La pression monte

26 08 2008

La pression monte

 «On ne pouvait pas s’attendre à une autre position que celle-là de la part des partenaires du pays». C’est la conviction des soutiens de la nouvelle junte au pouvoir depuis le 6 août. D’abord associé à «une position de principe passagère», l’attitude des partenaires étrangers a fini par prendre l’allure d’une pression visant à imposer le retour à l’ordre constitutionnel.

Derrière cette expression, se cachent de nombreux sous-entendus.

Au début violente, la position française s’est quelque peu atténuer en laissant la place à une possibilité de dialogue ouverte par l’application de l’article 96 des accords de Cotonou. Cette fameuse disposition qui dicte aux pays ACP de se plier à un processus de dialogue qui déterminera l’ampleur et la nature des sanctions prises par l’Union Européenne au fur et à mesure que ces négociations avancent. C’est ce qui avait permis, en 2005 à la suite du 3 août, d’établir les 24 recommandations faites aux autorités de la transition. La situation a changé.

Le coup du 6 août, même si les auteurs ne sont autres que ceux du 3 août 2005, n’a encore éclairci de ses objectifs. Jusque-là, ses auteurs sont préoccupés par asseoir une légitimité locale à travers les marches de soutien. Le gouvernement tarde à être désigné, comme les conseillers du Chef de l’Etat. En fait le nouvel organigramme de la présidence prévoit quatre postes de conseillers principaux et un ministre secrétaire général adjoint à la présidence. Les ministres seront au nombre de 20. Le gouvernement comprendra en plus des frondeurs, Hatem, AJD/MR et très probablement le RFD de Ould Daddah. Ce dernier serait encore hésitant devant le refus de la junte de présenter un calendrier clair et des objectifs précis. Les trois partis plus la Démocratie Directe, ont déposé un mémorandum devant le chef du Haut Conseil d’Eta (HCE) pour présenter une série de propositions servant à baliser l’après 6 août. Trois points essentiels : une durée n’excédant pas un an, l’impossibilité pour les membres du HCE de se présenter aux futures élections et une plus grande neutralité de l’administration. Le président du HCE avait promis d’étudier avec diligence les propositions et d’y répondre le plus rapidement possible. C’est apparemment l’expression la plus usitée en ces temps d’incertitude. Et c’est bien elle qui empêche nos partenaires de dépasser le stade de la réprobation pure et simple.

Alain Joyandet, ministre français de la coopération, répondant aux questions de RFI la semaine dernière : «Je veux leur (militaires, NDLR) dire aussi que, sans doute, y’a-t-il des revendications des militaires qui ne sont pas toutes illégitimes, sans doute un certain nombre de chose peuvent être améliorées, mais en tout état de cause l’appel que la France lance, c’est d’abord et au préalable de toute discussion, il faut que le président qui a été démocratiquement élu, il y a un an et demi, soit libéré. Sans ce préalable, aucune discussion politique n’est possible». Toujours lui : «un président qui a été élu démocratiquement il y a un an et demi, ne peut pas être renversé aussi facilement par un pouvoir militaire sous prétexte qu’il ne conviendrait pas suffisamment à ces militaires». Mais de reconnaître que «le dialogue est toujours la meilleure chose et donc, ce dialogue nous pouvons l’encourager, nous pouvons aider les parties au dialogue, mais le préalable, c’est la libération du président. Je pense qu’il est important que l’ensemble de la communauté mauritanienne rétablisse le fonctionnement normal des institutions et, après, je le redis, à la marge, il y a sans doute certaines discussions politiques qui peuvent avoir lieu. La France est prête à y participer». Pour lui «l’important est d’essayer de rechercher un consensus. S’il faut que de nouvelles consultations soient organisées au plan législatif, puisqu’il y a crise politique ou à tout autre niveau et éventuellement, pourquoi pas, au niveau présidentiel, mais encore une fois ces élections viennent d’avoir lieu, il y a un an et demi à peine. En tout cas toute solution de consensus et démocratique qui permettra de rétablir un fonctionnement normal des institutions, sera soutenue par la France et nous sommes même prêts à participer à l’élaboration d’un tel plan». 

Jusque-là la France articule sa démarche autour de la libération sans condition de Ould Cheikh Abdallahi et de l’ancien Premier ministre Yahya Ould Ahmed Waghf. Pour faire pression, elle a gelé toutes ses aides, y compris le document-cadre de partenariat qui s’élève sur la période 2008-2010, à 100 millions d’Euros.

La France qui assure la présidence de l’Union Européenne, a été suivie par la Commission européenne qui a demandé à geler sa coopération y compris l’accord de pêche. Mais quand les négociations seront engagées au titre de l’article 96 de l’accord de Cotonou, tout deviendra possible pour les nouvelles autorités. Dans un communiqué publié par la commission européenne, elle a exigé la libération immédiate de Ould Cheikh Abdallahi et de son Premier ministre. « Nous avons à maintes reprises demandé la libération du Président légitime Abdallahi et le retour à l’ordre constitutionnel. La récente arrestation du Premier Ministre est un nouveau signe négatif« , a commenté le commissaire au Développement et à l’aide humanitaire Louis Michel, cité dans le communiqué. « Néanmoins nous continuons à espérer un retour rapide de la démocratie, qui passe par un dialogue politique entre toutes les parties et pas par des arrestations arbitraires« , a-t-il ajouté.
Même position chez les Américains qui continuent à demander le rétablissement de Ould Cheikh Abdallahi dans ses fonctions. La semaine dernière, le Conseil de Sécurité avait fait une déclaration condamnant le coup de force et demandant le retour à l’ordre constitutionnel.

Plus proche de nous, la position algérienne semble être la plus nette. Après avoir refusé de recevoir en haut lieu l’émissaire de la junte, Abdelaziz Belkhadem, ministre d’Etat, représentant personnel du Président de la République, a reçu jeudi passé à Alger le vice-président du parti Tawassoul de Mauritanie, Mohamed Ghoulam Ould El-Hadj. « Je suis venu en qualité de délégué du Front national pour la défense de la démocratie (FNDD) et je suis très heureux d’avoir rencontré M. Belkhadem et de lui avoir expliqué la situation suite au coup d’Etat rejeté par le peuple mauritanien, position qu’il a exprimée à travers la marche organisée hier (mercredi)« , a déclaré à la presse, Ould El-Hadj, émissaire de son parti et du front de la défense de la démocratie. Selon la presse, l’émissaire n’a pas manqué de saluer « la compréhension exceptionnelle » de Belkhadem,

Sur le plan intérieur, le front a organisé une marche pour dénoncer le coup de force. S’exprimant à la faveur de cette marche, des responsables de partis politiques ont pressé les auteurs du coup d’Etat « à remettre le pouvoir au président démocratiquement élu et le rétablir immédiatement dans ses fonctions ». Le président de l’Union des forces du progrès (UFP), Mohamed Ould Mouloud, a déclaré devant la foule présente que « les militaires ont imposé au peuple mauritanien un régime anticonstitutionnel et confisqué les libertés et la démocratie« . Les manifestants ont brandi des pancartes et scandé des slogans glorifiant le président renversé. « Non à la remise en cause des acquis de l’unité nationale. Nous réclamons le retour à l’ordre constitutionnel par le rétablissement du président Sidi Ould Cheikh Abdellahi dans ses prérogatives« .

Comme des signes d’apaisement deux événements sont intervenus. Le premier a trait à la rencontre entre l’Ambassadeur de France à Nouakchott et le Président déchu. La rencontre a eu lieu alors que l’Ambassadeur s’apprêtait à aller à Paris pour ses vacances d’août. Il avait désespéré de voir sa demande aboutir. Il aurait trouvé un Sidi Ould Cheikh abdallahi bien portant physiquement et moralement. Qu’est-ce que les deux hommes se sont dits ? Des choses si l’on en croit la suite des événements. En effet on sait désormais que le président de la commission de l’Union africaine, Jean Ping est attendu à Nouakchott ce lundi pour une mission de médiation. Une mission fortement appuyée par la France et l’Union européenne.

Qu’est-ce qu’on peut en espérer ? Un avenir sans Ould Cheikh Abdallahi et sans les militaires ? Probablement…

 

Bechirou Wade

 Source : La Tribune n°414


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