26 08 2008

La Reconquista démocratique 

 

La tradition rapporte qu’à la mort de Hassan El Basri (713), les syriens avaient occulté une prière. Il faut croire qu’aux obsèques de la démocratie, nos concitoyens ont abdiqué la religion toute entière. Ce fut un déferlement de mecquois en fureur. Retrouvailles populaires avec les idoles militaires. Messes védiques où le sacre du tyran du jour procède de l’immolation du dieu d’hier. Festival de caudataires où viennent apostasier tous les fidèles d’hier et d’avant-hier. Imams flagorneurs qui rivalisent d’humeur avec les griottes sans pudeur. En boucle sur le même écran rétroviseur. Profanations plurielles à l’intérieur. Surenchères et excommunications à l’extérieur. L’isolement et/ou l’invasion comme ultimes gageures.     

 

Lapsus révélateur 

Près de trois semaines après leur coup de force, les putschistes ne sont pas au bout de leurs peines. Le conseil de sécurité les condamne. L’Europe et l’Amérique les sermonnent et les affament. Même en Libye voisine, le prince héritier les blâme. Il moque leur coup d’état comme son père raillait leur démocratie sans âme. Tous avis inconséquents qui n’en reflètent pas moins l’opinion générale : « nous vivions un avenir douloureux » dit le lapsus révélateur d’un tartuffe sanctifié par notre pieuse télévision. 

La surexposition médiatique a desservi le haut conseil de la nation. Enchaînant les interviews à tort et à travers, sans expertise ni préparation, son chef n’a pas su noyer le poisson. Sa rhétorique de souk en a ruiné le discours programmatique à la nation. D’aucuns y ont sous-entendu les pires intentions. Plus diffamatoire pour sa victime que justificateur de sa rébellion, tel commérage public n’a pas de précédent dans un pays où ses adeptes se comptent par millions. Ciblant sa propre cousine, le président général s’est illustré à contre-emploi dans un registre peu viril et mauvais genre : conjectures et diffamations (Tlahlih et assouqas). Ses supporters aggravent le trait en se lâchant sur la fille de leur ancien patron. 

Cette insoutenable légèreté de l’argument n’échappe pas aux observateurs. Et ils sont nombreux à l’heure de la mondialisation où des services entiers se consacrent à la récolte et l’analyse des informations. Loin d’un pays où l’opinion reste un produit de troc et de consommation qui, de bouche en bouche et de bouche à oreille, débouche et rebouche les réputations. 

 

Cinquième colonne 

L’opposition au coup d’état doit donner un sens à sa mission. Prendre conscience du poids de la parole publique sous la mondialisation. Méditer, concerter et calibrer son discours avant sa médiatisation. Ses composantes peuvent même susciter et alimenter un portail indépendant de débats et d’informations. Pas un site dont elles seraient commanditaires. Ni cet autre que leur marchandent leurs maîtres chanteurs sur tous les tons. 

En tout cas, il faut que l’opposition quitte les paillassons piégés, amateurs et mercenaires. Sans contenu ni déontologie autres que le recyclage de loosers militaires ou paramilitaires. Parachutés sans précaution sur un ring sociologique explosif dont ils ignorent les mécanismes profonds. La reconquista démocratique passe par la qualité stratégique de l’information. Car l’opinion nationale doit produire et défendre son propre idéal d’émancipation. Pour forcer la bonne foi de ses éventuels compagnons de libération : même si un putsch sans coup de feu mérite une leçon, la solution ne peut être plus brutale que la rébellion. A bon entendeur samaritain… 

Sur le front intérieur, les motions ne résisteront pas à l’embargo et son lot de pressions, et l’opposition pourra s’adonner à sa passion : collecter les « récupérations ». L’idéal étant de ne pas insulter l’avenir en rejetant les partis « amis » qui ne pouvaient bouder le retournement de situation. En dépit de leur ralliement, ces derniers peuvent encore figurer une cinquième colonne – voire un cheval de Troie- pour les soldats de la constitution. Il suffit que les « alliés d’hier » ne subissent pas trop leurs  ex-« ennemis » communs et de toujours…dont l’exception militaire fait désormais de précieux compagnons. Jusqu’ici, les deux clans de l’ex-opposition ont joué leur rôle sans concession. Les uns en corsant la rébellion. Les autres en défendant l’ouverture et la constitution. Il ne leur reste plus qu’à « civiliser » leurs divisions pour donner le coup de grâce à un système en décomposition. 

 

Cheikh Touré       

Source : La Tribune 414


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