Chronique Mansour

9 04 2008

 

Y aurait-il des lentilles universelles qui permettraient de distinguer, à coup sûr, le sincère de l’hypocrite, l’acte spontané de l’effort méritant ou de la comédie plus ou moins savante ? On a la sagesse, en islam, d’écarter les jugements d’intention, tout en incitant, en permanence, à la pureté de celle-ci. L’humain est ainsi relatif qu’il vaut mieux, en effet, tabler sur l’ambiguïté et l’évanescence de ses pulsions, quitte à reconnaître, en leur temps, la qualité de leurs conséquences pratiques. On se souviendra, ici de la parabole, attribuée au prophète Mohammed – P.B.L. – de l’assassin absous. Tel séide, nanti de quatre-vingt-dix-neuf crimes, se fit souci, un jour, de l’avenir de son âme. On lui indiqua l’adresse d’un religieux fort instruit qui saurait, sans nul doute, répondre à son interrogation. L’homme se met en marche, rencontre le pieux savant qui l’assure, après avoir ouï ses méfaits, de la damnation éternelle. « S’il en est ainsi », réplique le malheureux, en plantant sa dague dans le cœur de l’imprudent juge, « un de plus ne changera rien à l’affaire ».

 

Mais voilà, chose étrange, notre homme à nouveau dubitatif. On le renseigne, encore, sur un saint homme, plus versé, peut-être, dans les mystères divins. « En route ! », s’exclame aussitôt l’aventurier. Las ! Sur le chemin de l’espoir, guettait une bande de pillards et, sous leurs coups conjugués, c’est à l’assassin maintenant de rendre l’âme. Et les anges de se la disputer. « En l’enfer des plus vils     crimes ! », affirment les uns ; « Au paradis des plus folles espérances ! », rétorquent les autres. «Point de passion », tranche le Seigneur de Justice, « mesurez ses pas de part et d’autre de sa dépouille. Son sang versé a payé ses crimes et il allait, en vérité, de son ultime méfait vers l’enseignement de Ma Miséricorde ». Les anges comptent, méticuleusement ; et voici : la compassion était plus près d’un pas, d’un seul, cela suffit au Divin Pardon. Sans épiloguer sur les nombreux motifs de cette pénétrante parabole, on retiendra seulement ses implications concernant la relativité du jugement humain, fût-il construit sur les plus catégoriques principes. L’absolu, en islam, n’appartient qu’au Divin et c’est cette humble conscience qui fait, dans la lecture et l’application des lois, les plus ou moins bons arbitres.

 

« Point de contrainte en religion ». Cette injonction coranique, souvent évoquée, résume, à elle seule, le devoir de tolérance – plus précisément, de respect – du musulman envers la foi d’autrui, qui vient harmonieusement équilibrer son essentiel devoir de témoignage. C’est cette humaniste mesure qui aura, si banalement, assuré la paix des populations sous domination musulmane. Dans la ville même du prophète – P.B.L. – si les tribus juives furent bien victimes de leur propre forfaiture, sitôt qu’elle se fut, imprudemment, manifestée, l’habilité des hypocrites – ces fameux « mounafiqounes », régulièrement cités dans le Coran et, plus individuellement, dans les chroniques de l’époque – à naviguer aux frontières du doute et de la couardise, leur aura assuré, ici bas, une certaine quiétude, bien évidemment relative à leur propre culture de l’incertitude. L’éventail de la patience citoyenne est donc large, en islam. Non seulement tous ceux qui doutent ne sont pas, forcément, des couards – ce peut être, même, une position de courage   intellectuel [1] – mais encore les garanties accordées aux diverses communautés de ceux qui ne doutent pas n’excluent nullement le respect des espaces privés individuels, à ce point sacrés qu’un visiteur, ayant perçu un quelconque comportement répréhensible en la demeure de son hôte, ne peut le divulguer hors de celle-ci…

 

Mais pas plus en islam qu’en la plus idéale des cités grecques ou françaises – puisque ma patrie est censée cultiver le nec plus ultra des droits de l’Homme – les meilleures dispositions ne garantissent ni les meilleures intentions, ni les meilleures interprétations de leur lettre. Sous toutes les latitudes, tous les régimes, toutes les idéologies, non seulement les puissants ; banalement, par avidité de pouvoir ; mais aussi, les plus faibles ; pour des raisons beaucoup plus triviales de survie ; se seront, plus ou moins fréquemment, autorisés à manipuler, travestir, omettre, sinon caricaturer, les plus sages principes qui assuraient leur civilisation. On conçoit bien, sans trop théoriser sur cette pente dangereusement glissante, que la conjoncture politique, écologique, sociale, économique, puisse commander, à l’occasion, d’opportuns aveuglements. Tout est affaire de mesure, susurrent les spécialistes. Certes. Mais laquelle ? Montaigne s’effarerait, sans nul doute, du juste milieu sarkozien…

 

Source : La Tribune n°394




[1]  Mais pas forcément, non plus. La systématisation du doute, tout comme la foi aveugle,  peut susciter de bien paresseuses irresponsabilités, sources potentielles de plus dramatiques exclusions… 


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