * 

 

Où va
la Mauritanie ? C’est sous ce titre et pour proposer une réponse à cette question qu’a été publié depuis un an, un modeste ouvrage, écrit par l’humble auteur du présent article et actuellement en vente à la librairie l’HARMATTAN de Nouakchott. Le scénario du coup d’Etat du 6 août 2008 y a été prédit et les raisons explicitées de manière claire. Ce n’était ni par excès d’intelligence ni par sainteté car, pour celui qui avait suivi les événements depuis le putsch du 3 août 2005 et qui en connaissait bien les auteurs civils et militaires, il n’était pas difficile de prévoir la suite. On pouvait même en être sûr à partir du jour où l’on apprit que, la veille, Mohamed Ould Bouamatou, Mohamed Ould Ghazouani et Mohamed Ould Abdel Aziz, avaient tiré de son lit, à minuit, Monsieur Sidi Ould Cheikh Abdellahi pour lui demander de se présenter aux élections présidentielles. La rumeur n’avait pas tardé à se confirmer car tout était mené à partir de la base du désormais célèbre Bataillon de Sécurité Présidentielle.

Très vite, fut mise en place une stratégie efficace pour éliminer tous les autres candidats potentiels et mobiliser les moyens financiers en vue de soutenir celui de la junte. Il fallait, pour avoir plus tard des députés et des sénateurs faciles à manipuler, disloquer les partis politiques en appuyant financièrement les candidats indépendants aux élections parlementaires. Il suffisait ensuite de faire pression sur les féodalités locales tannées et apprivoisées depuis l’époque coloniale, pour les amener à voter en faveur de ces candidats soi-disant indépendants et écarter par tous les moyens les personnalités non corvéables du genre Ahmed Ould Sidi Baba et Boidjiel Ould Houmeid. Il ne resterait plus qu’à multiplier les candidats à l’élection présidentielle de manière à affaiblir ceux qui paraissaient indomptables ou imprévisibles comme Ahmed Ould Daddah et Messaoud Ould Boulkheir. Aussi, allait-on assister à un simulacre de dichotomie au sein de l’instance militaire dirigeante et même à des contradictions auxquelles la police politique allait rapidement prêter une allure d’antagonisme entre le colonel Mohamed Ould Abdel Aziz qui tiendrait à son Sidi Ould Cheikh Abdellahi et le colonel Ely Ould Mohamed Vall qui pencherait plutôt pour M. Ahmed Ould Daddah. Puis l’argent commença à couler à flot, venant des hommes d’affaires prompts à faire de tels placements et des caisses publiques. N’eussent été cette garantie, cette stratégie et ses moyens déployés, M. Sidi Ould Cheikh Abdellahi ne se serait même pas présenté. C’est pourtant un homme intelligent, intègre, expérimenté, cultivé et issu d’une famille respectable et respectée dans tout le pays. Il ne pouvait cependant ignorer, qu’après une longue absence, il lui était difficile, à défaut d’un tel soutien, d’obtenir plus de 5% des voix. 

A sa place, n’importe quel homme aurait accepté et on ne pourrait lui reprocher de l’avoir fait. En revanche, on ne saurait comprendre qu’un homme aussi intelligent eût tant cru en l’abnégation de ceux qui lui avaient fait cette offre dans un pays où de nombreux émirs et chefs de tribus furent froidement assassinés par leurs frères ou leurs fils voulant s’installer à leur place, à la tête de tribus de quelques dizaines de familles.

Le génie du coup d’Etat du 3 août 2005 ne résidait pas dans la façon dont le pouvoir fut pris car le Président Ould Taya avait, auparavant, tué l’Armée en la remplaçant par une milice dont il se croyait l’idole. Ce génie fut plutôt d’attraper les hommes politiques les plus expérimentés dans le filet des illusions et des clins d’oeil. Les gens de l’Inchiri mesurent mieux que tout le monde l’effet des mirages. Certains leaders croyaient être les élus naturels des militaires parce qu’ils avaient souffert de l’exclusion politique durant tout le règne de Ould Taya comme si le coup d’Etat du 3 août était réalisé dans le dessein de rétablir la justice sur terre. D’autres se croyaient plus indiqués parce qu’ils étaient dans le camp du président déchu, aux cotés des putschistes eux-mêmes qui en étaient les principaux hommes de confiance. D’autres enfin appartenaient déjà à ce lumpenprolétariat intellectuel que les régimes militaires successifs avaient érigé en classe politique et qui était toujours là pour tailler à tout venant, les discours les plus retentissants et les lois à volonté.

Rien d’étonnant si l’on sait qu’au pays des mirages, le menteur se marie admirablement à celui qui, fils du vent et des nuages, accepte bien pour dot, d’agréables mensonges.

Seul M Messaoud Ould Boulkheir, président de l’Alliance Populaire Progressiste et actuel Président de l’Assemblée Nationale, avait senti la mauvaise odeur de l’appât, peut être parce que l’histoire lui avait appris déjà, à ce méfier du danger de la captivité.

La naïveté de la classe politique mauritanienne s’est donc avérée le meilleur allié du régime issu du coup d’Etat du 3 août 2005 et nous devons prier pour qu’elle ne soit pas à l’origine d’un sort fatal pour le pays.

Ne faisons pas attention aux conditions dans lesquelles les élections présidentielles s’étaient déroulées car,  au fond, l’essentiel était de réunir le consensus de la majorité des Mauritaniens qui préféraient, à juste titre, des élections imparfaites à un régime militaire qui de toute façon, devait laisser place à une succession infinie d’autres. Les acteurs politiques- le premier hommage à ce sujet est à rendre à M. Ahmed Ould Daddah- et les partenaires extérieurs qui ont généreusement mis leurs ressources au service de la démocratie dans le pays, adoptèrent l’attitude la plus sage en se disant qu’il était plus facile de raccommoder, teindre et repasser un vieux boubou, que d’en faire un à partir d’une tenue treillis. Un régime civil est perfectible à tout point de vue, surtout lorsqu’il est dirigé par un homme aux qualités humaines, morales et intellectuelles incontestables. Un homme auquel il ne manquerait, selon une certaine opinion, qu’un peu de tonus phallocratique face à son envahissante épouse.

Le président élu a surpris en tout, sauf en ce qui concerne son indulgence à l’égard de son épouse qui a admirablement réédité le pêcher original de notre mère Eve. A la différence que cette dernière n’a pas détruit l’arbre et que cette fois-ci c’est le général Ould Abdel Aziz qui a ordonné à son Président de descendre, non pas sur terre, mais aux enfers. Et il ne semble pas disposé à lui pardonner comme Allah l’a fait gracieusement pour Adam.

Le président Sidi Ould Cheikh Abdellahi devait définir trois priorités essentielles à savoir le renforcement de l’unité d’un pays souffrant de cicatrices béantes causées par une gestion maladroite de la diversité ethnique, le traitement des inégalités résultant du système de l’esclavage dont de nombreux cas subsistent encore et la lutte contre le blanchiment d’argent qui a ruiné l’économie depuis quelques décennies. On n’a pas besoin d’être un génie pour comprendre la délicatesse de ces questions, car pour cautériser les plaies des événements de 1989, 1990 et 1991, il fallait prendre du temps afin de bien les désinfecter et de définir clairement comment on devait parvenir à traiter les aspects les plus gênants, c’est-à-dire le passif humanitaire. Il ne suffisait pas de faire retourner les réfugiés qui étaient déjà revenus dans leur grande majorité. Il était surtout nécessaire de préciser les meilleurs  moyens de soigner le traumatisme résultant des disparitions, des exécutions sommaires et des morts sous la torture. Cet aspect était un tabou durant les journées de concertation organisées à ce sujet bien que les participants ne fussent que vaguement au courant de l’ampleur des pertes humaines. Or les décisions contournant les tabous inquiètent tout le monde au lieu de rassurer les parties concernées. L’abcès n’était même pas ouvert et le Président élu ne pouvait imaginer, par bonté de cœur ou parce qu’il était absent du pays, la profondeur de cette plaie.

La loi contre l’esclavage ameutait les féodalités locales, surtout qu’elle a été votée par une assemblée présidée par un ancien esclave à qui le Président élu semblait personnellement attaché. L’élection de M. Messaoud à la tête de l’Assemblée Nationale s’est faite à l’unanimité et dans une atmosphère bon enfant mais elle déplaisait aux forces rétrogrades et ne gratifiait au fond que les organisations telles que SOS Esclaves et les deux partis Union des Forces de Progrès et l’Alliance Populaire Progressiste qui avaient de tout temps, lutté contre l’esclavage.

La lutte contre la drogue, on s’en doute, n’avait pas tardé à mobiliser contre le régime, des forces qui avaient eu le temps de bien s’implanter là où il le fallait pour investir les centres névralgiques de l’Etat. Personne n’est dupe et personne n’ignore les chefs de réseaux narcotrafiquants car nous somme au pays où, au moment du partage de la mousse du thé à la menthe, il n’y a guère de secret.

A ce sujet, on ne peut que se poser des questions concernant la relation entre le trafic de la drogue et le soi-disant salafisme mauritanien pour expliquer l’origine des problèmes causés au régime depuis sa mise en place, à travers les incidents survenus et attribuables à ce qu’on pourrait appeler le « narcosalafisme ». Pourquoi les assassins des touristes français avaient-ils fui en Guinée Bissau alors qu’ils pouvaient s’évanouir dans le désert à partir de la zone incontrôlable de l’Agane?  Comment expliquer que certains des éléments du groupe soi-disant salafiste – et non des moindre-, émargeaient aux services secrets mauritaniens avant la chute du Président Taya ? Pourquoi le soi-disant représentant d’Al Qaida en Mauritanie dénonce-t-il le coup d’Etat du 6 août 2008 et apporte tacitement son soutien au régime qui l’a emprisonné, si ce n’est pour amener la communauté internationale à soupçonner un lien entre le terrorisme et le régime déchu?

Pourquoi, lorsque le rapport sur la drogue a été déposé, attaqua-t-on l’ambassade de l’Etat d’Israël à Nouakchott ? D’autres questions plus délicates et plus précises pourraient être posées, l’essentiel étant de signifier qu’en Mauritanie, la drogue n’est pas loin,  si ce n’est déjà le cas, de constituer un élément important dans l’évolution politique du pays.

C’est ce que le Président Sidi n’avait pas compris ou dont il n’était pas totalement convaincu. En mettant la barre aussi haut et en se dotant d’une administration incompétente, loin des populations et désorganisée d’emblée par l’inexpérience manifeste d’un Premier Ministre ignorant de surcroît, la réalité du pays, le Président avait cousu son linceul de sa propre main. Il ne faut pas rejeter la responsabilité sur les militaires car dans un premier temps, le Président avait le loisir de bien faire, de bien réfléchir et surtout de se méfier des conséquences du comportement de son épouse. Cette dernière s’est enrichie de manière spectaculaire et, pour les Mauritaniens, c’est un mauvais signe de santé morale du Président, même si ce dernier n’a rien à y voir – et il n’a rien  à y voir effectivement-. Les juristes pour ou contre Madame Khattou Mint Boukhary s’évertuent à se prévaloir des subtilités du Droit, alors que pour les citoyens, il y a eu un enrichissement dont la seule cause serait le statut de M. Sidi Ould Cheikh Abdellahi. Et c’est l’essentiel pour eux. Ceci étant, il n’est jamais bon pour un régime qui prétend avoir tant de chose à faire et à refaire, de commencer par fouiller dans les bagages d’une femme !

Les Militaires ont laissé le Président s’enliser, déclencher le courroux des populations et convoler la plupart du temps à l’extérieur sans rien en ramener. Ainsi, l’ont-ils isolé politiquement au point de le faire entrer en conflit avec son propre parti et, à partir de cet instant, ils ont pu mobiliser contre lui la majorité des parlementaires. Parmi ces derniers, certains sont de bonne foi, mais la plupart d’entre eux doivent leur mandat au Général Mohamed Ould Abdel Aziz et ne peuvent lui désobéir.

A partir de cet instant, il fallait soit pousser le Président à démissionner soit lui rendre le pays ingouvernable, pour le démettre ensuite par la force.

Le cheminement décrit ci haut a conduit a un coup d’Etat différent des autres par les motivations réelles, le discours, les enjeux et les perspectives qu’il pourrait ouvrir pour le pays et -pourquoi pas- les solutions à la crise qu’il engendre.

Il y eut, avant le putsch du 6 août 2008, une infinité de tentatives de coups d’Etat. Parmi elles, ont réussi celles de 1978 contre le Président feu Moktar Ould Daddah, de 1979 contre le colonel Moustapha Ould Mohamed Saleck, de 1980 contre le colonel Mohamed Mahmoud Ould Ahmed Louly et son aile modérée appelée injustement « masse inerte », de 1984 contre le colonel Mohamed Khouna Ould Haidalla et de 2003 contre le Président Maaouiya Ould Taya. Tous ces coups d’Etat diffèrent à plus d’un point de vue, de celui du 6 août courant. Ils étaient nécessaires pour obvier au danger de rupture grave de l’évolution du pays. La majorité des Mauritaniens les avaient bien accueillis. Ils étaient assumés par toute l’Armée et laissaient percevoir derrière eux la main adroite et rassurante – disons le- de l’ex-puissance coloniale. Le coup d’Etat du 6 août 2008 n’avait nullement de rupture à pallier quel que fussent le degré de déliquescence de l’Exécutif et la profondeur de la contradiction qui l’opposait au Parlement. C’était une querelle de bonne guerre où les uns et les autres commençaient à peine à apprendre à faire recours à un débat juridique qui aurait beaucoup contribué à la naissance d’un droit constitutionnel mauritanien. Il est tout à fait normal, qu’au début d’une expérience démocratique, les différents pouvoirs se tiraillent, l’Exécutif étant naturellement habitué à dicter sa volonté et le législatif essayant de convaincre, même maladroitement de sa capacité à assumer une responsabilité qu’il n’avait jamais pu prendre. Ensuite, le putsch n’avait été réalisé que par une unité qui, évoluant depuis des décennies de manière extra utérine par rapport à l’Armée, se trouvait être la mieux outillée. Les régions militaires s’il en est encore et l’Etat Major au rôle exclusivement symbolique, n’avaient réagi ni pour ni contre parce qu’ils n’avaient aucun moyen pour peser. Les membres du Haut Conseil Militaires étaient généreusement cooptés par un commandant du BASEP ayant tout le loisir de décider seul du sort du pays. Le Général félix Négri n’était pas utile car le Premier Ministre pouvait être conduit aux arrêts par une grenouille armée d’une boulée d’argile et le Général Ghazouani n’y a jamais été pour rien non plus. Son amitié de longue date avec Ould Abdel Aziz fait qu’il lui est plus facile de sniffer – il serait le dernier sur la planète à le faire- que de s’en démarquer. La dignité est parfois un mauvais sort disent les marabouts. Peut importe que les deux généraux soient réellement fidèles au responsable du putsch –ils le sont sans doute- ou agissent sans conviction. On ne cessera jamais de croire que le premier soit voué au même sort que celui connu auparavant par de brillants officiers souffrant d’une injuste présomption d’extranéité et que le second, dépositaire de la légendaire sagesse des Ideiboussat, arrosée par l’eau bénite du soufisme, saura survivre à la conjoncture.

Par ailleurs, contrairement aux autres putschs, des forces politiques se sont vivement opposées à celui-ci et risquent de se renforcer au fur et à mesure que la situation se dégrade. Enfin, on constate que le putsch a été plutôt réalisé contre la volonté de la communauté internationale, dans un monde où aucun pays – pas même
la France ou
la Chine- ne peut se tenir debout tout seul.

Quant aux motivations réelles il serait préférable de les passer sous silence pour éviter la spéculation qui fâcherait l’un des camps en présence sur la scène politique nationale. Constatons seulement avec le Président Abdou Diouf, qu’il y avait dans
la Constitution, une voie plus indiquée que la force armée, pour résoudre la crise politique en Mauritanie.

Le discours des auteurs du putsch est prometteur mais ce n’est jamais la brillance des  discours, la générosité des intentions ou la fertilité de l’imagination qui manquent à pareille occasion. Que n’a-t-on pas entendu du haut des tribunes qui se sont vite transformées en plate-forme d’échafaud pour ceux qui ont commis le crime de croire en la générosité des régimes négateurs de l’ordre ancien? Les Militaires utilisent les mêmes subterfuges, la même démagogie que les hommes politiques et on ne peut pas leur en vouloir. Mais cette fois-ci, il n’y a plus personne pour les croire. Ou plutôt, il y a ceux qui croient à tout qui peuvent tout faire, tout penser, tout justifier. Ceux qui peuvent dire qu’une chose est à la fois noire et blanche, belle et laide, grande et petite bonne et mauvaise. Il y a aussi ceux qui peuvent squatter, en attendant de voir plus clair, le terrain politique de la différence entre soutenir et comprendre un putsch fait dans la forme la plus classique. Ceux qui ont eu le privilège de rencontrer le Général Mohamed Ould Abdel Aziz, lui attribuent des propos inquiétants surtout en cette époque où nous avons cru enterrer définitivement la phraséologie révolutionnaire et les slogans tels compter sur ses propres forces, tenir à sa dignité même dans la misère et autres. Fantasmes. Il est vrai que le pays a des ressources mais ce n’est pas nouveau et nous avons toujours connu des famines, même sur nos cotes maritimes qui regorgent de poissons. Dire que nous pouvons vivre de niébé et de pastèques c’est peut être juste, mais où sont ces produits ? Minimiser l’apport de la coopération extérieure au point de la rendre ridicule et dire par la voie du Ministre actuel des Finances et de l’ex ministre des Finances Sidi Ould Ahmed Deya que l’apport financier extérieur est soit insignifiant, soit détourné au profit des coopérants est non seulement faux mais dangereux pour un régime qui cherche à convaincre de son sérieux. Avant M. Sidi Ould Ahmed Deya, Tibor Mendé qualifiait l’aide extérieure d’artichaut mais cela n’a pas empêché les pays pauvres comme nous d’y recourir et même de se plier en mille morceaux pour en bénéficier. Il y a donc dans le discours officieux des nouveaux dirigeants et de ceux qui croient les supporter, des incohérences dangereuses auxquelles il serait urgent de remédier. Jamais de telles incohérences n’ont été constatées dans le discours des équipes précédentes! Y a-t-il à ce point, manque de communication entre putschistes militaires et civils ou bien ces derniers ont épuisé leur stock et leur génie phraséologique?

Les enjeux du retour au régime d’exception sont multiples, le moins important au plan continental est le déclenchement d’une avalanche de coups d’Etat car comme l’a bien dit le Président Abdou Diouf, si la force est le seul moyen de résoudre les crises politiques, on y fera recours partout où surgiront des divergences d’interprétation des constitutions auxquelles le continent vient tout juste de s’initier. Mais faisons fi du sort de l’Afrique pour ne prêter attention qu’à ce qui peut passer en Mauritanie. Combien d’officiers se sentiraient-ils légitimement investis de la mission de sauver le pays à leur manière ? Si un train peut en cacher un autre, un coup d’Etat peut, aussi, en cacher plusieurs autres et il suffirait d’avoir une cartouche de plus que celui qui occupe le pouvoir, pour l’éliminer. Jusqu’où ira donc un tel pays où chacun- y compris les militaires- cache sous le verni de l’identité nationale, des réflexes dormants, d’une autre nature ? En se posant ces questions, on perçoit les signes avant-coureurs de la somalisation que certains hommes d’affaires ont déjà commencé à prévenir en plaçant leurs capitaux à l’extérieur du pays. Jusqu’ici le microcosme politique se morfondait dans ses petits conflits sans entraîner avec lui, ni les milieux d’affaires ni l’Armée. Cette fois-ci le schisme est plus profond parce qu’il met face à face deux camps où l’on retrouve deux sociétés achevées, deux conceptions du pouvoir, deux groupes d’affaires puisant dans deux sources fondées sur deux éthiques économiques diamétralement opposées. Cela apparaît d’autant plus clairement que certains milieux d’affaires renoncent encore au crédit bancaire pour cause d’illicéité au regard de la loi islamique alors que d’autres n’hésiteraient pas à tirer directement des revenus faramineux d’une source autrement plus illicite au regard de toute loi. Aussi, faut-il espérer que le coup d’Etat du 6 août ne soit pas ressenti comme une réaction négative aux efforts de consolidation de l’unité nationale à travers le retour des réfugiés et l’apurement du passif humanitaire. L’Armée qui servait jusque-là de ciment solide et de réel garant de la survie du pays, n’existe que de nom. Elle a été laminée, affaiblie et vidée de ses meilleures ressources humaines au terme de purges successives visant au fond, sous prétexte de lutter contre l’influence bassiste ou nationaliste négro-africaine, à réduire le nombre d’officiers du sud-est ou du sud. Une politique de courte vue qui a débouché sur la constitution d’une milice servant d’usine de coups d’Etat sans risque !

Les enjeux sont donc de taille et ce n’est par alarmisme ou par pessimisme que d’aucuns ont peur de voir le pays rater définitivement son rendez-vous avec la stabilité.
La Mauritanie joue en dépit de sa faiblesse, un rôle important dans la stratégie de stabilisation de cette immense zone du Sahara, refuge potentiel – et réel- de tous les insoumis. Aucun pays riverain, y compris les plus forts comme le Maroc ou l’Algérie, ne peut contrôler les mouvements dans ce no man’s land où l’évanescence est devenue une arme redoutable depuis des siècles. Il en résulte que si en Mauritanie l’instabilité débouche sur un conflit intérieur armé- ce qui n’est guère exclu-, les puissances occidentales seront obligées de mobiliser d’incommensurables moyens pour suppléer l’Etat mort de sa propre ineptie. On ne pourrait donc exclure aucune hypothèse et il est urgent que les Mauritaniens en soient parfaitement conscients.

Reste-t-il une note d’optimisme à faire valoir pour que les Mauritaniens conservent un peu d’espoir ? Souhaitons le vivement ! La rumeur prête au Général Mohamed Ould Abdel Aziz des propos selon lesquels il ne voudrait pas être à l’origine des malheurs de ses concitoyens. Au surplus, rien n’indique dans le passé de cet officier, une quelconque tendance sadique ou même machiavélique. On ne peut donc exclure qu’il soit de bonne foi et qu’il ait lui aussi, été manipulé par quelque force occulte des salons privés ou des spécialistes de la désinformation.

Il est très probable que parmi ceux qui avaient avivé les contradictions entre lui et le Président élu, certains viseraient à se débarrasser des deux hommes, surtout de Ould Abdel Aziz qui, en se mettant définitivement en ligne de mire, ne saurait échapper désormais, au sort de celui qu’il avait fait tomber en 2005. Le sang est malin dit-on ! Et si la peau peut changer de couleur, il n’en est pas de même pour le sang. D’autres, apportant leur appui de l’extérieur du système, ne seraient pas contre une alternative pouvant déboucher sur des élections anticipées. D’autres enfin pourraient trouver eux aussi, que le mandat du Président élu devrait être écourté par tous les moyens. Ils chercheraient à investir à temps, les ressources accumulées pendant la transition  et le souvenir de ce qu’ils croient avoir été un succès. Ils ne savent pas que même le chacal de Oualata, est convaincu que nos malheurs actuels ont pour cause les stratagèmes machiavéliques, les manipulations et les mensonges de la transition. Si tout le monde n’était pas dupe et si la transition était bien assurée, on n’en serait pas là !

 Le résultat est qu’aujourd’hui, les deux hommes sont aussi perdus l’un que l’autre car, si aucune solution ne peut les exclure du champ de la négociation, aucun arrangement ne pourrait, non plus, consister à en conserver l’un sans l’autre. Leur sort est donc intimement lié et ils doivent retourner ensemble à leur case respective de départ ou partir ensemble. Les différents protagonistes de la scène politique ne peuvent se cacher cette réalité et s’ils se la cachent, ils auront fait preuve d’une cécité politique dangereuse.

En politique il n’y a pas d’impasse, sauf pour les idiots et les fous de grandeur qui se mentent à eux-mêmes en faisant, chaque fois qu’ils doivent se plier aux exigences du réel, un saut périlleux dans le vide. Si le Général Ould Abdel Aziz croit pouvoir plier le bras de l’opposition interne et de la communauté internationale en finançant des marches de soutien où il y a plus de pancartes que de personnes, il se trompe lourdement. En revanche, si le Front pour la défense de
la Démocratie pense pouvoir ramener le Président Sidi Oud Cheikh Abdellahi et Yahya Ould Waghf, c’est qu’il n’y a rien à espérer de nos hommes politiques. Un président retiré du fond du cachot n’est plus un président car un tel personnage ne vaut pas par sa fonction ou son image télégénique mais par le mythe de l’inviolabilité et du sacré qu’il incarne. Il y a ce que la tradition appelle la « colique du sort » ou de la chance et quand un homme est atteint par ce syndrome, il cesse d’être crédible, même s’il l’a été autant que M. Sidi Ould Cheikh Abdellahi.

Comment sortir de la crise alors ? Si les uns et les autres ne sont mus que par l’intérêt du pays, on pourra sortir de la crise à moindre frais. Dans ce cas, on devra réunir d’urgence les acteurs de la scène politique pour se mettre d’accord sur une solution de consensus pouvant achopper sur les principes suivants :

 1° La préservation de l’unité nationale quelles que soient les divergences et le choix unanime du dialogue entre protagonistes, comme mode de résolution des différents.

2° Le retour à l’ordre constitutionnel en commençant par le retour du président déchu. Ce ne sera pas la première fois qu’untel scénario est réalisé. Sir Daouda Diawara, Denis Sassou Nguésso et d’autres sont revenus après avoir été méchamment déchus.

3° L’organisation d’un référendum visant à modifier
la Constitution en vue de réduire le nombre d’institutions. La démocratie coûte très cher en terme de charges de fonctionnement et certaines institutions sont un luxe dans les jeunes Etats démocratiques. Les rôles du Conseil constitutionnel et du Haut Conseil Islamique doivent être dévolus à
la Cour Suprême qui serait investie clairement de régler les litiges naissant des rapports entre l’Exécutif et le Législatif, cette prérogative étant actuellement absente de l’ordonnancement juridique. La suppression du Sénat et la fixation du nombre des députés à 300, soit un député pour 30.000 habitants.

4° La création, au terme de
la Constitution d’un Conseil de Sauvegarde des Intérêts Nationaux, présidé par le Président de
la République et comprenant les Présidents de l’Assemblée Nationale, et de

la Cour Suprême, les Ministres de
la Défense et de l’Intérieur, les 5 officiers les plus gradés de l’Armée, les chefs d’état major de l’Armée Nationale, de
la Gendarmerie et de
la Garde, 2 oulémas parmi les plus érudits, 4 spécialistes en droit, en économie, en sociologie et en relations internationale. Les prérogatives de ce Conseil devraient être définies par une loi.

5° L’organisation anticipée d’élections législatives, après modification de la loi régissant cette matière, de manière à corriger les injustices flagrantes du système actuel. Le Département d’Amourj n’a que deux députés alors qu’il est plus peuplé que 6 Départements ayant chacun un député.

6° L’organisation anticipée d’élections présidentielles dans un délai de 12 mois en interdisant à tous les anciens présidents et chefs d’Etat de s’y présenter.

7°Tout le processus électoral devrait être surveillé de bout en bout par une commission internationale.

En tout état de cause, les prochains jours apporteront des réponses à certaines questions qui se posent avec insistance. La communauté internationale tient-elle réellement au retour à l’ordre constitutionnel ou veut-elle seulement se dédouaner aux yeux d’une opinion mondiale répugnant unanimement aux régimes militaires ? Le Général Ould Abdel Aziz, veut-il seulement faire de son putsch un acte pédagogique pour que les Mauritaniens perçoivent mieux les bienfaits de la démocratie ou est-il mu uniquement par la folie des grandeurs ? Les Mauritaniens sont-ils capables de gérer leurs différends ou ont-ils nécessairement besoin, pour ce faire, d’une main musclée agissant de l’extérieur?

 

*ancien ministre

Source : La Tribune n°415







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