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Terrorisme : Quelles sont les origines de cette religiosité mortifère ?

3 03 2008

Terrorisme : 

Quelles sont les origines de cette religiosité mortifère ? 

 

 

Par Mechri Ould Rabbany. 

 

Bien que les attaques récentes, perpétrées sur le sol mauritanien, aient été condamnées par tous les mauritaniens, elles demeurent ‘justifiables’ pour n’importe quel salafiste digne de ce nom. Elles sont surtout un ‘devoir’ pour tout takfiriste qui respecte ses «paramètres par défaut». Le salafisme et le takfirisme sont les principales causes de cette religiosité islamiste mortifère qui prend de l’ampleur dans le monde. Cette religiosité est le fruit du mariage de trois écoles ‘trop’ orthodoxes : l’école hanbalite, opposée à tout rationalisme, l’école d’Ibn Taymiya, réhabilité grâce au ‘marketing’ des wahhabites, et l’école de Mohamed Ben Abdelwahab, infiniment sévère… 

Venons voir les prétextes de ceux qui fusent le sang pour se rapprocher d’Allah. 

D’abord… 

 

Quoi de neuf ? 

 

Les enquêtes sur les actes terroristes se poursuivent. Concernant l’attaque d’Al Ghallawiya, pas de nouvelle publique, au moins. 

Quant à l’attaque d’Aleg, le juge d’instruction, chargé du dossier, Mohamed Bouyé Ould Nahi, poursuit ses investigations. Alors que le Parquet de Nouakchott vient de lui renvoyer deux salafistes : El Hacen Ould Ben Ich et Seïd Ould Slama. Ceux-ci seront entendus pour des liens supposés avec le détenu Abdellahi Ould Sidiya. Lequel est activement recherché par les saoudiens. Ils l’accusent d’appartenir à Al Qaïda et d’organiser des attentats en Arabie saoudite. 

En outre, la famille de l’accusé Ould Sidna a déclaré que celui-ci est, depuis l’intervention de Oul Nahi, bien traité. 

S’agissant de l’attaque contre les alentours de l’ambassade d’Israël, sept salafistes viennent d’être arrêtés de nouveau. Ils ont été arrêtés depuis quelques semaines, avant d’être libérés. Un autre activiste salafiste, Sidi Ould Limam, a été arrêté, le 26 février, à Nouadhibou, avant d’être relâché le lendemain. Selon ses déclaration à l’ANI, il avait été questionné «à propos de Ould Semane et (de) plusieurs autres présumés salafistes en cavale». Cependant, tous les indices font état de l’implication d’El Khadim Ould Semane. Ce salafiste djihadiste aurait subi, selon des sources de renseignements, des entraînements dans les camps du GSPC en 2005. En 2006, il a fui, mystérieusement, la prison civile, où il a été détenu. En 2007, il a été condamné, en contumace, par
la Criminelle de Nouakchott pour des crimes marginaux (faux et usage de faux, possession d’armes non autorisées…). 

 

Globaliser et imposer le djihad 

Si la machination des djihadistes d’Al Qaïda séduit nos jeunes, c’est parce que le djihad est resté, durant notre histoire, submergé par une grande confusion. Saisissant cette confusion, les califes ont donné une touche de ‘sainteté’ à leurs incessantes conquêtes. Des décisions proprement politiques et très discutables sur le plan religieux ont été prises au nom du djihad. Particulièrement, lors du règne de la dynastie des Omeyyades ; le premier Etat ‘politique’ islamique. 

Le djihad va prendre une tournante particulière avec l’islamiste Abd Salam Faraj. Cet ingénieur, chef du Tanzim al Jihad qui a assassiné l’ancien Président égyptien, Anwar Sadate, le 06 octobre 1981, a élevé le djihad du rang d’«impératif communautaire» (fardh kifaya) au rang d’«impératif personnel» (fardh ‘ayn). Dans son mystérieux opuscule «l’Impératif occulté (alvaridha al ghaïba)», il dit que le djihad est une obligation personnelle, tout comme la prière, le jeûne, le hadj… Contrairement aux oulémas de
la Oumma qui l’ont toujours jugé, et c’est notoire, impératif communautaire. 

Aymane Zawahiry va en ajouter une nouvelle formule : la globalisation et le principe de martyr (istishehad). Tant que le croyant n’est pas prêt à se donner la mort contre le paradis, selon Zawahiry, «son cœur détient encore de l’hypocrisie». Il faut rappeler qu’avant lui, le théoricien chiite, Ali Chari’ati, avait dit que «le martyr est une invitation à toutes les époques et à toutes les générations : ‘‘si tu peux, mets à mort, et si tu ne peux pas, meurs’’». 

Zawahiry va appeler les «enfants de l’islam» à «se préparer à un combat qui n’est pas confiné à une seule région. Mais un combat qui vise aussi bien l’ennemi apostat intérieur (les régimes en place, qu’il appelle le Taghout) que l’ennemi judéo-croisé extérieur (l’occident)». Pourtant, les oulémas ont, toujours, été unanimes pour dire que le djihad est exclusivement défensif. Il ne doit viser, selon eux, que ceux qui occupent la terre des musulmans : il est, d’après cette notion, synonyme de la résistance. 

 

Etablir la «hakimiya» pour viser les militaires mauritaniens : 

L’attaque d’Al Ghallawiya, comme celle de Lemghaïtty, a visé des militaires mauritaniens. Les deux ont été largement condamnées. Non seulement parce qu’elles sont étranges à la religiosité mauritanienne ; fervente, certes, mais pacifiste et tolérante. Mais parce qu’elles ont visé des mauritaniens. Qui défendaient la première, et la seule, République islamique dans le monde arabe. 

Bien que les responsabilités dans les deux attaques ne sont jamais rétablies, des observateurs se demandent s’il est possible qu’un mauritanien tue un autre mauritanien pour passer sur son cadavre au Paradis. Ils se demandent surtout quelles sont les raisons qui poussent un musulman à tuer attendant de cela l’agrément d’Allah ? 

On ne sait pas à quel degré Al Qaïda est impliquée dans les attaques. Mais on sait qu’il y a un arsenal de fatwas qui ‘justifie’, voire ‘légitime’, ce genre d’actes. Cet arsenal prend de l’ampleur de plus en plus chez nous. Grâce, notamment, à l’anarchie manifeste dans la scène de prédication. Cet arsenal se pose sur deux bases : la hakimiya lillah (
la Souveraineté du Dieu) et la jahiliya de la société (l’état d’« ignorance » des Arabes d’avant l’islam). Les deux bases mènent à la même fin : le takfir (condamnation pour impiété). Et le takfir n’est pas, seulement, une sentence qui exclue l’«impie» des «rangs de
la Oumma», ce qui est décidemment une insulte pour tout musulman. Mais c’est le début d’une série incessante de conséquences lourdes : son sang et ses biens sont licites, il est passible de la peine capitale, il est séparé de sa femme, privé d’élever ses enfants, du patrimoine des siens… de la prière sur lui après la mort, d’enterrement avec les siens…. Force est de constater ici que l’usage du takfir est resté considérablement restreint par les oulémas. Parce qu’il n’a aucun fondement coranique, d’abord, et, ensuite, par peur de la fitna (la discorde). Et la majorité des affaires dans lesquelles des musulmans ont été jugés impies, avait un caractère politique. 

N’empêche que le takfir, via la hakimiya et lajahiliya, soit omniprésent dans les consignes salafistes. Notamment dans celles du pakistanais Aboul A’

la El Maoudoudy et des égyptiens Seyid Qotb et Ayman Zawahiry. Côté mauritanien, le radicaliste, Mahfoudh Ould Waled, alias Abu Hafs Elmouritany, est le pionnier de la hakimiya. 

Le premier a refusé fermement la constitution des Etats indépendants, les qualifiant d’«irréligieux». Il a prêché la «recréation de l’Etat islamique qui se soumet à la ‘hakimiya lillah’». C’est la première fois que ce terme entre dans les lexiques musulmans. Pour lui, la «hakimiya lillah doit arracher les musulmans à la oubeydiya (adoration qui est l’antithèse de la hakimiya)». Il prend pour référence «l’âge d’or» de l’islam, où le Prophète (PSL) incarnait à la fois le pouvoir religieux et le politique. Bien que l’époque médinoise soit, pour tous les musulmans, définitivement, close, depuis le décès du Prophète (PSL). 

Selon les dispositions de la hakimiya, les régimes d’aujourd’hui, démocratiques ou autocratiques, sont des idoles. Et tout bon croyant a, de facto, le devoir de les combattre. C’est sur principe qu’Ayman Zawahiry a qualifié d’«ennemis apostats intérieurs» les régimes en place dans le monde islamique. Avant lui, Mahfoudh Ould El Waled, avait dit que
la Constitution mauritanienne est «franche dans son apostasie et (que) la stipulation, dans son préambule, qu’elle a pour source
la Charia n’est qu’une façon de jeter la poudre dans les yeux». 

On voit que l’établissement du principe de la hakimiya est suffisant pour convaincre nos jeunes à viser nos militaires qui «s’obéissent au Taghout». Reste à savoir combien d’entre eux adoptent déjà ce principe ? 

 

Etablir la «nouvelle jahiliya» pour tuer des civils mauritaniens: 

Malgré qu’aucune attaque terroriste n’a encore visé les mauritaniens lambdas, ceux-ci ne doivent pas croire qu’ils sont en protection. Car, les inspirateurs d’Al Qaïda diffusent un grand stock de consignes qui ne les épargneraient pas. 

Lorsque
la Jamââ islamiya a décidé de frapper les simples citoyens égyptiens, elle se posait sur des fatwas qui se fondent sur le principe de «la nouvelle jahiliya». Selon ce principe, la société musulmane d’aujourd’hui vit dans l’état d’«ignorance» des Arabes d’avant l’Islam. Ce principe s’entrecoupe amplement avec le principe de la hakimiya. Il est d’usage de recourir à la hakimya pour condamner d’impiété les régimes ; et à la jahiliya pour dire que les sociétés musulmanes sont athées. Ce qui les rendra, la société et les régimes, des cibles ‘légitimes’ du terrorisme. C’est ce qu’a fait Seyid Qotb, qui a forgé, avec Al Maoudoudy, les deux principes, lorsqu’il a dit que «tout pouvoir non soumis à ‘la souveraineté d’Allah’ est impie. Toute société non soumise à la juridiction d’Allah est semblable à ‘la société qui vivait dans l’état de barbarie antéislamique’». 

Qotb, révolté, manifestement, contre tout le monde, va donner, dans son livre «A l’ombre du Coran», une notion plus claire de la jahiliya : «quand un individu fait une législation pour un groupe, c’est une jahiliya. Parce que c’est sa volonté ou son point de vue qui fait
la Loi. Quand une formation fait une législation pour d’autres formations, c’est une jahiliya. Parce que ce sont les intérêts de cette formation ou l’opinion de la majorité qui fait
la Loi. Quand les représentants des formations font des législations pour eux-mêmes, c’est une jahiliya. Parce que la volonté du public ou parce que le mot du peuple fait
la Loi. Quand un collectif de nations fait une législation, c’est une jahiliya. Parce que ce sont leurs objectifs nationaux qui font
la Loi, ou parce que c’est l’avis de
la Communauté internationale qui fait
la Loi…». 

Cette analyse qotbiste va influencer des figures emblématiques de l’islamisme. Ainsi, Hassan al Houdhaybi dira que «le musulman est apostat dès qu’il accepte d’obéir à un sultan qui ne juge pas d’après ce qu’Allah a fait descendre». Son ami, Maher Bekri, dit que «toutes les communautés qui prétendent, aujourd’hui, appartenir à l’islam sont des communautés de la jahiliya. Aucune exception». 

Ainsi nous voyons qu’en implantant le principe de la jahiliya, il sera facile aux extrémistes de convaincre nos jeunes à nous frapper. Parce que respecter les dispositions de notre démocratie est une «Idolâtrie» ; et parce que notre société, ouverte à la modernisation, est une société de la nouvelle jahiliya. 

 

 


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