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L’arroseur arrosé

12082008

L’arroseur arrosé 

C’était le 3 août 2005. Sans effusion de sang, des éléments de l’armée venaient de déposer le président Taya absent du territoire.  A la surprise générale, c’est le colonel Ely Ould Mohamed Vall qui prenait la tête du CMJD mis en place pour conduire la transition. Tout le monde savait pourtant que le tombeur de Maawiya c’était le commandant du BASEP, le colonel Mohamed Ould Abdel Aziz.  L’homme s’exprimera quelques jours plus tard sur les ondes de
la VOA avant de garder le silence, laissant le chef de la junte parler au nom des colonels. 

Beaucoup plus tard, tout le monde a compris que le patron du BASEP avait des préférences quant aux candidats à la présidentielle. On dit qu’il a parrainé le candidat Sidi Ould Cheikh Abdallahi. Il aurait pesé de tout son poids pour que ce dernier remporte les élections. De tous les candidats, Sidi était apparemment le plus malléable et les militaires – quoi qu’en ait dit Ely – étaient visiblement soucieux d’assurer leurs arrières. 

Sidi élu président, on s’attendait à ce que les colonels soient écartés. La plupart sont partis ou se sont éloignés des hautes sphères de décision mais certains sont restés. Comme s’il y avait un deal. Non seulement ils sont restés mais leur pouvoir s’est accru. Certains sont promus au grade de général. 

Puis la crise est survenue. Cela commence avec le renvoi du gouvernement au retour de Sidi de sa visite à Rosso, début mai. A la surprise générale, un personnage falot est nommé premier ministre. Ould Waqhf fera un pied de nez au peuple en formant un gouvernement où les ‘symboles de la gabegie’ auront la part belle. C’est le début de la fronde ouverte. Tergiversations du président qui menace de dissoudre le parlement. Il ne comprend pas comment on peut en vouloir à un gouvernement qui n’a pas encore eu le temps de faire quoi que ce soit. Sidi absent du pays pendant longtemps, ne savait pas que pour le peuple et ses représentants, ceux qu’on a appelé les ‘roumouz’ avaient fait leurs preuves depuis près de vingt ans et que c’était un affront au peuple que de leur confier quoi que ce soit. 

Imprudence ou naïveté ? 

Le premier ministre démissionnera mais sera reconduit pour concocter laborieusement un nouveau gouvernement. Face à la crise, les hauts responsables prenaient des solutions bricolées au lieu de prendre le taureau par les cornes. Jusqu’au jour de la confrontation. Le président a eu la naïveté de croire qu’il pouvait user de ses prérogatives constitutionnelles. Il a osé limoger les principaux chefs de l’armée sans prendre la précaution de les neutraliser (ce qui serait illégal). Et la suite est là. Les généraux ont destitué le président. Le porte parole du président l’a d’ailleurs dit sur les ondes d’une télévision étrangère. ‘Les militaires croyaient que le président était une marionnette. S’apercevant que ce n’est pas le cas, ils se débarrassent de lui’. En fait le président n’a pas compris que RIM cela peut vouloir dire République islamico-militaire et que même si ce n’est pas écrit dans la constitution, le pouvoir civil est pratiquement subordonné à l’autorité militaire. Jusqu’au jour où notre armée sera plus républicaine que nationale. 

En fait le président a été moins lucide que Ely. Plusieurs fois on a eu l’impression que le président du CMJD hésitait à prendre des décisions et qu’il y avait comme un souffleur assis dans l’ombre pour lui dicter son ‘texte’. Les observateurs avertis avaient comme l’impression que le colonel Ely évitait de ‘déraper’ de crainte d’être mis à l’écart par ceux qui ayant pris le pouvoir, tenaient à le contrôler. Sidi Ould Cheikh Abdallahi a visiblement oublié ce qu’il devait à son parrain et n’a pas su mesurer sa véritable marge de manœuvre. Et sa décision de limoger les généraux apparaît comme un putsch. Normal dans ces conditions que les véritables maîtres du pays réagissent. 

Quoi qu’on puisse en penser, il ne faut pas oublier que le pays est paralysé depuis trois mois. Depuis le renvoi en mai dernier de Zeïne Ould Zeïdane, le premier ministre qui l’a remplacé a fait la démonstration de sa carence et de son manque de charisme. Comme si le vrai problème c’était d’abord lui, puis le fameux parti qu’il a mis en place et sa tentative d’affaiblir l’opposition en élargissant son premier gouvernement. Il y avait d’autres issues à explorer, les conseillers du président ne l’ont certainement pas compris. Les militaires ont repris le contrôle du pays. Ils vont certainement tenir leurs promesses. Si l’on tient compte du rapport des forces en présence on peut déjà présumer qu’il n’y aura pas beaucoup de suspens lors des prochaines élections à moins qu’un ex colonel (suivez mon regard) ne se présente. Dns tous les cas, il faudra si l’on veut que ce ‘putsch’ rectificatif soit le dernier qu’une loi protège tous les gradés en les mettant à l’abri de toute poursuite.. 

D.A 

 Source : La Tribune n°412




Mahmoud Darwich, le poète de la cause

12082008

Mahmoud Darwich, le poète de la cause

 

 

Mahmoud Darwich est mort dans un hôpital du Texas où il avait été hospitalisé pour une opération à cœur ouvert. Il en est mort. Retour sur le parcours du poète de la cause, celle de la Palestine, et d’un auteur traduit en 40 langues. 

 

« Mais nous souffrons d’un mal incurable qui s’appelle l’espoir. Espoir de libération et d’indépendance. Espoir d’une vie normale où nous ne serons ni héros, ni victimes. Espoir de voir nos enfants aller sans danger à l’école. Espoir pour une femme enceinte de donner naissance à un bébé vivant, dans un hôpital, et pas à un enfant mort devant un poste de contrôle militaire. Espoir que nos poètes verront la beauté de la couleur rouge dans les roses plutôt que dans le sang. Espoir que cette terre retrouvera son nom original : terre d’amour et de paix. Merci pour porter avec nous le fardeau de cet espoir. »

A sa naissance en 1941, la Palestine est sous mandat britannique. A l’âge de 7 ans, la Galilée où il est né est envahie. La naissance d’Israël en 1948 et dont on fêtait le 60ème anniversaire signifiait l’exil et la désolation pour les Palestiniens. Dont la famille de Mahmoud Darwish. «Je veux être lu comme un poète, pas comme une cause». Lui qui se défendait ainsi d’être circonscrit à une cause, est devenu par la force de l’inspiration le plus grand chantre de cette cause. Celle de la libération de la Palestine.

Mahmoud Darwich est né en 1941 à Al-Birwah, en Galilée, à 9 kilomètres à l’Est de Saint-Jean-d’Acre en Palestine sous mandat britannique, aujourd’hui Israël. Il est le deuxième enfant d’une famille musulmane sunnite de propriétaires terriens, avec quatre frères et trois sœurs. Après l’établissement d’Israël en 1948, le village fut rasé entièrement et la famille Darwich s’enfuit au Liban, où elle resta un an, avant de rentrer clandestinement en Israël où elle découvre que leur village a été remplacé par une colonie juive. La famille s’installe alors à Dair Al-Assad.

Darwish a commencé ses études primaires à Dair Al-Assad, tout en vivant sous la menace constante d’être découvert et exilé par les autorités israéliennes. Plus tard, il finit ses études secondaires à Kufur Yasif, deux kilomètres au Nord de Jdeideh. Enfin, il part pour Haïfa. Son premier recueil de poésie fut publié quand il avait dix-neuf ans (Asafir bila ajniha, Oiseaux sans ailes, 1960). En 1964, il sera reconnu nationalement et même internationalement comme une voix de la résistance palestinienne grâce à Awraq Al-zaytun (Feuilles d’olives). Ce recueil deviendra très populaire notamment avec le poème Carte d’Identité.

À la fin de ses études, Mahmoud Darwich commence à publier des poèmes et des articles dans des journaux et magazines comme Al-Itihad et Al-Jadid, pour lequel il deviendra plus tard rédacteur. En 1961, il rejoint secrètement le Parti Communiste d’Israël, la Rakah, et commence à travailler comme rédacteur adjoint de Al-fajr.

Il sera plusieurs fois arrêté et emprisonné pour ses écrits et activités politiques entre 1961 et 1967. Pendant cette période, Darwich rêve de révolution et chante la patrie, la défense de l’identité niée des siens et la solidarité internationaliste. Le poème Identité ( Inscris : Je suis arabe ), le plus célèbre de son recueil Rameaux d’olivier publié en 1964, dépassent rapidement les frontières palestiniennes pour devenir un hymne chanté dans tout le monde arabe.

En 1970, il part pour Moscou étudier l’économie politique. En 1971, il est au Caire, où il travaille pour le quotidien Al-Ahram. À Beyrouth, en 1973, il dirige le mensuel Shu’un Filistiniyya (Les affaires palestiniennes) et travaille comme rédacteur en chef au Centre de Recherche Palestinien de l’OLP et rejoint l’organisation. En 1981, il crée et devient rédacteur en chef du journal littéraire Al-Karmel.

Assigné à résidence à Haïfa où il travaille comme journaliste, il s’exile au Liban de 1971 à 1982, rejoignant Beyrouth.

Pendant l’été 1982, Beyrouth est l’objet de bombardements du 13 juin au 12 août, l’armée israélienne cherchant à faire fuir l’OLP de la ville. Darwich relatera la résistance palestinienne au siège israélien dans Qasidat Bayrut (1982) et Madih al-xill al’ali(1983). Le poète repart en exil, au Caire, à Tunis puis à Paris. En 1987, il est élu au comité exécutif de l’OLP.

Un an plus tard, en 1988, un de ses poèmes, En traversant les mots passants, est discuté à la Knesset; il est accusé de souhaiter voir partir les Juifs d’Israël. Mahmoud Darwich s’en défendra en expliquant qu’il voulait dire qu’ils devaient partir de la Bande de Gaza et de Cisjordanie. Le poète écrivit :

« Alors quittez notre Terre

Nos rivages, notre mer

Notre blé, notre sel, notre blessure. »

Membre du comité exécutif de l’OLP, président de l’Union des écrivains palestiniens, Mahmoud Darwich est le fondateur et le directeur de l’une des principales revues littéraires arabes, Al-Karmel, qui a cessé de paraître en 1993.

La même année, après les accords d’Oslo, Mahmoud Darwish quitte l’OLP, protestant contre l’attitude conciliante de l’Organisation dans les négociations et préfèrant une paix mais une paix juste.

Il continue à être rédacteur en chef du magasine Al-Karmel, et vit à Paris avant de retourner en Palestine en 1995, ayant reçu un visa pour voir sa mère. Il eut ainsi la permission de retourner en Palestine pour les funérailles de son ami l’écrivain Emile Habibi et de visiter la ville où il a vécu mais pour quelques jours seulement. Il reçoit une autorisation de séjour des autorités israéliennes et s’installe dans une ville de Cisjordanie, Ramallah, ville où Yasser Arafat avait ses quartiers. La ville deviendra un champ de bataille en 2002.

En mars 2000 Yossi Sarid, ministre israélien de l’Education , proposa que certains des poèmes de Mahmoud Darwish soient inclus dans les programmes scolaires israéliens. Mais le premier ministre Ehud Barak refusa, « Israël n’est pas prêt. »

Il est décédé samedi 9 août 2008 aux Etats-Unis dans un hôpital de Houston, où il avait subi une intervention chirurgicale et se trouvait dans un état critique suite à des complications liées à l’opération. Il avait déjà subi deux opérations du coeur en 1984 et 1998.

« M. Darwich est décédé à 13H35 locales » (18H35 GMT), a indiqué la porte-parole du Memorial Hermann-Texas Medical Center à Houston (sud) où il avait été admis.

L’œuvre de Darwich, essentiellement poétique, est une véritable défense et illustration d’une terre, d’un peuple, d’une culture en même temps qu’une entreprise hardie de génèse littéraire. Elle est hantée d’un bout à l’autre par une seule idée, une seule référence, un seul corps: la Palestine. La solitude et le désarroi de l’exil exprimés côtoient l’acceptation noble et courageuse où le désespoir profond devient générateur de création, porteur d’une charge poétique intense.

L’œuvre en prose de Darwich comprend un récit, Une mémoire pour l’oubli, qui restitue un jour de la vie d’un homme, le poète lui-même, pendant le siège de Beyrouth en 1982 par les troupes israéliennes. »

Beaucoup des poèmes de Mahmoud Darwich ont été interprétés par des chanteurs tels que Marcel Khalifé, Magida El Roumi, et Ahmed Qa’abour. En 1996, 1999 et 2003, le célèbre musicien Marcel Khalifé a été trainé en justice pour blasphème et insulte aux valeurs religieuses, à cause d’une chanson intitulée Je suis Joseph, oh père, qui a été écrit par Darwish et citait un verset du Coran. Dans ce poème, Darwich partageait la peine de Joseph, rejeté voir haï par ses frères car trop honnête et bon. « Oh mon père, Je suis Joseph, et mes frères ni ne m’aiment ni ne me veulent parmi les leurs. » Mais certains chefs religieux prennent sa défense comme Youssef al Qaradawi ce qui calma les tensions.

Un documentaire, produit en 1997 par une télévision française et intitulé Mahmoud Darwich, a été réalisé par Simone Bitton, réalisatrice de double nationalité israélo-française.

Mahmoud Darwich, assiégé à Ramallah en 2002, accueille une délégation du Parlement international des écrivains : l’Américain Russell Banks, le Sud-Africain Breyten Breytenbach, l’Italien Vincenzo Consolo, le poète chinois exilé Bei Dao, l’Espagnol Juan Goytisolo, le Français Christian Salmon, le Portugais José Saramago (prix nobel de littérature en 1998), le Nigérian Wole Soyinka (prix nobel de littérature en 1986), accompagnés dans leur périple par Leïla Shahid et Elias Sanbar. La délégation accueillie pour participer à un événement culturel sera le témoin direct de l’occupation militaire israélienne. Le documentaire, intitulé Écrivains des frontières, a été réalisé en 2004 par Samir Abdallah et José Reynes, le film se déroule dans plusieurs langues parmi lesquelles : l’anglais, le français, l’italien, le chinois, etc.

« Celui qui m’a changé en exilé m’a changé en bombe… Palestine est devenue mille corps mouvants sillonnant les rues du monde, chantant le chant de la mort, car le nouveau Christ, descendu de sa croix, porta bâton et sortit de Palestine. »

(source : encyclopédie Ikipédia)

 

encadré :

«A ma mère» (1966)

 

J’ai la nostalgie du pain de ma mère,
Du café de ma mère,
Des caresses de ma mère…
Et l’enfance grandit en moi,
Jour après jour,
Et je chéris ma vie, car
Si je mourais,
J’aurais honte des larmes de ma mère !

Fais de moi, si je rentre un jour,
Une ombrelle pour tes paupières.
Recouvre mes os de cette herbe
Baptisée sous tes talons innocents.
Attache-moi
Avec une mèche de tes cheveux,
Un fil qui pend à l’ourlet de ta robe…
Et je serai, peut-être, un dieu,

Peut-être un dieu,
Si j’effleurais ton coeur !
Si je rentre, enfouis-moi,
Bûche, dans ton âtre.
Et suspends-moi,
Corde à linge, sur le toit de ta maison.
Je ne tiens pas debout
Sans ta prière du jour.
J’ai vieilli. Ramène les étoiles de l’enfance
Et je partagerai avec les petits des oiseaux,
Le chemin du retour…
Au nid de ton attente !
 

 







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