Edito de Mohamed Fall O Oumère

12 08 2008

 

Edito de Mohamed Fall O Oumère 

 

Nous le disions la semaine dernière : les protagonistes ressemblaient à deux tireurs qui, le doigt sur la gâchette, attendaient, chacun de son côté, que le vis-à-vis tire, comptant sur sa maladresse. Le Président Sidi Ould Cheikh Abdallahi a tiré le premier. Avec toute la maladresse qu’on pouvait supposer. Les quatre chefs de corps en même temps. Sans prendre de dispositions particulières. Sans faire les choix qui auraient pu atténuer les effets d’une telle décision. Et en choisissant un horaire qui mettait sa décision dans le sillage des «actes frauduleux». Malheureux.

C’est à partir de 7 heures du matin que l’information est diffusée : le décret nommant des remplaçants aux quatre chefs de corps (Etat Major particulier, Etat Major national, Gendarmerie et Garde Nationale) est publié. «Tayhit il vajr» (attaque de l’aube) comme disent les guerriers de l’espace maure. Un coup d’Etat …civil. Auquel les militaires répondent aussitôt. La suite vous la lirez dans les pages suivantes. Je m’en tiens ici à l’appréciation de ce qui s’est passé. Mais quelques précisions préalables.

Comme vous, chers lecteurs, je ne suis pas allé tirer Sidi Ould Cheikh Abdallahi de sa tranquillité pour l’imposer aux Mauritaniens comme «le candidat qui rassure». Je ne fais pas partie de ceux qui l’ont soutenu, d’ailleurs je n’ai voté aucun des candidats à la présidentielle pour une raison très simple : je n’avais pas de carte d’identité à l’époque. Préférant me cantonner dans la position de celui qui défend le changement et qui, dans une ultime marque d’optimisme béat, tente de donner un «contenu» à la Transition, d’en défendre certains acquis et d’en célébrer les réussites. C’était à mon avis un point de départ pour les nouvelles autorités. Et pour la nouvelle Mauritanie.

Cette Mauritanie, le Président Sidi Ould Cheikh Abdallahi pouvait en être l’artisan. Issu d’une école de savoir et de mesure, ayant fait les bancs sous Mokhtar, bien encadré par une équipe à laquelle nous devons la fin d’un régime qui a corrompu la Mauritanie… tout prédisposait le Président élu à fonder un monde nouveau, un pouvoir nouveau, une société nouvelle. J’y ai cru. Comme beaucoup de Mauritaniens de mon âge et de ma condition. Ceux qui comprennent bien le Président Sidi Ould Cheikh Abdallahi quand il s’entoure des mêmes gens qui ont fait «la gloire» du système que j’ai souffert, comme beaucoup de Mauritaniens, pendant tout ce temps. Je le comprends et l’explique… quand je peux.

Le 23 juin dernier je découvrais l’ampleur des dégâts. Entre lui et les soutiens qui l’ont amené au pouvoir, rien ne va plus. Les querelles de classement – et de placement – dans ses alentours immédiats ont affecté son pouvoir et sa notoriété. Comment ? Ou le Président n’a pas eu la sagesse de ses soixante-dix ans – ou presque-, ou la pression sur lui a été trop forte, ou encore il avait ses plans. Mais sur qui comptait-il ? Sur ses soutiens civils dont une partie lui faisait déjà défaut ? Mais ces civils doivent tout à Ould Taya : ils ont été les premiers à le lâcher. Comment entendait-il agir ? Comment mettre l’opinion de son côté ? Comment isoler ses adversaires ?

Visiblement, le Président Sidi Ould Cheikh Abdallahi n’a pas pensé à tout cela. Ses protagonistes non plus n’ont pas pensé à l’éventualité de leur limogeage. Il est clair à présent que la «variante A» n’avait pas été envisagée par eux. Ils n’ont fait à présent qu’improviser.

La semaine dernière, nous mettions en garde contre l’absence de perspective d’une part, et d’autre part contre le manque de prise en compte de l’intérêt supérieur de
la Nation. Nous avions dit que le Président avait le droit de jouer son pouvoir et son autorité, mais il ne doit pas jouer le pays. En démettant les quatre chefs de corps, au petit matin de ce mercredi 6 août, en les remplaçant par des officiers pour le moins mal préparés – cela est valable pour l’Armée,
la Gendarmerie et l’Etat Major particulier -, il n’a pas pris en compte la fragilité du pays, l’inopportunité de l’acte et le rapport de force.

Les tombeurs du Président Ould Cheikh Abdallahi ont eux aussi agi dans la précipitation. On leur reproche d’avoir engagé une bataille – depuis le début – sans en apprécier toutes les issues. Eux aussi ont mis en danger la stabilité du pays. En plus d’avoir commis le seul acte impardonnable dans une démocratie : un coup d’Etat. Leurs premiers actes sont aussi inquiétants les uns que les autres. L’emprisonnement de personnalités politiques, la violente dispersion des manifestations hostiles au coup d’Etat, le retour vulgaire du culte de la personnalité, l’encouragement des manifestations de soutien au coup d’Etat… Les putschistes doivent savoir qu’ils ne peuvent se targuer d’aucune légitimité. Que ce ne sont pas les manifestations de soutien – artifice politique hérité de l’époque de l’avant 3 août – qui fonderont une quelconque légitimité. Ils sont venus par la force des armes et doivent proposer un projet pour les Mauritaniens. Un projet à même de susciter l’adhésion d’une classe politique qui n’a jamais été exigeante. Rompre les relations avec Israël, engager une lutte contre la corruption, cultiver le mérite par le travail, assainir la scène politique et en sortir ceux qui la parasitent (affairistes, militaires…), prendre en compte les doléances des populations en matière de quotidien et surtout fixer une date précise pour leur retrait… Sans projet viable et clair, les nouveaux maîtres seront une simple variation de leurs aînés, ceux du 10 juillet 1978, ceux du 6 avril 1979 et ceux du 12 décembre 1984.  Ils en ont les allures. Quand on voit comment les membres du Conseil d’Etat ont accueilli les «souteneurs» de l’autre jour, on est frappé par la ressemblance avec la gestuelle du 10 juillet et celle du 12/12. Chacune de ces gestuelles a produit les effets que nous connaissons.

Les deux protagonistes – le Président élu et les généraux – ont préféré visiblement user d’une arme, de tous temps redoutable : l’ignorance. Chacun a fait semblant d’ignorer l’autre, tout de l’autre. Chacun a ignoré ou fait semblant d’ignorer les autres. En l’absence d’une stratégie des deux côtés, prendre en compte l’autre, ses justificatifs et ses réactions, agir en fonction de l’intérêt du pays, équivaut à paralyser les protagonistes. Le mieux pour eux, c’est donc d’agir dans l’ignorance des conséquences de ses actes.

Un ami étranger me disait que chez les Chinois, le mot «crise» est représenté par deux notions «Risque» et «Opportunité». Et mon ami de me dire : «espérons qu’il sera déjoué, souhaitons qu’elle sera saisie».

On raconte chez nous que
la Miséricorde est venue dire au Destin de «faire doucement avec les créatures d’Allah». Ce à quoi le Destin répondit : «je suis fait pour choquer et rappeler la vanité de la condition des créatures».
La Miséricorde jura alors d’être partout où le Destin frappera. C’est ainsi que les plus dures des souffrances sont allégées par
la Miséricorde. Espérons pour notre pays plus de Miséricorde. Pour pouvoir saisir les opportunités, si elles existent.

 


La Tribune n°412


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