Politiquement chaud

26 08 2008

Politiquement chaud  La mobilisation continue !   Le coup d’Etat du  6 août 2008 n’a pas encore pu avoir la bénédiction des pays étrangers.   Par contre  les partenaires de
la Mauritanie ont rejeté le coup à l’exception de
la Guinée et  la Gambie.  Les financements de la banque mondiale sont gelés. La coopération avec l’Union Européenne est suspendue.    Les généraux  et leurs alliés politiques multiplient  les interventions  afin que la communauté internationale reconnaisse   le nouvel ordre   tout en estimant que   la rectification démocratique par le coup du  6 août était  une nécessité.  De l’autre côté,  ceux qui prônent le retour  à l’ordre constitutionnel d’avant 6  août s’activent. 

La scène politique est caractérisée par une situation qui risque de dégénérer.   Deux courants ne partagent pas les mêmes convictions. Le courant des pros putsch  du 6 août  considère  que l’intervention des militaires  demeure incontestablement une rectification nécessaire. Leurs adversaires voient que sans le  retour à la légitimité rien ne marchera  en Mauritanie. Parmi ces derniers, des individus qui soulèvent  la question de la légitimité populaire. Pour eux n’importe quel dirigeant peut t être remplacé par un notre si la population  rejette ses actions. La base populaire reste en ce sens la seule référence  constitutionnelle. Un des hommes politiques annonce  que la mobilisation populaire du  Front Nationale pour la Défense de la  Démocratie (FNDD) est   une mobilisation sincère alors que  ses protagonistes de l’autre camp utilisent des moyens de mobilisation illégaux  à travers leur position de force au sein de l’appareil étatique (médias publics et administration).   Le pouvoir financier reste déterminant pour gagner toute bataille  politique. Les bases populaires n’ont pas les  moyens  pour subvenir aux besoins de leurs partis.   Des partis politiques  ont pu bénéficier de la période post  exception  du  trois août 2003, notamment l’APP.  Ce parti  a   pu avoir des  députés     tout en plaçant des cadres dans les administrations d’Etat (5 ministres et certainement d’autres fonctionnaires). Cela a permis l’alimentation des caisses de l’APP[1]. D’autres partis ont  leurs  propres ressources par le biais  de leurs députés,  cadres et  hommes d’affaires qui croient à certaines idéologies ou tendances tribales.   Dans le rouage du pouvoir en place, les  lobbies financiers   ont été déjà forts. Ils  peuvent mobiliser de gros moyens pour financer les campagnes politiques et électorales.   

Sur le terrain, les observateurs  et les opposants politiques  ne sont pas unanimes sur les récentes marches et meeting    qui se sont déroulés en Mauritanie   suite aux récents rebondissements politiques.    Dans les jours à venir la bataille  portera  sur la mobilisation des partis. Les militaires ont  déjà engagé de moyens pour  avoir l’appui populaire. Le FNDD  déclenche aussi des procédures  mobilisatrices afin de  contre-attaquer  leurs ennemis.   Notons que   l’ex première ministre qui reste toujours selon des hommes politiques du FNDD, le seul premier ministre légitime a été arrêté le 21 juin 2008 par des unités de la  police. Il est actuellement assigné à  résidence surveillée dans sa ville natale. Le   FNDD a déclaré au cours d’une conférence de presse tenue  le jour même de la deuxième détention  de  Yahya Ould El Waqf que «  cette démarche dénote  de l’incapacité  des putschistes à comprendre  les aspirations   du peuple mauritanien qui ont été exprimées de façon éclatante par la marche de défi à laquelle  ont participé le 20 août 08  des dizaines  de milliers  de personnes  en refus  au coup d’état et en attachant  à la  légalité  représentée par le Président  de la République élu Monsieur Sidi Mohamed  Ould  Cheikh Abdellahi. Cette marche  a montré  la véritable impasse  dans laquelle se trouve les putschistes au développement du refus  populaire catégorique sur le plan national et leur isolement au niveau régional et internationale ».   Les membres du FNDD dénoncent aussi  la  confiscation par la police politique   des photos  du président renversé Sidi Ould  Cheikh Abdellahi .  Ces photos ont été envoyées par un jeune militant à Nouadhibou  pour être utilisées dans le meeting organisé par  le  FNDD. « Le jeune en question et le chauffeur du véhicule qui  amenait  les photos     sont  en détention », soulignent des leaders des partis opposés au coup de force du  6 août 08.  Ainsi,   les membres du front n’excluent pas  le fait qu’ils peuvent  eux aussi  être  arrêtés dans les jours à venir.   

Toutefois, les indifférents  semblent être  nombreux.  Sur une population  nouakchottoise de 1 millions  de  personnes,  les  belligérants ont pu mobiliser un nombre qui ne dépasse même pas le dixième d’habitant de la capitale.    Certains politiques confirment, en ce sens, qu’il suffit  d’avoir mobilisé un nombre envoisinant les 20 000 personnes  pour disposer  d’un vrai appui  populaire.    De son côté, le chef de file de l’opposition s’est disposé à travailler avec le Haut Conseil d’Etat. Dans une conférence de presse tenue la semaine dernière, Ahmed Ould Daddah, n’a tout de même pas précisé la nature des propositions que son parti et ses partenaires de l’opposition ont faite aux militaires. Ont-ils donné l’engagement de ne pas se présenter à une future élection ? « A ce stade, je ne voudrais pas vous les révéler. Mais je peux vous dire que nous sommes attachés à la démocratie se traduisant par le pouvoir du peuple, par le peuple et pour le peuple ». A répondu Ould Daddah. Implicitement cela signifie que  « la place des militaires doit être dans les caserne.» comme il le dit non sans préciser que cette place est très honorable. Visiblement le chef de file de l’opposition ne tient pas à participer à un gouvernement où ne seraient pas impliqués ses partenaires. « Si nous devons entrer ou non dans le gouvernement, c’est avec nos partenaires de l’opposition », c’est-à-dire le Hatem, l’AJD/MR, etc. Cependant, le Rassemblement des Forces Démocratiques (RFD) a décidé le  25 août 2008  de  renoncer à toute participation au gouvernement de Ould Mohamed Lagdhaf.  

 Le parti de Ibrahima Sarr a profité de son anniversaire vendredi 22 août 2008 pour rappeler que les militaires qui ont déposé Sidi Ould Cheikh Abdellahi, c’est eux qui l’avaient installé au pouvoir. Ils l’ont renversé parce qu’il ne jouait plus le rôle qu’ils attendaient de lui. Ils ont fait une très mauvaise transition. Pour nous, c’est toujours deux éléments d’un même système qui étaient en compétition pour le contrôle du pouvoir ». Toutefois derrière cette fustigation se cache une prédisposition à travailler en étroite collaboration avec un régime militaire dont l’AJD/MR dit avoir pris acte de l’opération.  Même si Ibrahima Sarr soutient qu’il s’agit toujours de deux éléments d’un même système qui étaient en compétition pour le contrôle du pouvoir. On retiendra que le souci principal de l’homme qui a eu 7% des voix à la présidentielle de 2007 se résume en trois points : identité de
la Mauritanie, problèmes culturels et partage du pouvoir politique…Reste à savoir si les prétextes d’ordre économiques avancés par les nouveaux dirigeants laisseront la place aux préoccupations on ne plus secondaires à côté des questions de survie : les prix, la santé, l’éducation, salaires, emploi, etc. 
Mohamed Fouad  Barrada Source : La Tribune N°414  



[1]  L’APP reçoit 37 millions d’ ouguiyas  accordés  annuellement par l’Etat dans le cadre de subventions attribuées aux partis politiques.  Plusieurs partis bénéficient également  de ces subventions, notamment RFD, UFP etc. Le montant de ces dernières  dépend du poids électoral.   


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