Hausse du brut

19 08 2008

Hausse du brut 

 

Maîtriser la consommation et sécuriser l’approvisionnement 

 

Face à la hausse du prix des produits pétroliers, le seul outil disponible aux mains des particuliers est de réduire leur consommation. Mais ceux qui sont prêts à le faire semblent bien peu nombreux… D’autant que les subventions de l’État mauritanien brident toute velléité d’économie d’énergie. 

 

Des subventions de plus en plus pesantes pour le budget des États- Depuis le début de l’année, l’agence Internationale de l’énergie revoit régulièrement à la baisse la progression de la demande pétrolière pour l’année 2008. Sans impressionner le marché. La dernière fois que l’agence a fait état d’une nouvelle correction à la baisse de ses prévisions de consommation, le cours du baril du brut a lorgné à New York du côté des 127 dollars. 

La plupart des pays émergents subventionnent l’essence afin que la hausse du brut reste indolore pour les populations à très faible pouvoir d’achat. Jusqu’à quand pourront-ils supporter une telle charge? Un changement d’attitude de leur part aurait un impact certain sur la demande. En Mauritanie, les subventions sont en constante augmentation et atteignent un niveau insupportable pour les finances publiques qui en dernier recours, devront les payer. Pour le moment, elles sont portées par les trésoreries des sociétés de distribution qui peinent à financer leurs importations. Ces dernières de plus en plus coûteuses pèsent lourdement sur la balance des paiements du pays. Cette situation est pratiquement la même dans tous les pays, mais chez nous, les financiers de l’État ne semblent pas admettre les risques qui la sous tendent. Or, «l’État a tort de continuer à subventionner les prix à la pompe à hauteur, quasiment, de 100% des augmentations du prix du brut, car cette tendance ne s’inversera pas de si tôt» analyse un distributeur de carburants local. Il faudrait selon lui répercuter une importante partie, sinon la totalité de ces hausses, pour faire souffler le Trésor mauritanien. Au Sénégal, depuis la crise de 2006, qui avait vu les stations non ravitaillées, le gouvernement a pris l’engagement d’appliquer la stricte réalité des prix. Elle s’est rendue compte de l’impasse financière dans laquelle la décision contraire allait menacer les sociétés et qu’il valait finalement mieux un produit cher, que pas de produit du tout! Ainsi, le prix du gasoil coûte l’équivalent de 432 UM à ce jour à Dakar. Au Mali, l’État a appliqué une politique de transparence. Il a réussi à contenir la hausse, mais au prix de la suppression totale des taxes pétrolières. Dans ce pays, le prix du gasoil équivaut à 330 UM, mais avec un effet désastreux sur les finances publiques. 

 

Les distributeurs fragilisés- Le système de «fonds de soutien» inauguré dans les années 80 a longtemps fonctionné. Ce système était fondé sur la fluctuation permanente, et cyclique, du prix du baril du brut. Quand le prix augmente, l’État paie le surplus, et quand il baisse en dessous du seuil dit «fixe», les distributeurs locaux casquent. A terme, les paiements s’équilibrent, car les cours montaient et descendaient en permanence. Aujourd’hui, tous les spécialistes s’accordent pour dire que le prix du brut ne baissera pas. De ce fait, l’état n’a objectivement plus les moyens de subventionner les hausses de prix permanentes. A terme, les sociétés distributrices risquent fortement d’être défaillantes, car en réalité, il est difficilement envisageable que le Trésor leur rembourse leurs dus dans des délais raisonnables, ce qui constitue pour elles un important manque à gagner. Pour des raisons politiques, les autorités publiques tardent à annoncer la réduction ou la fin des subventions, et on peut les comprendre. Mais ce n’est pas viable. Inévitablement on y arrivera. D’autant plus que de telles subventions déresponsabilisent les consommateurs qui ne sont pas incités à adopter des comportements pour consentir des économies en énergie. «Les Mauritaniens doivent mieux utiliser le carburant. Seulement, face aux subventions qui ne leur font pas ressentir le difficile contexte de l’approvisionnement en énergie, ils n’en voient pas l’utilité. La crise leur semble lointaine. C’est pour cette raison, par exemple, que le FMI et la Banque Mondiale ne soutiennent pas les subventions dans ce domaine» assure un distributeur local qui a requis l’anonymat. «Dans cette conjoncture de flambée des prix non répercutée localement, c’est déjà un drame pour les opérateurs et le sera bientôt pour les finances publiques et à terme pour l’économie du Pays donc pour le consommateur. Des perturbations graves, voire des ruptures pourraient se produire si une solution n’est pas trouvée dans les prochains jours» s’alarme un autre responsable de la distribution. 

 

Actualiser les prix à la pompe- Aujourd’hui, le prix à la pompe devrait se situer autour de 405 ouguiyas le litre de gasoil, au lieu des 303 en vigueur. Une différence de 102 ouguiyas qui constituent un manque à gagner pour les distributeurs. Un décret ministériel du 9 juin dernier a réajusté les éléments constitutifs de ce prix. Depuis novembre 2007, le prix pompe du gasoil est resté inchangé, quand au niveau mondial la hausse du brut reste vertigineuse passant de 800 dollars la tonne, à 1380 dollars aujourd’hui! «L’actualisation des prix est une priorité pour le gouvernement. Ce décret ministériel apporte un petit quelque chose, mais il faut aller au fonds du problème. Le manque à gagner par litre, représente pour les distributeurs comme nous, quelque chose comme 102 ouguiyas!» assure-t-on dans le milieu de la distribution. «Nous sommes confrontés à un déficit croissant. L’état doit augmenter le prix à la pompe et dans le même temps nous rembourser le manque à gagner accumulé» affirme-t-il. 

La crise du pétrole intervient dans un contexte global de hausse des prix, de crise alimentaire; et le pays ne semble pas préparé à cette crise multiforme. 

 

Quelles solutions à terme?- L’ère du pétrole bon marché est révolue. La mise à niveau des prix permettrait à l’État de réaliser des économies qui seraient bienvenues pour l’amélioration de nos systèmes sociaux au profit de tous les Mauritaniens et obligerait les consommateurs, notamment des automobilistes qui sont loin d’être parmi les plus défavorisés, à un changement radical de comportement. Elle inciterait l’État comme certaines industries du type de la génération électrique à envisager des alternatives au pétrole. Ce saut technologique et culturel est inévitable. Autant s’y préparer activement! 

 

MLK 

 

Encadré: 

 

Pétrole: des réserves pour 35 ans? 

 

Selon une étude de Arab Petroleum Investments Corporation (APICORP), l’espérance de vie des réserves en hydrocarbures de l’Algérie est d’environ 35 ans (à partir de 2008). Selon l’étude, des hausses inéluctables des coûts de production auront pour conséquence une baisse de la proportion des revenus fiscaux revenant à l’Etat. Cette décroissance atteindra les 55% en 2030, avertit l’institut arabe. 

 

Encadré 2: 

 

La production mondiale du pétrole va plafonner avant 2020 

 

La production mondiale de pétrole va plafonner avant 2020, pour des raisons essentiellement géopolitiques, a prédit lundi le groupe français Total, en avançant une date plus proche que celle généralement admise par les experts. Le groupe pétrolier estime que la production va atteindre un «plateau» de 100 millions de barils par jour (mbj) avant 2020. Cette prévision est plus pessimiste que celle de l’Agence internationale de l’énergie (AIE) qui table sur une production de 103 mbj en 2030 voire 116 mbj, contre 87 mbj environ aujourd’hui. Côté demande, Total estime qu’elle va croître de 1,2% par an entre 2005 et 2030, tirée par les pays émergents, et qu’elle «sera contrainte par l’offre» si bien qu’il sera «nécessaire de faire des économies d’énergie». 


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