chronique Mansor

29 07 2008

 

  

AGRC : Activités Génératrices de Revenus Communautaires. On connaît bien, en Mauritanie, les trois premiers termes de cette dénomination, banalisés par les bailleurs en développement qui semblent avoir, enfin, compris que le dynamisme de celui-ci dépend, fortement, de la densité et de la diversité des échanges, à tous les niveaux de la complexité en cause, entre des systèmes tout à la fois autonomes et solidaires, et que sa durabilité tient à l’étendue territoriale et la qualité de l’enchâssement dans la biosphère de cet ensemble relationnel. En cette perspective, la valeur d’une activité humaine tient, d’abord, aux revenus écologiques qu’elle génère. Il viendra un temps – prochain, on l’espère – où l’humain aura à évaluer le ratio entre rentabilités écologique, sociale et financière de la moindre de ses activités, en amont et en aval de son déroulement, afin d’établir ses réels coûts de production et marges de bénéfices. Il aura, alors, des surprises… 

 

En accolant le terme « communautaire » au désormais célèbre acronyme, on introduit l’idée qu’une entreprise, aussi modeste soit-elle, peut, à la fois, motiver une gérance privée et financer, à sa mesure, une œuvre d’intérêt public. Le concept, augmenté d’une dimension de pérennité par immobilisation volontaire de la propriété – formidable notion, dont le potentiel, considérable, de régulation économique devrait attirer particulièrement l’attention des partisans d’une économie « moins monétaire » – a un nom dans la civilisation islamique : le waqf ; et fait actuellement l’objet d’études internationales, visant à en mondialiser le principe, moyennant quelques aménagements techniques, notamment en matière de droit. Dans l’optique qui nous intéresse ici, la claire distinction entre la gestion de l’AGRC et celle de l’œuvre communautaire, que tout ou partie des bénéfices nets de celle-là financent, fonde un lieu extrêmement fécond d’articulations entre différents acteurs de développement et strates de complexité sociale. L’idée est simple. Pour fonder une AGRC, il faut, à l’ordinaire, un lieu ; et l’Etat mauritanien, fort d’une richesse foncière conséquente, s’annonce, d’emblée, en partenaire incontournable [1]. Cette participation à moindre frais pose, en toute simplicité, un lien concret, fort mais sans empiètement, entre la moindre structure de la société civile et l’administration publique. Il faut, ensuite, mettre en place des équipements, meubles et immeubles, et les bailleurs, publics ou privés, de développement sont appelés à la rescousse. Enfin, l’organisme bénéficiaire des fruits de l’AGRC constitue la troisième composante du nécessaire conseil d’administration de  celle-ci, dont l’exécutif gestionnaire des forces de travail – les compétences en action –  est coopté et responsabilisé par le triumvirat ainsi constitué. 

 

C’est en appliquant le concept au bénéfice de sa plus petite unité possible – la solidarité de proximité ou association d’une cinquantaine de ménages voisins, dont on a évoqué précédemment l’importance sociale – que le dynamisme d’une telle structure apparaît dans sa plus totale envergure. On voit, tout de suite, les intérêts très localisés, variables d’un lieu à l’autre, les articulations spontanées entre différents modes d’organisation et la nécessité de plans globaux, «interpensés» et raffinés entre les divers échelons de la complexité sociétale, enchâssant la diversité des AGRC dans le tissu économique de la nation. Imaginons Nouakchott quadrillée par un tel réseau de solidarités. C’est, à tout le moins, trois mille associations de proximité, nécessitant deux à trois fois plus d’AGRC, pour assurer les missions communautaires de celles-là. Vaste chantier, susceptible de pallier à un certain nombre d’incohérences et de lacunes générées par une urbanisation ; approximative, disons ; en tous cas, sous la coupe ordinaire d’intérêts particuliers. Un investissement de deux cent millions d’euros, dont plus de quatre-vingt pour cent en équipements réels d’AGRC ? Deux cent mille euros de frais annuels de gestion – la représentation de l’Etat et des bailleurs en chaque conseil d’administration ; leur concertation mutuelle au niveau global ? Un pari impossible à mener entre ceux-ci et celui-là ? Mais s’aperçoivent-ils, ces beaux messieurs et dames, que l’impossible devient, inexorablement, le nécessaire ? Partout, tant au quart-Nord « avancé » qu’au reste du Monde « retardé », la rupture entre gouvernants et gouvernés ne cesse de s’élargir ; les menées spéculatives d’une infime oligarchie se traduisent, désormais au grand jour, en famines et pénuries orchestrées ; les risques modernes des coutumières dérivations guerrières, généralisées ou localisées, se révèlent démesurés… La survie de l’espèce humaine passe, dorénavant, par une intelligence – j’allais écrire : une économie – de la solidarité. L’Homme n’a plus les moyens, ni le temps, d’être un loup pour l’Homme. Soyons, enfin, lucides… 

Source: La Tribune n° 410


[1]  et d’autant plus efficace que sa représentation peut être exactement adaptée, non seulement à la nature  et à la dimension de l’AGRC, mais aussi, à celles de l’organisme bénéficiaire… 


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