Edito de La Tribune Par Mohamed Fall Ould Oumère

29 07 2008

Edito de La Tribune  Par Mohamed Fall Ould Oumère

 

La semaine dernière a été marquée, entre autres manifestations du retour en arrière, par une invitation grandiose organisée en l’honneur du nouveau ministre de la culture et de la communication. Invitation qui a finalement été une occasion pour les ministres ressortissants de la région du Trarza de parader au milieu d’une assemblée tribalo-régionaliste, et pour des transfuges du RFD d’annoncer leur défection. On se croirait du temps – finalement très proche – du puissant PRDS. Quand l’Appareil d’Etat n’avait d’autre préoccupation que le débauchage des opposants.

Ce qui choque dans l’initiative et dans le processus de débauchage, c’est que tout est fait avec la bénédiction du Président de la République. Depuis quelques temps le processus a commencé. Considérant Ahmed Ould Daddah comme son principal ennemi, le Président Sidi Ould Cheikh Abdallahi a entrepris le lancement d’une OPA sur les acteurs politiques de la région. Celui qui devait être le fédéral du Trarza a été longuement reçu par le Président. Les députés de R’Kiz eurent droit à une longue entrevue, juste au début de la crise. D’ailleurs ils hésiteront à s’engager à voter la motion de censure suivant les directives de leur parti. Puis vint la nomination qui accélérera la chose. Voilà donc revenu le temps du débauchage qui n’est que l’annonce de la chasse à l’opposition.

Deux semaines avant, on remarquait la fermeture d’une porte qui avait été ouverte dans le mur de la présidence au niveau de la toute nouvelle mosquée. Même si elle ne servait pas à grand-chose, les passants l’avaient assimilée à une sorte de réouverture – même symbolique – de la présidence sur la ville et sur le pays. Un signe qui donnait espoir que quelque chose changeait. Cette porte a été refermée. Des briques et du béton. En pleine crise politique. Ce qui est un signe.

Le Président Sidi Ould Cheikh Abdallahi est terriblement seul. Désormais. Il tente de reprendre les choses en main. Sans se demander s’il en a les moyens. Il manœuvre ici – pour ne pas dire il ruse ici. Il voyage là. Manière de donner «le temps au temps», pour emprunter la fameuse réflexion d’un grand président français. Qui avait lui la marge de manœuvre, l’assise et finalement la force de faire du temps un allié. Et un pays qui avait suffisamment de traditions républicaines et étatiques pour fonctionner malgré les déboires des politiciens.

Mais pour la Mauritanie ? Ce n’est pas le cas. Le Président a malheureusement dilapidé toutes ses ressources. D’abord en mettant en jeu sa légitimité qu’il doit à ceux qui l’ont amené au pouvoir en «rassurant» les 52% de Mauritaniens qui on voté pour lui. Ensuite en refusant le changement et la nette rupture avec les pratiques du passé. Enfin en devenant le principal obstacle à l’enracinement de la démocratie à travers l’exercice réel de la règle du contrôle de l’Exécutif par le Législatif.

Ce n’est pas le cas aussi parce que la Mauritanie est un pays fragile. L’un des échecs de la transition aura été l’incapacité à normaliser le jeu politique, à le rendre plus lisible et plus cohérent. Nous en sommes sortis encore plus émiettés, plus inquiets et plus sectaires. Le rêve de changement qui aurait dû être le ciment de l’unité, a été perturbé par la volonté de statu quo. Le retour des déportés et le règlement des passifs humanitaires (récent et ancien), ont été noyés dans l’approche politicienne. La normalisation des rapports entre le pouvoir et l’opposition a échoué : depuis quand le Président n’a pas reçu le leader de l’opposition ? La loi prévoit une rencontre tous les trois mois.  

Plus le temps avance, plus l’espace de manœuvre se rétrécit devant le Président de la République. Plus la marge de manœuvre diminue, plus les solutions deviennent plus douloureuses et plus chères. Avant son discours de fin juin, toutes les portes étaient ouvertes : laisser la bataille se dérouler entre les députés et le chef de leur parti devenu Premier ministre ; faire plier les députés par une action en profondeur ; appeler tous les acteurs politiques à prendre leurs responsabilités ; se placer dans la position de la légitimité menacée… Avec le discours, le Président est devenu la première menace pour les institutions démocratiques. Après le discours, des actes forts étaient attendus parce qu’on avait compris qu’il avait choisi la confrontation. Recul le lendemain. Démission du gouvernement. Même à ce stade beaucoup de choses étaient possibles : nommer l’une des grosses pointures du gouvernement au Cabinet, balayer l’entourage et faire appel à un Premier ministre de consensus. Non ! le Président choisira la rebelote : c’est à Yahya Ould Ahmed Waghf qui n’a pas su préserver l’unité du parti, ni défendre ses choix, ni jouer l’interface avec les différents pans du pouvoir, c’est à lui que revient la mission de composer un gouvernement.

En voulant préserver un minimum de pouvoir personnel, le Président a mis en danger son mandat. Il a montré une absence totale de détermination tout en se livrant à un exercice tactique de ‘courte échelle’. Plus grave pour lui, il a dû monter au créneau en l’absence d’avocats de la défense. Il est désormais dans l’arène. Il joue à se faire mal en nommant ici les ennemis des frondeurs, là ses amis les plus décriés. Il provoque sans en évaluer les conséquences.

Jusque-là il a joué son pouvoir et son autorité. Tout indique qu’il les a perdus, sinon qu’il est en train de les perdre. Il ne faut pas qu’on en arrive au point où le Président n’aura plus à jouer que l’existence du pays. C’est quand on n’a pas compris que la Mauritanie a besoin de paix et d’écoute qu’on perd le pouvoir. L’une des forces de la transition, c’est d’avoir imposé à son chef militaire, à son gouvernement le devoir d’écoute. Ce qui a empêché les manigances visant à jouer des prolongations dangereuses pour l’avenir.

Monsieur le Président, écoutez ce que vous disent les Mauritaniens… même à travers ces élus que vous jugez… mal élus (?).

 

Source : La Tribune n° 410 du 28/07/08


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