Chronique Mansour

5 02 2008

CONFLITS 

 

24 octobre 1970. La résolution 2625 de l’O.N.U., sous la houlette inspirée de son conseil de sécurité – la fameuse « communauté internationale » des cinq grands marchands d’armes – stipulait que « Tout Etat a le devoir de s’abstenir de recourir à la menace ou à l’emploi de la force ». On en rirait si ce n’était si triste et, près de quarante ans plus tard, il ne resterait plus qu’à mesurer, une fois encore, la fermeté onusienne quant à ses bonnes résolutions. Pourtant, la formule avait, probablement, une ambition plus subtile. En proposant d’éliminer les risques de guerre entre Etats bien éduqués, on suggérait que la notion même d’ennemi devenait politiquement incorrecte, quiconque se déclarant tel devenant, ipso facto, le voyou du quartier qu’il faudrait bien se résigner à châtier, tous ensemble, histoire de lui inculquer les bonnes manières. On comprend l’angoisse des militaires, dangereusement menacés dans leur gagne-pain, et la stratégie réactionnaire des néocons outre-atlantiques. 

 

N’ayant droit à l’existence, l’ennemi doit disparaître. Pas de négociations, pas de réflexion sur les conditions de son émergence, pas d’autocritique donc : l’Autre, menace absolue de la sécurité, n’a pas à être connu, il faut l’éliminer, sans retard, en tant qu’incongruité sémantique irréformable. Pan sur l’ennemi ! Et voilà le terroriste en selle ! Il est partout, celui-là : en trente ans, on en aura exécuté quelques dizaines de millions en Afrique, aux quatre coins des rues et jusque dans les chambres à coucher, sans qu’il soit trop question, politesse internationale oblige, de définir les termes exacts de la menace. Quelques dizaines de millions : le prix de trois ou quatre guerres mondiales… Mazette ! C’est qu’il y en avait des stocks d’armes en souffrance, depuis la chute du mur de Berlin ! On aura tout de même appris, en cette radicale réforme lexicologique, que le terroriste peut, mille fois par jour, vous serrer la main avant de vous tordre le cou, dès l’ombre propice… Policiers, polissez donc, fouillez le visible et l’invisible, le public et l’intime ! Voici mon hall de gare, mon sac de voyages, mon panier à provisions, mes poils de barbe, le foulard de mon épouse, mon délit de sale gueule…Ton miroir ? 

 

Qui suis-je ? Enchaînée d’innombrables cadenas verrouillant chaque porte, la nuit grelotte de solitudes éclatées, muettes, assourdies par la rumeur uniforme des téléviseurs. Je devrais être en sécurité. Or, à intervalles irréguliers, quelque chose souffre, toujours, quelque part, me signifiant un combat dedans, peut-être titanesque, mais peut-être, tout aussi bien, lilliputien. On manque, à vrai dire, de perspectives, submergés que nous sommes d’informations. Trop de trop enfante le désert… L’admettre, c’est, illico, fermer les yeux et ouvrir l’œil. L’attention se porte désormais sur l’ennemi probable, pas tout à fait réel, encore, mais le bon, à coup sûr, celui qu’il vaut mieux avoir plutôt qu’un mauvais ami. Faut-il ici se flageller ? La démarche  a produit suffisamment de tares, en Occident chrétien – mais pas que là –  pour suggérer de plus aimables promenades, donnant au faible le temps de sa force, et au fort, l’espace de son repos. Le sommet de la montagne, disais-je, il y a bien loin dans cette chronique, restant nimbé d’un nuage, on flânera donc, parfois, un peu. Ce n’est pas une distraction. 

 

Voici que s’ouvre une autre lecture. Je vous suggérais, la semaine dernière, de découvrir le Saint Livre en apprenti stratège, il s’agirait maintenant d’y entendre votre propre adversité, d’y composer l’éventail de vos négociations intimes, vous pénétrant en permanence de la certitude, toute simple, qu’en dépit de sa présence, constante, à vos côtés plus ou moins intériorisés, votre ennemi – jamais exactement, grâce à Dieu, identique au mien –  est condamné, irrémédiablement, à disparaître au bout du chemin où « ne subsistera, pleine de majesté et de noblesse, que
La Face de ton Seigneur
  [1] »
. La illaha illallah : c’est bien toujours à la même Source, au même Océan, que le musulman puise son salam, sa propre paix – jamais exactement, grâce à Dieu, identique à celle de son voisin,  mais aisément traduisible en comportements sereins, vécus au quotidien, perceptibles. Sans nul doute, cela donne une certaine couleur de société, riche de tout un enchevêtrement de quiétudes, plus ou moins dodues, plus ou moins profondes, comme autant de trêves négociables au pas même de nos portes. La vraie guerre, le grand jihad, est un vaste échange d’ennemis. 

 

 



[1]  Saint Coran – 55, 27. Laissant aux plus athées de mes lecteurs qui ont su, jusqu’ici, tenir tête, le soin de méditer, dans leur langage, la saveur de l’ennemi intime et sa seigneurie, minuscule ou majuscule, à leur gré : la nuance est, somme toute, assez secondaire à l’enjeu de sens… 


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