Edito de La Tribune Par Mohamed Fall O Oumère

26 08 2008

 

Edito de

La Tribune Par Mohamed Fall O Oumère

Des amis m’ont reproché d’avoir écrit la semaine dernière que certains «font semblant» de vouloir faire revenir Ould Cheikh Abdallahi. Ils voudraient bien que je croie à la sincérité de leur action. J’y crois. L’essentiel de la troupe étant composé de personnels ayant sacrifié quelque chose pour ce pays. Et même si les plus en vue de la troupe sont ceux-là mêmes que l’opinion prenait pour «les méchants», ceux qui ont sacrifié le pays. Aussi mon optimisme ‘naturel’ et inaltérable me dicte-t-il de considérer l’existence d’un front de refus comme un acquis de la démocratisation, une confirmation de ce qu’on disait à propos du changement en Mauritanie.

Le pouvoir de Sidi Ould Cheikh Abdallahi est sans aucun doute le moins populaire de tous ceux qui ont fini par ‘tomber’ à la suite d’un coup d’Etat. A part quelques gesticulations au lendemain du 3 août 2005, on a eu l’impression que tout le monde disait «bon débarras» au lendemain de la chute de ces pouvoirs. Heureusement que nous sommes dans une situation différente. Légèrement différente. Jusqu’à présent différente. Des hommes et des femmes manifestent leur désapprobation, expriment leur opposition.

Parce que je crois à la sincérité du combat de gens comme ceux-là, je ne peux pas croire que le retour au pouvoir pur et simple de Ould Cheikh Abdallahi peut leur servir de cause. Il a certes été élu en 2007, il a certes été investi pour un mandat de cinq ans, mais ce n’est pas une raison pour ne pas réévaluer une crise qu’on a vu naître, se développer et aboutir à une issue – prévisible du reste.

Les Généraux étaient visiblement les seuls à ne pas avoir prévu un coup d’Etat. Le Président Ould Cheikh Abdallahi était le seul à ne pas avoir envisagé la démission des chefs militaires. Aucun d’eux n’a prévu l’après de son acte qui a fini par prendre l’allure d’un acte désespéré, suicidaire à la limite. Les problèmes étaient pourtant là, leur issue était fatale. Pourquoi personne n’a fait ce qui était nécessaire ? Faut-il croire que tout le personnel politique voulait en arriver là ? Peut-être…

Mais on ne peut pas continuer à différer le débat sur les vraies questions qui interpellent les Mauritaniens, particulièrement le personnel politique. On ne peut pas non plus attendre que les étrangers – UE ou UA, France ou Etats-Unis – trouvent pour nous les solutions à nos problèmes. On ne peut pas non plus nous perdre en conjectures pour savoir ce qui serait arrivé si… On ne peut pas continuer à perdre le temps.

Le personnel politique doit au pays d’imaginer une sortie de crise rapide, définitive et juste pour la Mauritanie.

Le retour de Sidi Ould Cheikh Abdallahi au pouvoir ? Pour revivre les mêmes atermoiements, les mêmes insuffisances, les mêmes incertitudes, la même gestion, les mêmes hommes et femmes, les mêmes incompréhensions…? Il n’y a pas de quoi pleurer quinze mois qui ont avorté toutes les perspectives ouvertes au pays en dilapidant l’image ressource d’un pays qui renaissait.

Le maintien des militaires au pouvoir ? Pour revivre les mêmes incuries, les mêmes arbitraires, et remettre continuellement à plus tard la remise à niveau du pays…? Il n’y a pas non plus matière à tenir à cela.

Le seul combat qui mérite d’être mené et qui doit être mené, c’est celui du raffermissement de la démocratie, du sauvetage des acquis. L’exercice de la liberté d’expression, l’exigence d’implication de tous les acteurs, la culture du pluralisme au quotidien, le renforcement des outils de la transparence, l’affinement des institutions républicaines…

Ni l’un ni l’autre des protagonistes n’incarne véritablement ce combat.

Que la cacophonie s’arrête. Que ceux qui soutiennent et ceux qui dénoncent envisagent une Mauritanie apaisée et retrouvée. Je crois que l’une des grandes injustices commises par tous les maîtres du pays, nourrie aussi par sa classe politique, est l’exercice de la culture de l’exclusion.

Les gens du sud veulent le pouvoir à eux seuls, comme ceux de l’Est ou du Nord. Chaque communauté entend garder pour elle l’usufruit de l’effort national. On peut descendre au niveau des tribus et des clans. Mais là où cela devient grave, c’est que le même relent on le retrouve chez les groupuscules politiques. Et comme ils sont à la base de la création des partis, chacun imagine une Mauritanie sans l’autre. Jamais une Mauritanie pour tous, riche de toute cette diversité. Et c’est parce qu’aux yeux de la plupart des acteurs, l’exclusion équivaut à la notion de «tzangui» (mettre sous statut de tributaire), la réaction à cela est toujours violente. On comprend aisément que chacun réclame une place. Par contre, personne ne peut comprendre que chacun, se refusant d’être exclu, se bat pour exclure les autres. Le personnel politique manque d’équité. Et de tolérance.

 

 

Source :
La Tribune n°414


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