Chronique Mansour

19 05 2008

 

Du haut de nos lilliputiennes décennies existentielles, on a du mal à envisager l’impact des périodicités multimillénaires qui fondent nos conditions de vie. Cinquante ans en arrière et voici la naissance de l’Etat mauritanien ; cinq siècles auparavant, et voilà celle de l’Etat français ; deux mille ans, plus tôt, balbutient les premières cités grecques, alors que
la Chine et le Moyen-Orient déclinent déjà près de vingt siècles de civilisation ; trois mille de plus, et c’est l’Histoire qui disparaît, faute de traces ; des vestiges, par ci, par là, juste suffisants pour échafauder des thèses, variablement plausibles : on a même pas bouclé la moitié du premier décamillénaire. Or, c’est en hecto-, voire en mégamillénaires, qu’il conviendrait de situer les aléas de l’humain – l’humanoïde ? – au sein des grands et petits cycles géo-climatiques de notre planète : citons, en vrac, quelques hectomillénaires de forêts couvrant
la Terre de l’équateur aux pôles, suivis de quelques autres glacés bien au-delà des limites contemporaines des neiges éternelles, deux décamillénaires de Sahara gorgé d’eau, de fruits et de gibier ; ici, une sécheresse brutale, anéantissant, en moins d’un siècle, tout un potentiel de vie, ou l’obligeant, à tout le moins, à de radicales mutations comportementales ; là, une exceptionnelle éruption volcanique, sinon l’impact dune monstrueuse météorite, plongeant la planète dans le froid le plus obscur ; ailleurs, de monumentales inondations, engloutissant d’immenses contrées habitées. En ces péripéties insensées, le plus étourdissant, sans doute, est qu’il restât quelque chose plutôt que rien, ce qui donne, tout de même, aux adeptes du « dessein intelligent », de sérieux arguments contre leurs détracteurs. 

 

Ce serait en développant son cortex cérébral – selon une non moins stupéfiante gymnastique génétique dont il nous faudrait admettre, aujourd’hui, sans discussion et dès le plus jeune âge, l’axiome invérifiable [1] – que l’espèce humaine aurait résisté à ces cataclysmes, y aurait forgé son exceptionnel génie. Cortex cérébral, système nerveux centralisé donc. L’idée sous-jacente est bien politique. L’homme serait un animal centralisateur, hautement centralisé, et l’on comprend aisément en quoi un tel concept ait pu réjouir les planificateurs marchands du XIXème siècle, et au-delà, le moindre capitaliste contemporain ; la moindre tête exploitant la sueur d’autrui… Sans présumer de leur contenance crânienne respective – on n’aurait peut-être des surprises – Georges Bush ou Albert Einstein seraient-ils mieux adaptés au Réel que Ki, l’intrépide bushman du film « les dieux sont tombés sur la tête » ou le prophète Mohamed – P.B.L. ? Les uns et les autres ne pourraient, en tous cas, échanger leur situation sans dommage. Y aurait-il, alors, plusieurs Réels ? Ou toute une diversité de se Le représenter ? Représentations à ce point prégnantes qu’elles puissent, parfois et certaines bien plus que d’autres – ce n’est évidemment pas fortuit – s’acharner à Le couvrir de sens et de signes, meubles ou immeubles, jusqu’à, non seulement, En interdire toute autre écriture, mais aussi, En commander la lecture ; la pensée, même ; unique ?   

 

Il y a un décamillénaire – ou deux : une broutille à l’échelle de l’Humanoïdité – naissaient l’agriculture et l’élevage. On n’en connaîtra jamais, probablement, le(s) processus exact(s) d’apparition [2]. En tous cas, cueillettes et chasses ne semblent – un jour ou l’autre, ici ou là, sous l’effet telle(s) ou telle(s) cause(s), éventuellement concommittantes – plus suffisantes à maintenir « l’unité de vie » et l’option  naturelle de l’essaimage pose problème. Entre la loi du moindre effort et celle de la conservation de l’énergie, la nature cherche des voies médianes, et si l’unité « écolo-socialo-économico-culturelle [3] » ne peut plus être maintenue, la ligne de partage fondatrice du « moins perturbant possible » serpente entre de nombreuses possibilités de scission. Cheminement aléatoire ? Le groupe d’Abel conduit les troupeaux, celui de Caïn, la charrue ; dans la forêt voisine – mais pas encore trop – une famille réduite de pygmées perpétue d’intemporels abandons entre ciel et terre, éventuellement pimentés d’échanges épisodiques avec leurs voisins spécialisés. Ceux-là – les pygmées et leurs homologues cueilleurs-chasseurs – actualisent, à chaque instant, dans l’échange et la mobilité continus des observations, des jeux et des quêtes nourricières, leurs rapports interpersonnels, en permanence au milieu d’eux-même et de leur milieu. Ceux-ci doivent, au contraire, s’en décaler, projeter périodiquement dans l’espace et le temps leur besoin, sans aucune assurance de le combler ; invoquent, banalement désormais, une autorité compensatoire de désirs inassouvis, et, entre exaspération et résignation, s’architecture tout un panel d’avidités, d’échanges, d’appropriations et de contraintes. Des tâches se spécialisent, le travail se divise, les murs s’élèvent, avec des fenêtres et des portes, et bientôt plus la même représentation du soleil au pas de chacune : un monde se civilise…

Source : La Tribune


[1]  Si l’on peut être amené à constater des modifications génétiques imputables à nos artifices faustiens – interprétables donc à la lueur d’une théorie évolutionniste, bien opportunément travestie pour endormir les consciences – on manque un tantinet de recul pour constater, in situ, la stabilisation d’une mutation naturelle à l’échelle d’une espèce…   

[2] Les lectures croisées de Marshall. Sahlins – « Âge de pierre, âge d’abondance. L’économie des sociétés primitives » – Gallimard, Paris, 1976, de J. Cauvin –  « Naissance des divinités, naissance de l’agriculture: la révolution des symboles au Néolithique » – Flammarion – Paris, 1998 ; de A.Testart et de B.Arcand (ouvrages précédemment cités) ; sont, à cet égard, assez instructives. 

[3]  En espérant que lecteurs et lectrices pardonnent cette boursouflure qualificative,  à peine suggestive, au demeurant, de la complexité sous tendue sous l’apparente simplicité de la formule : « unité de vie ». Si le lien environnemental semble le plus enclin à fluctuation,  il est d’autant plus « surveillé » par des processus régulateurs,  souvent d’ordre culturel, susceptibles de minimiser son impact sur  l’intégrité du groupe.


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