Ce que sont devenus ces élèves, nos enfants

29 07 2008

Ce que sont devenus ces élèves, nos enfants

A moins d’avoir un bazooka sous le bras et un collier de grenades dégoupillées autour du cou, on ne peut plus se faire respecter dans une salle de classe. La loi du plus fort y est maîtresse. La loi de la jungle. En effet, on n’y craint plus ni Dieu, ni diable. Ni remontrances aussi vertes soient-elles, ni punitions. Les premières fournissent matière à s’amuser, les deuxièmes sont un exploit à accomplir. Les élèves, ou plus exactement les bipèdes qui sont devant vous quand vous êtes par malheur un professeur et que vous vous trouvez dans une salle de classe, n’ont plus aucune considération pour le professeur, ce minable, ce cul-terreux, ce va-nu-pieds. S’il leur colle un zéro, tant pis, s’il les fiche à la porte, tant mieux.
S’ils comparaissent devant l’administration ensemble, le professeur a toujours tort. « Vous êtes trop susceptible, lui dit-on, trop nerveux, trop impatient, trop ceci, trop cela… » Mais vous n’avez jamais, même un peu, raison.
Le lendemain, les parents s’amènent, crachant le feu et la mort et s’insurgent violemment contre ce sadique, ce buveur de sang innocent, qui torture leur pauvre petit chérubin, parce que, tenez-vous bien et je n’invente rien, le petit ange incompris peut s’acheter des boubous et des chaussures auxquels ce misérable envieux n’ose même pas rêver.
Ces ‘’doux cœurs’’ qui sentent au mieux le cafard se vautrant dans son lieu de prédilection et la salive stagnante et pourrissante ne respectent plus que la taille de vos biceps. Adieu, mesdames ! Vous n’êtes plus à la hauteur !
On vous tient tête comme si vous étiez la dernière personne à respecter. L’outrecuidance, l’insolence, l’effronterie et l’impudence n’ont plus de limites et on va même jusqu’à vous menacer quand vous êtes le prof d’une autre classe.
Vous avez le choix entre grincer des dents jusqu’à se fracasser les dents de sagesse (ce qui minimise les risques si vous n’en avez plus comme moi), trépigner sur place en risquant de vous ridiculiser à mort (ça tue maintenant, on en est si mal protégé) ou vous arracher les cheveux et vous êtes bon pour la calvitie irréversible (si vous êtes un homme, c’est cette solution-là que je vous propose.)
Surtout, ne faites appel ni à l’administration ni aux parents, car ça vous tuera mieux que ne le ferait la pire des fièvres malignes. Faites tout simplement celui qui n’a rien vu, rien entendu, même si vous êtes le seul à le penser et prenez votre mal en patience, en attendant des jours meilleurs.
Vous n’avez pas le SIDA (Dieu merci, ce n’est pas une maladie susceptible d’atteindre un professeur, c’est évident) et c’est toujours ça de gagné. Ce qu’il y a, c’est juste le cancer des valeurs, dans le corps des new generations. Cela se soigne, même si ça ne guérit pas. Hélas, on n’en a qu’après les professeurs. «La viande du cou, critiquée et pourtant bien mangée.»
Sur ces charmantes perspectives, je vous laisse messieurs les professeurs, profiter de la fin de vos vacances, avant de vous jeter de nouveau dans la gueule du loup. Surtout, n’oubliez pas de renforcer votre arsenal au cas où le bazooka et les grenades seraient devenus insuffisants. (Et entre nous, un petit magnum 57, qu’est-ce que vous en pensez, hein ?)

Aichetou

Source : La Tribune n° 410


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