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Eclairage :

30092008

Eclairage :

 Zeinebou Mint Elysaleme,  la nouvelle directrice adjointe du cabinet de la Présidence de la République

Zeinebou Mint Elysaleme,  fille d’un ancien cadre de la  République qui a servi ce pays avec dévouement, vient d’être nommée  au  poste de directrice  adjointe du cabinet de la présidence. Beaucoup de gens ne savent  pas son vrai cursus. Cette femme  est parmi les rares femmes qui maitrisent parfaitement  les trois langues (arabe, français, anglais).  Elle a servi depuis longtemps dans le domaine de l’information. Elle est  titulaire d’un DEA en Sciences politiques,  d’une maitrise en anglais et d’une maitrise  en droit.    Elle a  occupé également  des postes importants notamment  celui de directrice  de la presse écrite, directrice  de la lecture, directrice de la bibliothèque nationale,  Secrétaire Générale du Ministère de la Culture et de la  Communication et ancienne  de la HAPPA. 

Suite à cette nomination, des commentateurs  de certains  sites internautes se sont attaqués sans fondement ni raison  sur la personne de cette dame.   Il semble que toute personne nommée par le régime en place fait l’objet  de règlements de comptes déguisés par des interprétations malsaines.  

Bien que le pays traverse une crise politique, les options politiques des uns et des autres ne doivent pas être une justification d’insulter d’une manière diffamatoire  des femmes qui peuvent être  utiles à cette République.

Cheikh Rassou  

Source : barrada.unblog.fr




La communauté estudiantine mauritanienne au Maroc

22092008

La communauté estudiantine mauritanienne au Maroc

Durant les années quatre vingt, une agence de coopération Maroco –mauritanienne est créée. Elle devait gérer les inscriptions des étudiants mauritaniens voulant faire leurs études au Maroc. Parmi eux des boursiers de la Mauritanie. Cette agence s’est transformée pour élargir la coopération sud -sud.

Désormais, le nombre des étudiants étrangers inscrits au Maroc est plus de 14000. En plus des étudiants du privé. Les étudiants mauritaniens résidants au Maroc sont parmi les plus nombreux. Leur nombre dépasse les 1500. Ils sont dans les différents instituts et facs du Royaume. Comment s’organisent-ils ? Que font-ils pour décrocher leurs diplômes ? Quelles difficultés rencontrent-ils?

Le chemin du diplôme semble être difficile pour certains mauritaniens et faciles pour les autres. Ainsi, les bases en terme d’éducation et les mentalités des enseignants ne sont pas les mêmes. Autre pays, autres enseignant s et autres modes de vie.

A partir des années 2000, le Royaume du Maroc a donné plus d’importance aux étudiants mauritaniens. Cela a poussé les universitaires et les bacheliers de choisir le Maroc pour ses études privilégiées.

La principale difficulté des étudiants demeure, cependant, au manque de moyens. En quittant leur pays en vue d’avoir une nouvelle opportunité, ils se heurtent souvent à la cherté de vie dans un pays à forte destination touristique. D’autant que la cherté de vie s’impose de plus en plus. En effet, les bourses mauritaniennes ont subi une seule augmentation depuis que la Mauritanie a envoyé ses étudiants pour effectuer leurs études dans ce pays.

Une fois arrivés au Maroc, ils bénéficient en majorité d’une bourse complémentaire attribuée par l’Agence marocaine de la Coopération internationale. Cette bourse avoisine les 21.000 ouguiyas par mois. Une somme jugée dérisoire par les étudiants. Quant à celle accordée par l’Etat mauritanien, elle est de 100 euros par mois soit 37500 ouguiyas. Toutefois, ceux qui profitent de la bourse de l’Etat peuvent être comptés sur le bout des doigts.

Pour Sidi Mohamed ould Mahamed Mahfoud , chercheur en études islamiques, le manque de moyens pose un vrai problème. « L’Etat n’accorde plus de bourses pour les gens qui réussissent leurs premières années. Par exemple, cette année, il y a eu seulement 10 bourses accordées dans la deuxième commission ».

Quant à Mohamed Bouya ould Madeni , étudiant en master II en Informatique, il avoue qu’il fut deuxième de sa promotion, au moment où il faisait la quatrième année à la Fac des Sciences qui a bénéficié des bourses attribuées par le gouvernement chinois. Ce qui a permis à la faculté d’avoir une bourse de plus par spécialité. Rapportant le nombre de bourse à deux, au lieu d’une, mais le ministère a pris l’initiative de donner la bourse à une seule personne.

Sur la question du choix de poursuivre ces études au Maroc. Il nous a expliqué qu’il avait l’intention depuis son entrée à l’université de continuer son troisième cycle à l’étranger. «J’ai travaillé dur pour décrocher la deuxième place. Car au milieu de l’année, l’Administration nous a annoncé qu’il y aura une seule bourse. Actuellement, je me retrouve avec la maigre bourse de l’Agence de coopération internationale. Elle est mieux que rien ».

Pour Aminata Lô, étudiante en 3ème année de l’Ecole d’Architecture de Rabat, la principale difficulté pour elle, c’est que : « l’Etat nous oriente vers des spécialités difficiles. Il n’y a aucune compatibilité avec l’architecture et ce que nous étudions au pays. Cette spécialité exige une forte habilité à dessiner. En outre, il faut des moyens énormes pour acheter les matériaux de dessin. Chose un peu difficile avec la bourse dont nous disposons. »

Autre difficulté, c’est celle de la langue. Pour Mohamed Djibril, Chercheur doctorant et professeur vacataire à l’Université Mohamed V, «les cours sont dispensés en français, alors que les étudiants mauritaniens, en majorité, ont subi leurs formations en arabe. Cela a pour répercussion la chute des taux de réussite des étudiants mauritaniens au Maroc. Avec la formation en langue au pays pour les boursiers, on se rend compte que le taux de réussite a subi une nette hausse, ces trois dernières années. Cela est encourageant».

Mint Cheikh, étudiante en quatrième année médicine confirme que « le problème de langue se pose même pour les « francisants ». Je suis une « francisante », mais le vocabulaire médical est pénible à assimiler».

«Paradoxalement, des étudiants mauritaniens qui ont fait leurs études en arabe et ayant poursuivi leurs études en français, arrivent à passer aux classes supérieures. Alors que des « francisants » de formation se trouvent obligés de refaire l’année », explique un autre étudiant.

Quant à Houda Mint Ahmed, étudiante en Biologie et non boursière de l’Etat, elle précise qu’elle voulait faire ses études en économie. Mais, l’AMCI l’avait obligée de faire des études en Biologie. Elle affirme aussi que «la principale contrainte c’est le fait d’accéder à la cité universitaire. Le quota pour les étudiants mauritaniens n’est pas suffisant. Et une grande partie des étudiants n’a pas la possibilité d’avoir des chambres. Ceci les pousse à louer des maisons coûteuses, malgré leurs modestes revenus».

Nonobstant ces obstacles, les étudiants ont pu s’organiser depuis les années 90 au sein d’une association. Pour revendiquer la résolution de certaines difficultés estudiantines.

«Qu’est devenue notre belle Union Générale des Etudiants Mauritaniens au Maroc ?», s’interroge un ancien étudiant mauritanien résidant au Maroc, et qui suit de près l’actualité estudiantine.

«Cela peut paraître incongrue pour bon nombre d’entre nous, de s’acharner contre cette organisation. Mais, il faut tout de suite dire les choses telles qu’elles sont : l’UGEM, ce machin, est tout juste vivant dans nos esprits…Et encore», martèle-t-il, avant d’ajouter, avec un air toujours interrogatoire, «comment cet instrument dans lequel, jadis, toutes les bonnes volontés que compte la communauté des étudiants mauritaniens fondaient leur espoir, en est arrivé à un état de léthargie, voire d’agonie irrévocable ?

Dans les enquêtes et les affaires judiciaires, les juges et policiers se seraient posés la question classique : à qui profite le crime ? Sans chercher à jeter l’opprobre sur quelqu’un en désignant des responsables, attachons-nous plutôt à trouver les remèdes au mal qui gangrène l’UGEM. Seulement voilà, le mal ne peut être extirpé qu’après un diagnostic de la situation. Notre association souffre de l’incompétence réelle ou supposée de certains de ses membres ».

«Les élections organisées, en avril, même défendables, n’arrangent pas du tout les choses. De plus, ces élections semblent être une grande farce. Une mascarade, pendant laquelle les différents candidats mesurent l’étendue de leur réseau d’amis : un véritable bal de faux-culs où les appétits personnels prennent le dessus sur l’intérêt général.

Comment s’étonner ensuite de voir un bureau élu sur ces bases, faire preuve d’incapacité systématique à réunir ses membres pour un événement. C’est tout simplement congénitale cette contre-productivité dont souffre l’UGEM. Mettons les choses à plat, et arrêtons-nous sur les mesures à préconiser, afin de redonner à notre chère Union toutes les raisons de son existence. La situation n’est pas encore pourrie, si nous voulons bien nous impliquer dans la recherche de cette potion magique pour remettre sur pied l’UGEM », conclut-il, amèrement.

En effet, l’UGEM est dominée depuis deux ans par les islamistes. Ce qui a provoqué une dissociation syndicale. Le secrétaire général du bureau sortant reconnait que le fait d’appartenir à une tendance politique n’est pas contradictoire avec l’activité syndicale. Mais pour lui « l’essentiel c’est de servir les étudiants en dehors de toute considération politique. »

Emama Ducros, étudiant en deuxième année de l’Institut Supérieur de l’Information et de la Communication de Rabat et membre d’une association mauritanienne spécifiquement culturelle, créée pour contrecarrer l’UGEM, déclare, cependant, que  » L’UGEM est devenue prisonnière de certaines considérations politiques très étroites. Elle est actuellement au beau fixe!

Nous avons depuis la création de l’ACEMM, le 28 novembre 2007 entrepris de nombreuses activités! Parmi lesquelles la journée du thé mauritanien, une journée de la poésie, une journée scientifique en collaboration avec l’association des jeunes chercheurs mauritaniens.

Ici au Maroc on est désormais au même pied d’égalité avec l’UGEM. On est reconnu par l’ambassade comme interlocuteur à part entière. Les autorités marocaines nous ont délivré une autorisation et nous ont reconnu. Ce qui n’est pas le cas avec l’UGEM qui est dominée depuis deux ans par les islamistes qui sont sous couvert de la CESAM.

Certes, les principaux problèmes des étudiants sont l’inscription, le logement, la bourse. Mais vous savez, les activités culturelles constituent, elles aussi, un domaine de divertissement et d’épanouissement intellectuel. Elles permettent aux étudiants de faire « éclater leur talent et c’est très important. Bien que notre vocation est essentiellement une vocation culturelle, nous intervenons dans le domaine syndical quand il le faut c’est en fait une double vocation. »

Mohamed Fouad Barrada
m_barrada@yahoo.fr

 Source : La Tribune




L’Edito de La Tribune Par Mohamed Fall Oumère

22092008

L’Edito de La Tribune Par Mohamed Fall Oumère

 

La Mauritanie subit une guerre de la part d’un ennemi dont l’arme première est la cruauté. Dont la caractéristique première est la faculté de paraître ici sous forme de prêche, là sous forme de colonnes de combattants aguerris, ici sous forme de jeunes qui respirent l’innocence, là sous forme de barbes imbues de henné et qui donnent la confiance…

Il s’agit d’un ennemi immatériel parce qu’ayant choisi de frapper sans discernement. Civils et militaires. Casernes et marchés. Ecoles et mosquées. De jour comme de nuit. Pendant les mois interdits ou non…

Qu’est-ce que nous avons pour faire face à ce nouvel ennemi ? Une Armée qui manque de tout. De moyens modernes pouvant pallier à la pauvreté de la ressource humaine. De ressource humaine et de moyens pouvant combler les insuffisances dues à la nature même de la mission qui est celle de protéger un territoire qui n’a pas de limites visibles. Deux décennies de gestion de sape ont donné une Armée à l’image de tout le reste.

Vous êtes enseignant, médecin, juge, journaliste, simple fonctionnaire… vous croyez avoir une idée de ce que ce corps a subi en terme de clochardisation, de corruption, de destruction… multipliez-le par 100 et, peut-être aurez-vous une idée de ce qui s’est passé au sein de l’Armée depuis les années 80. Nous avons été obnubilés de savoir quel rôle elle devait avoir dans le jeu politique. Nous en avons oublié qu’elle avait longtemps cessé de jouer le rôle qui est naturellement le sien. Faute de moyens, de formation et d’encadrements. Faute de vocation aussi.

Il en va de même de la police qui a été toutes ces deux décennies une machine de collecte de dîmes pour son commandement. Un peu moins pour
la Gendarmerie et

la Garde. Mais plus pour

la Douane. Tous ces corps sont gangrenés par les maladies sociales que nous décrions, politiques et simples citoyens.

Et avec ça le mépris de tous ceux qui font l’opinion. «L’Armée mauritanienne subit une attaque…» «douze morts dans les rangs de l’Armée mauritanienne…» «des soldats mauritaniens tués dans le nord de
la Mauritanie…»… Lisez les dépêches des agences gérées par des mauritaniens, les articles écrits dans la plupart des journaux, les déclarations de la plupart de nos hommes politiques…

Mais le plus grave à mon avis reste l’indifférence affichée par les Imams de mosquées d’où sont parties toutes ces théories prônant la violence politique. Nous avons fait suivre une dizaine de prêches ce vendredi. Pas un mot sur l’attaque de la semaine dernière. Je m’en tiendrai au prêche de l’Imam de la mosquée centrale, la mosquée dite saoudienne.

On sait quel rôle cet Imam a joué par le passé et quel rôle cette mosquée a joué dans la culture du salafisme jihadiste. Mais trois jours après, l’Imam préfère s’attaquer avec violence au front national pour la défense de la démocratie plutôt que de faire œuvre utile en fustigeant l’esprit et l’idéologie qui alimentent cette violence. Il est vrai que sous Sidi, il s’était fendu d’une diatribe violente contre la démocratie. Il avait alors défendu toute la genèse de l’obscurantisme qui nous empêche d’avancer.

Aujourd’hui en se taisant sur ces actes, nos Imams qui ne font que parler sans discernements de Jihad dans leurs prêches, apportent une onction à l’égarement d’une jeunesse que le mal être rend fragile. Ils cautionnent des choix dangereux et destructeurs. Il faut le leur rappeler.

Je crois qu’il est temps de passer outre les convenances pour parler franchement à nos Imams. A ceux qui ont justifié tous les arbitraires dont nous avons été victimes en un demi-siècle d’indépendance. A ceux qui ont couvert la destruction de l’économie du pays en se souciant seulement d’avoir leur part. A ceux qui ont regardé nos mœurs, nos valeurs pourrir. A ceux-là, il faut dire de cesser cette duplicité.

C’est cette duplicité qui est la première raison de la révolte des jeunes. C’est elle qui est à l’origine de tous les extrémismes religieux. Car, on ne peut prôner

la Justice Immanente, et continuer à couvrir l’arbitraire ici-bas.

Tous ceux qui revendiquent une once de patriotisme, tous ceux qui prévalent d’être les dépositaires d’une quelconque légitimité religieuse – marabouts, activistes, Imams, cheikhs…- tous doivent être entendus ces jours-ci, ces semaines-ci, ce mois-ci. Nous avons besoin de les entendre parler sans détour, sans fuyants, sans faiblesse…

Comment faire pour préserver
la Mauritanie des malheurs promis par l’obscurantisme nihiliste des Jihadistes ?

 

Source : La Tribune n° 417




Mauritanie/ Terrorisme

22092008

Terrorisme :

 

De Lemghayti à Tourine, la guerre ouverte d’Al Qaeda contre
la Mauritanie

 

Le capitaine Djié Ould Abidine était tranquille ce mardi soir (15/9). Il avait peut-être levé le camp de son unité peu après 21 heures… ce n’était pas exactement une unité ni un escadron. C’est ce qu’on appelle dans la terminologie nouvelle un «module». Il s’agit d’une unité composée de 22 à 24 hommes et qui a été chargée d’une mission ponctuelle, celle par exemple de chercher les traces d’un ennemi. Depuis les dernières attaques, l’Armée nationale choisit de confier la mission à des «modules» plutôt qu’à des bataillons plus lourds et plus visibles.

Le capitaine Ould Abidine dirigeait un module de 23 hommes dont un civil qui servait de guide dans un désert qui engloutit facilement ceux qui ne savent pas en déchiffrer les indications géographiques. Il était 23 heures passées de quelques minutes. Le groupe avait probablement campé pour le ftour en cette douzième journée de ramadan. Il devait rouler depuis au moins une quarantaine de minutes. Nous sommes dans les environs de Tourine, à quelques 70 kilomètres à l’est de Zouératt, la cité minière du pays. Un lieu qui sert, en temps normal, de sortie pour les habitants de la ville en mal d’espace et de lait. Un lieu qui inspire la paix malgré le nombre de batailles qu’il a connues dans l’histoire, ancienne et récente.

La petite lune d’une douzaine de nuits ajoutait à la féerie du lieu qui évoque de belles poésies pour les Bidhânes d’éducation traditionnelle. Ould Abidine est de ceux-là. Rien pour inquiéter. Depuis la guerre du Sahara et les incursions du Polisario en 1976, jamais cette partie du pays n’a connu d’invasions. Pas lieu de prendre des mesures particulières. Même si, depuis Lemghayti, peu d’officiers acceptaient d’obtempérer aux ordres de déplacement de nuit. En général, ils disaient accepter de faire route mais restaient jusqu’au lendemain. Le capitaine Ould Abidine ne connaît pas cette triche. Il avait dispatché ses hommes à bord des cinq voitures dont il disposait. Lui se trouvait dans la voiture de tête. Dans l’entendement des Bidhânes la bravoure impose au chef d’être au-devant, pas à l’arrière.

Un tir de roquette. C’est, selon le témoignage – douteux du reste – des survivants, la première voiture qui est touchée. Des tirs nourris sur une largeur de 100 mètres. Ça pleuvait de tous côtés. Phase d’arrêt – avec le tir sur le premier véhicule – puis phase de destruction. Elémentaire dans une embuscade. Deux voitures qui étaient restées loin derrière ont le temps de faire demi-tour. L’une d’elle est ensablée. Ses passagers sont récupérés par l’autre. Le conducteur vide le compteur. Direction ? Aucun d’eux ne sait. Quand la voiture fait quelques tonneaux, le sous-officier qui commande le groupe de dix soldats réussit à avoir sa base. Il leur donne une fausse indication sur leur emplacement. C’est seulement le lendemain matin qu’ils sont retrouvés du côté du TO14, la vieille mine, alors qu’on les cherchait du côté de Mhawdatt. Sept blessés dont un grave. Emoi. Indécision du commandement local. Le commandant de la région, colonel Yahya Ould Mokhtar N’Diaye, est nouveau dans la région. Le chef d’Etat Major de l’Armée Nationale, le Général Mohamed Ould Ghazwani se trouve à l’extérieur. Dans le désert, l’Armée nationale dispose de quelques bases éloignées les unes des autres de centaines de kilomètres : Chegatt, à l’extrême nord-est, Lemghayti quelques 300 km plus au sud et Al Ghallawiya, plus de 200 km plus bas. En dehors de cela quelques «modules» sont déployés de temps en temps. Ils fonctionnent selon la personnalité de l’officier qui les dirige. Dans le cas, le module le plus proche du lieu supposé de l’accrochage ne fait visiblement pas route vers le lieu. Le petit avion de reconnaissance fait le tour le lendemain sans beaucoup de réussite. C’est seulement le lendemain vers 18 heures que les premières troupes arrivent à Tourine, dans les environs de l’attaque. Mais ce n’est que samedi, soit cinq jours après l’attaque que l’on découvre le lieu exact du drame. Un véritable carnage. Encore plus atroce que Lemghayti. Corps mutilés avant d’être froidement exécutés. Les douze disparus étaient là : 11 militaires dont le capitaine Djie Ould Abidine et le guide civil.

Les agresseurs eux ont certainement eu le temps, toute la nuit de dimanche à lundi, toute la journée de lundi et la nuit qui suit de replier vers leurs bases qui se trouvent vraisemblablement dans une aire géographique située aux confins des frontières algéro-maliennes. Il suffit pour eux de piquer vers l’est à partir de Tourine, de passer à 100 kilomètres au sud-ouest de Lemghayti en allant droit à Mjeyhida (70 km de la frontière malienne) puis à Agarigtiim (3 km seulement). Une autre route de repli est probable : aller vers l’Algérie, vers Bouk’heyl qui offre aux combattants la possibilité de se perdre dans une zone montagneuse. Mais cette route suppose une ‘défaillance’ dans le système de contrôle des forces armées algériennes. Contrairement à ce qu’on dit, il n’y a pas de passages obligés dans le désert.

Au lendemain de la découverte macabre, les autorités ont vite fait de décréter un deuil de trois jours à la mémoire de nos martyrs auxquels un communiqué du ministère de la défense a rendu un vibrant hommage. Déjà dès le lendemain de l’attaque, Al Qaeda pour un Maghreb Islamique, l’organisation qui a pris la place du GSPC, était pointée du doigt. D’abord parce son chef, Abdel Maleck Droukdel, avait appelé à la guerre sainte contre les nouvelles autorités au lendemain du 6 août dernier, indiquant que
la Mauritanie «doit se préparer à la guerre totale». Ensuite parce que l’organisation qui opère pour le compte de Ben Laden dans la région cherche à étendre l’aire des opérations à toute la région.

Un premier communiqué cité par des sites mauritaniens (?) a annoncé que «des Moudjahidines preux, en vue de  faire triompher  la religion, ont lancé l’attaque de Zouerate contre les alliés des juifs, ceux qui ont ouvert la terre pure des Mourabitounes aux ennemis de l’Islam et des musulmans et aux américains mécréants et leurs acolytes croisés et haineux contre les musulmans». Le communiqué a poursuivi: «Les Moujahidines ont été arrêtés et torturés pour plaire aux juifs et aux cochons». Et d’ajouter : «Avec l’aide d’Allah, les pelotons de Moujahidines relevant  de l’Emir du Sahara, Yahya Jouadi ont tendu  une embuscade à l’armée des apostats et des mécréants et ont fait 12 prisonniers  dont un officier, et récupéré  plusieurs engins et équipements parmi lesquels  3 voitures tout terrain et le restant des ennemis d’Allah, ont fui trainant le désespoir et la défaite». Le communiqué conclut : «Cela s’est produit  grâce à Allah, en réponse aux actes mécréants de l’armée des apostats ainsi qu à l’arrestation des Moujahidines, qu’Allah les libère de la captivité». (traduction de Tahalil-hebdo qui cite le site en question). Nous savons aujourd’hui que ce communiqué est faux. En réalité l’attaque de Tourine est un tournant dans la guerre qu’Al Qaeda mène à
la Mauritanie depuis 2005.

Si l’attaque de Lemghayti, le 5 juin 2005, avait été présentée comme une opération visant à ravitailler le GSPC et à faire peur aux Mauritaniens, celle de Tourine en septembre 2008, ouvre la voie à la guerre ouverte. Elle s’inscrit dans la lignée des autres opérations dont notre pays a été le théâtre ces deux dernières années. 

Le 27 décembre 2007, la région d’Al Ghallawiya semblait vivre un moment ‘normal’. Aucune mesure de sécurité particulière malgré l’attaque d’Aleg perpétrée quelques jours plus tôt. Les touristes vont et viennent. Le préfet de Wadane est dans le coin pour inaugurer un forage, don d’une ONG italienne dont les responsables sont là. Les postes de garde installés à 1, 2 kilomètres parfois plus, du PC de l’unité, vaquent à leurs occupations habituelles. De temps en temps, une voiture de touristes ou de trafiquants permet de rompre la monotonie du temps qui s’égrène lentement. Le matin déjà, deux voitures – un hilux et un GX – étaient passées. Des touristes comme à l’ordinaire. A un moment de cette matinée, une poussière opaque annonce l’approche de deux véhicules. Arrivés à proximité, ils font demi-tour. Une voiture les suit. A son bord trois hommes et un SPG 9 – arme lourde. L’un des hommes n’appartient même pas au groupe et n’a donc pas son arme sur lui. Visiblement, tous trois croyaient à une balade de santé. Les deux véhicules se séparent. Sans s’en rendre compte, le véhicule de l’Armée se retrouve pris entre les deux. Il est immédiatement la cible de tirs qui se sont concentrés surtout sur le côté chauffeur. Les trois occupants sont morts sur le coup, sans vraiment opposer de résistance. Les assaillants ont le temps de descendre, démonter l’arme lourde après avoir ouvert le capot pour faire démarrer la voiture. Sans que les renforts arrivent. Deux témoins au moins ont vu passer les assaillants à l’aller comme au retour. L’un d’eux, un berger, racontera que les voitures – deux pik up land cruiser – s’étaient arrêtées à son niveau. Les occupants devaient être au nombre de 16. Deux d’entre eux sont descendus pour lui demander, en excellent hassaniya, où était ‘la route des touristes’ et où se trouvait la route qu’emprunte l’Armée mauritanien en général. Ils se sont ensuite dirigés vers ‘la route des touristes’. Soit les assaillants savaient que ce jour-là une inauguration attirait des étrangers qu’ils voulaient prendre en otage, soit ils ne savaient rien et étaient simplement à la recherche de n’importe quels touristes. On était la veille du passage du Rallye et il fallait frapper un coup fort. Le Rallye étant un moment de mobilisation, il était difficile d’agir sans se faire prendre. L’alerte n’a pas été donnée tout de suite. Ce qui a permis aux assaillants de rentrer tranquillement à leur base quelque part dans le Sahara central (Nord du Mali). La suite on l’a connaît : annulation du Rallye, manque de réaction de la part des autorités mauritaniennes, revendication d’Al Qaeda pour un Maghreb Islamique (AQMI), altération de l’image de
la Mauritanie… 

Quelques jours avant, c’était l’attaque meurtrière d’Aleg. Quatre touristes français trouvent la mort dans une attaque perpétrée par trois jeunes mauritaniens, bénéficiant visiblement de nombreuses complicités. Le pays découvre l’ampleur de l’implantation des réseaux terroristes. Même si sa direction politique – Président et Premier ministre – continue de nier l’existence du terrorisme dans notre pays. Ce qui ajoute à la confusion et au désarroi. Ce qui explique aussi les quelques dysfonctionnements de l’administration judiciaire et pénitentiaire, avec notamment l’indulgence avérée des juges vis-à-vis des présumés terroristes. En tout état de cause on découvre que de nombreux jeunes ont fait leur formation dans les camps du GSPC devenu AQMI. Qu’ils sont revenus pour la plupart et qu’ils sont prêts à agir. Six cellules sont démantelées formellement par la police. Soit une quarantaine d’individus neutralisés. Mais le pouvoir politique refuse d’engager une stratégie de lutte contre le terrorisme et de mobiliser les moyens pour ce faire. On préfère, comme pour le reste, enfoncer sa tête dans le sable et croire, un moment, que les problèmes vont mourir d’eux-mêmes. On en oublie les inconvénients de la posture…

Tourine doit évoquer pour nos dirigeants, la dernière célèbre bataille qui y a été menée par les troupes mauritaniennes commandées alors par Mohamed Khouna Ould Haidallaha. On était aux environs du 4-5 juin 1976. L’efficacité du commandement et l’engagement des hommes avaient permis de neutraliser une colonne venue d’Algérie. C’est en interrogeant les prisonniers que Ould Haidalla sut que le gros des troupes marchait déjà sur Nouakchott et que Tourine était une diversion. C’est ainsi qu’il sauva le régime d’alors. Les colonnes qui allaient à Nouakchott étaient commandées par le regretté Ouali Moustapha Seyid dont visiblement les Algériens voulaient se débarrasser en l’envoyant prendre le pouvoir à Nouakchott. De tout temps, nos frères du nord ont pensé que
la Mauritanie était le maillon faible, le mur le plus court… et si elle le devenait à force de tiraillements ?

 

Ould Oumeïr

 

Source : La Tribune n° 417

Encadré

Cellules dormantes, cellules éveillées

 

Le premier groupe à avoir eu des démêlées avec la police, est celui qui a été déféré en avril 2005. Il s’agit de : Ahmed Ould Maouloud, présumé chef de groupe, Abderrahmane Ould Ghaouth, Sidi Mohamed Ould Ahmed Vall, Sidi Ould Limam, Hamada Ould Mohamed Khairou (qui serait actuellement entre les mains de la police malienne à Kayes), Sidi Ould Habott et Khadim Ould Semane (aujourd’hui en prison à Nouakchott). Avec eux deux algériens furent déférés : Issa Abdalla et Abdoul Majid Si Moussa.

En mai 2006, un nouveau groupe est intercepté par
la Sûreté de l’Etat. Au moment où il devait passer à l’acte dit-on. Cette fois-ci il ne s’agit pas de l’amateurisme d’avant. Parmi les arrêtés figurent deux personnes qui reconnaissent avoir participé à l’attaque de Lemghayti. L’une de ces personnes ferait office de coordinateur des financements du GSPC à partir de l’Europe. Souheib, c’est son nom de combat, aurait, selon la police, acheminé des fonds vers le GSPC en passant par
la Mauritanie et le Mali. Hammam, c’est le surnom d’un troisième compère, est un spécialiste de l’explosif. Il utiliserait une technologie sophistiquée pour les explosions à distance. Youssouf, surnom d’un autre membre du groupe, aurait combattu dans les rangs d’Al Qaeda en Afghanistan, est activement recherché lui qui a participé à l’attaque de Lemghayti. Il est plus connu dans les milieux combattants sous le nom de Jouleybib et est le seul mauritanien impliqué dans Lemghayti qui n’a pas été retrouvé.

En août 2006, un groupe est démantelé. Sidi Ould Sidina, présumé chef de groupe, est arrêté, deux autres membres du groupe prennent la fuite. Ahmed Ould Radhi dit Abu Mu’adh, Sidi Mohamed Ould Tlamid dit Abu Hajjar… viendront grossir les rangs des arrêtés. Certains sont relâchés avant l’instruction. N’ayant jamais participé à une quelconque opération, ils bénéficient d’indulgence, eux qui ne sont pas aussi déterminés. Les autres seront jugés dans une atmosphère particulièrement indulgente et acquittés, ceux d’entre eux qui seront condamnés le seront sans considération de l’ampleur des accusations. Le pouvoir politique en a voulu ainsi.

Le 24 décembre 2007,
la Mauritanie découvre l’hécatombe d’Aleg. Incompétence de l’appareil politique qui freine l’appareil sécuritaire. Cavale des principaux auteurs qui seront arrêtés grâce aux services français en Guinée Bissau. Ramenés ici, l’un d’eux fuit du Palais de justice où il devait être entendu. La nouvelle cavale de Sidi Ould Sidina porte chance au pays qui connaît entre-temps deux opérations spectaculaires : attaque de Al Ghallawiya et attaque de l’Ambassade d’Israël (ou boîte de nuit VIP). D’autres attaques sont en préparation. Mais l’arrestation de Maarouf Ould Haiba, puis de Sidi Ould Sidina le 29 avril mènent à toute la filière. Le 30 avril Khadim Ould Semane est arrêté… Le démantèlement des cellules commence… et avec cela la moisson d’avril pour la police dirigée par le Général Ould Ghazwani. Salem Ould Hommodt, Yacoubi Ould Louly qui sera relâché par le juge et beaucoup d’autres. Le mouvement enregistre ses premiers morts : Mohamed Ould Moussa Ould Ndoye et Ahmed Ould Radhi dit Abu Mouaadh. A l’époque, on estimait à une cinquantaine le nombre des combattants ayant fait allégeance à l’Emir du groupe supposé être Khadim Ould Semane. Ils seraient répartis entre 7 cellules de trois à huit éléments chacune. Les plus dangereuses et les plus actives ont été démantelées à l’époque et des chefs comme Teyeb Ould Mohamd el Mokhtar, Sidi Ould Sidina, Namoury, Ould Hommodt, Cheikh Ba… furent neutralisés. Parmi les figures jugées ‘dangereuses’, six sont toujours en cavale : Teyeb Ould Sidi Aly, Boybe Ould Navé, Taki Ould Youssouf, Abderrahmane Ould Youssouf qui serait localisé dans le Sahara, un nommé Dahoud et un certain ‘Brahim’. Il s’agirait d’un nom de combat et son porteur n’a jamais été identifié. Si l’on estime à 45-50 membres, les cellules mauritaniennes de l’AQMI, une bonne quinzaine serait encore en fuite. Selon de nombreuses sources on pourrait chiffrer le nombre des mauritaniens évoluant dans le sillage de l’AQMI – toutes factions confondues – à une soixantaine. Suffisant pour déstabiliser un pays surtout que les recrutements continuent et que rien n’est fait en profondeur pour éradiquer le mouvement.

 

 

Encadré :

 

Liste de nos martyrs de Tourine

Capitaine Djie Ould Abidine, commandant le module

Le sergent Salek Ould Ahmed 

Soldat Cheikh Ould Mokhtar 

Soldat Ghazaly Hassan Konaté 

Soldat Brahim Ould Nema 

Soldat Mohamed el Abd Ould Baba 

Soldat Hamma Ould Ethmane 

Soldat Alassane Guelagui 

Soldat Abderrahmane Ould Mohamed 

Soldat Khalil Ould Isselmou 

Soldat Sidaty Ould Mohamed 

Et le guide Abaya O Harrani

 

Qu’Allah les accueille en Son Saint Paradis

 

 

Source : La Tribune n° 417




Mauritanie/ Terrorisme

22092008

Terrorisme :

Le monde révélé d’un projet (avorté) de terroriste

 

Quand il s’en va rejoindre les combattants du Groupe salafiste de combat et de prédication (GSPC), Mohamed a à peine 22 ans. Il avait fini très tôt – à l’âge de 10 ans – son enseignement coranique, avant de rejoindre l’école régulière de son village en allant directement en cinquième année. Sa vivacité d’esprit et sa précocité le lui permettaient. Il est le fils d’une famille de savoirs traditionnels d’un bourg du Hodh Echargui où le temps s’est figé depuis le milieu du 19ème siècle. Depuis lors, le village s’est définitivement fixé et avec lui les hommes. Et avec eux le temps. Ici, comme ailleurs dans l’espace maure, ici, plus qu’ailleurs, le temps n’affecte pas les hommes parce qu’il n’est pas porteur de progrès, même pas d’événements. Les jours et les années s’égrènent au fil de quelques arrivées de mejbour, de ravga et, dernièrement, de visites d’officiels dont le rôle se limite à occasionner des orgies pour des populations la plupart de l’année dans le besoin.

La vie de Mohamed était toute tracée : avec ou sans bac, avec ou sans études supérieures, après avoir fait un passage au lycée de Néma, il finira commerçant à Abidjan ou à Ouagadougou, au mieux trafiquant de diamants en Afrique centrale. Il suivra les pas de deux générations de son ascendance.

Mais son père l’amène à Nouakchott. Les mauvais rapports avec les parents à cause du Parti – el hizb, le PRDS tout puissant – avaient quelque peu forcé la famille à faire partie de ce lot de la population qu’on dit «victime de l’exode rural». Sans pour autant perdre racine. Loin de là. A Nouakchott, c’est naturellement qu’il se retrouve mieux dans une mosquée, écoutant un prêche véhément que dans la rue en train de jouer au ballon. Le petit Mohamed ne passe pas par ce stade de l’enfance. Directement la maturité et le sérieux. L’engagement. Il est vite encadré par des jeunes aussi engagés que lui, aussi «vierges» que lui.

Nouakchott n’offre rien à sa jeunesse surtout en terme d’occupations (éducation, emploi, jeux…). Pas de terrains de jeux, pas d’écoles satisfaisantes, pas d’enseignants dévoués, rien à faire pour une jeunesse de plus en plus désoeuvrée, de plus en plus mal dans sa peau. Les places publiques ont été loties au profit des mieux payants par une administration toujours plus corrompue. La culture de la triche et du faux fait loi (élections truquées, examens faussés par les interventions, passe-droits injustifiés…). Deux maîtres mots : gazra et thieb-thiib, squat et système D.

«Celui qui échoue dans la vie ici-bas, dit ‘voilà l’Au-delà’». Vieil adage pour expliquer la facilité pour l’homme de s’en remettre aux promesses de demain quand il ne veut pas faire l’effort aujourd’hui. Ailleurs on le dira autrement mais le résultat restera le même : quand rien ne va plus sur cette terre, on se tourne vers le ciel. Naissent et se développent alors tous ces courants eschatologiques dont la ferme croyance à la malédiction de l’homme, à sa punition fatale, à son péché indélébile. Mais revenons à Mohamed.

L’école de la vie lui offre le choix entre : rester chez lui regarder les feuilletons égyptiens, aller écouter les prêches des imams de son époque, traîner dans la cour d’une école qui ne lui apprend rien et dans les classes de laquelle il pourrait sombrer, comme certains gosses de son âge, dans le monde maudit des «sniffers», du «tguenzi», si ce n’est de l’alcool et de la drogue pure. Dans les milieux aisés, les gosses de son âge ne sont pas pour autant gâtés. Ils savent déjà utiliser une fausse carte d’identité, ils savent mentir, tromper et faire des «affaires».
La Mauritanie des années 90 et 2000 est celle-là.

 

La route de tous les espoirs est…

 

Le 5 août 2005, il reçoit l’ordre de quitter le pays. Deux jours avant, il avait secrètement fêté le coup d’Etat qui avait permis l’éviction de celui qu’il croyait être «le plus grand des dictateurs» pour avoir envoyé en prison Imams et chefs religieux, sans raison. Mais au lieu d’attendre voir leur libération, il avait jugé utile d’aller avec un groupe d’amis dans les camps du GSPC, «apprendre à tuer les infidèles, particulièrement les américains».

Ils étaient neuf (9) dont deux marocains. Quelques semaines auparavant, un autre groupe avait rallié le désert malien, de sept (7) personnes cette fois-ci. En fait depuis 2003, au lendemain des vagues d’arrestations opérées par la police de Nouakchott, des groupes de jeunes ont rejoint les groupes salafistes en plein Sahara. Leur point de contact était un maure du nom de Mohamed Lemine Essahraoui. Originaire du Sahara – camps de réfugiés -, ce jeune homme a fait toute sa formation en Mauritanie où il est le plus implanté. Il restera le recruteur et l’officier traitant des recrues mauritaniennes jusqu’à sa mort lors de l’attaque de Chebbabba – lieu en Algérie rendu célèbre par cette bataille faisant suite à l’assassinat par les salafistes d’une vingtaine de douaniers algériens. C’est au cours de cette bataille qui a duré près de 24 heures que Mohamed Lemine Essahraoui trouva la mort. Entre-temps, de nombreux jeunes mauritaniens, tous issus de la mouvance islamiste jihadiste ont rejoint les camps de Belmokhtar alias Belawar, plus connu parmi eux sous le nom de Khaled.

L’une des vagues les plus connues sera celle dirigée par Abu Zeinab, appelé aussi Abu Louth – il avait donné le nom de ce Prophète à son fils par défi pour la société maure qui a une aversion irraisonnée pour ce nom pour ce qu’il évoque (sa Umma a subi la colère divine pour avoir pratiqué l’homosexualité et refusé d’entendre la bonne parole). C’est cet Abu Zeinab qui a trouvé la mort il y a peu dans un attentat suicide perpétré à Al Bouira en Algérie. Parmi ce groupe aussi figure Abu Mouaadh, sous son vrai nom Ahmed Ould Radhi, mortellement blessé lors des attaques d’avril de Nouakchott. Toujours parmi ce groupe figurait un tunisien qui faisait le lien avec
la Tunisie.

Bien avant cela, il y eut ce groupe de 20 personnes qui rallièrent le GSPC sous prétexte de se préparer pour aller en Irak. 7 d’entre elles revinrent à Nouakchott et furent arrêtées par la police politique de l’époque sur dénonciation de l’un d’eux. Les 13 autres finirent dans le maquis algérien. Aux dernières nouvelles ils combattraient à la frontière tuniso-algérienne. Ils appartiendraient au groupe qui a enlevé les autrichiens l’été dernier.  

Mohamed et son groupe se séparèrent pour aller dans le Sahara malien. En formation 2-3-4, comme dans une équipe de football. Lui, avait choisi la compagnie d’un jeune de son âge et de prendre la route du Hodh qu’il connaissait. Les autres arriveront par Dakar. Le point de ralliement étant fixé à Bamako. Deux jours de retard à cause des pluies. Les deux compères passent par Aïoun, Nioro pour rejoindre la capitale malienne. Ils arrivent au même moment que les autres. Ils sont reçus par Hammam (qui est aujourd’hui en prison à Nouakchott). Deux petits groupes qui prennent immédiatement la route de Gao à bord de deux bus de transport. De là une voiture les emmène vers ce que Mohamed appelle «le néant» (lekhle). Une nuit de route. C’est en début de matinée qu’ils tombent sur un groupe d’une dizaine de personnes environ. Quelques-uns parmi eux se connaissent. Il y avait là des mauritaniens qu’ils connaissaient : Al Mouthanna, Abu Mouaadh, Joulaybib… Des noms qui évoquent l’opération Lemghayti de juin 2005. En fait les mauritaniens qui auraient participé à l’attaque de la garnison mauritanienne qui a coûté la vie à 15 soldats dont un officier. Opération qui a sonné le glas du régime de l’époque.

Le groupe qui les reçoit est dirigé par Khaled, c’est le nom donné par les combattants à leur chef plus connu sous le nom de Bella’war. Comme pour fêter l’arrivée des nouveaux, ils avaient tué quatre gazelles du désert. De quoi faire le festin. En fin de journée, c’est le départ. Arrivée le lendemain au milieu de nulle part. Dans un camp où il y avait des algériens, des mauritaniens, des maliens, des nigériens, des nigérians, des marocains, des tunisiens, des maures venant des camps de réfugiés sahraouis… En fait la transrégionale du terrorisme.

Une équipe d’algériens s’apprêtait déjà à aller combattre dans la 2ème région en Algérie. Elle appartenait au groupe dirigé par Abdel Hamid, un autre chef de guerre dont les relations n’étaient pas au beau fixe avec Bella’war. Les nouvelles recrues devaient s’en rendre compte immédiatement. Le commando qui était sur le point de partir décida d’attendre de faire la connaissance des nouveaux venus. Durant les trois jours qu’ils passèrent ensemble, ils ne cessèrent de les travailler pour les amener avec eux en Algérie, mener «le combat juste contre l’armée hérétique». Certains allaient même jusqu’à mettre en doute la légitimité de Bella’war et de son action. «Nous sommes venus pour apprendre à tuer les infidèles occidentaux, surtout américains, pour aller combattre en Irak, en Afghanistan et partout où les infidèles occupent une terre musulmane, par pour tuer les soldats d’une armée musulmane». La réponse était en général celle-là. Seul un mauritanien, un ancien des camps, accepta d’y aller. Mohamed ne le connaissait pas et n’entendra plus parler de lui.

 

…aussi celle de toutes les déceptions

 

La formation commencera très tôt. Il était surtout question de discipline. Le reste était précis et studieux : 15 jours pour savoir tous les secrets de la kalachnikov, 15 jours pour le pistolet et 4 jours pour la fabrication d’une bombe. Pour ce dernier exercice, seuls les plus doués ont été retenus. «Un essai peut être unique». Au moment de la formation, une compétition est ouverte pour savoir qui sont les plus forts, les plus habiles, les plus fervents. Une formation brève sur l’utilisation du RPG 7 a été faite par un algérien, ancien de l’Afghanistan, présenté sous le nom d’Abu Ussama. C’est lui qui serait le lien avec Al Qaeda (voir encadré).

Pendant la formation, il n’y a pas lieu de discuter. Les sorties («kharja») sont nombreuses. Il s’agit de visites dans les campements et villages de la région. Cela ressemble plus à la prédication classique mais a pour fonction de permettre l’implantation sociale du groupe. «L’objectif de notre présence ici n’est jamais à l’ordre du jour». Si bien qu’au bout de quelques temps, les nouveaux venus s’oublient et se fondent dans le groupe auquel ils appartiennent désormais.

Deux, puis trois mois, quelques fois des problèmes se posent. L’occasion de rappeler pourquoi on était venu. Discussion vite dépassée, retour à ce qui est devenu la routine. Jusqu’au jour où…

Bella’war est venu demander à un groupe de 7 combattants de le suivre en vue d’une opération. Il choisit les 7 éléments dont Mohamed. Sans expliquer la nature de l’opération. Il les amène dans un oued et les dispose en forme d’embuscade. Il était midi. Il ordonna à l’un d’eux de préparer un thé pour les autres. Deux voix – mauritaniennes – s’élèvent pour demander des explications. Mais rien. «Nous avons obligation religieuse de savoir auparavant qui allait-on combattre et dans quel objectif». Mohamed décida secrètement de tirer seulement s’il s’agit de «nçaras» (occidentaux). D’ailleurs ils obtinrent la possibilité de tirer en l’air d’abord. C’est vers deux heures que deux voitures entrèrent dans la passe. Quelques-uns des combattants tirèrent en l’air pour stopper les voitures. Mais quelqu’un répliqua avec un 12/7. Il fut tué sur le champ. Les voitures s’arrêtèrent. Deux mauritaniens n’avaient tiré aucune balle : ils avaient toujours leur 120 balles de départ. Surpris, les combattants découvrirent qu’il n’y avait là que quatre touarègues, musulmans comme eux. Il est vrai qu’ils convoyaient de la drogue depuis le Maroc. Polémique : que faire de la drogue, des voitures et des biens retrouvés avec les convoyeurs.

Sur le coup, Bella’war sentant la réticence des combattants présents alla ramener d’autres pour les remplacer. Mais de retour au camp, la polémique reprit. De l’avis de la majorité, ces convoyeurs sont des criminels mais ne peuvent être réprimés que par une armée islamique appartenant à l’Etat islamique. Ce qui n’est pas leur cas. Pour eux, la drogue, produit interdit, doit être détruite immédiatement. La diya doit être versée comme compensation pour les parents du mort, les autres convoyeurs doivent être libérés immédiatement.

Très tôt des messages alarmants sont parvenus au camp. Les parents des convoyeurs lançaient un ultimatum et de gros bonnets maliens et marocains exigeaient la restitution des voitures et de leur chargement. C’est en grande pompe que Bella’war organisa les réparations : une réception officielle à laquelle participèrent administrateurs et chefs militaires maliens (région de Kidal), envoyés des trafiquants et parents des convoyeurs fut organisée en plein désert. Bella’war restitua tous les biens et versa une diya pour le mort. L’entente cordiale prévalait entre le chef de guerre et les autorités locales. D’où le doute des combattants. Aggravation des dissensions. De quoi accréditer les appréhensions des éléments du groupe de Abdel Hamid et expliquer certains départs de combattants de la première heure comme ce Muç’ab Abu Dawoud qui a préféré gagner les maquis en Algérie plutôt que de rester dans le sillage de Bella’war.

 

Ruptures

 

Cet incident était suffisant pour faire revenir à la charge les combattants mauritaniens qui voulaient repartir pour gagner un champ de bataille. Commencent pour eux l’époque des procès. Le premier à passer est Abu Hajjar, actuellement en prison à Nouakchott. Il s’est bien défendu en faisant la démonstration que l’activité du groupe n’avait rien d’un combat islamique. Il fut ramené à Khalil – village caravansérail, point de convergence des combattants. De là il fut renvoyé en Mauritanie où il fut arrêté dès son retour par la police politique qui a, à cette époque, entrepris de démanteler les réseaux terroristes. Un travail de professionnel avait alors été lancé. De grosses pointures tombèrent. Parmi elles Al Mouthanna qui aurait fait partie du groupe de Lemghayti. Dans son ordinateur on retrouva une mine d’informations. Y compris les plus récentes images de Bella’war et de son groupe. En moins de quelques mois, la police politique mauritanienne passait pour la première de la région en matière de connaissance et de suivi des groupes opérant dans le Sahara. Ce qui lui permettait d’opérer des arrestations ciblées et d’éviter les rafles qui ont caractérisé la période d’avant et qui ont toujours été inefficaces.

Dans les camps de Bella’war, le groupe des mauritaniens continuait à ruer dans les brancards. Débats plusieurs fois reportés par le chef de guerre. Puis décision de refaire le procès. Assemblée générale dont l’objectif était de savoir si les mauritaniens avaient ou non le droit de repartir. Pour eux, ils étaient venus pour savoir tuer les infidèles pas pour combattre les armées musulmanes. Ils devaient donc partir vers des champs de bataille «adéquats». Argument de Bella’war : «je ne peux pas continuer à former des mauritaniens pour les renvoyer se faire arrêter par la police de leur pays, là-bas ils vont livrer nos secrets».

Mohamed qui faisait partie du groupe des trois jugés, rétorqua : «tous les secrets ont été livrés par Al Mouthanna, tes photos récentes, nos noms, notre système… nous n’avons rien à cacher, pour ce qui des emplacements, si tu perds toi-même le GPS, tu ne peux plus les retrouver. Alors laisse-nous partir». Il ira même jusqu’à dire que les combattants ne pouvaient pas continuer à vivre d’un argent acquis à travers les trafics de drogue, de cigarettes et de la corruption offerte tantôt par les populations tantôt par l’administration. «Les combattants sont prêts à aller en Algérie où les autorités ferment les yeux, si elles n’aident pas ceux parmi eux qui veulent aller en Irak ou en Afghanistan». Niet.

Ces jours-ci, 7 nouvelles recrues venaient d’arriver. Dont ceux qui allaient commettre plus tard l’agression d’Aleg. Cette agression qui est la réponse des combattants mauritaniens qui voulaient faire la démonstration que les objectifs occidentaux étaient plus «payants» que les locaux. C’est pourquoi Al Qaeda pour un Maghreb Islamique n’a jamais revendiqué l’attaque. Il s’agit en fait d’une conception et d’une exécution locales. En intervenant à Al Ghallawiya quelques jours plus tard, AQMI voulait prendre en otage un groupe de touristes européens, la mort de soldats mauritaniens est quelque peu accidentelle. Mais la stratégie a changé depuis (voir article sur Tourine).

Le camp foisonnait à l’occasion des nouvelles arrivées. Bella’war était parti accomplir sa «kharja». Le moment était propice. Mohamed prit un bidon de deux litres d’eau. Peu après la prière du crépuscule il s’éloigna comme pour satisfaire un besoin. Il avait normalement le choix entre deux voies : prendre la direction du sud-est en allant vers Khalil qui se trouvait à environ 80 kilomètres, ou aller vers Tombouctou au sud-sud-ouest (450 km). Il mit cap à l’ouest. Il se rappela qu’à 120 kilomètres de là, il y avait un puits où campait une famille Kounta. A l’occasion de quelques-unes des «kharja» du groupe, il avait eu l’occasion de discuter avec l’un des hommes de la famille. D’ailleurs il se présentera comme un Kounta, espérant que l’obligation de solidarité du sang jouera. Mais la peur et la défiance sont là. Il obtient cependant une aide pour atteindre quelques campements touaregs où vivait une famille dont la mère est une Chérif de Tichitt. En réalité une cousine à lui. Le fils de cette famille avait une voiture et, qui sait, accepterait de l’amener quelque part. Deux jours de marche forcée au total.

Arrivé chez la famille, il préféra rester Kounta – quand on est déjà Kounta on ne change pas d’appartenance, fut-ce pour être Chérif. Mais il précisa que du côté de sa mère il est Chérif de Ahl Taleb Ahmed (en fait sa fraction qui est aussi celle de la mère de la famille). Cela changea tout. Traité en oncle, il fut amené à Khalil. Là son accompagnateur lui donna 100 euros avant de le laisser. Riche et béni : près de 68000 FCFA. De quoi aller en Mauritanie. Il alla trouver un trafiquant à qui il proposa 10.000 FCFA pour le ramener à Tombouctou. Ils étaient plusieurs personnes à vouloir aller de ce côté. Deux gros camions MAN furent mis en route. Quelle ne fut sa surprise de découvrir deux de ses amis qu’il avait laissé dans le camp. Ils avaient fui. Parmi eux Ahmed Ould Radhi qui devait trouver la mort dans les attaques de Nouakchott en avril dernier. C’est seulement à Tombouctou où ils arrivèrent au bout de quatre jours de voyage qu’ils décidèrent d’être ensemble, jugeant qu’ils étaient hors de danger. Ils prirent une land Cruiser pour la frontière. Arrivés à Touil, non loin d’Amourj, ils descendirent et marchèrent pour éviter les contrôles. Mohamed alla rejoindre les siens quelque part dans le Koush tandis que les deux autres continuèrent pour aller à Nouakchott. Toujours vigilante et très au courant de ce qui se passait, la police politique de l’époque les cueillit à Timbédra. Mohamed sera arrêté quelques jours après une cavale qui le mènera au Sénégal.

A l’époque, le comportement du pouvoir en Mauritanie visait d’une part à démanteler les réseaux existants en infiltrant les combattants, d’autre part à éviter la confrontation inutile. Seuls ceux qui sont accusés d’avoir participé de près ou de loin à une action violente connue, seuls ceux-là ne devaient bénéficier d’aucune indulgence. Les autres sont soit récupérés et reversés dans les réseaux, soit «reconvertis». Mohamed fait partie de ces derniers. Il est donc relâché après avoir été entendu par la police. Il est depuis un paisible citoyen qui, de temps en temps, est rappelé par ce passé. Soit en apprenant la mort de quelque compagnon, soit en se faisant intercepter par la police. Il tente d’oublier en se consacrant à ses études. Il vient d’avoir son baccalauréat et se prépare à entrer dans le cycle universitaire…

Quand il vous entretient de ce passé, c’est avec beaucoup d’humour. Comme s’il se moquait de l’enfant qu’il était.

 

MFO

 

Encadré :

Who’s who ?

 

Quand ils ont attaqué Lemghayti le 5 juin 2005, ceux du GSPC avaient invoqué la répression dont étaient victimes les islamistes à l’époque. Ils avaient parlé de la mort de Zeyneb lors d’une manifestation à Nouakchott. Prétextes. En réalité et d’après les acteurs de l’opération, il s’agissait d’un acte qui visait le ravitaillement du groupe. Le groupe dirigé par Bella’war n’avait pas eu sa part de la rançon versée pour les touristes à Abdel Razak dit «El Para». Il manquait d’armes et de moyens. La région est infestée de trafiquants de cigarettes, de drogue et d’immigrants. Il fallait faire une action d’éclat. Avoir des armes et faire peur dans la région. Bella’war est entouré surtout par les mauritaniens. Deux de ses lieutenants mauritaniens auraient été arrêtés il y a peu par les maliens alors qu’ils manipulaient une bombe artisanale. D’autres éléments mauritaniens de son groupe ont été arrêtés à Khayes.

A l’époque de Lemghayti, l’Emirat du Sahara n’avait pas encore vu le jour et le GSPC n’était pas encore affilié officiellement à Al Qaeda. Le groupe de Bella’war utilisait la région comme source de ravitaillement et de repli pour les combattants blessés ou fatigués. Il avait passé une sorte d’accords tacites avec les autorités maliennes et n’était, de ce fait, pas particulièrement recherché.

C’est Abdel Hamid chef d’un autre groupe opérant dans le sud algérien, qui avait les moyens. Les deux groupes fonctionnaient en complémentarité malgré la concurrence déjà très forte. Pour une raison évidente de proximité, le groupe de Abdel Hamid est essentiellement constitué de sahraouis et d’algériens. Il évolue dans la région de Tindouf, dans ce no man’s land qui fait la frontière entre
la Mauritanie, le Mali et l’Algérie. Son groupe s’est d’abord appelé «seriyet el imdad» (escadron de logistique) et relevait de la 5ème région. Plus tard, c’est lui qui nommera Abu Ammar qui venait de la 6ème région en Algérie, à la tête de l’Emirat du Sahara qui devenait alors la 10ème zone d’opération (l’Algérie est divisée en 9 zones d’opérations). Abu Ammar est un ancien d’Irak que peu de gens connaissent. On sait que son fils a failli être arrêté en 2005 à Zouératt où il était venu se soigner d’une blessure de guerre. Il se fait entourer surtout d’algériens et dans un deuxième niveau de sahraouis (des camps).

Parmi les chefs de guerre opérant au Sahara et peu connus, figure Abu Ussama qui est un ancien d’Afghanistan. Chef des «Ansar», il opérerait aujourd’hui dans la 2ème région en Algérie. Il a enseigné le maniement des armes lourdes et la confection des bombes dans les rangs du GSPC. C’est lui qui serait le véritable lien avec Al Qaeda. C’est pourquoi de nombreux combattants le pressentent comme le futur chef de toute la galaxie opérant dans le Sahara. Il pourrait être envoyé par AQMI pour fédérer tous les groupes de combattants qui sont aujourd’hui rongés par les guerres personnelles. Abdel Hamid est convaincu que Bella’war travaille avec les renseignements algériens et maliens et chercherait à le liquider. Les deux hommes n’acceptent jamais de se retrouver entre eux. La même suspicion anime les relations entre Abu Ammar et Bella’war.

Bella’war offre l’avantage d’avoir des hommes de toute la région, y compris du Nigeria à laquelle il fournit le groupe «talibaan Nigeria» opérant à Kano, de Casamance… Il a réussi à s’incruster dans le tissu social tribal local et bénéficie de la diligence, plus ou moins visible, des autorités des pays concernés (Algérie, Mali et jusqu’à 2005 Mauritanie). Mais son action tend à se confondre avec celle des trafiquants du grand Sahara.

Abu Ussama, Abdel Hamid, Abu Ammar et les autres sont loin des réalités sahariennes qui leur importent peu. Leur objectif est de faire de tous les pays un champ de bataille, une zone d’opérations pour s’attaquer aux intérêts occidentaux.

Zone de repli, de formation des combattants des scènes de bataille Irak et Afghanistan, le Sahara devient donc une zone de confrontation dans la guerre contre le terrorisme.

 

 

Source : La Tribune n° 417




Vers un nouveau parti ?

22092008

Vers un nouveau parti ?

Ils étaient quatre courants politiques dont les Nouvelles Forces du Changement, Défense et Consolidation de
la Démocratie, Les Initiatives Populaires et Le Courant National pour
la Démocratie et le Changement, à avoir organisé la semaine dernière, au siège des NFC une rencontre au cours de laquelle ils ont appelé à la création d’un nouveau parti politique.
Plusieurs orateurs et représentants des différents courants de cette coordination ont pris la parole pour renouveler leur engagement en faveur du changement et dans un cadre de concertation exemplaire garantissant pour le pays une sortie de la crise politique ayant abouti au changement du 6 août dernier.
Dans une intervention à cette occasion, l’ancien premier ministre Sid’Ahmed Ould Bneijara, a rappelé que le pays a besoin, aujourd’hui, plus que jamais, de l’union des toutes les synergies afin de bâtir une vraie démocratie qui répondrait aux exigences de l’heure, aux aspirations des populations et garantirait un meilleur avenir pour le pays.
Ce sera ensuite le tour du professeur Ahmed Baba Ould Ahmed Miské de prendre la parole pour lire la déclaration, en arabe, de la coordination de ces courants. L’ancien chargé de mission démis par le Président Ould Cheikh Abdallahi pour avoir critiqué les méthodes d’alors et la mise à l’écart des forces vives au sein du parti, s’active depuis en vue de lancer cette idée.
La parole sera donnée à Cheikhna Ould Nenni secrétaire général des NFC qui procédera à la lecture de la déclaration des quatre courant dans laquelle un appel est adressé à tous les mauritaniens, «en premier lieu les parlementaires» pour s’unir afin de créer un nouveau parti politique qui sera là pour remédier à ce que ces courants ont appelé «l’absence d’une structure rassemblant les forces politiques qui avaient vocation à constituer le principal parti de la majorité des forces politiques». «L’émiettement excessif du paysage politique en est l’une des caractéristiques. Pour y remédier, les quatre courants adressent un appel pressant à toutes les forces politiques concernées ; celles qui, pour l’essentiel, avaient pris conscience de la nécessité d’arrêter la dérive à la veille de
la Rectification du 6 août. L’appel à créer le Parti s’adresse en premier lieu aux Parlementaires, dont le combat pour imposer le rôle et la dignité du Pouvoir législatif a été l’une des grandes avancées du processus démocratique depuis le 3 août 2005. Il va de soi qu’ils joueront un rôle particulièrement éminent dans le parti qu’ils auront contribué à créer. L’appel s’adresse en même temps aux autres courants et groupes issus de la même mouvance et élus municipaux auxquels nous renouvelons l’invitation à partager avec nous cette initiative. L’appel s’adresse également et avec la même conviction, aux partis déjà constitués qui préféreraient se retrouver avec d’autres dans une grande structure ayant vocation à devenir le principal parti et donc le plus efficace acteur au service du pays. L’appel s’adresse enfin à tous ceux qui se sentiront concernés, que préoccupe le sort de
la Nation et qui souhaitent inscrire leur action dans une structure politique de ce type.
Pour «donner l’exemple» de ce qu’ils prônent, les quatre courants ont décidé, à leur modeste niveau, d’unifier leurs efforts dans une Coordination (provisoirement) quadripartite qui serait modifiée dès que d’autres participants seraient disponibles».

Les courants signataires sont : – Les Nouvelles Fores du Changement ; – Défense et Consolidation de
la Démocratie ; – Les Initiatives Populaires ; et – Le Courant National pour
la Démocratie et le Changement. (avec ANI)

Source : La Tribune n° 417




Un rêve brisé ou un redressement de la trajectoire ?

22092008

                                                                                                      

Un rêve brisé ou un redressement de la trajectoire ?       

 

Que l’on ne voit pas dans ce propos une contribution polémique au débat ouvert à la Tribune n° 416 du lundi dernier par Monsieur Med Saleck O/ Med Lemine (ex ministre des Affaires Etrangères), ce n’est pas ma nature. Que l’on n’y voit pas non plus la démarche tendancieuse d’un militant d’une cause, je ne suis affilié à aucun parti, encore moins la prétention d’une analyse pertinente d’un politologue puisque ce n’est pas ma compétence. Mon but est simplement d’apporter les constatations ainsi que la réaction et les réflexions d’un citoyen confronté à une étonnante démagogie, lourdement répétitive, touchant aussi bien des acteurs politiques de tout bord que des personnes bien cultivées et d’autres encore de grande réputation. Je parle d’étonnement, mais d’irritation aussi. Car – dussé-je paraître naïf en exigeant un minimum de rigueur intellectuelle – on ne doit pas jouer avec les mots en leur donnant des significations oscillatoires selon qu’on est à l’intérieur ou à l’extérieur des sphères du pouvoir en place. Il n’est que d’écouter tout ce monde porter son jugement sur le changement du 6 août dernier ; d’aucuns le qualifiant de putsch et donc un retour en arrière forcément condamnable, d’autres de rectification salutaire d’une expérience qui commençait à dévier dangereusement de sa destinée. Pourtant, toute l’histoire immédiate de ce pays est jalonnée de putschs souvent militaires mais aussi électoraux par l’instrumentalisation de l’Administration et de ses moyens coercitifs pour exercer une influence sur les électeurs ou organiser des fraudes moralement rédhibitoires. 

Mais, en fait, qui ne s’est pas laissé prendre par un passé récent à ces présentations qui donnaient aux plus condamnables actes l’apparence des plus justes causes ? 

Et qui, dans ce même passé, n’a éprouvé l’amertume de l’injustice et le sentiment de déception ou la rancœur de l’exclusion ? 

 

Le contexte d’inquiétude d’une démocratie vulnérable et les errements politiques d’un président 

 

Bien sûr chacun est libre de choisir son camp ! Il faut cependant garder à l’esprit que la juste mesure des réalités ainsi que le respect de la morale publique et donc du citoyen doivent demeurer les seuls fondements du discours ou de l’action politique. Mais le plus irritant dans cette «orientation opposée», c’est de voir des personnes d’une certaine envergure se lancer laborieusement dans une rhétorique pour le moins ubuesque aux fins de nous convaincre que la démocratie était autre chose qu’un processus sociétal vivant. En effet, au fond, la démocratie est un sentiment de confiance et d’adhésion des citoyens qui se renforce lorsque la classe dirigeante ou le pouvoir est équitable dans ses relations avec les citoyens et s’effrite quand ceux-ci ressentent que ce pouvoir est complaisant et insouciant ou, pire encore, méprisant. Et lorsque la plus haute autorité de la république perd son crédit, alors il ne reste plus qu’une bureaucratie de prébendes inefficiente et une démocratie vulnérable exposée à des impasses politiques et des blocages institutionnels qui perturbent le climat social. 

Voilà le contexte d’inquiétude qui prévalait avant le 6 août dernier et ce ne fut pas surprenant, au bout du compte, pour qui connaît les contours indécis de notre scène politique et la motivation personnelle qui détermine l’engagement d’une large majorité de ses acteurs. Déjà, le 6 mars 2007, en pleine campagne présidentielle et parlant du désenchantement qui nous attendait après l’élection du candidat Sidi Ould Cheikh Abdallahi, j’avais écrit dans les colonnes de l’Authentique : «La surprise ici tient au risque d’une erreur de perspective : 2007 pourrait être non pas le début d’un changement de nature à… susceptible de… mais le recommencement d’une dérive dont quelqu’un se demandait il y a seulement moins de deux ans où allait-elle nous mener. Au ciel de la démocratie ou aux rivages de l’involution ? ».  

Et il ne s’agissait là d’aucune prévision d’expert ni d’une prémonition de saint, mais uniquement d’un constat tout simple : au-delà de l’expérience professionnelle des uns et des autres, qui n’est pas suffisante à elle seule pour déterminer leur qualité de dirigeant, l’image rassurante d’un homme tranquille est une chose, celle d’un homme porteur de projet de changement et d’espoir en est une autre. 

Ensuite, pour être capable de bien gouverner en démocratie et réaliser des ambitions d’un destin national, c’est-à-dire des œuvres économiques importantes et des réformes politiques nécessaires qui resteront gravées dans l’histoire de son pays, un président doit d’abord avoir une expérience ou un passé politique de conquête du pouvoir caractérisé par un certain sacrifice ainsi qu’une rigueur morale éprouvée et une conviction inébranlable. 

Or qui eût pu affirmer que ce portrait correspondait à celui du candidat SIDIOCA ?   

Mais est-ce à dire que ce passé était la condition sine qua non qui fait de ce président l’architecte de la construction d’un pays ? Pas du tout. Seulement voilà : ce passé trempe le caractère d’un président et lui permet d’acquérir la capacité d’évaluer les enjeux politiques, d’arbitrer et de trancher lui-même ; il le pousse à dominer ses pulsions d’intérêts personnels face aux tentations du pouvoir ; il l’affranchit des influences familiales et claniques ou de celles qui obéissent à des fins mercantiles.       

Plus significatif encore, lorsqu’un président annonce ses intentions en public ou en privé, celles-ci ne doivent plus faire l’objet de doute pour personne et surtout pas pour lui. La menace puis le subterfuge au sujet de la dissolution de l’Assemblée nationale n’a-t-elle pas fait perdre au président déchu tout le crédit qui lui restait ? La fonction présidentielle n’a-t-elle pas été dépouillée de toute sa primauté par ce tâtonnement ? 

Enfin, dans une démocratie, lorsqu’un président se voit privé de sa majorité politique ou parlementaire, il doit faire face à cette nouvelle donne avec hauteur en procédant par des mesures à la dimension de son statut et autrement plus crédibles que des manœuvres à la fois archaïques, dilatoires et propres aux manipulations politiciennes. Dans ce cas que nous venons de vivre de manière inédite, et puisque l’arbitrage du peuple n’avait pas été sollicité par des élections législatives anticipées, il eût mieux valu s’entendre avec cette majorité pour constituer un nouveau gouvernement sur la base d’une forme consensuelle et qu’importe si cette concession était considérée comme un affaiblissement symbolique ou menaçante pour quelques privilégiés, le président déchu n’en sortirait que politiquement grandi et auréolé du titre de démocrate exemplaire d’autant que ses attributions constitutionnelles n’en seraient nullement affectées ou diminuées. 

Au lieu d’agir sur les événements comme il sied à un président, aux fins de dissiper l’inquiétude crescendo d’une vraie crise interne, il a donné l’image d’un président insouciant ou qui avait des difficultés à supporter la charge de ses responsabilités en usant du faux-semblant et en s’intéressant plus aux voyages de réunions formelles à l’extérieur du pays qu’à la solution de cette crise dont il était le seul à dire (avec conviction ?) qu’elle n’était que virtuelle. Et, en dernier ressort, il s’est laissé entraîner dans une fuite en avant avec la décision de décapiter d’un seul coup les têtes de l’Armée, dans une forme défiant l’orthodoxie de toutes les règles en la matière et dont l’objectif n’aurait rien apporté de nouveau à l’étoffe politique de l’homme ou à sa capacité intrinsèque de diriger ; encore que les risques de cette décision étaient bien perceptibles, même pour le citoyen lambda. 

Tous ces errements s’accordent pour mettre en lumière une incompétence politique évidente qui n’était franchement pas imprévisible. Il fallait seulement savoir dès le départ que les hommes tranquilles et «  rassurants » n’étaient pas faits pour gouverner en démocratie, parce que celle-ci est compliquée par sa nature même ; seul l’exercice du pouvoir dans une dictature est simple et n’exige aucune qualité exceptionnelle. Ouvrons ici une parenthèse facile à comprendre pour souligner que tout dictateur est naturellement médiocre : il arrive au pouvoir souvent accidentellement de manière inattendue ou sous l’influence d’une force souterraine qui l’utilise ou encore dans l’ombre de celui auquel il était servilement docile ; il commence son pouvoir par l’instrumentalisation des appareils de l’Etat pour satisfaire un immense désir de puissance qui traduit plus un complexe qu’un trait d’autorité. Il devient ensuite, sous le culte ou la caricature du sacre de la personne qui flatte son égocentrisme, un objet de manipulation entre les mains de son clan ou de ses proches collaborateurs qui se transforment vite en minorité de privilégiés dont la plus part est dépourvue de mérite intellectuel ou de qualité morale. Et il finit toujours dans les limbes de la mémoire collective, car il n’est jamais regretté que par cette minorité dont plusieurs de ses membres finiront par avoir honte de quelques épisodes de leur passé. Fermons cette parenthèse pour préciser que le président ici en question ne faisait montre d’aucune propension à la dictature, sa nature et son niveau culturel ne l’y poussent point (le dictateur est souvent inculte), mais il donnait l’impression d’être néophyte en politique ou, en tout cas, totalement perdu dans un monde qui n’était pas le sien. Car ce fut effectivement une autre erreur politique que de vouloir créer un parti à l’image du PRDS dans un contexte démocratique très différent et qui avait beaucoup évolué par rapport à l’époque de la gloire de ce dernier. Ce « cadre politique de la majorité présidentielle » ne pouvait devenir qu’un terrain très fertile de dissensions et donc un parfait « cadre » pour faire éclater au grand jour la crise qui couvait alors en sourdine, notamment lorsque les caciques de l’ancien régime avaient accaparé ses instances supérieures laissant aux carreaux les parlementaires et autres acteurs politiques pourtant devenus plus représentatifs lorsque les élections étaient pour la première fois, en 2006, transparentes ou sans interférences prononcées de l’Administration. 

Indépendant ce président a été élu, indépendant il devait rester tout en faisant la part des choses entre la majorité parlementaire qui s’était déjà regroupée pour soutenir son programme et les autres qui ne peuvent exercer l’action politique que dans l’ombre du pouvoir et quelque soit la nature de celui-ci. 

Ces derniers n’ont-ils pas initié, pour cette raison, la création de ce « cadre… présidentiel » alors qu’ils étaient tous des dirigeants du PRDS qui existait et existe toujours avec un R à la place du S ?   

Cette initiative n’était donc qu’une tentative malicieuse de nous ramener au parti-Etat monolithique et contraire à l’essence même de la démocratie pour noyer facilement leur baisse de popularité dans l’échiquier politique ou reprendre du poil de la bête avec l’influence et l’appui de ce parti-Etat. 

Ensuite, même s’il est issu d’un parti et nourri l’ambition d’un deuxième mandat, un président de la république doit éviter de passer pour être clanique et de se laisser entraîner dans un manichéisme pavlovien des activistes politiques ou de se plier à l’exclusivisme des partis, d’autan plus lorsqu’il a été élu en qualité de candidat indépendant. Bien entendu les meilleurs et les plus crédibles de ses amis devront occuper le devant de la scène publique, mais les autres doivent trouver leur place ailleurs dans les rouages de la république au même titre – du reste – que les cadres compétents de l’opposition. 

C’est cela le respect des citoyens et la considération de l’opinion publique, l’incarnation de l’unité du peuple et non plus d’un parti. Et c’est en cela qu’en démocratie les chefs de partis démissionnent de cette fonction aussitôt élus présidents de la république pour se placer au dessus de tout le monde, ce qui ne les empêche nullement de se présenter une nouvelle fois au suffrage du peuple sous les couleurs de leurs partis. 

Mais le problème de départ de ce « cadre politique de la majorité présidentielle » était celui-ci : ses inspirateurs n’avaient pas gardé à l’esprit que les partis politiques ont besoin d’un leader de qualité pour exister réellement et que la seule compétence des collaborateurs ne pouvait compenser le déficit de charisme et l’inexpérience politique du chef. En revanche (et c’est propre à notre mentalité forgée en plusieurs décennies), ils avaient imaginé que l’attraction du pouvoir était suffisante pour susciter l’adhésion mais c’était oublier que nous étions désormais en démocratie et que cette attraction devait finalement engendrer des résultats pour être crédible. 

  

Le redressement de la trajectoire  

 

Mais nous sommes maintenant dans un autre contexte et la fin de l’incompétence politique ne doit pas être l’ultime objectif du Haut Conseil d’Etat (HCE), elle doit plutôt constituer un autre défi qui le charge de nouvelles responsabilités. Il s’agit alors de savoir comment devrait s’opérer rapidement le nouveau départ vers un horizon différent de celui auquel nous étions engagés depuis quelques mois tout en restant dans la même trajectoire démocratique. Il faudrait d’abord en être conscient et mesurer à sa juste dimension la cacophonie actuelle des mécontents et des laudateurs, parce qu’ils partagent tous la même démagogie qui commence à se répandre tantôt sous sa forme habituelle, lorsque s’expriment des chefs de file ou des activistes historiquement bien connus, tantôt en adoptant un style plus insidieux quand des personnalités renommées prennent le relais sur un autre ton. 

C’est une démagogie particulièrement nocive pour la construction d’un Etat de droit, l’expérience de son épanouissement durant les deux dernières décennies illustre parfaitement sa nuisance aussi bien pour le pouvoir de cette époque qui l’entretenait lui-même par son aveuglement que pour le pays tout entier. 

En réalité, la question qui se pose clairement aujourd’hui est de savoir comment déterminer le meilleur procédé et à moindre frais pour sortir vite de cette situation que les uns et les autres essayent dans leurs camps respectifs de minimiser ou d’exagérer et dont le profil se dessine dans cette cacophonie interne et à travers l’image extérieure du pays dont le moins qu’on puisse dire est qu’elle n’est pas dans ses meilleurs jours. Et pour que cette image reprenne sa récente réputation qui en faisait un exemple partout célébré et enviable, au moins dans le monde arabe, il faudrait déployer une action d’explication convaincante en direction de nos partenaires au développement, notamment ceux qui ont déjà proclamé leur désapprobation, sans négliger le rétablissement nécessaire de notre position au sein de l’Union Africaine et autres institutions internationales. On voit donc bien le problème que soulève cette question autant que la réponse qu’elle appelle ; il s’agit tout simplement de quitter le banc des accusés avant que ne soit déclenché le mécanisme des sanctions dont la mise en place est beaucoup plus facile que la levée qui, elle, sera soumise à des conditionnalités autrement plus difficiles. 

En outre, il vaut mieux accueillir avec discernement certaines attitudes de compréhension   paternalistes qui peuvent sans nul doute aider mais qui peuvent aussi être animées par des intérêts géopolitiques inavoués : nous faire croire que les choses pourraient s’arranger avec le temps et nous voir rester dans cette situation pour « vendre » plus facilement leur démocratie afin de toucher exclusivement, sans concurrent, les dividendes de ce système reconnu aujourd’hui comme étant le plus efficace des systèmes politiques… 

Ainsi, le nouveau défi du HCE doit être guidé par une ambition exaltante, pas celle qui traduit l’intention de prendre le pouvoir pour s’approprier les privilèges qu’il procure ou la puissance qu’il confère, mais celle qui constitue la raison même de l’intervention d’une armée républicaine dans la vie politique et qui doit s’inscrire dans un projet de société comportant un sursaut national, comme en août 2005. Cette ambition doit également être clairement affichée, car il faut des approches de réformes concrètes pour convaincre dans ce monde d’aujourd’hui. Même s’il lui faut encore composer avec la réalité du moment, le HCE ne doit jamais oublier le but de son action du 6 août ni cesser de le montrer en précisant bien que ce changement était uniquement justifié par l’urgence de mettre fin à la dérive qui prenait des allures de plus en plus inquiétantes et la nécessité de rétablir le fonctionnement normal de toutes les institutions issues des choix du peuple, à commencer par la première d’entre elles. 

Mieux vaudrait, certes, qu’il ait devant lui une période suffisante de stabilité politique durant laquelle serait assurée l’installation cohérente de cette institution au sommet de la république. Et sans doute faudrait-il tenir compte du temps nécessaire à l’explication et à la discussion. Mais au regard des acquis de la dernière transition et du climat politique actuel ainsi que du contexte international, le pays pourrait-il attendre trop longtemps pour ce redressement de sa trajectoire démocratique ? 

Le nouveau Gouvernement devrait donc s’attacher sans tarder à convaincre nos partenaires en s’appuyant sur une plate-forme consensuelle, avec la classe politique, fixant les modalités d’une élection présidentielle dont l’organisation semble être l’une des actions les plus attendues de son programme. Parce qu’au-delà des performances qu’il pourrait réaliser, à commencer par la récente baisse sur les prix de consommation des produits alimentaires et quand bien même il s’agit d’une baisse ressentie avec satisfaction dans le quotidien des ménages, il n’en demeure pas moins qu’il y a tout d’abord un problème politique d’acuité. Or un tel problème risque de s’amplifier à la longue ou de conduire à un pourrissement du climat social dont la sérénité actuelle traduit plutôt l’expectative des citoyens face à ce changement qui doit sûrement prendre temps limité à la recherche et à la réflexion pour préciser ses orientations.            

                                                                                                 

 AHMEDOU OULD MOUSAPHA 

 

(Ancien conseiller des premiers ministres de la transition et du premier gouvernement de Sidi ould Cheikh Adallahi) 

 

Source : La Tribune n°417 




Mauritanie :Commerce/Investissement

22092008

Commerce/Investissement 

 

Des réformes réglementaires qui favorisent l’investissement 

 

2008 a été l’année des réformes réglementaires pour favoriser l’investissement en Afrique, selon Doing Business, organisme au service du groupe Banque Mondiale. Plusieurs pays dont la Mauritanie se sont illustrés en rendant leur législation et les procédures des affaires plus faciles. Ceci a ainsi entre autres, permis au commerce transfrontalier africain de se développer plus durant cette année, avec de très belles perspectives pour les années à venir. 

 

 

L’Afrique a connu une année record en matière de réformes réglementaires visant à faciliter la pratique des affaires : 28 pays ont adopté 58 réformes, selon Doing Business 2009, la sixième édition d’une série de rapports annuels publiés par la Société financière internationale et la Banque mondiale. Trois pays africains figurent parmi les dix premiers réformateurs du monde en ce qui concerne la réglementation des affaires : le Sénégal, le Burkina Faso et le Botswana. Le Sénégal a  pris des mesures qui facilitent la création d’entreprise, le transfert de propriété et le commerce transfrontalier. Le Burkina Faso a adopté un nouveau code du travail et des réformes relatives au transfert de propriété, à l’octroi d’un permis de construire et au paiement des taxes et impôts. Le Botswana a raccourci les délais nécessaires pour créer une entreprise, facilité le commerce transfrontalier et renforcé la protection des investisseurs. Dans le même esprit, les services de douane ont suivi une formation sur l’utilisation d’un système de transfert électronique de données, qui a accéléré le traitement des documents commerciaux et réduit les délais à l’export de deux jours et les délais à l’import d’un jour. Une nouvelle loi sur les sociétés est entrée en vigueur, en vertu de laquelle les transactions entre parties apparentées doivent être approuvées par les actionnaires et les administrateurs doivent verser des dommages-intérêts et restituer les profits s’ils sont tenus responsables. Enfin, depuis janvier 2008, les entreprises doivent affecter 0,2 % de leur chiffre d’affaires à la formation du personnel. Des actions dont la Mauritanie pourraient s’inspirer. Du reste, notre pays a connu une amélioration de son climat d’investissement, comme le note Doing Business 2009.

 

La Mauritanie de plus en plus propice à l’investissement 

 

La Mauritanie a simplifié les conditions d’inscription au registre du commerce, ce qui a réduit les délais et le coût de création d’entreprise et simplifié les démarches. Le pays a également adopté son premier code du bâtiment. Cela simplifie les conditions à remplir pour les petits projets de construction et prépare le terrain pour la mise en place d’un guichet unique pour les permis de construire. Ces améliorations ont permis à la Mauritanie de se classer 160ème, gagnant ainsi six places depuis l’an passé. «Les pays ont besoin de règles efficaces, faciles à appliquer et accessibles à tous ceux qui les utilisent. Sinon, les entreprises sont prisonnières d’une économie informelle et non réglementée, où elles ont difficilement accès au crédit, recrutent moins d’employés, et où les travailleurs ne sont pas protégés par le droit du travail», explique à cet égard Michael Klein, Vice-président pour le développement financier et du secteur privé de la Banque mondiale/SFI. «Doing Business encourage à adopter de bonnes réglementations, qui offrent une meilleure base de développement aux entreprises que les relations personnelles», ajoute-t-il. Ces signes encourageants pour le futur des investissements directs étrangers chez nous, ne doit pas occulter le fait que de grosses lacunes demeurent, particulièrement au niveau de la protection des investisseurs, qui n’ont toutes les garanties de transparence qu’il faut devant la justice, en cas de litige. L’indice de protection mis en place par Doing Business le classe parmi les plus mauvais élèves de l’ Afrique subsaharienne, avec un coefficient de 3,7 sur 10!

 

Des réformes qui accélèrent le commerce transfrontalier aussi 

 

L’effervescence des réformes en Afrique, coïncide avec des échanges commerciaux de plus en plus vifs, avec le reste du monde. Celle-ci favorisant la confiance accordée aux pays, les investisseurs rechignent moins à y développer des projets onéreux. De ce fait, l’Afrique est aujourd’hui très convoitée pour ses immenses ressources naturelles et son marché de 350 millions de consommateurs. Les grandes régions du monde veulent toutes faire du commerce avec l’Afrique : les États-Unis, la Chine, la Turquie, l’Amérique du Sud et même l’Algérie voisine. Le volume global des échanges commerciaux entre l’Afrique et les États-Unis, en progression constante, pourrait dépasser le chiffre de 44,2 milliards de dollars en 2008.

 

Le pétrole domine naturellement ce commerce, mais les importations non pétrolières des États-Unis, dans le cadre de la loi sur les opportunités de croissance pour l’Afrique (AGOA), ont atteint le triple de leur volume de 2001. La Chine envisage de porter à 100 milliards de dollars par an, à l’horizon 2010, le volume de ses échanges commerciaux avec les pays d’Afrique. Sur la période 2002 à 2007, les échanges commerciaux sino-africains ont crû de 30%. Les exportations de ressources naturelles de l’Afrique vers la Chine sont passées de 3 milliards de dollars en 2001, à 22 milliards de dollars en 2006. Le pétrole représente 80% de ces exportations. Pour développer ses échanges commerciaux avec l’Afrique, Pékin va étendre le traitement des tarifs douaniers ruraux à la majeure partie des produits importés d’Afrique.

 

MLK 

 

 

Encadré 1: 

 

Doing Business classe les pays en fonction de dix indicateurs de la réglementation des

affaires. Ceux-ci relèvent les délais et les coûts d’application de la réglementation

nationale relative à la création, l’exploitation et la fermeture d’une entreprise, au

commerce transfrontalier et au paiement des taxes et impôts. Les classements ne

considèrent pas la politique macroéconomique, la qualité de l’infrastructure, la

volatilité des taux de change, les perceptions des investisseurs, ni les taux de criminalité.

Pour la cinquième année consécutive, les pays de la région Europe de l’est et Asie

centrale sont ceux qui ont le plus réformé la réglementation des affaires, plus de 90 %

d’entre eux ayant procédé à des améliorations. Les dix premiers réformateurs du

monde sont, dans l’ordre décroissant, l’Azerbaïdjan, l’Albanie, la République kirghize, le

Bélarus, le Sénégal, le Burkina Faso, le Botswana, la Colombie, la République

dominicaine et l’Égypte.

 

Encadré 2: 

 

Facilité de… 

Classement Doing Business 2009 

Classement Doing Business 2008 

variation dans le classement 

Investissement 

        160 

       166 

          +6 

Création d’entreprise 

        143 

       169 

          +26 

Embauche des travailleurs 

        123 

       121 

        -2 

Transfert de propriété 

        61 

       56 

        -5 

Obtention de prêts 

       145 

      141 

       -4 

Protection des investisseurs 

       142 

      141 

        -1 

Paiement des impôts 

       174 

      174 

        

Commerce transfrontalier 

      158 

      159 

        +1 

Exécution des contrats 

       84 

      86 

        +2 

 

Source: Le groupe de la Banque Mondiale 

 

Encadré 3: 

 

Exécution des contrats 

 

Ce sujet évalue la complexité de l’exécution des contrats en suivant l’évolution d’un litige et en relevant la durée, le coût et le nombre d’étapes nécessaires entre le dépôt de la plainte et le règlement du créancier.

 

Indicateur

Mauritanie

Région

OCDE

Procédures (nombres)

46

39,4

30,8

Durée (jours)

370

659,7

462,7

Coût (% du litige)

23,2

48,9

18,9

 

Encadré 4: 

 

Protection des investisseurs 

 

Les indices ci-dessous décrivent 3 dimensions de la protection des investisseurs: Transparence des transaction (Indice de divulgation), Conflit d’intérêt (Indice de responsabilité du directeur), habilité des actionnaires à poursuivre les administrateurs et directeurs pour faute professionnelle (Facilité pour les actionnaires d’engager une poursuites judiciaires). Les indicent oscillent entre 0 et 10, avec 10 représentant une meilleure divulgation, une plus grande responsabilité des directeurs, et plus de pouvoir pour les actionnaires de challenger les transactions et une meilleure protection des investisseurs.

 

Indicateur

Mauritanie

Région

OCDE

Indice de divulgation

5

4,6

5,9

Indice de la responsabilité du directeur

3

3,2

5,0

Indice du pouvoir des actionnaires

3

5,0

6,6

Indice de protection des investisseurs

3,7

4,3

5,8

 

 

Source : La Tribune n° 417




Énergie électrique

22092008

Énergie électrique 

 

Prix élevés, délestages récurrents 

 

Des «défaillances du réseau», gangrènent maintenant le quotidien des nouakchottois depuis plusieurs semaines. Problèmes structurels liés à l’approvisionnement en fuel, très cher aujourd’hui, un réseau défaillant, le projet de Manantali moins productif, notamment durant cette période de l’année explique les difficultés mauritaniennes. Mais la plupart des pays de l’Afrique de l’ouest rencontrent ces problèmes qui sont plus le résultat d’un manque de vision à long terme, et de stratégie d’intégration régionale. 

 

La Mauritanie, et particulièrement Nouakchott, subit  depuis plusieurs semaines maintenant des coupures récurrentes. Certains techniciens parlent de délestage, même si le chargé de communication de la SOMELEC se refuse d’évoquer ce terme: «Dans la plupart des villes, la desserte en électricité reste assez faible. À Nouakchott, elle se situe entre 30 et 35%.» relate Dahane Ould Taleb Ethmane, chargé de communication à la SOMELEC. «Les coupures qu’on enregistre ces temps-ci dans la capitale sont dues à des défaillance du système. Par exemple, quand l’apport de Manantali s’arrête brusquement, ou quand un défaut affecte le réseau. Mais nullement on ne saurait parler de délestage, qui intervient quand l’opérateur est déficitaire en terme de production par rapport aux besoins.» insiste-t-il. Il n’en demeure pas moins une défaillance récurrente du système électrique.

 

Des défaillances en voie d’être comblées? 

 

Dans un premier temps, il y a un problème conjoncturel lié au prix du carburant (les centrales mauritaniennes fonctionnent avec le diesel) qui a grimpé de 300% en à peine 5 ans. Et même si le prix du baril est repassé sous la barre des cent dollars, le coût demeure exorbitant. Ensuite, «indéniablement la structure de la production de la SOMELEC pèse lourd dans le bilan quand, comme cette année, le barrage de Manantali produit à peu près 75% de ce qu’il devrait produire en raison d’une pluviométrie déficitaire. Cela se ressent sur les résultats de fourniture d’énergie électrique» explique Mamadou Kane, Directeur de l’électricité au ministère de l’hydraulique, de l’énergie et des TIC. «Dans le court et moyen terme, de nombreux projets sont engagés. D’une part, des solutions d’urgence sont mises en place avec le soutien de nos partenaires, notamment le FADES et le Royaume d’Espagne, pour faire face à l’actuel déficit à Nouakchott et Nouadhibou. Aujourd’hui, la situation n’est pas catastrophique, même si elle pourrait et devrait être beaucoup mieux. Et à cet égard, il est heureux que la SOMELEC arrive à satisfaire à peu près correctement la demande pendant le mois de Ramadan qui cette année tombe en septembre, la pointe annuelle maximale. Tout ceci grâce à une amélioration progressive à l’interne de l’état de ses infrastructures. Les perspectives sont très encourageantes. À moyen terme, un co-financement du FADES et de la BID va nous permettre d’acquérir une nouvelle centrale de 40 Mégawatts (MW) d’ici 2010. Et surtout, nous pourrons compter bientôt sur l’hydroélectricité, qui bien que désavantagée par une relative intermittence induisant une incertitude sur la capacité disponible réelle, reste l’électricité la moins chère et permettant des puissances suffisantes pour les activités productives. Nous attendons 17 MW du barrage de Félou en 2011, et 43 du barrage de Gouina en 2012.» soutient Mamadou Kane. 

 

Des projets d’intégration régionale pour booster le système électrique 

 

La défaillance du système électrique est l’une des premières explications de la situation des économies ouest africaines à faible valeur ajoutée, incapable de transformer ses ressources. Elle constitue également un facteur particulièrement bloquant pour l’attrait de l’investissement privé et le développement de services à valeur ajoutée. De ce fait, «les solutions nationales sont largement insuffisantes. Elles ont enfermé la plupart de nos pays dans la mise en place d’un parc essentiellement thermique, donc fonctionnant avec des combustibles pétroliers, et devenu un terrible gouffre financier avec un baril de pétrole à fort potentiel de hausse continue. Je crois que nos gouvernements l’ont bien compris. On peut prendre l’exemple de ce qui se fait en Afrique de l’ouest à l’échelle de la CEDEAO, à savoir le système d’échanges d’énergie électrique de l’Afrique de l’ouest (ou WAPP «West African Power Pool»). C’est un excellent programme, avec une taille de marché qui permettrait enfin la flexibilité dans la gestion et l’optimisation des moyens de production, tous les pays pouvant tirer bénéfice des nombreuses ressources d’hydroélectricité des différents pays, du gaz du Nigeria et de la Côte d’Ivoire ou du charbon du Niger.» développe  Charles Diène Senghor, chargé du pôle Energie et Utilities dans le cabinet Performances Management Consulting.

Ainsi, «la situation d’impasse dans laquelle se trouvent aujourd’hui l’essentiel des pays africains résulte en premier lieu d’une insuffisance de vision à long terme de développement de ce secteur, qui nous amène aujourd’hui, faute d’avoir fait les bons investissements à temps, à une offre structurellement en retard sur la demande, et au recours dans l’urgence à des solutions souvent onéreuses et précaires. Quasiment aucun pays d’Afrique subsaharienne n’échappe à cela. La deuxième raison de l’échec du système électrique ouest-africain, mauritanien en particulier, tient à ce que celui-ci s’est construit dans des cadres nationaux trop étroits, avec des marchés électriques qui n’ont pas la taille critique pour amortir les investissements requis.

 

MLK 

 

Encadré:

Un objectif de 2000 Mw en énergie hydroélectrique 

 

L’important programme de l’OMVS prévoit à terme la mise en service d’un réseau hydroélectrique de 2000 MW de puissance destiné à la satisfaction de la demande électrique de l’OMVS et de l’OMVG. Dans cette perspective, il est retenu la mise en service à l’horizon 2011/2012 de deux centrales hydroélectriques, notamment celles de Félou d’une puissance de 60 MW et de Gouina pour 140 MW. Le courant produit à Félou sera transporté sur près de 3 km par raccordement au poste de Kayes sur le réseau 225 KV en provenance de Manantali jusqu’aux centres de consommation du Mali, de la Mauritanie et du Sénégal. Le coût de réalisation de la centrale de Félou dont la mise en service est prévue en 2011, est estimé à 115 millions de dollars répartis entre la Banque mondiale pour 75 millions de dollars et la Banque européenne d’investissement 40 millions de dollars. L’autre centrale de Gouina nécessitera le renforcement des lignes de transport en 225 KV des postes Est et Ouest ainsi que celui vers la Guinée à partir de Tambacounda, et elle devrait être opérationnelle en 2012. Mais avant cette échéance, l’organisation des États riverains du fleuve Sénégal devra se pencher sur les possibilités de mise en valeur d’autres sites, notamment Gourbassi pour une puissance de 25 MW, Koukoutamba (280 MW), Boureya (240 MW), Gourbassi (25 MW). À Nouadhibou, un important projet est en cours de réalisation. Il devrait sécuriser l’approvisionnement de la capitale économique d’ici à l’horizon 2017.

Source : La Tribune n°417




Les Echos de La Tribune Par Mohamed Fouad Barrada

16092008

A suivre la scène politique de près, on peut dire  que les rivalités seront entre Ely Ould Mohamed Vall et un autre puissant  candidat. Le  président du haut  conseil d’Etat serait-il ce candidat ? Le général Ould Abdel Aziz  est incontestablement  fort avec l’appui des députés frondeurs. Ils sont une cinquantaine de  députés sans compter les sénateurs. Le député Saleh Ould Hanana a déclaré, tout récemment, sur les ondes de RFI   que son camp (les pros généraux, NDR) est, malgré  le retrait des députés du RFD  du clan militaire, toujours majoritaire. L’ancienne opposition reste, en dépit des convergences des intérêts, divisée. Deux courants  politiques se manifestent : le premier c’est celui du Front National pour la Défense de la Démocratie et le second  n’est que le RFD et l’AJID. 

Bien que le leader du RFD ait entamé des pourparlers avec les principaux  chefs de file du FNDD, la force contestataire  du renversement du régime civil n’en demeure pas plus unie. Ce qui laisse penser que même s’il y aura un consensus politique, il serait difficile pour eux de s’unir pour proposer un seul candidat. Le FNDD déclare publiquement qu’il est avec un retour inconditionnel de Sidi Ould Cheikh Abdalhi, alors que Ould Daddah  exige sa démission. Il semble aussi   que la classe politique  peut trouver  un terrain d’entente pour une sortie honorable pour les militaires. Mais ce qui ne fait pas l’unanimité c’est la  candidature de l’homme fort du pays, le président du haut conseil d’Etat, le général Ould Abdel Aziz  ou l’un de ses alliés. Toutefois, l’option du retour de Sidi au pouvoir peut être une option provisoire afin qu’il puisse organiser des élections anticipées. Cette option peut aussi être écartée. Cela dépend de négociations  entre la  classe politique et les militaires.    

En tout état de cause, deux cousins peuvent se présenter aux mêmes élections, notamment Ely Ould Mohamed  Vall et le Général Ould Abdel Aziz.   Ely bénéficie d’une grande aura dans les pays occidentaux. D’ailleurs, il paraît qu’il a l’appui    de  la France. Ce  pays  peut toujours basculer  la donne politique en Mauritanie.  « Après avoir mobilisé ses relais à l’étranger, Ely Ould Mohamed Vall s’attaque au front intérieur, afin d’obliger les généraux à organiser une présidentielle où aucun d’entre eux ne sera  candidat puis barrer la route au retour de Ould Cheikh Abdallahi, ce qui lui garantirait une reconquête, en douceur, de la Présidence de la République », note le site taqadoumy Toutefois,  il est évident que les enjeux tribaux seront  déterminants dans les prochaines élections. Pour ne  pas affaiblir la force de deux cousins, une donne s’impose : c’est celle du choix entre les deux. Un choix qui ne sera pas facile. Les deux hommes sont pour le moment  forts et puissants. 

En effet, l’ancien président du CMJD s’active. On  évoque  aussi  qu’il a invité   Moktar Ould Elemine (député), Dane Ould Ethmane (ex-secrétaire général de ministère) et Khatry Ould Dié afin qu’ils rompent le jeûne du Ramadan, chez lui.  Le but étant de trouver des alliés au sein du parlement. Sur le plan médiatique un blog portant  son nom était crée pour tester les internautes.  En revanche, le général  Ould Abdel Aziz ou son candidat  bénéficieront  d’une assise  parlementaire solide. D’autant que le général  est le chef actuel des forces armées, chef de l’Etat.   

     m_barrada@yahoo.fr 

Source : La Tribune n°416 







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