Edito de La Tribune Par Mohamed Fall O Oumère

19 08 2008

Edito de Mohamed Fall O Oumère 

 

Pendant que tous font semblant de s’occuper, les uns à faire revenir Ould Cheikh Abdallahi, les autres à légitimer le retour des militaires au pouvoir, pendant ce temps revient la saison des reculs.

C’est ici la répression d’une manifestation hostile aux nouveaux maîtres du pays. C’est là (surtout) des moyens d’information publics totalement dévoués au pouvoir en place. Là aussi les ‘récompenses’ en terme de postes et de nominations. C’est partout la course au trésor… au trésor public. Chacun veut avoir sa part.

Nous sommes revenus brutalement à des époques qu’on croyait il y a peu à jamais révolues. Le temps qu’on disait irréversible est bien là. Il s’installe inexorablement. Comme si les forces de l’obscurantisme d’avant, celles qui résistaient au changement et qui refusaient le mouvement vers l’avant, comme si ces forces avaient fini par gagner la bataille engagée le 3 août 2005. Ironie du sort, ce sont les vrais auteurs du prodigieux saut en avant de la Transition, qui ‘couvrent’ – au sens opérationnel du terme – ce retour de la bête. Jugez-en par ce que nous souffrons ces deux premières semaines de pouvoir militaire.

Nominations et dénominations ont permis de récompenser le zèle des uns, de punir le manque de ferveur des autres. Aucun souci de savoir si, en choisissant celui-ci à la place de celui-là, on ne déprécie pas. Au contraire. Deux critères ont visiblement primé : l’allégeance et la médiocrité. En fait, on voit aisément que le nouveau pouvoir n’a qu’un souci : mettre au pas la société mauritanienne. Qui dit mise au pas, dit forcément chape de plomb, exclusion de l’espace public, fin de toute expression de pluralité, formatage des institutions…

Nous avons été tous d’accord pour constater que l’un des acquis de la Transition avait été la libération, l’émancipation de l’homme mauritanien. La relative ouverture des médias publics y avait beaucoup aidé. Comme elle avait favorisé la normalisation du jeu politique. Malgré les insuffisances, on avait fini par croire qu’on entendait toutes les voix. A telle enseigne que quand Radio Mauritanie a mis fin à une émission comme «le club de la presse» ou «Radio Citoyenne», la pression populaire a été si forte qu’ordre a été donné pour reprendre les émissions concernées. A TVM, la direction avait promu des débats contradictoires utiles. L’AMI qui a connu un net recul avec le départ de Moussa Ould Mohamed Amar, a continué quand même à faire semblant d’être un service public.

Depuis mercredi 6 août, nous sommes revenus à la période où ces médias ne sont rien d’autre que la voix du maître. Et comme le maître n’avait rien à dire immédiatement après l’arrivée au pouvoir, nous avons souffert les ‘chefs de classe’, les thuriféraires qui s’immergent dans un flot de mots vidés à force d’être rabâchés, et dont l’effet est finalement catastrophique pour la cause. Si cause il y a.

Marches de soutien, déclarations de soutien, initiatives de soutien… intellectuels, politiques, journalistes… rien à servir que ça. Une mauvaise cuisine qui dessert le nouveau régime parce qu’elle indique clairement que la dérive totalitaire est risquée, surtout que le projet est fait d’improvisations et d’approximations. Et parce qu’elle est la manifestation d’un recul immédiat. Samedi soir, TVM consacrait une phrase pour informer sur «une soi-disant initiative de parlementaires de défense de la démocratie» (sic). Une phrase et aucune image de la réunion des 19 parlementaires «défenseurs de la démocratie». Alors que la même TVM a consacré plus de trois minutes, en image et texte, à une sombre initiative dont les auteurs ne sont connus que dans leur univers social. Les élus du peuple ne méritent pas tant, parce qu’ils ne soutiennent pas. Qu’est-ce que cela coûte aux autorités de donner la parole aux contradicteurs de leurs soutiens ? Rien si ce n’est une embellie. Mais quand il y a recul en matière d’exercice des libertés et d’expression de la pluralité, c’est l’incommensurable bêtise qui dicte sa loi. Rien à faire, la devanture civile des militaires est ainsi faite. Elle les dessert.

Eviter la dérive en faisant les bons choix. C’est le défi auquel fait face le Haut Conseil d’Etat et particulièrement son chef, le Général Mohamed Ould Abdel Aziz. On comprend aisément que les chefs militaires ont été «bousculés» ou «forcés» de passer le cap. Cela se voit : ils n’avaient pas programmé leur prise de pouvoir. Il faut faire vite. Si nous sommes obligés de souffrir un régime militaire de plus, faisons en sorte que ce soit dans le cadre d’une vision. Sans oublier que tous les fascismes sont nés de visions. Mais quand même…

Elaborer un projet pour la Mauritanie. Occuper le gouvernement à refaire l’image extérieure, à reconquérir la place qui revient à la Mauritanie dans le concert des Nations. Donner la tâche de la reconstruction intérieure à l’Armée. Le Génie à Tintane et aux côtés des réfugiés pour les aider à s’implanter. L’Armée au travail aux côtés des agriculteurs de la Vallée, construisant digues et barrages, forant les puits, traçant les routes… De quoi faire oublier tout le mal fait ces dernières décennies. De quoi réhabiliter le travail comme valeur première. Pourquoi ne pas décider immédiatement un service national de deux ans dans le cadre d’un sursaut national ?

Il n’y a pas de temps à perdre à pérorer. La quête de la légitimité est une vaine entreprise. La vacuité des discours des «souteneurs» fait courir d’énormes dangers à l’entreprise engagée par le Haut Conseil d’Etat, le pays est déjà fragilisé par l’aventurisme et l’irresponsabilité de son encadrement.

 

Source La Tribune n° 413


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Une réponse à “Edito de La Tribune Par Mohamed Fall O Oumère”

  1. 22 08 2008
    idoumou OULD BEIBY (23:27:33) :

    Monsieur OUMERE
    Merci pour cet editorial qui dit tout sur le malaise voire le drame que le peuple mauritanien vit depuis un certain temps…
    En effet,ces mauritaniens qui ont su charmer le monde entier sont entrain,malheureusement,de montrer l’autre visage facheux d’une Mauritanie qu’on croyait revolue …Dommage…

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