actualités politiques

12 08 2008

La rebelote des généraux

Chronique d’une reprise de pouvoir

 

Le pouvoir civil n’aura survécu que quinze mois en Mauritanie. Le président Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi élu démocratiquement en janvier 2007 et qui a prêté serment sur le Coran en avril de la même année a été déposé par les généraux nouvellement promus à ce grade et qui avaient une grande influence sur la vie politique dans le pays

Conséquence d’une crise politique qui avait couvé depuis plusieurs semaines et qui a eu pour effets successifs, deux changements de gouvernement en moins de deux mois, des demandes de session extraordinaire de l’Assemblée nationale introduite par des députés et sénateurs désireux d’enquêter sur les fonds de l’épouse du chef de l’Etat à la tête d’une fondation caritative et des démissions importantes du parti de la majorité présidentielle, ce putsch est intervenu immédiatement après la diffusion mercredi matin par la présidence de
la République d’un communiqué faisant état du limogeage des chefs d’état-major de l’armée nationale, de la garde nationale et de la gendarmerie ainsi que du chef d’état major particulier chargé de la sécurité présidentielle, le Général Mohamed Ould Abdel Aziz. Celui-ci est à la tête des putschistes qui se sont constitués en un Conseil dit d’Etat et ont diffusé un communiqué N°1 lu par le ministre de la communication. Ce communiqué mentionne que le décret sur les nominations présidentielles est « nul » – en lisant le communiqué, le ministre du tourisme a appuyé sur le «l» final comme s’il y avait un «e» à la fin, en 1978 l’officier ayant lu le premier communiqué avait appuyé le «h» de «héros».

Aucune précision supplémentaire n’a été donnée sur la composition de ce conseil d’Etat ; mis à part que l’expression d’ancien Président a permis de comprendre qu’il s’agit d’une destitution. Comme on devait s’y attendre beaucoup de dirigeants de partis politiques ont réagi. C’est ainsi que Mohamed Ould Maouloud, président de l’union des forces du progrès et Mohamed Jemil Ould Mansour leader du parti islamiste le rassemblement national pour le renouveau et le développement ont tous deux condamné ce qu’ils ont appelée une violation de la légalité constitutionnelle. Ces deux partis avaient choisi il y a deux mois de participer au gouvernement politique mis en place avec le Premier ministre Yahya Ould Ahmed Waghf toujours détenu par les putschistes. Mais leurs ministres ont été emportés par la fronde des députés qui avaient contesté dans un premier temps la présence dans le gouvernement d’anciens alliés du régime d’avant le 3 août 2005, date de la destitution de Maouya Ould Sid’Ahmed Ould Taya. Quant au Rassemblement des Forces Démocratiques, le parti du chef de file de l’opposition, Ahmed Ould Daddah, il a affirmé être par principe contre les coups de force mais a souligné son entière compréhension de l’action des putschistes qui, selon Mohamed Mahmoud Ould Ematt, un des vice-présidents du parti intervenant sur la chaîne arabophone Aljazeera le jour même du coup de force, n’ont fait que réagir par rapport à des blocages créés par le Président Ould Cheikh Abdallahi. On verra le jour suivant les couleurs du RFD brandies par ce député et des militants du parti dans la foule des marcheurs en faveur des putschistes… C’était à l’occasion d’une marche des frondeurs dirigeant des foules de fans des nouveaux maitres du pays. Le même jour, devant l’assemblée nationale, des forces de l’ordre dispersaient à coups de lacrymogènes les partisans du président déchu et mis au secret. Rien de contradictoire pour le général Ould Abdel Aziz : la manifestation n’était pas autorisée. «Nous sommes dans un Etat de droit, il faut le respecter». Affirme jeudi le nouveau maître qui prétend être intervenu pour sauver
la Mauritanie...  

La  promesse d’élections présidentielles dans les deux mois à venir faite dès les premiers jours de prise de pouvoir sera relativisée au bout de trois jours lorsque le chef de la junte militaire répond sur les ondes de RFI : «Ne nous poussez pas à faire des promesses que nous ne pourrons pas tenir».

Devenu Haut Conseil d’Etat, le groupe des putschistes qui compte onze officiers supérieurs, s’est dit disposé à respecter tous les traités et engagements internationaux ainsi que les conventions auxquels
la Mauritanie a souscrit.

Insuffisant pour convaincre une bonne partie de la classe politique constituée en front national pour la défense de la démocratie depuis le jour même du putsch et dont certains dirigeants ont affirmé vendredi devant des centaines de sympathisant brandissant les portraits géants de l’ancien président : «Nous continuerons la lutte jusqu’à l’aboutissement de notre objectif« . Autrement dit rétablir Sidi Ould Cheikh Abdallahi dans ses fonctions de Président de la République afin de se conformer à la volonté du peuple mauritanien qui l’a élu, rappellent les leaders politiques dans la transparence et la légalité totales. L’UFP, le RNRD, le PLEJ, le PNDD, l’APP, le parti HAWA,  se sont rassemblés dans le siège de l’alliance populaire progressiste pour fustiger le coup d’état et réclamer énergiquement le retour du président déchu. Initialement programmé pour une conférence de presse, cette rencontre s’est muée en meeting. Très vite la police a été déployée dans les alentours où dans le même temps des partisans des auteurs du coup d’état étaient passés en brandissant la photo du général Ould Abdel Aziz et en faisant klaxonner leurs voitures…La manifestation s’est toutefois  terminée dans le calme.

Aux côtés des chefs des partis politiques ayant organisé cette conférence de presse-meeting dans le siège du parti de l’alliance populaire progressiste dirigé par le président de l’assemblée nationale  Messaoud Ould Boulkheir, il y avait plusieurs ministres du gouvernement actuel. Appartenant au parti ADIL dont le siège a été fermé, ces ministres se sont affichés publiquement aux côtés des contestataires. «Nous ne pouvons passer tout notre à faire des élections», lance Boydiel Ould Houmeid de Adil-PNDD. «Nous ne participerons pas à de nouvelles élections», martèle Mohamed Ould Maouloud de l’UFP. «Comment voulez-vous que l’on croie à la bonne foi de gens qui promettent la démocratie tout en violent la démocratie ?», s’interroge indigné Jemil Ould Mansour du RNRD Tawassoul.  «Dans leur communiqué N°1, ces gens ont dévoilé leur véritable dessein. Seules des raisons personnelles les ont conduits à agir …», remarque Khalil Ould Tiyyib de l’APP.  

Côté diplomatie, l’union  africaine qui avait dans une précédente déclaration condamnée le coup d’état a exigé le retour à la légalité et la libération du président déchu et des autres  personnalités arrêtées  mercredi suite au coup d’Etat militaire perpétré par des éléments de l’armée mauritanienne. On sait qu’en plus du Président et du Premier ministre, le président du conseil économique et social, le ministre de l’intérieur t le directeur de l’ANAIR ont été arrêté pas les putschistes. Aucune justification n’a été donnée.

L’Union Africaine finit par suspendre
la Mauritanie. Selon le ministre tanzanien des affaires étrangères cité par l’AFP : « Le coup d’Etat est un revers grave pour les Mauritaniens parce qu’il a volé au peuple son droit fondamental à élire librement les dirigeants de son choix ». La décision de gel est prise conformément à une convention entre les chefs d’états de l’union qui ont tous souscrit au principe de non reconnaissance des régimes issus de coups d’Etat. On se rappelle qu’en août 2005, l’UA avait également suspendu
la Mauritanie suite au putsch qui avait renversé le régime de Maouya Ould Sid Ahmed Taya. Mais face à l’adhésion unanime de la classe politique  à l’action du conseil militaire pour la justice et la démocratie d’alors, c’est l’ensemble de la communauté internationale qui a soutenu le processus de transition ébranlé dans le pays. Reste à savoir quelles conséquences vont avoir cette décision sur le cours des événements en Mauritanie. Pour l’instant c’est
la France qui a menacé de sanctionner les putschistes et les Etats-Unis ont décidé de suspendre leur aide non humanitaire. 

 

L’UE qui avait largement soutenu le processus de transition et les opérations de vote entre 2005 et 2007,  a averti qu’elle pourrait suspendre son aide financière à la Mauritanie. Et les militaires n’ont pas dit s’ils feront partie ou non des protagonistes d’une élection présidentielle à venir. 

Un  ballet diplomatique s’ébranle. Le président du haut conseil d’état reçoit dans la matinée du samedi le secrétaire général adjoint de la ligue des états arabes venu vendredi soir à Nouakchott pour s’enquérir de la situation du pays après le coup d’état du 6 août 2008.

Ahmed Ben Helli avait assuré avant son arrivée en Mauritanie qu’il souhaiterait rencontrer les nouvelles autorités ainsi que l’ex président  de

la République. Les entretiens entre l’émissaire de Amr Moussa et les nouvelles autorités ont porté sur le souci de sauver la démocratie dans le pays. Ainsi, la ligue arabe qui souhaite éviter que la situation ne s’empire s’emploie-t-elle à jouer les bons offices entre les militaires et les partisans d’un retour à la légalité. L’émissaire de la ligue arabe a déclaré avoir été assuré par le chef de la junte militaire de la sauvegarde de l’intérêt de
la Mauritanie  et de la tenue dans les plus brefs délais d’élections présidentielles. Il a dit avoir l’intention de rencontrer les acteurs politiques. Certains parmi ces derniers avaient constitué un front pour contester les putschistes. Ils avaient été reçus par le chargé d’affaires de l’ambassade de France qui comme on le sait avait condamné le coup d’état et menacé de sanctions le pays. Pour la ligue arabe l’expérience démocratique de
la Mauritanie doit être préservée.
La Mauritanie s’était voulue un modèle pour le reste du monde arabe, du fait d’une transition militaire couronnée entre 2005 et 2007 par des élections jugées libres et transparentes par l’opinion internationale.
On ne s’attend donc pas à une pression quelconque de l’organisation arabe dont par ailleurs le nouveau dirigeant de
la Mauritanie, interviewé par le journal Charq El Awsat, a requis la compréhension et évidemment le soutien dans la conduite d’une transition qu’il promet d’être courte.   

Récusant avoir fait un coup d’Etat mais une action pour sauver le pays et remettre sur les rails le processus politique et démocratique, le général Ould Abdel Aziz multiplie les interventions. En moins de deux jours, c’est un général médiatisé qui essaie de convaincre. Il a déclaré à un journal suisse que « toucher à l’armée aujourd’hui surtout en la décapitant de chefs compétents et des plus respectés met le pays dans une situation dangereuse« . Une manière de justifier son putsch intervenu après le décret le limogeant lui et d’autres officiers hauts gradés qui étaient à la tête des institutions les plus importantes de l’armée. Pour lui le pays allait être mis à feu et à sang par cette décision…

Sur RFI, il n’hésite pas à charger son ‘poulain’ d’hier. Sidi est accusé de tout : «il y a un président qui a décidé unilatéralement de désigner des officiers à la place d’autres, et puis il fallait que cet acte soit annulé. Et lui il refusait d’annuler cet acte, alors que cet acte mettait le pays en danger. C’était le pays, ou lui. On a choisi le pays». Et pour cause : «l’ancien président, a pratiquement, sur le plan de gestion du pays, échoué totalement. La situation du pays, sur le plan économique, elle est catastrophique. La situation sécuritaire, elle est catastrophique. Il s’est allié avec certains groupuscules politiques et affairistes qui ont mis le pays dans cette situation, qui n’était pas souhaitable et qui n’était pas du tout attendue. C’est vrai qu’il y a eu développement du terrorisme, de part le fait des libérations anarchiques qui ont été faites récemment et qui ont conduit le pays à des actions terroristes à l’intérieur même du pays, qui ont été faites par des gens qui étaient en prison à l’arrivée du président ? Donc ils ont été libérés de manière unilatérale sans concertation avec les services spécialisés dans la lutte antiterroriste. Cela a conduit malheureusement aux actions terroristes menées dans notre pays, aussi bien à l’intérieur qu’au niveau de la frontière.» Désir de se faire comprendre et accepter par l’opinion internationale qui pour la plupart est sensible à un discours anti-terroriste ou réalité, quels effets ces accusations contre Ould Cheikh Abdellahi pourraient-elles bien avoir ? Le tombeur de Ould Cheikh Abdallahi qui s’était par ailleurs dit engagé à superviser, en concertation avec les institutions, la classe politique et la société civile, la conduite d’élections présidentielles pour  relancer le processus démocratique et de le refonder sur des bases pérennes sera-t-il en mesure de faire adhérer à sa cause l’ensemble des acteurs politique. Ceux-ci ne se montrent pas immédiatement enthousiastes. Beaucoup ayant condamné le putsch du 6 août, certains leaders politiques se sont concertés mercredi en vue de prendre une position. La rumeur avait couru que le chef de file de l’opposition Ahmed Ould Daddah, absent du pays au moment du coup d’état, ferait partie du conseil d’Etat. C’est sans fondement affirme Ould Lematt un des vices présidents de son parti. Avec quels moyens la junte compte organiser les élections ?

Quant au Président de
la République, c’est  trois jours après son arrestation, qu’on a su où il se trouve. Selon le Général Ould Abdel Aziz, son tombeur, l’ex président de
la République se trouve dans une résidence du palais des congrès et est bien traité : «il ne se plaint de rien», a dit Ould Abdel Aziz. Dans un entretien exclusif accordé à Jeune Afrique vendredi. Le général promet la libération dans les prochains jours ou les prochaines semaines du Président déchu dont pourtant la fille s’inquiète de l’Etat de santé. Ould Cheikh Abdellahi devait subir une intervention chirurgicale. Reste à savoir si la pression, entreprise pas les partis politiques contestataires de la légalité des putschistes, sera poussée à un point de retour ? 

 

Kissima Diagana 

 

Le Général Mohamed Ould Abdel Aziz, le nouveau maître du pays, joue les prolongations d’un match commencé le 3 août 2005

 

C’est le 6 août 2008, un mercredi comme par hasard – mercredi 12/12/84, 3/8/05 mercredi. C’est le premier coup d’Etat auquel les Mauritaniens suivront en direct. C’est sans surprise qu’on apprend que le chef de la nouvelle junte n’est autre que le Général Mohamed Abdel Aziz, le plus proche des collaborateurs du Président Sidi Ould Cheikh Abdallahi. Le Général venait d’être démis au terme d’un décret publié tôt dans la matinée, à l’aube de ce 6 août. En même que son ami et compagnon d’armes le Général Mohamed Ould Ghazwani jusque-là chef d’Etat Major des Armées. Lui se trouvait hors de Nouakchott. Il rentrera jeudi. Qui sont ces deux hommes ?

Né en 1956 à Akjoujt,  le Général Mohamed Ould Abdel Aziz a rejoint l’armée nationale en 1977. Sortant de l’Académie Royale Militaire de Meknès au Maroc, il a gravi successivement les échelons de l’armée de terre. C’est après avoir mis en place le bataillon de sécurité présidentiel, plus connu sous l’acronyme BASEP, que la notoriété du commandant Ould Abdel Aziz a commencé à grandir au sein de la grande muette.

Ce sont ses brillants états de services lors de la tentative de putsch du 8 juin 2003 qu’il fit échouer qui lui valurent ses galons de Colonel. Distinction tardive et insuffisance quand on sait que la gloire et la célébration sont allés à des officiers qui ont peu ou pas participé à la mise en échec du putsch. Le colonel Ould Abdel Aziz devra attendre août 2004 pour se voir décoré de la plus haute décoration militaire décernée par le Président. On lui reconnaît – timidement il est vrai – le mérite d’avoir déjoué la tentative. Mais c’est surtout le 3 août 2005 qui fera connaître le nom du Colonel Ould Abdel Aziz hors des frontières de
la Mauritanie lorsqu’il apparut clairement que c’est lui qui fut le principal concepteur et exécutant du coup de force qui  mit fin aux 21 ans du régime autocratique de Maaouya Ould Taya.

Cinq jours plus tard, le 8 août 2005, alors que le Président du CMJD n’avait toujours pas prononcé de discours, ni fait la moindre déclaration, c’est encore Ould Abdel Aziz qui prit l’initiative dans une interview à
la Voix de l’Amérique (reproduite intégralement dans
la Tribune N°267 du 10 août 2005) dans laquelle il annonça avec une lucidité et une détermination remarquable les intentions du CMJD. Depuis, les déclarations et apparitions publiques de Ould Abdelaziz se firent très rares. Cependant, l’influence du Général sur l’armée mauritanienne et sur la vie politique du pays n’a cessé de se renforcer au point que certains voient son empreinte partout. On lui prête d’être à l’origine de la réduction du mandat du CMJD de 24 à 19 mois, d’avoir fait adopter le décret interdisant le comptage des votes blancs lors des présidentiels de 2007, ainsi que le réaménagement de l’armée après les limogeages de quelques Colonels dont Ould Boubacar et Ould El Alem. Ce n’est, dit-on qu’après s’être assuré de son appui, que le candidat Sidi Ould Cheikh Abdallahi se présenta aux élections présidentielles. Secret et peu bavard, le général semble pourtant bénéficier d’un sens tout militaire de l’organisation et d’un courage à toute épreuve auquel s’ajoutent un patriotisme et un rare sens du devoir national. Qualités qu’il partage avec son alter ego, Mohamed Ould Ghazwani qui est le deuxième homme fort de la nouvelle junte.

Le Général Mohamed Ould Cheikh Mohamed Ahmed Ould Ghazwani a été engagé sous les couleurs de l’Armée nationale le 15 octobre 1978. Comme son compagnon, celui qui deviendra son plus proche ami, il fait partie de la deuxième génération d’officiers qui n’ont pas été impliqués dans le 10 juillet 1978 et qui n’ont donc pas eu à porter de responsabilité quelconque dans la gestion catastrophique du pouvoir par les militaires du CMRN puis du CMSN. C’est là l’un des secrets de la réussite de l’ère CMJD (respect du timing).

C’est à l’Académie Royale de Mekhnès que les deux hommes se rencontrent et s’apprécient. Des points communs : la réserve et le sens du devoir. Revenu chez lui, Ould Ghazwani commande des unités opérationnelles un peu partout dans le pays. C’est en 1987 qu’il connaît sa première grande promotion. En effet il est nommé alors aide de camp. En 1989, au lendemain des événements, il fait partie de la délégation qui accompagne le Président Ould Taya en Irak pour sceller l’alliance entre les deux régimes de l’époque. A l’intérieur du pays, Ould Taya avait engagé une chasse aux Baathistes, sur le plan de la diplomatie, le régime de Baghdad devenait son parrain. Une contradiction que devrons nous expliquer un jour certaines figures emblématiques du mouvement panarabe affilié à Baghdad.

Première conséquence de ce voyage : l’Irak offre une unité de blindés à Ould Taya. C’est son aide de camp qui est choisi pour faire un stage de formation sur l’utilisation de ces blindés. Tout en étant en Irak pour cela, Ould Ghazwani n’est remplacé au poste d’aide de camp qu’en 1992, au lendemain de son retour. Il est chargé alors de monter l’unité des blindés qui fera partie du dispositif de sécurité du Président. Il s’agit du fameux Bataillon des Blindés (BB). C’est lui naturellement qui le dirige, même s’il est secondé par un proche du Président qui ne semble avoir confiance totalement qu’à ses proches.

Il effectue plusieurs stages dont une formation à l’Ecole de guerre en Jordanie mais reste commandant du BB. En juin 2003, il est commandant du BB quand éclate le putsch du 8 juin. Mais il n’est pas sur place. Ce qui l’excuse aux yeux du Président qui est sérieusement remué par la révolte au sein de son unité d’élite. Nonobstant cela, Ould Ghazwani est envoyé directeur du deuxième Bureau de l’Armée, celui des renseignements militaires. Il y arrive alors que ce bureau était gangrené par la délation et l’inefficacité. Il essaye de restaurer le système de renseignements militaires. Mais il coïncide avec le procès de Wad Naga. Il joue un rôle très important dans la conclusion finalement heureuse du procès (sans peine capitale). Le 3 août, son nom est le quatrième sur la liste du CMJD. Après les colonels Eli Ould Mohamed Val, Abderrahmane Ould Boubacar et Mohamed Ould Abdel Aziz.

Que les noms des deux compères figurent en troisième et quatrième places, ne trompe personne. Tous les observateurs savent que les véritables auteurs du changement du 3 août sont ceux-là. Ils semblent avoir mûri leur action. La seule chose qu’ils avaient mal appréciée est la force d’inertie de l’Appareil. Ils ont aussi sous-estimé la capacité de nuisance des hommes de cet Appareil. C’est certainement cela qui a créé le malaise qui a fini par s’amplifier devenant une crise majeure. Et c’est certainement qui donne des deux Généraux une idée qui n’est pas forcément juste.

Ils prennent le pouvoir en traînant plusieurs handicaps dont le plus grave n’est certainement pas l’absence de reconnaissance internationale. En fait, l’opinion a toujours jugé qu’ils étaient associés étroitement au pouvoir durant ces quinze derniers mois. Leurs détracteurs sont nombreux (caciques du régime Ould Taya qui les rendent responsables de leur fin, les prétendants à l’héritage de Ould Taya, les opposants qui trouvent qu’ils leur ont volé leur victoire en soutenant un candidat…). Et vite ils sont parus comme «les méchants». Ils ont à fournir d’énormes efforts pour inverser l’image que l’opinion a d’eux. Ils sont les vrais auteurs du 3 août, alors que la gloire est allée à leurs aînés. Le premier défi pour eux est de refaire l’unité intérieure autour d’eux, de construire un front intérieur capable d’accompagner leurs actions. Libérer immédiatement les prisonniers, engager un dialogue avec les forces politiques en présence, permettre à ces forces de s’exprimer librement, arrêter la vague de soutien et refuser de tomber dans le piège des délices de Capoue (pouvoir).

Un putsch n’est pas une solution durable à la crise politique. La vraie solution est l’ancrage de la démocratie et le renforcement des institutions existantes. Il ne faut pas oublier que la cause première de la situation actuelle est l’interférence du CMJD dans le jeu politique de
la Transition. Un péché originel pour la jeune démocratie mauritanienne.

Dans son édition N°408,
La Tribune écrivait : «Le symbole, en avril 2007, était fort. Le 10 juillet 1978, Eli Ould Mohamed Val, était un jeune lieutenant en charge d’une unité sous les ordres du commandant Moulaye Ould Boukhreiss. Ce dernier avait fait bouger ses troupes en direction de Nouakchott. Si lui savait pourquoi, ses subordonnés ignoraient tout de l’action.

C’est ce jeune lieutenant qui passera le pouvoir à l’un des plus jeunes ministres du gouvernement civil renversé à l’époque. En effet Sidi Ould Cheikh Abdallahi était, avec Ahmed Ould Daddah (son cadet), des plus jeunes de l’équipe.

Les vrais auteurs de cette orchestration n’ont appartenu ni au CMRN, ni au CMSN. Les colonels Mohamed Ould Abdel Aziz et Mohamed Ould Ghazwani appartiennent à une génération d’officiers qui sont venus à l’Armée pour le métier. Non pour le pouvoir. S’ils sont aux affaires, c’est bien pour sauver une situation qui a failli les entraîner eux-mêmes. 19 mois pour relancer l’espoir d’un ordre nouveau. Malgré les interférences du Conseil militaire.

Aujourd’hui le débat porte sur le rôle des uns et des autres dans l’exercice du pouvoir. Comme si les jeux n’étaient pas faits à l’avance.

Le malheur pour nous, c’est qu’on découvre l’ampleur de l’incompétence politique de l’Appareil qui nous dirige. Sinon comment comprendre la mésentente entre le Président et ses différents partenaires ? Comment comprendre le pourrissement d’une situation dont les faiblesses sont claires ? Comment comprendre d’abord l’absence de réaction du chef du gouvernement, chef du parti Adil, ensuite l’entrée en scène fracassante du Président, son recul et enfin sa tentative de relance ? Les questions sont nombreuses. Les réponses sont inquiétantes. Les parades sont dangereuses.»

 

Bechirou Wade

 

Encadré :

Pourquoi ?

 

Quand on apprend tôt le matin la destitution des quatre chefs de corps, on est surpris. C’est un communiqué signé par le Président Sidi Ould Cheikh Abdallahi qui est lu par les journalistes, d’abord de
la Radio puis la télévision (une fois avant d’être fermée). Une feuille volante avec entête de
la Présidence, mention : COMMUNIQUE. D’une banalité extrême. Comme s’il s’agissait de démettre un quelconque haut fonctionnaire appartenant au Parti-Etat.

Khalil Ould Tiyib, vice-président de l’APP, a dit sur Al Jazeera que la veille, il avait vu le Président de
la République qui lui avait réitéré sa confiance vis-à-vis des généraux et demandé de continuer la médiation en cours en vue de régler le problème. Qu’est-ce qui a fait changer le Président entretemps ? On ne sait pas. Toujours est-il que dans la nuit de mardi à mercredi, il prend sa décision et la publie au petit matin.

La réaction commence vers huit heures. La famille du Président est encerclée, lui-même est arrêté. Non sans avoir téléphoné au ministre de l’intérieur Mohamed Ould Rzeizim pour l’avertir de l’arrestation de son Premier ministre, Yahya Ould Ahmed Waghf. En moins de deux heures, la situation est sous contrôle des putschistes.

Arrestation de Ahmed Ould Sidi Baba, fraîchement nommé président du Conseil économique et social, puis de Moussa Fall directeur de l’ANAIR. Pourquoi tout cela ?

Pour Moussa Fall, on lui fabrique depuis un certain temps une image de conspirateur-inspirateur aux côtés du Président Ould Cheikh Abdallahi. Son appartenance supposée au MND en fait une cible aux yeux des nouveaux maîtres du pays.

Mais le cas de Mohamed Ould Rzeizim est plus surprenant quand on sait que l’homme n’a jamais été un proche du Président Ould Cheikh Abdallahi. Même s’il l’a soutenu, c’était plus pour répondre à une attente des militaires. Il n’a jamais accepté de le nommer et quand il l’a fait, c’est seulement à l’occasion des derniers remaniements. Loin d’être un conspirateur, Ould Rzeizim est connu pour son expérience et sa compétence en matière d’administration. C’est aussi un poids lourd de la politique dont la position reste déterminante dans le jeu.

Les cinq civils retenus jusqu’à présent doivent être libérés au plus tôt. Des explications doivent être fournies quant au sort des militaires. Passés les premiers jours, la peur d’un contre-coup n’a pas sa raison. Ceux qui se meuvent sur la scène traînent trop de casseroles pour se permettre de s’attaquer de front aux nouveaux maîtres du pays qui les connaissent assez.

 

Ely Mohamed Vall avait dit : « Il ne peut plus y avoir de transition  en Mauritanie » !  

 

Le mercredi 06 août un décret présidentiel a été lu tôt le matin sur les ondes de
la Radio nationale, précisément à 8h00 en Arabe, en Poular et en Soninké sous la supervision de  son ex-directeur général Kaber Ould Hamoudi. Ce communiqué original  sans cachet, portait une signature attribuée au Président de

la République. Après la lecture de ce communiqué, Kaber Ould Hamoudi semble être  perturbé comme s’il sentait ce qui va lui arriver.  Il  était collé  au téléphone avec un visage tendu. Quelques moments plus tard, il quitte les studios pour aller s’installer dans son bureau. La suite est connue par tous, Kaber est limogé immédiatement par le Conseil d’Etat qui venait tout juste de prendre les pouvoir.

Aucune balle n’a été tirée pour défendre le Président de

la République. Certains mauritaniens applaudissent pour les militaires et s’en réjouissent grandement.  Pourtant, ce sont les militaires  qui auraient mis  le loup dans la bergère.

 Le colonel Ely Mohamed Vall, nous avait pourtant  dit que c’en était fini des coups d’Etat. 

 

 

 

C’était à la faveur d’un point de presse donné tout juste après qu’il eût accompli son devoir de citoyen  au deuxième tour des élections présidentielles le 25 mars 2007  dans les locaux des Domaines à Nouakchott.  Le colonel Ely Mohamed Vall avait dit que l’avenir du pays ne peut qu’être prometteur après avoir rendu le pouvoir aux civils  dans la constitutionalité et la légalité. Il avait répondu  à notre  question   de savoir s’il peut y avoir encore un autre Coup d’Etat en  Mauritanie : «  On ne peut plus rentrer dans une autre transition. Aujourd’hui nous avons toutes les institutions légales et constitutionnelles du pays qui vont être mises en places.  Par conséquent il n’y aura plus de transition à partir de la proclamation des résultats des élections et revenus définitivement dans la constitutionalité et dans la légalité. Il ne peut plus y avoir de transition en Mauritanie ». On s’était demandé, comment peut-on concrètement empêcher un autre Conseil de prendre le pouvoir par la force ?

Est-ce que le général Mohamed Ould Abdel Aziz fera les mêmes déclarations à la fin de sa transition à lui ?

Sy Mamadou 

 

 

:

 

Et le mauritanien moyen dans tout ça ?

 

Qu’ils soient fonctionnaires ou débrouillards, étudiants ou militants politiciens, les mauritaniens n’ont pas tous la appréciation des événements qui ont précipité la chute du Président qu’ils ont élu à 52% voilà quinze mois.

 

 

Baba  Ould Cheikh, administrateur : « Il fallait ce changement  pour que les problèmes  qui sévissaient depuis  quelques  mois trouvent  des solutions. En plus nous avons besoin d’un président et non d’une présidente.  » Pour ce citoyen mauritanien, c’était donc la femme du Président de
la République qui dirigeait le pays. Khattou Mint El Boukhary, dont la fondation s’était attelée à soulager les problèmes des populations s’était vue pointer du doigt par des parlementaires qui ont réclamé une enquête sur l’origine de ses fonds.

Khadijetou Mint Cheikhna  est femme d’affaires et politicienne. Elle trouve que le coup d’Etat est un retour en arrière.  « Pourquoi faire reculer le pays  alors qu’il y a mille  solutions qui ne se résument pas à un coup  d’état ? » S’interroge-t-elle en se disant très déçue par les généraux.

 

Même sentiment c’est Salma Diagana, étudiante en Droit qui affirme que l’exemple    mauritanien n’est plus enviable en matière de démocratie  et  que chercher à  tromper  l’opinion nationale et internationale n’est plus possible. « Je  tiens à dire que l’ère des coups de force est révolue ! » Martèle-t-elle.

Autre indignation féminine, celle de Minetou Traoré qui est informaticienne. Pour elle, parler  de la démocratie en Mauritanie n’est plus possible.  « Je suis totalement contre ce que vient de se produire : c’est révoltant !» Lance-t-elle.

Seddoum ould Yahya est professeur et militant dans le parti APP. Son avis semble être à contre courant de la position de son parti qui a condamné et contesté les putschistes. Il semble percevoir un brin d’espoir dans le coup de force des généraux car il dit : « le pays souffre depuis plus d’un an, de multiples crises se sont abattues sur ce peuple fatigué. Et maintenant nous espérons qu’il y aura un changement  total et que les choses  vont s’améliorer. »

Pour  Hamoud Oumld Moustapha, cadre, c’est le président déchu qui est reprochable : « 
la Mauritanie n’est pas un royaume comme voulait le faire SIDIOCA.  Je suis pour ce changement  en douceur que viennent de faire ces grands serviteurs de
la Nation. Nous venons d’une impasse sans  précédent. »

Même optimisme béat chez Bâ Yahya Amadou,  professeur et militant  du RFD. Pour lui,  « il ne faut pas exclure un changement positif dans les mois à venir  et la démocratie s’installera  mieux dans notre pays !»

Et Jemal Ould Dah, vendeur de cartes de recharge d’enfoncer le clou : « il y avait une injustice caractérisée : les ministres et les proches du l’ex président se sont enrichis en moins de deux ans et les pauvres s’appauvrissent de jour en jour. Donc, je salue  ce grand changement. » 

 Propos recueillis et rassemblés par Diakité Aboubacrine

 

   La démonstration de force du Front National pour
la Défense de
la Démocratie(FNDD) 

 

Le vendredi 8 août 08, au siège de l’alliance populaire progressiste  s’est tenue une conférence de presse qui s’est  transformée en un meeting. Les acteurs de cette conférence  sont respectivement le parti tawassoul, l’APP,  l’UFP, Adil non frondeur, Plej, et le parti Hawa.  Ces partis ont constitué un groupe appelé  le Front National pour
la Défense de
la Démocratie(FNDD)    . Ce front  dénonce le coup d’Etat de 6 août 2008.  

 Pour le vice –président de l’APP M. Khalil O. Teyeb du parti APP, « il est essentiel que l’actuelle équipe militaire revienne à l’ordre constitutionnel. Nous refusons  toute élection non justifiable. Sidi Ould Cheikh Abdellahi  est le président légitime de
la Mauritanie ». 

Quant à Jamil Mansour, chef de file de tawassoul,  il a annoncé que   « ce qui s’est  passé  est inadmissible ». « Nous étions exclus du gouvernement de la majorité, mais nous sommes restés dans notre position de soutien au président ». poursuit-il avant de marteler que « le limogeage des militaires est  un acte illégal constitutionnellement. Et  que  la démocratie ne se protège pas  par la force des armes. »  

Mohamed  Ould Mouloud  a affirmé  que  « le FNDD se  base  sur la mobilisation  interne de la population. Cette mobilisation doit être loin de toute violence ». « Nous allons défendre la légitimité pour que la constitution soit notre seule référence.  Nous ne croyons plus à la sincérité des militaires ». a-t-il précisé

Bodiel,  a confirmé  qu’il  était contre le principe  selon laquelle la période de Maouiya n’était pas une période démocratique.   Il a ajouté qu’il a  rejoint Sidi et  les soutenait tout en respectant les décisions institutionnelles. « Lorsque le président  m’avait dit qu’il compte intégrer des partis de l’opposition, je lui ai répondu  que je suis contre toute intégration de l’opposition traditionnelle. Mais j’avais  accepté et respecté sa décision. En outre, lorsque la majorité a rejeté les ministres des partis de l’opposition, j’ai expliqué au président que du moment qu’ils ont  déjà intégré le gouvernement, ils doivent rester. Mais il a voulu  se plier aux prérogatives de sa majorité pour éviter le conflit. Il a pris sa décision. Cela ne m’a pas poussé à le délaisser. Mais le fait qu’il limoge des généraux et que ces derniers le renverse c’est antidémocratique ».  a-t-il déclaré 

Par ailleurs, le Front National pour
la Défense de
la Démocratie a  demandé  aux  militaires  d’éviter  toute éventuelle intervention étrangère.  « Pour ce faire les nouveaux hommes forts doivent se retirer  du pouvoir   en  permettant  au président Sidi de reprendre  ses fonctions  légales ». A souligné  la déclaration de FNDD

Venant  tardivement à la conférence de presse  en provenance d’une réunion avec le conseil d’Etat dirigé par le général Ould Abdel Aziz, Messoud Ould Boulkeir a refusé de se prononcer sur les contours de sa réunion. Il a précisé par le biais de son vice président qu’il a assisté à la conférence de presse en tant que président du parti APP.

Notons qu’au moment où il voulait regagner son parti, il a été arrêté par la police pour 15 minutes. Et que les autorités en place ont reçu l’ordre de le laisser regagner son parti.

Notons  aussi  que le conseil d’Etat dirigé par les militaires a commencé à nouer des contactes  avec  les institutions internationales et les chefs de parti mauritanien, notamment le représentant de la  ligue arabe, de l’ONU   et le secrétaire général de PRDR.

Toutefois, l’Union africaine a suspendu ses relations avec
la Mauritanie.

« Dans le cadre d’un ballet diplomatique à Nouakchott depuis le coup d’Etat, le général Mohamed Ould Abdel Aziz avait reçu samedi matin M. Ben Hilli. 
Par ailleurs, le Front a réitéré son « refus de toute idée d’organiser de nouvelles élections », expliquant que cette option « se traduirait par d’énormes pertes de temps et d’argent ». « C’est un leurre et une tentative de tromper le peuple et sa classe politique, nous voulons que
la Ligue arabe le sache et fasse tout pour préserver cet embryon de démocratie dans le monde arabe qu’elle cite en exemple et qui s’écroule sous ses yeux », a conclu M. Ould Moloud. » Note l’AFP dans une récente dépêche.

L’Union européenne observe la situation en incitant les militaire a retourné à l’ordre constitutionnel.
La France  demande un retour à la démocratie et déclare ne pas reconnaitre le coup d’Etat de 8 août 2008. Et enfin les Etats Unis d’Amérique  ont arrêté   leurs aides non humanitaires.

Compte rendu de Mohamed Fouad Barrada

  Source : La Tribune n°412         

 

 


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