UN COUP D’ETAT COMME LES AUTRES ?

10 08 2008

UN COUP D’ETAT COMME LES AUTRES ? 

 

  

Un Coup d’Etat militaire en Mauritanie ?  Et alors ?  Ce n’est rien…qu’un de plus ! rétorqueront certaines personnes bien informées sur l’histoire du pays.  

Et pourtant, à y regarder de près on se rend compte que celui-ci, aussi inacceptable par principe que les autres, se distingue néanmoins des précédents par des particularités liées à son  principal auteur, au contexte, à son élaboration et à son exécution.

 

C’est bien la première fois, sur fond de crise politique, économique et sociale gravissime, qu’un Président démocratiquement élu, est renversé à l’instant même où, usant de ses prérogatives de Chef suprême des forces armées et de sécurité, il décide de limoger des officiers supérieurs qu’il venait d’élever de manière controversée au grade de Généraux et qu’il rend responsables de la crise institutionnelle profonde que traverse le pays.

Le Coup d’Etat de ce mercredi 06 Août 2008, dirigé par le Général Mohamed O Abdel Aziz,  pourrait apparaître aux yeux de certains comme une simple réaction de « légitime défense » face à une décision perçue et ressentie comme une profonde injustice par des Officiers militaires qui sont convaincus que le Président leur devait tout et qu’en définitive ils demeurent, depuis la date mythique du 03 Août 2005, les seuls et  véritables dépositaires de la légitimité populaire et républicaine.

A leur décharge, il faut tout de même reconnaître qu’ils ont conduit avec maestria, sous la houlette du Colonel Ely O Mohamed Vall, et de manière quasi unilatérale, le processus démocratique qui a abouti à l’élection de Sidi Mohamed O cheikh Abdallah aux présidentielles de Mars 2007 à la satisfaction du monde entier.

Les partis politiques, n’ont été que très rarement associés aux différentes étapes de ce processus. Leurs protestations très timides voire timorées, en particulier contre les candidatures indépendantes et les modes de scrutin, n’ont jamais été prises en considération par le Comité Militaire pour la Justice et la Démocratie (CMJD) car ils se comportaient bien plus souvent en courtisans qu’en partenaires politiques, crédibles et redoutés.

 

La Cohabitation de fait, entre les tombeurs de Moawiya O Taya et le pouvoir civil qu’ils ont installé, était matérialisée à la Présidence par l’omniprésence pour les uns, l’omnipotence pour les autres, du Général Mohamed O/ Abdel Aziz, Chef d’Etat major particulier du Président de la République ; et à l’Etat-major National par la nomination du Général Mohamed O Cheikh Mohamed Ahmed ; deux figures emblématiques du fameux Coup d’Etat du 03 Août 2005 et  membres éminents du CMJD.

Cette « Démocratie à la mauritanienne », biaisée dès le départ, n’offusqua à l’époque pourtant personne et tout le monde semblait s’en accommoder, chacun y trouvant plus ou moins son compte. L’Opposition Démocratique, qui avait librement accès au Palais présidentiel,  grâce à son Statut taillé sur mesure par …le CMJD, n’y trouva rien à redire ! Même l’Occident, d’ordinaire si pointilleux sur le chapitre des Droits de l’homme, était tombé dans le panneau. Tout allait donc pour le mieux dans le meilleur des mondes. La Mauritanie étant même citée comme exemple à suivre dans le monde arabe et africain !

Qu’est ce qui a bien pu alors se passer pour que ce pouvoir bicéphale, accepté de tous, connaisse en si peu de temps des rebondissements aussi dramatiques?

 

 

 

 

 

En réalité, les Officiers supérieurs ont commencé à avoir le président Sidi Mohamed O Cheikh Abdallah  dans leur collimateur dès la nomination de Yahya o/ Ahmed Waghf à la Primature, en remplacement de Zein O Zeïdane. 

La formation, sans leur aval, du premier gouvernement O Waghf, marqué par la présence aussi inopportune que périlleuse de ceux considérés  comme des « Roumouz El Vessad » (« symboles de la gabegie ») et des « transfuges » de l’Opposition Démocratique provoqua une levée de boucliers (téléguidée ?) d’une ampleur inouïe au sein du Parlement et du peuple.

Le Président en reconduisant obstinément au poste de Premier Ministre O/ Ahmed Waghf, démissionnaire sous la menace d’une motion de censure déposée par des députés « Frondeurs », se dirigeait tout droit vers l’impasse politique, mettait en péril son fauteuil présidentiel en accentuant dangereusement le fossé qui le séparait désormais des éléments majoritaires de sa propre « majorité » et des Généraux qui avaient fini par lui retirer leur confiance.

 

Ces derniers décidèrent  alors après la formation, toujours sans leur aval, du Gouvernement O Waghf II, de resserrer l’étau autour du Président en s’appuyant sur des parlementaires de son propre parti, le PNDD-ADIL, pour le déstabiliser et l’acculer ainsi soit à la démission soit à la faute fatale qui justifierait sa destitution dans la légalité.

L’option « Coup d’Etat démocratique » était privilégiée au départ mais c’est l’escalade dans l’âpreté de la confrontation qui allait en décider autrement et précipiter les événements.

Après avoir maladroitement rejeté la demande des parlementaires pour la tenue d’une session extraordinaire de l’Assemblée Nationale, le Président, sans avoir pris le soin d’assurer ses arrières, franchit le Rubicon en procédant au limogeage des Généraux.

Il programma ainsi, sciemment ou non, son propre renversement en poussant, à son tour, les Officiers ciblés à se saisir du pouvoir, ce qui fut réalisé sans coup férir, quelques heures seulement après la prise du décret présidentiel réorganisant le Commandement des forces armées et de sécurité.  Du jamais vu ! Ni chez nous ni nulle part ailleurs !!

Le Président avait-t-il misé sur un éventuel soulèvement des partis politiques, du peuple ou de l’armée sous le Commandement des officiers nouvellement nommés, pour défendre la légalité constitutionnelle et s’opposer à toute tentative de putsch des Généraux tombés en disgrâce ?

 

Au-delà des vagues de protestations, de condamnations, d’indignations et même de menaces de sanctions qui vont, à juste raison, fuser unanimement de toutes parts contre ce « pronunciamiento » atypique et pour le retour à l’ordre constitutionnel, les mauritaniens doivent tous se mobiliser pour  la poursuite de l’expérience démocratique, seule parade possible aux multiples démons qui les guettent.

Le Haut Conseil d’Etat, nécessairement de courte durée, devra garantir le fonctionnement régulier des services publics et le respect de la Constitution largement approuvée par voie référendaire.

Il doit procéder à la libération du Président Sidi Mohamed O cheikh Abdallah et de toutes les personnes arrêtées et encore détenues dans le cadre de cette opération de prise de pouvoir, nommer un gouvernement d’Union Nationale de Transition, organiser dans un délai n’excédant pas un an, des nouvelles élections présidentielles suivies d’élections municipales et législatives couplées pour offrir une majorité solide et stable au Président.

Il ne faudra surtout pas briser l’espoir des mauritaniens de voir s’implanter dans le pays une vraie démocratie qui assurerait la préservation de la paix civile, seul gage d’une stabilité politique durable et d’un développement économique et social harmonieux.

                                                                                                         

                                                                                                  Issa Mamadou DIOP 

                                                                                           Professeur au lycée de Nouadhibou 

 


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