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Repenser le pouvoir en Mauritanie : Le charisme versus Mauritanien

10 08 2008

Repenser le pouvoir en Mauritanie : Le charisme versus Mauritanien

La conception du système politique qui dirige n’importe quel pays dépend souvent de l’organisation sociale de la population qui se trouve regroupée au sein du même territoire dirigé. Au moment où le monde évolue vers d’autres systèmes étatiques transversaux plus efficaces, la Mauritanie reste dominée par une conception purement individualiste de l’exercice du pouvoir.

D’où la recherche d’un dirigeant charismatique. Cette notion de charisme mène souvent à la mauvaise interprétation. En effet, certains mauritaniens prônent un système dictatorial juste. Ils ont la nostalgie du pouvoir passé ; justifiant leurs choix par le fait que dans l’ancien régime il y avait des activités informelles, génératrices de revenus et que les citoyens avaient de quoi manger et qu’actuellement, la morosité totale règne.

En effet, le subconscient collectif véhicule un message alimenté par la crise économique et le manque de lutte sérieuse contre la corruption mais elle demeure malheureusement guidée par les besoins du moment.

Ce qui sous-entend que l’ordre doit être conçu suivant la domination des groupes d’influence. Ces groupes sont composés des chefs de tribus, des cadres, et des agents de la fonction publique. Ces groupements ont élu des représentants du peuple dominés par un jeu politico-politicien.

D’ailleurs, ils veulent renforcer d’une manière ou d’une autre l’implantation d’un mode hiérarchique profitable pour leurs chefs de file. Le pouvoir devrait être quasi héréditaire. Les dirigeants actuels sont issus directement ou indirectement des sous- systèmes dominant depuis longtemps.

Ainsi l’opposition n’est pas à l’abri de leur domination implicite. Pour que les sous systèmes dominent en Mauritanie, ils continuent de s’abreuver du mécanisme du culte de la personnalité du pouvoir hiérarchique. Cette manière de penser le pouvoir prend comme référence le charisme déguisé. Bien que celui-ci semble dans sa forme claire nécessaire pour tout changement profond et évolutif, il doit être appréhendé avec beaucoup de vigilance. Cela nécessite de distinguer le charisme officiel des autres formes de charisme.

En fait, le charisme officiel est exigé par la fonction hiérarchique d’un président, premier ministre etc. Il dépend de la force de l’Etat et son statut international. A titre d’illustration, le président français a plus de charisme que les présidents des autres pays africains. Car il pèse dans le domaine des relations internationales.

Quant à celui des Etats-Unis de l’Amérique, il est incontestablement le plus charismatique du point de vue officiel. Son charisme se manifeste à travers son hélicoptère officiel et sa garde de sécurité. Dans notre pays, le charisme se déclare au niveau national et se matérialise souvent par la mobilisation des populations pour accueillir les présidents au moment de leurs visites internes.

Il arrive souvent d’accorder des congés aux cadres des régions visitées par le président de la République afin que ces derniers fassent le nécessaire pour renforcer le charisme officiel. Cette forme d’organisation renforce le pouvoir des sous-systèmes qui constituent le système global du pouvoir en place.

Il est à noter que les civils qui ont dirigé le pays à l’instar des militaires ont procédé au renforcement du prétendu charisme officiel.

Toutefois, le charisme militaire est fondé en Mauritanie sur le principe de la hiérarchie pyramidale de l’exercice du pouvoir. Leur pouvoir a commencé en 1978 suite au coup d’Etat contre le premier président civil du pays Moctar O Daddah jusqu’à la modification de la constitution sous le régime militaire de Maaouiya.

Ce régime est manifestement caractérisé par la mise en place d’institutions démocratiques imposées par la France de François Mitterrand (discours de La Baule de 1990) et contestées par les belligérants internes et les organismes de droits de l’homme. Après cette modification, les militaires ont continué à diriger le pays sous une forme constitutionnellement démocratique mais en réalité en tout point comparable à un régime militaire. Cela a consolidé la procédure décisionnelle verticale. 

Les chefs de clans cherchent, dans cette perspective, leurs intérêts individuels. Ces intérêts devront servir les chefs et ensuite les autres membres du clan seront servis selon leurs positionnements dans la hiérarchie du clan. Une telle hiérarchie fonctionne sur une base paternelle et masculine.

Paradoxalement, les intérêts des chefs sont maintenus selon l’esprit communautaire. Ce système n’a pas abouti, cependant, à résoudre les difficultés économiques et sociales. Ce qui a poussé l’armée à travers plusieurs coups d’Etat à déclencher un vrai mécanisme de démocratisation (le changement du trois août 2005). Le nouveau système est né d’une domination de la hiérarchie. Actuellement, le pouvoir  est repris par les militaires pour une durée qui n’est pas encore fixée. 

En fait «les hiérarchies fournissent apparemment une anticipation et un contrôle suffisant du comportement des mâles pour permettre aux codes sociaux de se développer et de s’implanter, créant ainsi des conditions favorables à des structures sociales plus complexes et éventuellement à des sociétés de plus en plus élargies. Cet état des choses devient évident lorsque nous observons des sociétés dont la structure politique et l’ordre des sociétés se sont effondrés». (Karl Albrecht, l’intelligence sociale, 2007, p 201)

Pourtant, la bonne gouvernance et la lutte contre la corruption sont des sujets qui requièrent une grande attention. Des réformes sont déclenchées tous azimuts pour éradiquer certains dysfonctionnements administratifs. Mais leurs effets ne sont pas encore palpables.

A cet égard, la population mauritanienne majoritairement jeune et masculine à 49%, risque de provoquer de fortes tensions si des mesures rapides et efficaces ne sont pas prises. En effet, selon un anthropologue «l’animal le plus dangereux sur la planète est humain mâle sans partenaire sexuel, âgé entre seize et vingt-quatre ans» (sic).

Une transposition de ce constat sur la réalité de la jeunesse mauritanienne nous permet de craindre le pire. Celle-ci représente désormais 77 % de la population. Et le taux de chômage qui est de 33 % frappe plus particulièrement cette tranche des mauritaniens. La capacité d’absorption des diplômés est quasi inexistante.

Et cette jeunesse est majoritairement célibataire. Elle ne bénéficie presque plus de la solidarité communautaire. Elle demande des emplois. Elle est déçue et désœuvrée. Ces éléments semblent suffisants pour que le pouvoir se remette en question.

La Mauritanie a besoin d’un leader ayant un charisme acquis par l’expérience et le travail sur le terrain afin que notre pays dépasse les méfaits de la hiérarchie pyramidale qui fait appel à des formes archaïques de domination, souvent destructives. L’histoire est remplie de cas de ce type. Les dictatures les plus fortes se sont effondrées après la mort de leurs chefs.

La mort de César Libye a entrainé la division de Rome en trois provinces. Alexandre Le Grand a conquis le monde ; sa mort a entrainé aussi la dissolution de son grand empire ; enfin l’instabilité que l’on peut craindre des régimes vieillissants actuels uniquement dirigés par une personnalité déjà âgée ne préparant pas sa succession en prévoyant une ouverture sont légion (Gabon, Guinée Conakry, Eqypte).

En effet, un dirigeant qui dirige avec un système performant n’est pas comme celui qui fonctionne selon un ordre dicté par les alliances contre nature. Pour que les choses évoluent en Mauritanie, il semble indispensable de revoir la manière de diriger. Il s’agit d’une nécessité qui peut s’exprimer à n’importe quel moment pour donner l’espoir tant recherché par une population qui reste pour le moment passive.

Mais l’instabilité internationale à travers les crises économiques peut remettre en cause cette passivité qui a permis aux Mauritaniens de supporter la précarité liée à la pauvreté. Celle-ci représente officiellement 46 % de la population.

Mohamed Fouad Barrada

 


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