chronique Mansor

4 08 2008

 

  

Les béotiens, encore associés, dans le langage courant, à la plus rude inculture, sont les gardiens, d’autant plus efficaces, d’un trésor culturel inestimable : la pierre que Saturne avait avalé, croyant dévorer son fils Jupiter, et qu’il dut vomir, au sommet du mont Hélicon, après une longue et difficile alchimie digestive, qui fit de la pierre ce qu’elle n’a cessé d’être depuis. Tertre de pouvoir ? Toujours est-il qu’à partir de cet étrange dépôt, la montagne, sacralisée, s’est mise à ruisseler de fontaines miraculeuses. Le peuple y vint recouvrer santé, en toute ingénuité[1], lorsque les philosophes, fouillant bien au-delà des sources, s’évertuaient à retrouver le très précieux subterfuge. Le bien-être suffit à celui-là : enivrante satiété, si facilement frelatée… Ceux-ci visent la maîtrise même de la métamorphose : périlleuse quête, si difficilement gratuite… On pouvait donc s’attendre à des dégradations et les âges successifs de notre humanité racontent cette fatale pente. Mais par quel sortilège le fer, au terme de la course folle de ses industries éblouissantes, se dilue-t-il, soudain, comme en un plomb coulant, effaçant, brusquement, jusqu’à la structure des plus majestueux édifices ? 

 

Au-delà des passe-passe politico-financiers du moment – et soyez bien certains que de grands esprits se sont, en ces somptueuses illusions, irrémédiablement perdus – l’écroulement des tours jumelles annonçaient-elles, paradoxalement, le retour de l’âge d’or ? On attend, de fait, les alchimistes. Mais, qui saurait aujourd’hui, dans la fumée des débris – et les plus troublants de ceux-ci ne sont, à l’évidence pas, de l’ordre du matériel – distinguer l’oeuvre au noir, ses indispensables composants, la pierre commandante ? Les clochers n’ont plus de sonneur, les minarets sont déserts : c’est si fatiguant, d’aller, interminablement, en colimaçon vers la pointe, quand un bouton suffit à porter, loin, le signe apparent de l’effort. Loin, peut-être ; profond, j’en doute. Tant de plomb assourdissant s’écoule dans nos oreilles qu’on se prend à espérer, parfois, une panne suffisamment durable pour rendre au muezzin son altitude. Non pas, bien sûr, que le repositionnement des émetteurs suffit à révéler le précieux métal des récepteurs, mais c’est une condition, probablement nécessaire, à l’éclaircissement des ondes… 

 

Mouvements divers de l’énergie, infinitésimales nuances dans la propagation ou l’emprisonnement de ses fluides, c’est, semble-t-il aujourd’hui, secret de polichinelle que ce qui distingue le plomb de l’or et, n’eût été le coût, rédhibitoire, de l’opération, physiciens et chimistes eussent tôt fait d’inverser la valeur marchande de ces traditionnels pôles métalliques. Va pour la réalité atomique, inféodée, grâce à Dieu, à des contraintes budgétaires… Qu’en est-il, cependant, de sa symbolique sociale ? De grands chercheurs en sciences inexactes – si l’on prend la peine de distinguer les sciences exactes, c’est que les autres ne le sont pas  [2] – ont cru pouvoir, disons depuis le siècle des Lumières – mais il y eut des précurseurs, et pas tous dans l’aire occidentale, tant s’en faut – affirmer des lendemains qui chantent, moyennant quelque révolution – re-évolution, fin d’involution – plus ou moins violente, c’est-à-dire : coûteuse en « énergie ». Guillemets en guise de pincettes : car c’est, très prosaïquement, en dizaines de millions de vies humaines – dix fois plus, probablement – que se chiffre le prix des tentatives, plus ou moins rapidement avortées, de réaliser les plus radicales de ces scintillantes mutations. Quant aux moins tranchantes, apparemment, où la notion de progrès technique libérateur tient une place centrale, elles se révèlent désormais, sous l’effet de flux cumulatifs, de plus en plus souvent associées à des risques catastrophiques majeurs, capables d’anéantir, non seulement l’espèce humaine, mais aussi la planète entière. En ce début de XXIème siècle, la question du sens est (re)devenue priorité vitale. 

 

Errant dans les brumes des crêtes, l’alchimiste reprend courage. L’endroit n’est plus si désert. On y côtoie toutes sortes de chercheurs : des scientifiques, bien sûr, même de ceux en sciences exactes, escaladant les pics vertigineux de leurs postulats ; beaucoup plus rarement, des politiques, soucieux du lendemain ; des religieux, de diverses religions ; des poètes, des sages et des fous ; des hommes et des femmes, des enfants, parfois : la qualité n’a pas d’âge. Tout comme l’intelligible n’a pas de lieu. Ainsi l’une et l’autre peuvent-ils être, partout, présents. A ce point de conscience, il reste peu à faire – peut-être, tout simplement, échanger un vrai regard – pour goûter, instantanément, la demeure éternelle de l’Un et Entier. Mais rien n’est moins sûr : l’ouverture de la porte, démunie de toute poignée,  ne se commande pas de l’extérieur…    




[1]  L’ingénuité, en son sens le plus ancien, est l’état d’une personne née libre. La guérison, pour le peuple assoiffé, est de s’en souvenir… 

[2] Et pourquoi donc, posez-vous la question, la mention de l’inexactitude dévaloriserait-elle la recherche ?


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