chronique Mansour

26 02 2008

 

La pacification fut l’argument fondamental du capitaine Coppolani, le conquérant français de la majeure partie de
la Mauritanie, à l’aube du XX
ème siècle. Diversement appréciée par la mémoire des « pacifiés », cette représentation atteint au dogme dans la vulgate française où la mort du valeureux soldat, tombé au cours d’une embuscade célèbre, reste qualifiée « d’assassinat » : un crime donc, perpétué par l’Histoire. Aujourd’hui, les résistants palestiniens, accessoirement accompagnés de leurs enfants et épouse – qu’ils n’entretenaient, nous assure-t-on, à leur domicile, qu’en guise de « boucliers humains »[1] – font, eux, l’objet de frappes « chirurgicales » : de la médecine donc, salvatrice de l’Humanité. Voilà qui est assez lumineux pour éclairer les Lumières fondatrices de l’ordre mondial en cours depuis bientôt trois siècles. J’avoue humblement ne pouvoir me résigner à de tels artifices et chercher inlassablement un sens supérieur au verbe pacifier. La démarche n’est pas si simple : guerrière en son essence, elle implique, nécessairement, une méthode attentive aux aléas de la complexité, où les moyens justifient la fin et non pas, normalement, le contraire. 

 

Cela n’exclue ni le camouflage, ni la ruse, ni le bluff. Cependant, l’essentiel du travail, l’élaboration de la méthode, se situe dans le miroir de l’âme, aisément troublé par nos pulsions égotiques ; sinon, par quels souffles de quels vents ? L’indispensable solidarité, le réveil des multiples états de l’être, la conscience croissante de nos innombrables relations vitales, génèrent d’impensables frayeurs, des angoisses profondément déstabilisantes, des crises existentielles redoutables, dont les clés ne relèvent pas toutes, ni systématiquement, du refoulé de nos vécus, de nos inconsciences sensuelles. Nous appartenons aussi, et pas également, à des niveaux supérieurs de complexité, pas tous, ni systématiquement, biologiques. Cela laisse place, en fin compte, à une telle incertitude, un tel mic-mac de paramètres incontrôlables, que la conduite de la guerre, l’élaboration même de la méthode, ressemble plus à un jeu de dés – c’est le sentiment ordinaire de l’incroyant – ou au dépliement d’un destin – c’est la foi du croyant – qu’à la construction logique de comportements adaptés. 

 

Le remarquable en ce constat est qu’il laisse pressentir sinon un lieu, du moins un temps, de rencontre entre hasard et destin, sitôt que se tend l’attention au-delà du logique. « La méthode », aurait soutenu Sun-Zi, « fait naître l’unité de pensée ». Cette classique traduction me semble un peu trop réductrice d’une exposition chinoise peu encline à la verbalisation et j’aurais plutôt tendance à entendre dans le discours du fin stratège : « l’unité de pensée, voilà la méthode ». La concentration de l’athlète avant l’effort, la méditation silencieuse du philosophe, les ponctuelles prosternations du musulman, relèvent d’un même état d’esprit, une même quête de recueillement, qui rassemble mystérieusement nos forces : la méthode apparaît, variant en sa forme extérieure, au gré des engagements de la pensée, mais, en tous les cas, « elle nous inspire une même manière de vivre et de mourir, nous rend intrépides et inébranlables dans les malheurs et dans la mort ». On l’aura compris : l’unité dont il est ici question dépasse la simple cohérence des idées. 

 

Un expir, un inspir : c’est dans le silence que se conçoit la parole, dans l’occultation que germe le manifeste et ce n’est évidemment pas une anecdote que la tension de l’acte sexuel s’anéantisse, soudain, dans une « petite mort » frissonnante, prélude banal à l’hypothèse d’une nouvelle vie. « Le grand jour et les ténèbres, l’apparent et le secret : voilà tout l’art. Ceux qui le possèdent sont comparables au Ciel et à
la Terre […] Dans l’art militaire comme dans celui du gouvernement, il n’y a certes que deux sortes de forces, mutuellement productives et interagissantes ; leurs combinaisons étant sans limites, comme une chaîne d’opérations sans fin, comme une roue éternellement en mouvement, personne ne peut toutes les comprendre [2] ». Fort heureusement, la forme de la victoire n’apparaît qu’au coup de grâce, lorsque se dévoile, enfin, la forme exactement ajustée de la force : la voie qui la réalise demeure, quant à elle, nécessairement secrète.  Et, cependant, entre ce qui se dit et ce qui se tait, c’est comme pour les particules corrélées du physicien : marquées à jamais par leur rencontre, elles forment, à jamais, un tout inséparable… 
 

 



[1]  On détruit le bouclier, quoi de plus normal ? L’adjectif « humain », adjacent, relève du « dommage collatéral », qu’un seul « Sorry ! », un des vocables préférés du héros de séries américaines, suffit à gommer de la mémoire du spectateur « éloigné », peu concerné, en vérité, par l’assassinat perpétré. 

[2]  Sun Zi – L’art de la guerre, V,5. 


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