Chronique Mansour

3 03 2008

 

Cesse-t-on jamais, dans le moindre conflit, de parler de reconnaissance ? De soi, bien évidemment, en toute première instance, sans quoi la guerre n’eût jamais eu lieu. Mais aussi de l’Autre, en dépit des plus contraires apparences. On peut envisager, dès lors, le dynamisme unitaire du désaccord : c’est potentiellement une œuvre d’ajustement. Encore faut-il garder à l’esprit son terrain et sa raison d’être. Si l’on se préoccupe d’ajustement, c’est qu’il y a désordre. Et s’il y a désordre, c’est qu’il y a eu injustice, au sens le plus vaste du terme. On peut être injuste avec soi-même, son propre corps, ses enfants, son voisinage, son environnement ; envers un objet, un minéral, un végétal, un animal, une idée, un Principe… Mais, dans cet entrelacs de relations diverses, peut-on être juste également, en toutes circonstances et partout [1] ? 

 

La question est d’autant plus vive que, tôt ou tard,  la gestion du désordre s’impose, dans l’urgence, en nécessité vitale. N’ayant pris la peine de se contraindre à un ordre de priorités suffisamment élargi, suffisamment équitable, il faut, soudain, en inventer un nouveau, éminemment conjoncturel, qui se révèlera – le contraire serait miraculeux – caduc à plus ou moins brève échéance. Bien des traités de paix sont ainsi des déclarations de guerre. Bien des « progrès » se révèlent de terribles régressions. Qui osera le bilan de cent vingt années de pétrochimie, du dépeçage de l’empire Ottoman aux dérèglements climatiques, en passant par les douceurs acidulées du quotidien plastifié ? Il est assez peu probable que les savants et politologues du XIXème siècle aient eu le(s) sens assez fin(s) pour percevoir les explosions kamikazes ou  les déferlements tsunamiques de notre XXIème siècle. Tirerait-on leçon de « Lumières » si peu éclairées ? Ou serait-on obligé, en cette Mauritanie si longtemps opportunément en dehors de l’ « Histoire », de se contraindre aux mêmes politiques désastreuses ?  Entendons l’allégorie. 

 

On peut certes comprendre qu’un Georges Bush, tant limité par son héritage, n’ait autre choix que de conduire son pays dans la fosse qu’il s’est lui-même si obstinément creusé, depuis, disons, l’extermination des peuples amérindiens. Serait-ce le modèle standard ? Exemptée, grâce à Dieu, des appétits pantagruéliques propres aux puissantes nations,
la Mauritanie dispose d’un capital subtil d’adaptation aux plus dures conditions de vie, dont on a, très insuffisamment, mesuré la valeur. Prenons, par exemple, les structurations traditionnelles, interne et relationnelle, des sociétés indigènes. Hier relativement justes, tant sur le plan social qu’écologique, elles se révèlent, dans les nouvelles conditions de la survie, profondément injustes. Ce n’est pas – seulement – une fatalité métaphysique, c’est – aussi – un phénomène sensé dont l’étude ouvre des perspectives spécifiques au pays.  Faute de celle-ci – qui implique une analyse approfondie, objective, sans états d’âme ni à-priori moraux, des modalités du passé et des mutations en cours – des conflits, multiples et diversifiés, se développent, insidieusement, à tous les niveaux du corps social ; d’autant plus manipulables par des intérêts étrangers qu’on omet de se les approprier, de les intégrer dans le propre mouvement de
la Nation. 

 

A dire vrai, bien malin ou, plus probablement, bien présomptueux, celui qui prétendrait définir « le » mouvement de la nation mauritanienne. De grandes autorités sauraient assurément indiquer des pistes plus ou moins fréquentées, des lignes récurrentes de force et d’antagonisme, peut-être un répertoire de logiques concurrentes. On les espère, ces lecteurs avisés. Trouveraient-ils résultante stable à leurs investigations ? L’homme politique devrait s’employer à cette tâche, y croire ; il semble, plus souvent, feindre l’un et l’autre, s’en remettant à la reproduction servile de modèles exogènes. L’homme d’Etat, quant à lui, devrait s’en distinguer par l’exigence même de son devoir : celui de donner un sens à
la Nation, à la conduite de son gouvernement. Il est ici question de choix, souverain. En l’état d’entropie – d’autres diront : de construction – de la société mauritanienne contemporaine, il n’est pas certain que celui-ci puisse coïncider avec l’hypothétique résultante des humeurs, velléités et mouvances de la « chose publique
[2] » locale, pas plus qu’avec l’ordonnance illusoire d’une « sécurité » internationale, dont on a pu mesurer, ces vingt dernières années en Afrique, la très relative efficacité. La guerre, continuation de la politique par d’autres moyens ? L’inverse, on le voit, n’est pas exclu.          



[1]  Sun-Zi : « Les combats, de quelque nature qu’ils soient, ont toujours quelque chose de funeste pour les vainqueurs eux-mêmes »…  

[2]  la « res publica » des latins. La présider ne signifie pas diriger l’Etat et c’est dans cette juste mesure que, ni girouette ni despote, le grand homme s’élève… 


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