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Les Echos de La Tribune Par Mohamed Fouad Barrada

12082008

 

Les Echos de

La Tribune Par Mohamed Fouad Barrada 

 

Il fallait juste trois jours après l’anniversaire du deuxième changement du trois août 2005, pour que le coup de force entre les militaires et le président se transforme en une reprise du pouvoir par les généraux. Le matin du 6 août, les mauritaniens se sont réveillés sur un limogeage des quatre officiers  détenant le règne du pouvoir sécuritaire en Mauritanie. Du coup la réaction était rapide et surprenante.  Le général Ould Abel Aziz  a tout simplement repris le règne du pays. A qui la faute ? S’agit-il d’un retour un arrière ou un dépassement de l’Etat de crise ? 

La Mauritanie reste un pays dépendant financièrement  de l’extérieur. Ce qui s’interprète en terme monétaire par le fait qu’une grande partie de nos  revenus  (à hauteur de 45 à 55%) sont sous forme de don et  de dette 

Rétrospectivement, l’enjeu  de cette crise se matérialisait et se matérialise  par une  lutte déguisée entre le pouvoir exécutif et le pouvoir législatif. 

En effet, les politiques sont divisés sur le coup du 8 août 08. Les  députés frondeurs  soutiennent les militaires qui viennent de prendre le pouvoir. Ainsi, le RFD    considère dans une récente déclaration que « le changement intervenu le 06 août 2008 est la conséquence inéluctable de la conduite des affaires publiques par le Président déchu. Cette conduite s’est traduite notamment par des méthodes d’improvisation de la gestion du pays et le blocage du fonctionnement des institutions démocratiques, la pratique du pouvoir personnel, le mépris de l’opinion de la majorité et le refus de la concertation qui est le fondement de notre jeune expérience démocratique ». 

En revanche, un groupement  de partis  soutient toujours   le premier président démocratiquement élu. Il s’agit du front pour la défense de la démocratie en Mauritanie.  En ce vendredi 8 août,   les composantes de ce front  ont   déclaré solennellement qu’ils sont déterminés à défendre un retour légitime de Sidi Ould Cheik abdellahi. Ce groupement dénonce la partialité des medias publics. Selon eux il y a une seule version des faits dans ces médias. 

En fait, le  FNDD est constitué des  courants diamétralement opposés.  Il est question du courant islamiste représenté par le parti Tawassoul. L’alliance nationaliste haratine(APP). Les idéologues de la gauche (UFP). Et  une partie de l’ancien système à travers  ADIL avec ses 14 députés non frondeurs. Ces alliances semblent  être renforcées par une grande partie de la société civile. La question qui se pose alors, le président peut-il reprendre sa place. Et s’il ne la prend pas quel est   le remède ? Qui sera le prochain président de
la Mauritanie. Et quel est la durée fixée par les militaires pour rendre le pouvoir au civil. Enfin  quelle légitimité  institutionnelle aura-t-il ?   

Certes, les généraux n’ont pas suspendu  les institutions démocratiques, notamment les deux chambres de l’assemblée nationale  et le conseil constitutionnel. Mais comme tout le monde le sait, le pari sera  d’analyser la capacité de l’alliance militaro-civile  a renforcé les acquis démocratique. 

Le président n’a pas su gérer la transition après la remise du pouvoir au civil. En outre, les généraux ont réagi  en prenant le pouvoir par un coup de force.   

Il est à préciser qu’on reproche au président déchu le renforcement de son groupe restreint et l’exclusion de sa majorité. Il est aussi reprocher à ses ennemis la politisation et la ‘militarisation’  du conflit sans tenir compte des intérêts du pays. Cela a fait de Sidioca un homme sans majorité claire.   

En tout état de cause,  la donne extérieure par le biais de l’image du pays  sera tranchante.  Car le pays traverse en plus de la crise politique, une crise sociale. Ce qui sous-entend,  la nécessité de mettre en place un système politique fort afin de relancer l’économie du pays.   

m_barrada@yahoo.fr 




Edito de Mohamed Fall O Oumère

12082008

 

Edito de Mohamed Fall O Oumère 

 

Nous le disions la semaine dernière : les protagonistes ressemblaient à deux tireurs qui, le doigt sur la gâchette, attendaient, chacun de son côté, que le vis-à-vis tire, comptant sur sa maladresse. Le Président Sidi Ould Cheikh Abdallahi a tiré le premier. Avec toute la maladresse qu’on pouvait supposer. Les quatre chefs de corps en même temps. Sans prendre de dispositions particulières. Sans faire les choix qui auraient pu atténuer les effets d’une telle décision. Et en choisissant un horaire qui mettait sa décision dans le sillage des «actes frauduleux». Malheureux.

C’est à partir de 7 heures du matin que l’information est diffusée : le décret nommant des remplaçants aux quatre chefs de corps (Etat Major particulier, Etat Major national, Gendarmerie et Garde Nationale) est publié. «Tayhit il vajr» (attaque de l’aube) comme disent les guerriers de l’espace maure. Un coup d’Etat …civil. Auquel les militaires répondent aussitôt. La suite vous la lirez dans les pages suivantes. Je m’en tiens ici à l’appréciation de ce qui s’est passé. Mais quelques précisions préalables.

Comme vous, chers lecteurs, je ne suis pas allé tirer Sidi Ould Cheikh Abdallahi de sa tranquillité pour l’imposer aux Mauritaniens comme «le candidat qui rassure». Je ne fais pas partie de ceux qui l’ont soutenu, d’ailleurs je n’ai voté aucun des candidats à la présidentielle pour une raison très simple : je n’avais pas de carte d’identité à l’époque. Préférant me cantonner dans la position de celui qui défend le changement et qui, dans une ultime marque d’optimisme béat, tente de donner un «contenu» à la Transition, d’en défendre certains acquis et d’en célébrer les réussites. C’était à mon avis un point de départ pour les nouvelles autorités. Et pour la nouvelle Mauritanie.

Cette Mauritanie, le Président Sidi Ould Cheikh Abdallahi pouvait en être l’artisan. Issu d’une école de savoir et de mesure, ayant fait les bancs sous Mokhtar, bien encadré par une équipe à laquelle nous devons la fin d’un régime qui a corrompu la Mauritanie… tout prédisposait le Président élu à fonder un monde nouveau, un pouvoir nouveau, une société nouvelle. J’y ai cru. Comme beaucoup de Mauritaniens de mon âge et de ma condition. Ceux qui comprennent bien le Président Sidi Ould Cheikh Abdallahi quand il s’entoure des mêmes gens qui ont fait «la gloire» du système que j’ai souffert, comme beaucoup de Mauritaniens, pendant tout ce temps. Je le comprends et l’explique… quand je peux.

Le 23 juin dernier je découvrais l’ampleur des dégâts. Entre lui et les soutiens qui l’ont amené au pouvoir, rien ne va plus. Les querelles de classement – et de placement – dans ses alentours immédiats ont affecté son pouvoir et sa notoriété. Comment ? Ou le Président n’a pas eu la sagesse de ses soixante-dix ans – ou presque-, ou la pression sur lui a été trop forte, ou encore il avait ses plans. Mais sur qui comptait-il ? Sur ses soutiens civils dont une partie lui faisait déjà défaut ? Mais ces civils doivent tout à Ould Taya : ils ont été les premiers à le lâcher. Comment entendait-il agir ? Comment mettre l’opinion de son côté ? Comment isoler ses adversaires ?

Visiblement, le Président Sidi Ould Cheikh Abdallahi n’a pas pensé à tout cela. Ses protagonistes non plus n’ont pas pensé à l’éventualité de leur limogeage. Il est clair à présent que la «variante A» n’avait pas été envisagée par eux. Ils n’ont fait à présent qu’improviser.

La semaine dernière, nous mettions en garde contre l’absence de perspective d’une part, et d’autre part contre le manque de prise en compte de l’intérêt supérieur de
la Nation. Nous avions dit que le Président avait le droit de jouer son pouvoir et son autorité, mais il ne doit pas jouer le pays. En démettant les quatre chefs de corps, au petit matin de ce mercredi 6 août, en les remplaçant par des officiers pour le moins mal préparés – cela est valable pour l’Armée,
la Gendarmerie et l’Etat Major particulier -, il n’a pas pris en compte la fragilité du pays, l’inopportunité de l’acte et le rapport de force.

Les tombeurs du Président Ould Cheikh Abdallahi ont eux aussi agi dans la précipitation. On leur reproche d’avoir engagé une bataille – depuis le début – sans en apprécier toutes les issues. Eux aussi ont mis en danger la stabilité du pays. En plus d’avoir commis le seul acte impardonnable dans une démocratie : un coup d’Etat. Leurs premiers actes sont aussi inquiétants les uns que les autres. L’emprisonnement de personnalités politiques, la violente dispersion des manifestations hostiles au coup d’Etat, le retour vulgaire du culte de la personnalité, l’encouragement des manifestations de soutien au coup d’Etat… Les putschistes doivent savoir qu’ils ne peuvent se targuer d’aucune légitimité. Que ce ne sont pas les manifestations de soutien – artifice politique hérité de l’époque de l’avant 3 août – qui fonderont une quelconque légitimité. Ils sont venus par la force des armes et doivent proposer un projet pour les Mauritaniens. Un projet à même de susciter l’adhésion d’une classe politique qui n’a jamais été exigeante. Rompre les relations avec Israël, engager une lutte contre la corruption, cultiver le mérite par le travail, assainir la scène politique et en sortir ceux qui la parasitent (affairistes, militaires…), prendre en compte les doléances des populations en matière de quotidien et surtout fixer une date précise pour leur retrait… Sans projet viable et clair, les nouveaux maîtres seront une simple variation de leurs aînés, ceux du 10 juillet 1978, ceux du 6 avril 1979 et ceux du 12 décembre 1984.  Ils en ont les allures. Quand on voit comment les membres du Conseil d’Etat ont accueilli les «souteneurs» de l’autre jour, on est frappé par la ressemblance avec la gestuelle du 10 juillet et celle du 12/12. Chacune de ces gestuelles a produit les effets que nous connaissons.

Les deux protagonistes – le Président élu et les généraux – ont préféré visiblement user d’une arme, de tous temps redoutable : l’ignorance. Chacun a fait semblant d’ignorer l’autre, tout de l’autre. Chacun a ignoré ou fait semblant d’ignorer les autres. En l’absence d’une stratégie des deux côtés, prendre en compte l’autre, ses justificatifs et ses réactions, agir en fonction de l’intérêt du pays, équivaut à paralyser les protagonistes. Le mieux pour eux, c’est donc d’agir dans l’ignorance des conséquences de ses actes.

Un ami étranger me disait que chez les Chinois, le mot «crise» est représenté par deux notions «Risque» et «Opportunité». Et mon ami de me dire : «espérons qu’il sera déjoué, souhaitons qu’elle sera saisie».

On raconte chez nous que
la Miséricorde est venue dire au Destin de «faire doucement avec les créatures d’Allah». Ce à quoi le Destin répondit : «je suis fait pour choquer et rappeler la vanité de la condition des créatures».
La Miséricorde jura alors d’être partout où le Destin frappera. C’est ainsi que les plus dures des souffrances sont allégées par
la Miséricorde. Espérons pour notre pays plus de Miséricorde. Pour pouvoir saisir les opportunités, si elles existent.

 


La Tribune n°412




actualités politiques

12082008

La rebelote des généraux

Chronique d’une reprise de pouvoir

 

Le pouvoir civil n’aura survécu que quinze mois en Mauritanie. Le président Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi élu démocratiquement en janvier 2007 et qui a prêté serment sur le Coran en avril de la même année a été déposé par les généraux nouvellement promus à ce grade et qui avaient une grande influence sur la vie politique dans le pays

Conséquence d’une crise politique qui avait couvé depuis plusieurs semaines et qui a eu pour effets successifs, deux changements de gouvernement en moins de deux mois, des demandes de session extraordinaire de l’Assemblée nationale introduite par des députés et sénateurs désireux d’enquêter sur les fonds de l’épouse du chef de l’Etat à la tête d’une fondation caritative et des démissions importantes du parti de la majorité présidentielle, ce putsch est intervenu immédiatement après la diffusion mercredi matin par la présidence de
la République d’un communiqué faisant état du limogeage des chefs d’état-major de l’armée nationale, de la garde nationale et de la gendarmerie ainsi que du chef d’état major particulier chargé de la sécurité présidentielle, le Général Mohamed Ould Abdel Aziz. Celui-ci est à la tête des putschistes qui se sont constitués en un Conseil dit d’Etat et ont diffusé un communiqué N°1 lu par le ministre de la communication. Ce communiqué mentionne que le décret sur les nominations présidentielles est « nul » – en lisant le communiqué, le ministre du tourisme a appuyé sur le «l» final comme s’il y avait un «e» à la fin, en 1978 l’officier ayant lu le premier communiqué avait appuyé le «h» de «héros».

Aucune précision supplémentaire n’a été donnée sur la composition de ce conseil d’Etat ; mis à part que l’expression d’ancien Président a permis de comprendre qu’il s’agit d’une destitution. Comme on devait s’y attendre beaucoup de dirigeants de partis politiques ont réagi. C’est ainsi que Mohamed Ould Maouloud, président de l’union des forces du progrès et Mohamed Jemil Ould Mansour leader du parti islamiste le rassemblement national pour le renouveau et le développement ont tous deux condamné ce qu’ils ont appelée une violation de la légalité constitutionnelle. Ces deux partis avaient choisi il y a deux mois de participer au gouvernement politique mis en place avec le Premier ministre Yahya Ould Ahmed Waghf toujours détenu par les putschistes. Mais leurs ministres ont été emportés par la fronde des députés qui avaient contesté dans un premier temps la présence dans le gouvernement d’anciens alliés du régime d’avant le 3 août 2005, date de la destitution de Maouya Ould Sid’Ahmed Ould Taya. Quant au Rassemblement des Forces Démocratiques, le parti du chef de file de l’opposition, Ahmed Ould Daddah, il a affirmé être par principe contre les coups de force mais a souligné son entière compréhension de l’action des putschistes qui, selon Mohamed Mahmoud Ould Ematt, un des vice-présidents du parti intervenant sur la chaîne arabophone Aljazeera le jour même du coup de force, n’ont fait que réagir par rapport à des blocages créés par le Président Ould Cheikh Abdallahi. On verra le jour suivant les couleurs du RFD brandies par ce député et des militants du parti dans la foule des marcheurs en faveur des putschistes… C’était à l’occasion d’une marche des frondeurs dirigeant des foules de fans des nouveaux maitres du pays. Le même jour, devant l’assemblée nationale, des forces de l’ordre dispersaient à coups de lacrymogènes les partisans du président déchu et mis au secret. Rien de contradictoire pour le général Ould Abdel Aziz : la manifestation n’était pas autorisée. «Nous sommes dans un Etat de droit, il faut le respecter». Affirme jeudi le nouveau maître qui prétend être intervenu pour sauver
la Mauritanie...  

La  promesse d’élections présidentielles dans les deux mois à venir faite dès les premiers jours de prise de pouvoir sera relativisée au bout de trois jours lorsque le chef de la junte militaire répond sur les ondes de RFI : «Ne nous poussez pas à faire des promesses que nous ne pourrons pas tenir».

Devenu Haut Conseil d’Etat, le groupe des putschistes qui compte onze officiers supérieurs, s’est dit disposé à respecter tous les traités et engagements internationaux ainsi que les conventions auxquels
la Mauritanie a souscrit.

Insuffisant pour convaincre une bonne partie de la classe politique constituée en front national pour la défense de la démocratie depuis le jour même du putsch et dont certains dirigeants ont affirmé vendredi devant des centaines de sympathisant brandissant les portraits géants de l’ancien président : «Nous continuerons la lutte jusqu’à l’aboutissement de notre objectif« . Autrement dit rétablir Sidi Ould Cheikh Abdallahi dans ses fonctions de Président de la République afin de se conformer à la volonté du peuple mauritanien qui l’a élu, rappellent les leaders politiques dans la transparence et la légalité totales. L’UFP, le RNRD, le PLEJ, le PNDD, l’APP, le parti HAWA,  se sont rassemblés dans le siège de l’alliance populaire progressiste pour fustiger le coup d’état et réclamer énergiquement le retour du président déchu. Initialement programmé pour une conférence de presse, cette rencontre s’est muée en meeting. Très vite la police a été déployée dans les alentours où dans le même temps des partisans des auteurs du coup d’état étaient passés en brandissant la photo du général Ould Abdel Aziz et en faisant klaxonner leurs voitures…La manifestation s’est toutefois  terminée dans le calme.

Aux côtés des chefs des partis politiques ayant organisé cette conférence de presse-meeting dans le siège du parti de l’alliance populaire progressiste dirigé par le président de l’assemblée nationale  Messaoud Ould Boulkheir, il y avait plusieurs ministres du gouvernement actuel. Appartenant au parti ADIL dont le siège a été fermé, ces ministres se sont affichés publiquement aux côtés des contestataires. «Nous ne pouvons passer tout notre à faire des élections», lance Boydiel Ould Houmeid de Adil-PNDD. «Nous ne participerons pas à de nouvelles élections», martèle Mohamed Ould Maouloud de l’UFP. «Comment voulez-vous que l’on croie à la bonne foi de gens qui promettent la démocratie tout en violent la démocratie ?», s’interroge indigné Jemil Ould Mansour du RNRD Tawassoul.  «Dans leur communiqué N°1, ces gens ont dévoilé leur véritable dessein. Seules des raisons personnelles les ont conduits à agir …», remarque Khalil Ould Tiyyib de l’APP.  

Côté diplomatie, l’union  africaine qui avait dans une précédente déclaration condamnée le coup d’état a exigé le retour à la légalité et la libération du président déchu et des autres  personnalités arrêtées  mercredi suite au coup d’Etat militaire perpétré par des éléments de l’armée mauritanienne. On sait qu’en plus du Président et du Premier ministre, le président du conseil économique et social, le ministre de l’intérieur t le directeur de l’ANAIR ont été arrêté pas les putschistes. Aucune justification n’a été donnée.

L’Union Africaine finit par suspendre
la Mauritanie. Selon le ministre tanzanien des affaires étrangères cité par l’AFP : « Le coup d’Etat est un revers grave pour les Mauritaniens parce qu’il a volé au peuple son droit fondamental à élire librement les dirigeants de son choix ». La décision de gel est prise conformément à une convention entre les chefs d’états de l’union qui ont tous souscrit au principe de non reconnaissance des régimes issus de coups d’Etat. On se rappelle qu’en août 2005, l’UA avait également suspendu
la Mauritanie suite au putsch qui avait renversé le régime de Maouya Ould Sid Ahmed Taya. Mais face à l’adhésion unanime de la classe politique  à l’action du conseil militaire pour la justice et la démocratie d’alors, c’est l’ensemble de la communauté internationale qui a soutenu le processus de transition ébranlé dans le pays. Reste à savoir quelles conséquences vont avoir cette décision sur le cours des événements en Mauritanie. Pour l’instant c’est
la France qui a menacé de sanctionner les putschistes et les Etats-Unis ont décidé de suspendre leur aide non humanitaire. 

 

L’UE qui avait largement soutenu le processus de transition et les opérations de vote entre 2005 et 2007,  a averti qu’elle pourrait suspendre son aide financière à la Mauritanie. Et les militaires n’ont pas dit s’ils feront partie ou non des protagonistes d’une élection présidentielle à venir. 

Un  ballet diplomatique s’ébranle. Le président du haut conseil d’état reçoit dans la matinée du samedi le secrétaire général adjoint de la ligue des états arabes venu vendredi soir à Nouakchott pour s’enquérir de la situation du pays après le coup d’état du 6 août 2008.

Ahmed Ben Helli avait assuré avant son arrivée en Mauritanie qu’il souhaiterait rencontrer les nouvelles autorités ainsi que l’ex président  de

la République. Les entretiens entre l’émissaire de Amr Moussa et les nouvelles autorités ont porté sur le souci de sauver la démocratie dans le pays. Ainsi, la ligue arabe qui souhaite éviter que la situation ne s’empire s’emploie-t-elle à jouer les bons offices entre les militaires et les partisans d’un retour à la légalité. L’émissaire de la ligue arabe a déclaré avoir été assuré par le chef de la junte militaire de la sauvegarde de l’intérêt de
la Mauritanie  et de la tenue dans les plus brefs délais d’élections présidentielles. Il a dit avoir l’intention de rencontrer les acteurs politiques. Certains parmi ces derniers avaient constitué un front pour contester les putschistes. Ils avaient été reçus par le chargé d’affaires de l’ambassade de France qui comme on le sait avait condamné le coup d’état et menacé de sanctions le pays. Pour la ligue arabe l’expérience démocratique de
la Mauritanie doit être préservée.
La Mauritanie s’était voulue un modèle pour le reste du monde arabe, du fait d’une transition militaire couronnée entre 2005 et 2007 par des élections jugées libres et transparentes par l’opinion internationale.
On ne s’attend donc pas à une pression quelconque de l’organisation arabe dont par ailleurs le nouveau dirigeant de
la Mauritanie, interviewé par le journal Charq El Awsat, a requis la compréhension et évidemment le soutien dans la conduite d’une transition qu’il promet d’être courte.   

Récusant avoir fait un coup d’Etat mais une action pour sauver le pays et remettre sur les rails le processus politique et démocratique, le général Ould Abdel Aziz multiplie les interventions. En moins de deux jours, c’est un général médiatisé qui essaie de convaincre. Il a déclaré à un journal suisse que « toucher à l’armée aujourd’hui surtout en la décapitant de chefs compétents et des plus respectés met le pays dans une situation dangereuse« . Une manière de justifier son putsch intervenu après le décret le limogeant lui et d’autres officiers hauts gradés qui étaient à la tête des institutions les plus importantes de l’armée. Pour lui le pays allait être mis à feu et à sang par cette décision…

Sur RFI, il n’hésite pas à charger son ‘poulain’ d’hier. Sidi est accusé de tout : «il y a un président qui a décidé unilatéralement de désigner des officiers à la place d’autres, et puis il fallait que cet acte soit annulé. Et lui il refusait d’annuler cet acte, alors que cet acte mettait le pays en danger. C’était le pays, ou lui. On a choisi le pays». Et pour cause : «l’ancien président, a pratiquement, sur le plan de gestion du pays, échoué totalement. La situation du pays, sur le plan économique, elle est catastrophique. La situation sécuritaire, elle est catastrophique. Il s’est allié avec certains groupuscules politiques et affairistes qui ont mis le pays dans cette situation, qui n’était pas souhaitable et qui n’était pas du tout attendue. C’est vrai qu’il y a eu développement du terrorisme, de part le fait des libérations anarchiques qui ont été faites récemment et qui ont conduit le pays à des actions terroristes à l’intérieur même du pays, qui ont été faites par des gens qui étaient en prison à l’arrivée du président ? Donc ils ont été libérés de manière unilatérale sans concertation avec les services spécialisés dans la lutte antiterroriste. Cela a conduit malheureusement aux actions terroristes menées dans notre pays, aussi bien à l’intérieur qu’au niveau de la frontière.» Désir de se faire comprendre et accepter par l’opinion internationale qui pour la plupart est sensible à un discours anti-terroriste ou réalité, quels effets ces accusations contre Ould Cheikh Abdellahi pourraient-elles bien avoir ? Le tombeur de Ould Cheikh Abdallahi qui s’était par ailleurs dit engagé à superviser, en concertation avec les institutions, la classe politique et la société civile, la conduite d’élections présidentielles pour  relancer le processus démocratique et de le refonder sur des bases pérennes sera-t-il en mesure de faire adhérer à sa cause l’ensemble des acteurs politique. Ceux-ci ne se montrent pas immédiatement enthousiastes. Beaucoup ayant condamné le putsch du 6 août, certains leaders politiques se sont concertés mercredi en vue de prendre une position. La rumeur avait couru que le chef de file de l’opposition Ahmed Ould Daddah, absent du pays au moment du coup d’état, ferait partie du conseil d’Etat. C’est sans fondement affirme Ould Lematt un des vices présidents de son parti. Avec quels moyens la junte compte organiser les élections ?

Quant au Président de
la République, c’est  trois jours après son arrestation, qu’on a su où il se trouve. Selon le Général Ould Abdel Aziz, son tombeur, l’ex président de
la République se trouve dans une résidence du palais des congrès et est bien traité : «il ne se plaint de rien», a dit Ould Abdel Aziz. Dans un entretien exclusif accordé à Jeune Afrique vendredi. Le général promet la libération dans les prochains jours ou les prochaines semaines du Président déchu dont pourtant la fille s’inquiète de l’Etat de santé. Ould Cheikh Abdellahi devait subir une intervention chirurgicale. Reste à savoir si la pression, entreprise pas les partis politiques contestataires de la légalité des putschistes, sera poussée à un point de retour ? 

 

Kissima Diagana 

 

Le Général Mohamed Ould Abdel Aziz, le nouveau maître du pays, joue les prolongations d’un match commencé le 3 août 2005

 

C’est le 6 août 2008, un mercredi comme par hasard – mercredi 12/12/84, 3/8/05 mercredi. C’est le premier coup d’Etat auquel les Mauritaniens suivront en direct. C’est sans surprise qu’on apprend que le chef de la nouvelle junte n’est autre que le Général Mohamed Abdel Aziz, le plus proche des collaborateurs du Président Sidi Ould Cheikh Abdallahi. Le Général venait d’être démis au terme d’un décret publié tôt dans la matinée, à l’aube de ce 6 août. En même que son ami et compagnon d’armes le Général Mohamed Ould Ghazwani jusque-là chef d’Etat Major des Armées. Lui se trouvait hors de Nouakchott. Il rentrera jeudi. Qui sont ces deux hommes ?

Né en 1956 à Akjoujt,  le Général Mohamed Ould Abdel Aziz a rejoint l’armée nationale en 1977. Sortant de l’Académie Royale Militaire de Meknès au Maroc, il a gravi successivement les échelons de l’armée de terre. C’est après avoir mis en place le bataillon de sécurité présidentiel, plus connu sous l’acronyme BASEP, que la notoriété du commandant Ould Abdel Aziz a commencé à grandir au sein de la grande muette.

Ce sont ses brillants états de services lors de la tentative de putsch du 8 juin 2003 qu’il fit échouer qui lui valurent ses galons de Colonel. Distinction tardive et insuffisance quand on sait que la gloire et la célébration sont allés à des officiers qui ont peu ou pas participé à la mise en échec du putsch. Le colonel Ould Abdel Aziz devra attendre août 2004 pour se voir décoré de la plus haute décoration militaire décernée par le Président. On lui reconnaît – timidement il est vrai – le mérite d’avoir déjoué la tentative. Mais c’est surtout le 3 août 2005 qui fera connaître le nom du Colonel Ould Abdel Aziz hors des frontières de
la Mauritanie lorsqu’il apparut clairement que c’est lui qui fut le principal concepteur et exécutant du coup de force qui  mit fin aux 21 ans du régime autocratique de Maaouya Ould Taya.

Cinq jours plus tard, le 8 août 2005, alors que le Président du CMJD n’avait toujours pas prononcé de discours, ni fait la moindre déclaration, c’est encore Ould Abdel Aziz qui prit l’initiative dans une interview à
la Voix de l’Amérique (reproduite intégralement dans
la Tribune N°267 du 10 août 2005) dans laquelle il annonça avec une lucidité et une détermination remarquable les intentions du CMJD. Depuis, les déclarations et apparitions publiques de Ould Abdelaziz se firent très rares. Cependant, l’influence du Général sur l’armée mauritanienne et sur la vie politique du pays n’a cessé de se renforcer au point que certains voient son empreinte partout. On lui prête d’être à l’origine de la réduction du mandat du CMJD de 24 à 19 mois, d’avoir fait adopter le décret interdisant le comptage des votes blancs lors des présidentiels de 2007, ainsi que le réaménagement de l’armée après les limogeages de quelques Colonels dont Ould Boubacar et Ould El Alem. Ce n’est, dit-on qu’après s’être assuré de son appui, que le candidat Sidi Ould Cheikh Abdallahi se présenta aux élections présidentielles. Secret et peu bavard, le général semble pourtant bénéficier d’un sens tout militaire de l’organisation et d’un courage à toute épreuve auquel s’ajoutent un patriotisme et un rare sens du devoir national. Qualités qu’il partage avec son alter ego, Mohamed Ould Ghazwani qui est le deuxième homme fort de la nouvelle junte.

Le Général Mohamed Ould Cheikh Mohamed Ahmed Ould Ghazwani a été engagé sous les couleurs de l’Armée nationale le 15 octobre 1978. Comme son compagnon, celui qui deviendra son plus proche ami, il fait partie de la deuxième génération d’officiers qui n’ont pas été impliqués dans le 10 juillet 1978 et qui n’ont donc pas eu à porter de responsabilité quelconque dans la gestion catastrophique du pouvoir par les militaires du CMRN puis du CMSN. C’est là l’un des secrets de la réussite de l’ère CMJD (respect du timing).

C’est à l’Académie Royale de Mekhnès que les deux hommes se rencontrent et s’apprécient. Des points communs : la réserve et le sens du devoir. Revenu chez lui, Ould Ghazwani commande des unités opérationnelles un peu partout dans le pays. C’est en 1987 qu’il connaît sa première grande promotion. En effet il est nommé alors aide de camp. En 1989, au lendemain des événements, il fait partie de la délégation qui accompagne le Président Ould Taya en Irak pour sceller l’alliance entre les deux régimes de l’époque. A l’intérieur du pays, Ould Taya avait engagé une chasse aux Baathistes, sur le plan de la diplomatie, le régime de Baghdad devenait son parrain. Une contradiction que devrons nous expliquer un jour certaines figures emblématiques du mouvement panarabe affilié à Baghdad.

Première conséquence de ce voyage : l’Irak offre une unité de blindés à Ould Taya. C’est son aide de camp qui est choisi pour faire un stage de formation sur l’utilisation de ces blindés. Tout en étant en Irak pour cela, Ould Ghazwani n’est remplacé au poste d’aide de camp qu’en 1992, au lendemain de son retour. Il est chargé alors de monter l’unité des blindés qui fera partie du dispositif de sécurité du Président. Il s’agit du fameux Bataillon des Blindés (BB). C’est lui naturellement qui le dirige, même s’il est secondé par un proche du Président qui ne semble avoir confiance totalement qu’à ses proches.

Il effectue plusieurs stages dont une formation à l’Ecole de guerre en Jordanie mais reste commandant du BB. En juin 2003, il est commandant du BB quand éclate le putsch du 8 juin. Mais il n’est pas sur place. Ce qui l’excuse aux yeux du Président qui est sérieusement remué par la révolte au sein de son unité d’élite. Nonobstant cela, Ould Ghazwani est envoyé directeur du deuxième Bureau de l’Armée, celui des renseignements militaires. Il y arrive alors que ce bureau était gangrené par la délation et l’inefficacité. Il essaye de restaurer le système de renseignements militaires. Mais il coïncide avec le procès de Wad Naga. Il joue un rôle très important dans la conclusion finalement heureuse du procès (sans peine capitale). Le 3 août, son nom est le quatrième sur la liste du CMJD. Après les colonels Eli Ould Mohamed Val, Abderrahmane Ould Boubacar et Mohamed Ould Abdel Aziz.

Que les noms des deux compères figurent en troisième et quatrième places, ne trompe personne. Tous les observateurs savent que les véritables auteurs du changement du 3 août sont ceux-là. Ils semblent avoir mûri leur action. La seule chose qu’ils avaient mal appréciée est la force d’inertie de l’Appareil. Ils ont aussi sous-estimé la capacité de nuisance des hommes de cet Appareil. C’est certainement cela qui a créé le malaise qui a fini par s’amplifier devenant une crise majeure. Et c’est certainement qui donne des deux Généraux une idée qui n’est pas forcément juste.

Ils prennent le pouvoir en traînant plusieurs handicaps dont le plus grave n’est certainement pas l’absence de reconnaissance internationale. En fait, l’opinion a toujours jugé qu’ils étaient associés étroitement au pouvoir durant ces quinze derniers mois. Leurs détracteurs sont nombreux (caciques du régime Ould Taya qui les rendent responsables de leur fin, les prétendants à l’héritage de Ould Taya, les opposants qui trouvent qu’ils leur ont volé leur victoire en soutenant un candidat…). Et vite ils sont parus comme «les méchants». Ils ont à fournir d’énormes efforts pour inverser l’image que l’opinion a d’eux. Ils sont les vrais auteurs du 3 août, alors que la gloire est allée à leurs aînés. Le premier défi pour eux est de refaire l’unité intérieure autour d’eux, de construire un front intérieur capable d’accompagner leurs actions. Libérer immédiatement les prisonniers, engager un dialogue avec les forces politiques en présence, permettre à ces forces de s’exprimer librement, arrêter la vague de soutien et refuser de tomber dans le piège des délices de Capoue (pouvoir).

Un putsch n’est pas une solution durable à la crise politique. La vraie solution est l’ancrage de la démocratie et le renforcement des institutions existantes. Il ne faut pas oublier que la cause première de la situation actuelle est l’interférence du CMJD dans le jeu politique de
la Transition. Un péché originel pour la jeune démocratie mauritanienne.

Dans son édition N°408,
La Tribune écrivait : «Le symbole, en avril 2007, était fort. Le 10 juillet 1978, Eli Ould Mohamed Val, était un jeune lieutenant en charge d’une unité sous les ordres du commandant Moulaye Ould Boukhreiss. Ce dernier avait fait bouger ses troupes en direction de Nouakchott. Si lui savait pourquoi, ses subordonnés ignoraient tout de l’action.

C’est ce jeune lieutenant qui passera le pouvoir à l’un des plus jeunes ministres du gouvernement civil renversé à l’époque. En effet Sidi Ould Cheikh Abdallahi était, avec Ahmed Ould Daddah (son cadet), des plus jeunes de l’équipe.

Les vrais auteurs de cette orchestration n’ont appartenu ni au CMRN, ni au CMSN. Les colonels Mohamed Ould Abdel Aziz et Mohamed Ould Ghazwani appartiennent à une génération d’officiers qui sont venus à l’Armée pour le métier. Non pour le pouvoir. S’ils sont aux affaires, c’est bien pour sauver une situation qui a failli les entraîner eux-mêmes. 19 mois pour relancer l’espoir d’un ordre nouveau. Malgré les interférences du Conseil militaire.

Aujourd’hui le débat porte sur le rôle des uns et des autres dans l’exercice du pouvoir. Comme si les jeux n’étaient pas faits à l’avance.

Le malheur pour nous, c’est qu’on découvre l’ampleur de l’incompétence politique de l’Appareil qui nous dirige. Sinon comment comprendre la mésentente entre le Président et ses différents partenaires ? Comment comprendre le pourrissement d’une situation dont les faiblesses sont claires ? Comment comprendre d’abord l’absence de réaction du chef du gouvernement, chef du parti Adil, ensuite l’entrée en scène fracassante du Président, son recul et enfin sa tentative de relance ? Les questions sont nombreuses. Les réponses sont inquiétantes. Les parades sont dangereuses.»

 

Bechirou Wade

 

Encadré :

Pourquoi ?

 

Quand on apprend tôt le matin la destitution des quatre chefs de corps, on est surpris. C’est un communiqué signé par le Président Sidi Ould Cheikh Abdallahi qui est lu par les journalistes, d’abord de
la Radio puis la télévision (une fois avant d’être fermée). Une feuille volante avec entête de
la Présidence, mention : COMMUNIQUE. D’une banalité extrême. Comme s’il s’agissait de démettre un quelconque haut fonctionnaire appartenant au Parti-Etat.

Khalil Ould Tiyib, vice-président de l’APP, a dit sur Al Jazeera que la veille, il avait vu le Président de
la République qui lui avait réitéré sa confiance vis-à-vis des généraux et demandé de continuer la médiation en cours en vue de régler le problème. Qu’est-ce qui a fait changer le Président entretemps ? On ne sait pas. Toujours est-il que dans la nuit de mardi à mercredi, il prend sa décision et la publie au petit matin.

La réaction commence vers huit heures. La famille du Président est encerclée, lui-même est arrêté. Non sans avoir téléphoné au ministre de l’intérieur Mohamed Ould Rzeizim pour l’avertir de l’arrestation de son Premier ministre, Yahya Ould Ahmed Waghf. En moins de deux heures, la situation est sous contrôle des putschistes.

Arrestation de Ahmed Ould Sidi Baba, fraîchement nommé président du Conseil économique et social, puis de Moussa Fall directeur de l’ANAIR. Pourquoi tout cela ?

Pour Moussa Fall, on lui fabrique depuis un certain temps une image de conspirateur-inspirateur aux côtés du Président Ould Cheikh Abdallahi. Son appartenance supposée au MND en fait une cible aux yeux des nouveaux maîtres du pays.

Mais le cas de Mohamed Ould Rzeizim est plus surprenant quand on sait que l’homme n’a jamais été un proche du Président Ould Cheikh Abdallahi. Même s’il l’a soutenu, c’était plus pour répondre à une attente des militaires. Il n’a jamais accepté de le nommer et quand il l’a fait, c’est seulement à l’occasion des derniers remaniements. Loin d’être un conspirateur, Ould Rzeizim est connu pour son expérience et sa compétence en matière d’administration. C’est aussi un poids lourd de la politique dont la position reste déterminante dans le jeu.

Les cinq civils retenus jusqu’à présent doivent être libérés au plus tôt. Des explications doivent être fournies quant au sort des militaires. Passés les premiers jours, la peur d’un contre-coup n’a pas sa raison. Ceux qui se meuvent sur la scène traînent trop de casseroles pour se permettre de s’attaquer de front aux nouveaux maîtres du pays qui les connaissent assez.

 

Ely Mohamed Vall avait dit : « Il ne peut plus y avoir de transition  en Mauritanie » !  

 

Le mercredi 06 août un décret présidentiel a été lu tôt le matin sur les ondes de
la Radio nationale, précisément à 8h00 en Arabe, en Poular et en Soninké sous la supervision de  son ex-directeur général Kaber Ould Hamoudi. Ce communiqué original  sans cachet, portait une signature attribuée au Président de

la République. Après la lecture de ce communiqué, Kaber Ould Hamoudi semble être  perturbé comme s’il sentait ce qui va lui arriver.  Il  était collé  au téléphone avec un visage tendu. Quelques moments plus tard, il quitte les studios pour aller s’installer dans son bureau. La suite est connue par tous, Kaber est limogé immédiatement par le Conseil d’Etat qui venait tout juste de prendre les pouvoir.

Aucune balle n’a été tirée pour défendre le Président de

la République. Certains mauritaniens applaudissent pour les militaires et s’en réjouissent grandement.  Pourtant, ce sont les militaires  qui auraient mis  le loup dans la bergère.

 Le colonel Ely Mohamed Vall, nous avait pourtant  dit que c’en était fini des coups d’Etat. 

 

 

 

C’était à la faveur d’un point de presse donné tout juste après qu’il eût accompli son devoir de citoyen  au deuxième tour des élections présidentielles le 25 mars 2007  dans les locaux des Domaines à Nouakchott.  Le colonel Ely Mohamed Vall avait dit que l’avenir du pays ne peut qu’être prometteur après avoir rendu le pouvoir aux civils  dans la constitutionalité et la légalité. Il avait répondu  à notre  question   de savoir s’il peut y avoir encore un autre Coup d’Etat en  Mauritanie : «  On ne peut plus rentrer dans une autre transition. Aujourd’hui nous avons toutes les institutions légales et constitutionnelles du pays qui vont être mises en places.  Par conséquent il n’y aura plus de transition à partir de la proclamation des résultats des élections et revenus définitivement dans la constitutionalité et dans la légalité. Il ne peut plus y avoir de transition en Mauritanie ». On s’était demandé, comment peut-on concrètement empêcher un autre Conseil de prendre le pouvoir par la force ?

Est-ce que le général Mohamed Ould Abdel Aziz fera les mêmes déclarations à la fin de sa transition à lui ?

Sy Mamadou 

 

 

:

 

Et le mauritanien moyen dans tout ça ?

 

Qu’ils soient fonctionnaires ou débrouillards, étudiants ou militants politiciens, les mauritaniens n’ont pas tous la appréciation des événements qui ont précipité la chute du Président qu’ils ont élu à 52% voilà quinze mois.

 

 

Baba  Ould Cheikh, administrateur : « Il fallait ce changement  pour que les problèmes  qui sévissaient depuis  quelques  mois trouvent  des solutions. En plus nous avons besoin d’un président et non d’une présidente.  » Pour ce citoyen mauritanien, c’était donc la femme du Président de
la République qui dirigeait le pays. Khattou Mint El Boukhary, dont la fondation s’était attelée à soulager les problèmes des populations s’était vue pointer du doigt par des parlementaires qui ont réclamé une enquête sur l’origine de ses fonds.

Khadijetou Mint Cheikhna  est femme d’affaires et politicienne. Elle trouve que le coup d’Etat est un retour en arrière.  « Pourquoi faire reculer le pays  alors qu’il y a mille  solutions qui ne se résument pas à un coup  d’état ? » S’interroge-t-elle en se disant très déçue par les généraux.

 

Même sentiment c’est Salma Diagana, étudiante en Droit qui affirme que l’exemple    mauritanien n’est plus enviable en matière de démocratie  et  que chercher à  tromper  l’opinion nationale et internationale n’est plus possible. « Je  tiens à dire que l’ère des coups de force est révolue ! » Martèle-t-elle.

Autre indignation féminine, celle de Minetou Traoré qui est informaticienne. Pour elle, parler  de la démocratie en Mauritanie n’est plus possible.  « Je suis totalement contre ce que vient de se produire : c’est révoltant !» Lance-t-elle.

Seddoum ould Yahya est professeur et militant dans le parti APP. Son avis semble être à contre courant de la position de son parti qui a condamné et contesté les putschistes. Il semble percevoir un brin d’espoir dans le coup de force des généraux car il dit : « le pays souffre depuis plus d’un an, de multiples crises se sont abattues sur ce peuple fatigué. Et maintenant nous espérons qu’il y aura un changement  total et que les choses  vont s’améliorer. »

Pour  Hamoud Oumld Moustapha, cadre, c’est le président déchu qui est reprochable : « 
la Mauritanie n’est pas un royaume comme voulait le faire SIDIOCA.  Je suis pour ce changement  en douceur que viennent de faire ces grands serviteurs de
la Nation. Nous venons d’une impasse sans  précédent. »

Même optimisme béat chez Bâ Yahya Amadou,  professeur et militant  du RFD. Pour lui,  « il ne faut pas exclure un changement positif dans les mois à venir  et la démocratie s’installera  mieux dans notre pays !»

Et Jemal Ould Dah, vendeur de cartes de recharge d’enfoncer le clou : « il y avait une injustice caractérisée : les ministres et les proches du l’ex président se sont enrichis en moins de deux ans et les pauvres s’appauvrissent de jour en jour. Donc, je salue  ce grand changement. » 

 Propos recueillis et rassemblés par Diakité Aboubacrine

 

   La démonstration de force du Front National pour
la Défense de
la Démocratie(FNDD) 

 

Le vendredi 8 août 08, au siège de l’alliance populaire progressiste  s’est tenue une conférence de presse qui s’est  transformée en un meeting. Les acteurs de cette conférence  sont respectivement le parti tawassoul, l’APP,  l’UFP, Adil non frondeur, Plej, et le parti Hawa.  Ces partis ont constitué un groupe appelé  le Front National pour
la Défense de
la Démocratie(FNDD)    . Ce front  dénonce le coup d’Etat de 6 août 2008.  

 Pour le vice –président de l’APP M. Khalil O. Teyeb du parti APP, « il est essentiel que l’actuelle équipe militaire revienne à l’ordre constitutionnel. Nous refusons  toute élection non justifiable. Sidi Ould Cheikh Abdellahi  est le président légitime de
la Mauritanie ». 

Quant à Jamil Mansour, chef de file de tawassoul,  il a annoncé que   « ce qui s’est  passé  est inadmissible ». « Nous étions exclus du gouvernement de la majorité, mais nous sommes restés dans notre position de soutien au président ». poursuit-il avant de marteler que « le limogeage des militaires est  un acte illégal constitutionnellement. Et  que  la démocratie ne se protège pas  par la force des armes. »  

Mohamed  Ould Mouloud  a affirmé  que  « le FNDD se  base  sur la mobilisation  interne de la population. Cette mobilisation doit être loin de toute violence ». « Nous allons défendre la légitimité pour que la constitution soit notre seule référence.  Nous ne croyons plus à la sincérité des militaires ». a-t-il précisé

Bodiel,  a confirmé  qu’il  était contre le principe  selon laquelle la période de Maouiya n’était pas une période démocratique.   Il a ajouté qu’il a  rejoint Sidi et  les soutenait tout en respectant les décisions institutionnelles. « Lorsque le président  m’avait dit qu’il compte intégrer des partis de l’opposition, je lui ai répondu  que je suis contre toute intégration de l’opposition traditionnelle. Mais j’avais  accepté et respecté sa décision. En outre, lorsque la majorité a rejeté les ministres des partis de l’opposition, j’ai expliqué au président que du moment qu’ils ont  déjà intégré le gouvernement, ils doivent rester. Mais il a voulu  se plier aux prérogatives de sa majorité pour éviter le conflit. Il a pris sa décision. Cela ne m’a pas poussé à le délaisser. Mais le fait qu’il limoge des généraux et que ces derniers le renverse c’est antidémocratique ».  a-t-il déclaré 

Par ailleurs, le Front National pour
la Défense de
la Démocratie a  demandé  aux  militaires  d’éviter  toute éventuelle intervention étrangère.  « Pour ce faire les nouveaux hommes forts doivent se retirer  du pouvoir   en  permettant  au président Sidi de reprendre  ses fonctions  légales ». A souligné  la déclaration de FNDD

Venant  tardivement à la conférence de presse  en provenance d’une réunion avec le conseil d’Etat dirigé par le général Ould Abdel Aziz, Messoud Ould Boulkeir a refusé de se prononcer sur les contours de sa réunion. Il a précisé par le biais de son vice président qu’il a assisté à la conférence de presse en tant que président du parti APP.

Notons qu’au moment où il voulait regagner son parti, il a été arrêté par la police pour 15 minutes. Et que les autorités en place ont reçu l’ordre de le laisser regagner son parti.

Notons  aussi  que le conseil d’Etat dirigé par les militaires a commencé à nouer des contactes  avec  les institutions internationales et les chefs de parti mauritanien, notamment le représentant de la  ligue arabe, de l’ONU   et le secrétaire général de PRDR.

Toutefois, l’Union africaine a suspendu ses relations avec
la Mauritanie.

« Dans le cadre d’un ballet diplomatique à Nouakchott depuis le coup d’Etat, le général Mohamed Ould Abdel Aziz avait reçu samedi matin M. Ben Hilli. 
Par ailleurs, le Front a réitéré son « refus de toute idée d’organiser de nouvelles élections », expliquant que cette option « se traduirait par d’énormes pertes de temps et d’argent ». « C’est un leurre et une tentative de tromper le peuple et sa classe politique, nous voulons que
la Ligue arabe le sache et fasse tout pour préserver cet embryon de démocratie dans le monde arabe qu’elle cite en exemple et qui s’écroule sous ses yeux », a conclu M. Ould Moloud. » Note l’AFP dans une récente dépêche.

L’Union européenne observe la situation en incitant les militaire a retourné à l’ordre constitutionnel.
La France  demande un retour à la démocratie et déclare ne pas reconnaitre le coup d’Etat de 8 août 2008. Et enfin les Etats Unis d’Amérique  ont arrêté   leurs aides non humanitaires.

Compte rendu de Mohamed Fouad Barrada

  Source : La Tribune n°412         

 

 




Faits divers

12082008

 

 

Faits divers 

Une cohabitation qui a mal tourné 

Vendredi à 18 heures précises, une rixe a éclaté entre Mahmoud  gardien de l’école Cheikh Sid’El Mokhtar dans
la Moughataa de Riyadh et  son voisin Chemss qui habite l’une des salles de cette école que le Président de L’Association des Parents d’élèves lui a prêtée. Mahmoud qui vient de demander à la jeune fille de  Chemss de ne plus verser les ordures dans l’enceinte de l’école, a fini par voir son voisin entrer dans une violente colère. Ce dernier, alors ramasse un grand fourneau et frappe ce quinquagénaire sur la tête puis l’immobilisa en lui donnant de violents coups sur la figure. Des passants non loin  du portail de l’école  se sont hâtés pour les séparer, avec beaucoup de peine ils ont pu  venir au bout leur mission. Chemss, à la fleur d’âge et robuste saisit l’occasion pour lui asséner un coup avec un gourdin que sa fille lui a remis. Mahmoud s’effondre aussitôt sous ce violent coup  et baigne dans une marre de sang. Une foule s’est massée autour d’eux et tout le monde était sous le choc  de même que les voisins de Mahmoud. Quelques instants plus tard, la police est alertée et trois éléments  sont  sur les lieux , deux parmi eux ont récupéré Chemss et l’autre accompagna Mahmoud  au CHN où il reçoit des soins intenses. Vers 21 heures 30, Mahmoud revient de l’hôpital, fatigué, épuisé et triste. L’un de ses voisins et venu pour l’amener chez lui . Tandis que Chemss  dort au commissariat de Riyadh II en attendant l’arrivée des parents de Mahmoud qui sont en brousse. 

(Nous y reviendrons) 

Sauvée par le putsch ! 

Mercredi 06 Août 2008, Minetou Mint Mohd Abdallahi, grande commerçante détentrice de trois boutiques à l’étage du marché de la capitale a dû sa chance à une patrouille de policiers postés non loin du marché de la capitale où des dizaines de personnes, debout au   carrefour de
la BMD,  attendaient avec impatience des taxis et des bus pour rentrer au ksar, Teyarrett et Dar Naim.  Elle s’apprêtait à prendre un taxi collectif quand un quidam a profité de la mêlée pour agir. Le malfrat, n’hésita en aucun cas à arracher le sac de Minetou qui contient une somme de 80.000 um , deux chèques  signés pour ‘porteur’ ,  deux valeureux portables et les clés de ses boutiques. Le voleur, prénomme Elleyatt qui avait tout calculé sauf la présence d’une patrouille de jeunes policiers  qui faisaient la ronde à quelques mètres a voulu profiter des bousculades dues à la rareté des moyens de transport en ce jour de putsch. Mais il est tombé dans leur filet. La patrouille se lança à la poursuite du voleur qu’elle rattrape après une petite course et  l’amena au point  de départ sous les cris de l’assistance. Minetou, ébahie, ne fait que récupérer son sac des mains du voleur tout en remerciant infiniment les policiers dont la présence fût indispensable. Et, elle prend un taxi avec ses amies qui l’attendaient. Tandis que Elleyatt est resté sous les coups des matraques des policiers avant de l’embarquer dans leur voiture garée non loin du carrefour. 

Diakité Aboubacrine   

 

Source :
La Tribune n°412 




Chronique Mansor

12082008

TRANSPORTS 

 

 

  

« Il est possible, en certains cas, de démontrer une chose et son contraire, tout comme il existe des vérités impossibles à démontrer ». Enoncées tel quel, ces deux propositions interpellent assez peu le citoyen lambda. La première évoque l’art du sophiste et nous nous accommodons, tous, en l’intimité de nos ego, de tels vécus[1], variablement inquiétants, quand la seconde, apparemment plus banale, réveille, immédiatement, des convictions, sensibles ou spirituelles, hors de tout raisonnement, communément partagées, pourtant ; sinon, passionnément débattues. Mais, lorsqu’en 1931, ces hypothèses furent, rigoureusement, démontrées par Karl Gödel, dans un strict cadre logique – celui de l’arithmétique – quelque chose de fondamentalement nouveau fit irruption dans le domaine éthéré des mathématiques. Sciences des sciences, en ce qu’elles paraissaient, jusque là, exemptes de toutes les incertitudes inhérentes à l’observation des phénomènes – ne travaillaient-elles pas dans l’ordre du noumène [2], de la pure abstraction ? – elles devaient reconnaître leur propre finitude : une proposition démontrable n’est pas, nécessairement, vraie et une proposition vraie n’est pas, toujours, démontrable. 

 

Ce faisant, se brisait un élément du trépied fondamental de la logique occidentale – et moyen-orientale, voire, plus largement, musulmane, dans la mesure où les thèses grecques [3] ont, durablement, imprégné ces cultures adjacentes. Si les principes d’identité (A est A) et de non-contradiction (A n’est pas non-A) tenaient toujours la route, celui du tiers exclus (il n’existe pas de B qui soit, à la fois, A et non-A) coulait à pic, et, avec lui, un certain nombre de raisonnements, comme, par exemple, la démonstration par l’absurde. Dans le domaine des sciences expérimentales, Wermer Heisenberg avait, quatre ans plus tôt, avancé, avec ses « relations d’indétermination » – plus connues sous l’appellation de « principe d’incertitude » – que matière et énergie, conçues en termes de dualité fondamentale, procédaient, en fait, d’une non-contradiction originelle. C’était, de part et d’autre, reconnaître explicitement que
la Réalité est, essentiellement, paradoxale ; en sa Totalité, imprévisible et indéchiffrable. Dans son souci d’identifier un phénomène, le scientifique ne peut que déterminer, en fonction de ses outils de mesure, mais aussi conceptuels – voire contextualisés, dans le cas des sciences humaines – ce qu’il veut observer, en faisant appel, notamment, à une interprétation de ce qu’il perçoit
[4], ordinairement duelle pour l’intelligibilité de son discours. Son objectivité est toujours relative, sans qu’il soit jamais possible de mesurer, exactement – c’est-à-dire, entièrement – cette relativité. 

 

Une des premières conséquences de cette situation est qu’en toute démonstration, il faut poser, nécessairement, des prémisses indémontrables, basées sur une conviction, intime, arbitraire, consensuelle, utile, probable ou hypothétique, éventuellement confortée par l’enchâssement de ces prémisses dans un système cohérent, en phase avec le Réel. Le raisonnement ne produit pas la vérité : il ne fait que la transporter. Rien de nouveau donc, depuis Aristote. Si ce n’est tant d’eaux coulées sous les ponts, tant d’arbitraires assassins, tant de consensus éclatés, tant d’utilités corrompues, tant de cohérences catastrophées… Nous vivions dans un univers où tout ce qui paraissait avait une cause, « les mêmes causes produisant les mêmes effets ». On se doutait bien, certes, qu’il n’y avait « pas de maladies, mais seulement des malades » et que le principe de causalité linéaire s’arrêtait, banalement, aux modèles, ultra-simplifiés et artificiellement fermés, des laboratoires et des chaînes de production. On sait, plus certainement aujourd’hui, que l’instabilité dynamique, tant interne qu’externe, est le propre des systèmes complexes et qu’il nous est impossible de calculer les déterminations qui nous emplissent et nous contiennent. : elles ont cette tendance, irrépressible comme le fou-rire, à se jouer de nos grilles de lecture. Sommes-nous, ainsi, condamnés à vivre dans un monde imparfaitement connu, et donc incapables d’y déterminer les poids relatifs de l’imprévisible, de la nécessité et de la liberté ? Sans doute, sans aucun doute, désormais ; mais à ceci près : un acte gratuit n’est pas, nécessairement, inutile… 




[1]   Nous sommes, en effet, capables de vivre les plus criantes contradictions…

[2]  Du grec, noos : l’esprit, le non-manifesté ; et nomos : le principe, ce qui demeure. Dans la pensée kantienne, c’est le pendant du phénomène, de phayvein : montrer, se manifester ; et nomos : même sens que ci-dessus. 

[3]  d’Aristote et de Plotin, notamment… Cependant, la non moins forte influence de courants asiatiques, voire africains – et les confréries soufies en seraient, ici et là, les plus notables expressions – a singulièrement nuancé ces apports, sans compter, bien évidemment, les sources endogènes. La philosophie iranienne semble, à cet égard, une mine de recherches…

[4]  Mais en utilisant, également, de nouveaux outils, comme la logique probabiliste ou la logique floue, intégrant, variablement et en fonction des besoins pratiques, les difficultés sus-décrites qui font, depuis ¾ de siècle maintenant, l’objet de classifications précises, distinguant, notamment, les théories, en complétude et incomplétude, décision et indécision… 




COUP D’ETAT MILITAIRE EN MAURITANIE / LE GRAND BOND …EN ARRIERE

12082008

 COUP D’ETAT MILITAIRE EN MAURITANIE / LE GRAND BOND …EN ARRIERE 

La renaissance mauritanienne a t-elle pris fin ce 06 août 2008 ? Les espoirs se sont -ils envolés?Les militaires nous ont -ils ont repris ce qu’ils nous avaient donné : La démocratie , la dignité , la sortie du gouffre? 

Eux qui avaient divisé le pays, l’ont mis à genoux, l’ont sucé jusqu’à la moelle. Du moins certains parmi eux. Car ne perdons pas de vue qu’il y a parmi eux des officiers de valeur, des soldats patriotes, prêts à donner leur vie. Et si les putschistes du 06 août entraient dans cette catégorie? Osons rêver. 

Revenons-en au putsch. Parmi les accusations avancées pour renverser le président Sidi certaines sont fondées. Le masque commence à tomber ! 

D’abord son incapacité à apporter des solutions concrètes aux problèmes humanitaires et sociaux .Ensuite la présence envahissante de son épouse et de sa fameuse fondation. Puis ses nombreux déplacements à l’étranger sans véritable contre partie jusque là. Puis son refus entêté et injustifié de laisser le parlement siéger en session extraordinaire sans le justifier de façon convaincante aux yeux de l’opinion nationale. Et ses contradictions à propos des généraux où le président dit tout et son contraire. (Ils sont en symbiose avec moi. On travaille ensemble.) 

Soit. Ces fautes peuvent être mises sur le compte de l’inexpérience et des trahisons. Des coups bas. Le président est démocrate avant l’heure. Il laisse faire , ne sort jamais le bâton et n’a pas la carotte. 

Mais son bilan est acceptable pour ne pas dire satisfaisant. 

Le chantier de la réconciliation nationale avec les dossiers des réfugiés et de l’esclavage. Il a donné le signal fort même si les actes sont moins reluisants. La liberté dans tous ses sens. Liberté sans prospérité mais liberté tout de même. 

La corruption est moins flagrante que par le passé. 

L’argent de l’état n’est pas dilapidé en fêtes inutiles. Le temps des vaches maigres. 

Le président est accusé de tous les maux. Cela ne surprend point. On se rappelle le lieutenant -colonel Ould Salek lire la déclaration du CMRN l’après -midi du 10 Juillet 1978.’ Nous avons mis fin au régime corrompu et renégat’ sans conviction car c’était faux. Aussi faux que le communiqué lu à la télévision par le ministre de la communication ce matin du 06 août 2008 avec ses fameux ‘Laaaaghi.est nuuuuuuuuul’ avec visiblement un fusil braqué sur lui. 

A présent que le coup est consommé ( ce serait un miracle que les militaires acceptent de remettre le pouvoir à Sidi ) , les conséquences négatives sont nombreuses pour le pays. 

L’image d’exemple de démocratie parfaite dans le monde arabe et africain est écornée à jamais. Les risques de guerre civile et d’instabilité sont réels. La paralysie des institutions est probable.  Le retour en arrière est certain. Nous aurons, qui qu’il soit, un président marionnette, dépourvu de vrais pouvoirs. N’importe qui peut prendre des armes pour défendre ses intérêts quitte à ‘bousiller le pays’. Le malaise est entré dans l’institution militaire où  beaucoup sont frustrés. 

Un sursaut patriotique peut sauver encore
la Mauritanie. 

Plusieurs scénarios sont plausibles: 

1- Les militaires finissent par convaincre l’opinion publique que le président déchu était en train d’emmener le pays vers l’abîme. Dans ce cas leur action est salutaire et ils méritent un soutien massif. Les premières déclarations du général Aziz vont dans ce sens. Il est franc. 

2- Le général prend goût au pouvoir et refuse de le quitter. Comme Robert Guei en Côte-d’Ivoire. A la différence que lui aura désormais l’onction populaire. 

3- Il organise des élections d’ici trois à six mois. Le leader du RFD, Ahmed Daddah, sera élu avec la bénédiction des militaires. Il sera alors leur marionnette. Ou il les écarte finement. 

4- surgit un troisième larron qui s’empare du pouvoir. Ce sera un putsch de plus. 

5-le général Abdel Aziz sollicite le suffrage populaire. Un référendum ferait l’affaire, il serait plébiscité. 

Athié Youssouf 

CP.NOUADHIBOU 




Un risque-pays de plus en plus désastreux

12082008

Coup d’État du 6 août 

 

Un risque-pays de plus en plus désastreux 

 

Celui-ci s’était légèrement amélioré en 2008, suite aux élections démocratiques de 2007. Le putsch de la semaine passée accroît la mauvaise réputation d’un pays qui a déjà du mal à attirer les investisseurs étrangers, de plus en plus pessimistes. 

 


La Mauritanie vit au ralenti depuis plus de deux mois que durait la crise institutionnelle, un bras de fer entre militaires et l’ex-président. La plupart des ministères ont mis en suspens un certain nombre de projets infrastructurels, se contentant de régler les affaires courantes. Et à l’assemblée nationale, aucun projet de loi n’a été présenté, «depuis plus de dix semaines» estime un juriste de la capitale. Les hauts-fonctionnaires, tous politisés, attendant de voir par où penche la balance du pouvoir, se sont mués en spectateurs, et ont réduit de façon drastique leur temps de travail réel. Au plus grand dam du service public. Ce marasme administratif a des conséquences incalculables sur la productivité nationale, déjà extrêmement mince. D’autant plus que la destination mauritanienne présente de moins en moins d’avantages aux yeux des investisseurs étrangers. Certains d’entre eux étaient en observation poussée de l’évolution des structures politiques, juridiques et économiques du pays. «Les investisseurs, particulièrement dans le secteur des services, faisaient à peine confiance à la justice mauritanienne. Ce putsch confirme que tout acquis démocratique peut s’effriter à tout moment, et mettre en péril d’éventuels intérêts.» explique un cadre d’une société étrangère récemment installée. Car en fin de compte, aucune raison valable, aucune faute lourde de l’ex président n’a été présentée de façon évidente. «Une des raisons du maintien des institutions, tient à la volonté du Conseil d’État, de rassurer les investisseurs potentiels: voyez! Voilà un changement en douceur qui n’affectera pas la stabilité du pays, donc qui n’affectera pas vos intérêts!.»

 

Reconquérir et convaincre les bailleurs de fonds 

 

Après les conclusions optimistes, et le succès du caucus africain à Nouakchott, il y a une semaine,
la Mauritanie continuait à affirmer sa crédibilité en tant que nouvelle référence sous-régionale, et même internationale. Dans le même temps, le nouveau directeur des opérations pour une partie de l’Afrique de l’ouest, dont
la Mauritanie, Madina Tall, présentait la confiance que
la Banque Mondiale plaçait dans l’évolution économique du pays. Ainsi, que le FMI qui a vu son directeur général, Dominique Strauss Khan, être présent lors du caucus.

Autant de signaux verts qui risquent de vite virer au rouge. «nous sommes dans la plus totale expectative. Nous regardons simplement l’évolution des choses. Pour l’instant rien ne rassure vraiment pour une application pérenne de projets; surtout de voir un pays changer en changer trois ans, trois fois de chefs de l’État!» s’inquiète un directeur départemental d’un des principaux bailleurs de fonds internationaux, à Nouakchott. Passées les conventionnelles condamnations plus ou moins sincères des états, et des entités régionales, que restera-t-il de la confiance des bailleurs accordées à
la Mauritanie? «Tout dépendra du discours, crédible et convaincant, ou non, que le général Aziz prononcera», confie le directeur.

 

Un putsch probablement sans conséquences majeures 

 


la Mauritanie est un pays dont l’essentiel du PIB provient de l’exportation de ses matières premières. De ce fait, l’essentiel des investisseurs qui viennent pour ces matières (fer, or, ressources halieutiques, pétrole…), se moquent totalement de la situation politique, juridique ou sociale, du moment qu’ils peuvent exporter en toute tranquillité. «Tant qu’ils sont adossés aux mauritaniens qu’il faut, les intérêts de ces investisseurs, qui sont les principaux, sont sains et saufs. Et cela seul leur importe.» opine un ancien employé de
la Société Élite, récemment rachetée par la société de sécurité G4S. Au contraire même: pour certaines sociétés pour qui l’opacité est un gage d’exploitation maximale de certaines richesses (notamment l’or), la pagaille ambiante est la bienvenue: «On ne sait rien de l’exploitation aurifère par exemple. Et certaines de nos démarches qui étaient en cours pour avoir une meilleure visibilité de l’exploitation des mines de Tasiast et Akjoujt, vont être retardées, voire stoppées.» affirme un responsable du comité national de l’initiative pour la transparence des industries extractives (ITIE).

 

MLK 

 

Encadré: 

 

La directive 3.0 de la banque mondiale sera-t-elle appliquée? 

 

Cette directive de
la Banque Mondiale prévoit qu’en cas de manquement grave d’un pays à des conditions relatives aux droits humains ou à un coup d’État, l’institution financière internationale suspende ses relations avec celui-ci jusqu’au rétablissement des conditions déficientes. À
la Banque Mondiale de Nouakchott, on est en position d’attente. «Nous avons réduit nos effectifs au strict minimum pour les affaires courantes, et attendons, l’arrivée ce lundi du nouveau représentant, qui discutera avec les nouvelles autorités. Ce n’est qu’après cela qu’on pourra parler d’une application ou non de cette directive.» précise Taleb, le chargé de communication de
la Banque Mondiale.

 

 

Source :
La Tribune n°412

 

 




Putsch du 6 août

12082008

Putsch du 6 août 

 

L’espoir international avorté 

 

Les déceptions fusent du monde entier, notamment des sociétés civiles ouest-africaines, qui voyaient dans
la Mauritanie, une des figures de proue d’une (re)naissance démocratique en Afrique. 

 

Au lendemain de l’élection présidentielle de mars 2007, le monde entier découvrait
la Mauritanie: un désert anonyme deux fois et demi plus grand que
la France. Cette première élection transparente du pays, et même une des premières de la sous-région, a projeté un faisceau d’espoir et de sympathie sur
la Mauritanie. Aujourd’hui, tout le château démocratique méticuleusement monté depuis trois ans, s’écroule lamentablement. «Je me sens trahi, comme doit l’être n’importe citoyen mauritanien démocrate. Tous les africains doivent se sentir mauritaniens aujourd’hui. Ce putsch est un coup de poignard dans le dos de l’avenir du pays. Un coup qui va considérablement retarder ses efforts de démocratisation.» confie Youssouf Traoré, directeur de publication de l’hebdomadaire ivoirien, l’intelligent d’Abidjan, joint au téléphone. Emana Djingo, un des membres influents de la société civile camerounaise, pointe du doigt  «un renversement d’un président chef des armées démocratiquement élu!». Et d’autres réactions de ce genre continuent de pleuvoir. Ce sont ces mêmes que monsieur Ould kettab a qualifié «d’ignorants des réalités mauritaniennes, vendredi soir à la télévision mauritanienne.» Selon ce dernier, on ne peut pas parler de «putsch», mais de «rectificatif». Il s’agirait donc d’un retour à la normale après «la violation des institutions démocratiques et, la tentative de renversement de l’armée» (dixit le Général Aziz).

 

La propagande en marche 

 

Les médias d’État se sont attelés à la tâche ingrate de justifier l’injustifiable. À
la TVM, des «petites foules en liesse» sensées représenter une opinion publique inexistante, brandissent des portraits imprimés à la va-vite de nouveau Rais du pays. «Ce sont les mêmes qui ont applaudi Taya, puis Ely et Sidi, aujourd’hui Aziz. Demain, si un Mohamed arrive, ils renieront Aziz, et applaudiront le nouveau.» confie un observateur averti de la scène mauritanienne. Les images qu’on ne verra pas à
la TVM, illustrant cette «vraie démocratie», proviennent de ces scènes de matraquage des manifestations pro-Sidi. Du coup la nouvelle règle est vite assimilée: «qui est pour le coup, manifeste en paix, et qui manifeste en paix contre le coup, sera matraqué.»

Dans l’Rkiz, le frère affairiste d’un des ministres actuellement sauvegardés, organise ce dimanche, une «marche spontanée» pour soutenir les militaires dans une localité du RFD. Pour cette famille influente dans cette localité les calculs sont simples: «c’est la première fois que leur famille a un poste important, du niveau d’un ministère, et ils ne veulent pas laisser filer la poule aux œufs d’or.» confie un élu du Trarza, appelé à participer à la marche. Après la molle condamnation, voire l’approbation du coup, par le parti historique de l’opposition, le RFD, cette propagande est d’autant plus facilement mise en branle. Et les pseudo justifications fusent plus aisément de part et d’autres. «Le pays était dans une impasse politique (laquelle si ce n’est celle dans laquelle les députés et les militaires l’ont poussé?). Au final, si Sidioca a commis des erreurs évidentes en termes de stratégie politique, on ne peut pas remettre en cause le bilan économique, ou celui lié à un début de règlement du passif humanitaire. La crise alimentaire mondiale rend toutes les économies du monde fragilisées, particulièrement celles de l’Afrique subsaharienne. Et rien de tout cela ne justifie un putsch.

 

MLK 

 

Source :
La Tribune n°412 




De A à Z Par Tabane

12082008

De A à Z Par Tabane

D comme Démettre. Le président élu a démis les principaux chefs militaires de leurs fonctions. C’est ainsi qu’il entendait régler la crise qui paralysait le pays depuis début mai avec le renvoi du premier ministre Ould Zeïdane. Beaucoup de mauritaniens n’ont pas eu le temps de l’apprendre. Les militaires ont aussitôt pris le pouvoir et annulé les dernières décisions du président élu.

D comme Destitution.  Le patron de la sécurité du président a destitué le président. On pouvait s’y attendre. On murmure qu’il fait partie de ceux qui avaient parrainé la candidature du désormais ex président. Un homme revenu de l’étranger pour coiffer au poteau, Ahmed Daddah, l’opposant de longue date.

D comme Démocratie. Quelques heures après l’annonce du putsch, les partisans de Sidi ont manifesté dans les rues de Nouakchott pour demander le retour à l’ordre constitutionnel. Naturellement les nouveaux maîtres de Nouakchott qui tiennent pourtant à la démocratie n’ont pas accepté ce genre de manifestation. Ils l’ont démocratiquement réprimée. Comme ils ont démocratiquement encadré les manifestations en leur faveur.

D comme Dégoût C’est le sentiment qu’inspirait la fameuse marche de soutien au nouveau régime organisée à Rosso. La tribune était remplie par les autorités administratives et les différents chefs de services convoqués pour la circonstance. Plusieurs orateurs se sont succédés pour fustiger e régime de Sidi, le même Sidi qu’on avait acclamé à la même tribune il y a juste trois mois. C’est à croire que les gens sont amnésiques.

aboubakry_dàyahoo.fr 




Rosso : Soutien au HCE

12082008

Rosso : Soutien au HCE 

Rosso a organisé sa marche de soutien au Haut Conseil d’État présidé par le général Mohamed Ould Abdel Aziz. C’est de Jidrel Mohguen que la ‘marche’ est partie. Le convoi a ramassé au passage plusieurs personnes pour les acheminer à Rosso où les autorités étaient à la tribune officielle, entourées de tous les chefs de service.

Devant quelques dizaines de personnes dont plusieurs badauds qui erraient dans les parages, des orateurs se sont succédés pour fustiger le régime de celui qui avait été fortement acclamé il y a trois mois à la même tribune. L’incontournable colonel Sow a pris la parole pour expliquer le mouvement de rectification. Le wali du Trarza entouré de ses adjoints, du hakem de Rosso, du directeur régional de la sûreté , des autorités militaires, du chef d’arrondissement de Jedrel Mohguen et de plusieurs chefs de service a pris la parole pour remercier les populations et expliquer les raisons du mouvement du 6 août.

Source : La Tribune n°412







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