La raison des armes plus forte que celle des urnes

19 08 2008

La raison des armes plus forte que celle des urnes

 

 

Deux choses nous mettent mal à l’aise dans cette histoire de putsch dont nous vivons l’atmosphère et les conséquences.

D’abord le cas du président déchu. Il a été élu par 52% de mauritaniens. Au lieu de se glorifier et de faire de ce score une force, Sidi Ould Cheikh Abdallahi s’est permis d’avouer à la face du monde qu’il a été soutenu par les soldats. Il a lui-même enlevé tout crédit à son statut de Président démocratiquement élu et il s’est enlevé toute légitimité. Serait-ce pour cette raison que nos généraux ont audacieusement choisi de l’enlever en réaction à sa décision de les démettre par un  geste hâtif et tremblant ?

La chose est d’autant plus gênante que c’est le général Ould Abdel Aziz lui-même qui va confirmer, sur les ondes de RFI, avoir soutenu « ouvertement » le désormais ancien président à qui il a sûrement enlevé toute envie de participer à une éventuelle vie politique future dans ce pays…Mais Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi, dans sa manière de gouverner a fait preuve d’une douceur telle que ses premiers partenaires ont abusé…Avec lui tout devait être sujet à concertation, consensus, conciliabules, etc. Même pour une option diplomatique comme les relations avec Israël il était prêt à demander l’avis du peuple…Du moins en a-t-il fait la promesse. Pour faire plaisir il a ramené le week-end au Jeudi et Vendredi. Pour s’acquitter d’une ‘dette’, on ne peut morale, il a élevé ses tombeurs d’aujourd’hui au grade le plus élevé : Général.

Il en était à se monter si bon et si compréhensif avec tout le monde que des groupes terroristes, dressés sans doute par on ne sait qui pour lui mettre les bâtons dans les roues, ont pu sévir alors que les généraux étaient déjà là et censés sécuriser le pays et ses ‘hôtes’ ; ne serait-ce que par leur statut. Il s’est rendu spontanément à Tintane alors en proie à la noyade. Mais aujourd’hui, la misère des habitants de cette localité est utilisée contre lui. Tout comme l’est en ce moment celle des réfugiés mauritaniens dont le retour a été rendu possible grâce à sa volonté politique et du fait de son engagement électoral …

En quinze mois de règne, Ould Cheikh Abdallahi a joué le jeu de ses alliés et le jour où il a essayé de leur tenir tête, ce fut trop tard…Pour lui et pour

la Mauritanie. On est revenu en arrière et tout ce qui a été investi pour que notre démocratie tienne la route n’a été qu’un gâchis.

Ensuite, la manière avec laquelle le général Ould Abdel Aziz s’est emparé du pouvoir. Son argument le plus fort était en quelque sorte : pourquoi il m’a limogé ? Nous aurons tous compris qu’il ne fallait pas toucher aux généraux. Ils étaient devenus des édifices indéboulonnables. Pas même par le chef suprême des armées et gardien de la constitution. La vérité est que les militaires en ‘prêtant’ le pouvoir aux civils ont pris toutes les précautions. Ils ont apprivoisé une classe politique qui en réalité n’avait rien de féroce. Il a suffi de leur donner l’impression d’être les véritables faiseurs de lois pour qu’ils s‘en prennent tête baissés à un gouvernement d’abord, à travers une demande de motion de censure, à l’épouse du Président, sous le prétexte d’enquête parlementaire sur l’origine de ses fonds et aux lois elles mêmes enfin quand ils ont essayé de ruser en faisant signer par des adjoints des requêtes de sessions extraordinaires pour parvenir à leurs fins. Au final, quand, en haut lieu on s’est rendu compte que les lois et la voix des urnes pouvaient être très fortes, on a eu recours à la force des treillis et des armes. A présent, les parlementaires sont dans un engrenage qui les oblige à applaudir pour un geste commis par les militaires contre des institutions, dont ils auraient dû être les gardiens. Un geste qu’ils préfèrent appeler ‘rectification’ et non ‘putsch’. Et voilà que l’heure est à un jeu de ‘à malin, malin et demi’…En effet, entre ceux qui soutiennent de façon intéressée les auteurs du coup d’état, ceux qui ont choisi de se dresser contre eux en tapant fort par la réclamation d’un retour de Sidi au pouvoir et le Haut Conseil d’Etat, l’enjeu est si sérieux que la moindre erreur d’une des parties risque de lui être préjudiciable. Le jeu des intérêts est tel que le Front et l’initiative de défense de la démocratie ne sauraient s’arrêter sur une simple réclamation d’un retour à la légalité avec Sidi comme Président.   Il faut s’attendre à ce que des négociations poussent les défenseurs de la démocratie à se montrer plus flexibles.  Et sûrement, il sera possible de mettre en place un gouvernement qui se voudra à la face du monde l’expression d’un ‘compromis national’ entre les ‘maudisseurs’ et le ‘benisseurs’ du putsch du 06 août.

Seulement, une donne à ne pas négliger : les militaires ayant choisi un Premier ministre ailleurs que dans les rangs des frondeurs, sera-t-il facile de mijoter un gouvernement dont la saveur sera au goût des uns et des autres de leurs partisans ? Sûrement pas.

Déjà, le RFD veut des garanties. Et peut-être que la meilleure des garanties serait que les militaires se déclarent non partants pour une course à la magistrature qu’ils devront pourtant superviser du fait d’une réticence de la communauté internationale à leur égard ; et même qu’ils choisissent cette fois-ci comme ‘poulain’ Ahmed Ould Daddah. Aucune fonction, autre que celle de Président de
la République, ne semble seoir mieux au frère de feu Mokhtar Ould Daddah, le père de

la Nation. Alors, ira-t-il jusqu’à choisir un renoncement à une personnalité de fer qu’il s’est forgée quinze ans durant face à la dictature pour finir par accepter d’être pour les soldats ce que son adversaire Sidi a essayé de leur refuser ? Par ailleurs, les ambitions des parlementaires qui ont déclenché la fronde dont la conséquence escomptée a été l’éjection de Ould Cheikh Abdallahi de son fauteuil se limiteront-elles à de simples présences dans les sphères de décisions importantes ou à des récompenses matérielles sans une durée de vie satisfaisante. Qu’est-ce qui peut par exemple valoir pour un député le renoncement à son mandat en contrepartie d’un poste ministériel dans un gouvernement de transition à l’issue duquel rien n’est forcément assuré ? Une chose est sûre : le retour à la légalité se fera sur le dos de Sidi Ould Cheikh Abdallahi. Et l’issue de cette portion d’histoire que
la Mauritanie est en train de vivre dépendra de ce que les mauritaniens feront de ce que veut en faire le général Mohamed Ould Abdel Aziz…

Kissima

Source : La Tribune n°413


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