Coup d’état : La Totale

19 08 2008

Coup d’état :
La Totale 

 

Où trouver la force et l’envie de rabâcher une opinion personnelle sur cet «intolérable intolérablement toléré » (Edgar Morin) qui mine l’histoire et l’avenir de
la Mauritanie : encore ces bidasses putschistes qui y assassinent dans l’œuf son embryon de démocratie ? Sempiternel déluge d’étoiles sur bérets vides qui plastronnent du gros bide quand il faut montrer les épaules larges. Sans champ d’honneur ni victoires. Sans idéal ni mémoire. Leur seule et unique battue : terroriser leurs populations civiles.   

 

Coup d’état primitif 

Bien avant la solidarité internationale et son pesant de servitudes, ce coup d’état mérite une raclée nationale, militaire et civile. La totale. Primitif dans son fond et sa forme, il est commis pour embraser les résistances. Même les applaudisseurs professionnels ne s’accordent pas sur ses chances. Pour cause, c’est la seconde fois consécutive que le chef de la garde présidentielle renverse l’institution républicaine dont il est chargé d’assurer la défense. Putschiste récidiviste, il a déjà déchu un président (août 2005) et forcé la transition démocratique à lui «élire» un candidat à sa botte (avril 2007). Celui-là même qu’il dépose et kidnappe le 6 août 2008. 

Vissé à son poste stratégique, il fait valser l’armée- à trois temps et en un an- pour s’en adjuger la tête. Décrété premier général de l’histoire, il lance ses bataillons parlementaires à l’assaut des autres institutions. Ces mêmes «indépendants dépendants» qu’il fit élire aux enchères pendant les pseudo- scrutins de la transition (2006/7). Joyeuses commères de bazar qui usent et abusent du discours convenu de l’opposition, ces élus mercenaires paralysent les deux chambres du parlement et dynamitent trois gouvernements (dont un d’union quasi-nationale). Sous la tutelle insatiable de leur parrain putschiste, ils violent une constitution dont ils sont les garants. 

Inévitable, tardif et maladroit, le limogeage du général le condamne au coup de force. Il croit «le pays à feu et à sang». Son tableau de chasse lui explose à la face. Dans son dernier retranchement, il revoit la nuée de colonels qu’il a démis ou poussés à la retraite… et qui veulent sa peau et sa place. A la tête d’un conseil de complices pris au dépourvu, il s’autoproclame président «par accident»: «nous sommes dans un état de droit, il faut le respecter» répond-il simplement aux premiers manifestants qu’il venait de gazer avec violence (JA 2383-4). 

 

La fin d’une histoire 

Bien sûr, ce coup de force a obtenu le concours conditionnel du chef «statutaire» de l’opposition. Sans lequel cette farce n’était pas tout à fait jouable. L’échec du front démocratique, les défections et l’isolement l’empêchent de bouder une redistribution des cartes.  Mais l’opposition politique n’avait déjà plus son destin en main. Qu’elle applaudisse ou rejette ce coup de bluff, ses composantes se condamnent à des alliances indélicates. Pour ne pas dire que dans les deux cas, elles ne seront plus que les forces supplétives d’un clan, «frondeur» ou «légitimiste», de l’ancien régime. Or l’idéal de changement exige que les énergies rétrogrades s’annulent ou se délitent au profit de volontés progressistes. Afin que le marasme militaire et le mal être populaire puissent trouver des raisons agissantes pour précipiter la fin de ce système illégitime. 

L’erreur fatale serait de tout attendre de l’ingérence internationale. D’ailleurs, l’occident ne cache plus sa volonté de surestimer toute agitation en Mauritanie (Paris -Dakar) : un pays qui bouche l’atlantique et ouvre deux afriques tout en donnant sur l’orient et l’occident. Même si elle s’en défend, l’Amérique de Bush a une base militaire à placer. Quant à
la France actuelle et son Europe, elles se contentent d’en assurer la fin de mandat  controversé. Entre les deux, il y a toujours eu ces messes basses qui ravivent les expansionnismes voisins. La décolonisation est une chose, l’indépendance en est une autre : plus fière et jalouse de sa souveraineté nationale, l’Algérie a exprimé son soutien au peuple mauritanien. Mais c’est à ses propres enfants qu’il revient de lui forger un destin. 

En tout cas, cette énième sauterie militaire signe la mort clinique de l’état postcolonial. L’armée nationale d’Afrique devait y circonscrire la souveraineté et les pouvoirs. Elle en rejette les greffes démocratiques. C’est le début de la fin d’une histoire… Pour relancer la sienne,
la Mauritanie doit d’abord gagner sa première bataille pour la démocratie et la république. 

 

                                                                                                                                                                            Cheikh Touré 

La Tribune N°413 du 18 août 2008

 


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